Joseph DAUSSOIGNE-MEHUL
(1790 – 1875)

Seul portrait connu de Joseph Daussoigne-Méhul, vers 1850?
( photo Ghemar Frères, Photographes du Roi, Bruxelles, © Conservatoire royal de musique de Liège, avec l'aimable autorisation de son bibliothécaire M. Gilson )

 

Le compositeur et pédagogue Joseph Daussoigne-Méhul, méconnu en France et dont l’œuvre est complètement oubliée en ce début du XXIe sècle, l’est moins en Belgique, puisqu’une rue de Liège porte encore son nom de nos jours. Premier directeur de l’Ecole royale de musique (Conservatoire) de cette ville durant 35 ans, où il enseignait également l’harmonie et la composition, il a notamment le mérite d’avoir compté parmi ses nombreux élèves un certain César Franck et surtout d’avoir amélioré considérablement l’enseignement de la musique tout en participant très activement au développement de la vie musicale à Liège au XIXe siècle. Bien que ses compositions n’aient pas résisté au temps, à en croire les académiciens des Beaux-Arts de l’Institut de France, elles étaient cependant d’une certaine valeur, c’est du moins ce qui transparaît en 1812 dans un de leurs rapports :

"M. Daussoigne […], pendant son séjour en Italie, a composé un Te Deum, un offertoire, trois quatuors, une ouverture à grand orchestre, et a montré dans ces divers morceaux une imagination riche, un style pur et toujours convenable aux différents sujets qu’il a traités."

[Le Moniteur Universel, 18 octobre 1812],

Neveu, fils adoptif et élève de Méhul (1763-1817), l’auteur du Chant du Départ (1794), rival de Gossec et l’un des quatre inspecteurs nommés à la fondation du Conservatoire de Paris, Louis-Joseph Daussoigne est né le 10 juin 1790 à Givet (Ardennes), tout comme son célèbre parent. Fils de Jacques Daussoigne, boulanger à Givet, et de Marie-Catherine Méhul, les circonstances dans lesquelles son oncle fut amené à s’occuper de lui nous sont relatées par l’intéressé lui-même, dans une lettre qu’il avait un beau jour de 1834 adressée au musicologue Castil-Blaze [publiée par Charles Bazel, in le Mercure de France, 15 septembre 1932] :

" Lorsque Méhul reçut sa double nomination d'inspecteur au Conservatoire et de membre de l'Institut, il vint à Givet ; c'était en 1797, et il pria sa vieille tante de l'accompagner et de régler l'ordre de sa maison, car jusque-là mon oncle s'était mis dans une pension bourgeoise. La vieille tante y consentit, mais ne put retenir ses larmes en contemplant un enfant de sept ans endormi sur ses genoux et qu'elle n'avait pas quitté depuis sa naissance. « J'avoue, lui dit-elle, mon cher Méhul, que voilà le plus vif de mes regrets !... » « Eh bien ! répondit Méhul, nous ferons venir ce petit bonhomme dans quelques mois. Je le ferai placer dans une classe de solfège au Conservatoire, et s'il est intelligent et honnête homme, il se tirera d'affaire comme tant d'autres."

et le journal Le Guide musical de Bruxelles, dans un article paru au moment de la mort de Daussoigne [rapporté par Pougin en 1878 dans son supplément à la Biographie de Fétis], d’ajouter :

"Louis-Joseph Daussoigne était cet enfant. Méhul n’a point été trompé : les conditions qu’il semblait exiger, les résultats qu’il attendait des soins paternels donnés à son neveu, ont été payés par une tendresse filiale, le dévouement d’un cœur reconnaissant, joints à la sévérité des principes d’honneur et de probité dont son oncle lui avait offert le précieux exemple. Daussoigne s’est montré digne d’une illustre parenté…"

Etienne Méhul s’occupa également quelque peu du frère de Joseph, lieutenant d’infanterie, mort en 1812 lors de la retraite de Russie, dont on connaît l’existence par la lettre à Castil-Blaze :

"… je m'empresserai pourtant de vous signaler un fait dont la publicité serait pour moi d'une grande consolation, puisqu'elle tiendrait à faire mieux connaître l'excellent cœur du grand artiste qui m'a servi de père. J'étais à Rome depuis quelques mois, lorsque mon jeune frère, dégoûté de la vie du séminaire de Charleville, témoigna l'envie de s'engager dans un régiment de ligne!... Mon père, irrité de ce changement de vocation, le mit à la porte au milieu de l'hiver, et le pauvre enfant, pensant à son oncle, courut à pied jusqu'à Paris.

"Il vint dire au bon Méhul qu'un bon soldat valait mieux qu'un mauvais prêtre et que, s'il voulait bien employer son influence auprès du gouvernement, il obtiendrait sans doute une place gratuite pour son neveu à l'Ecole militaire ; qu'autrement il se ferait tambour, soldat, tout ce que l'on voudrait, pourvu qu'il cessât d'être séminariste... De places gratuites, il n'en existait pas, mais on pouvait obtenir une demi-bourse à Saint-Cyr, et mon oncle l'obtint de l'Empereur, qui peu de temps avant avait refusé la même faveur à Regnault de Saint-Jean d'Angély pour un de ses cousins !

"Méhul se chargea de payer la demi-pension de mon frère, l'équipa lors de sa nomination de sous-lieutenant dans le 84° Régiment de ligne, et lui remit encore un billet de cinq cents francs lors de son départ pour la Russie...

"Mon frère s'est rendu digne de son protecteur : il est mort lieutenant dans la retraite de 1812! "

C’est ainsi qu’en 1799, à l’âge de 9 ans, Joseph Daussoigne, qui plus tard ajoutera officiellement à son patronyme celui de Méhul (ordonnance du 12 août 1845), entre au Conservatoire de musique de Paris. Tout nouvellement fondé par la loi du 16 thermidor an III (3 août 1795) et alors dirigé par son premier directeur Bernard Sarrette, il était situé dans l’Hôtel des Menus-Plaisirs de la rue du Faubourg Poissonnière ; ce n’est qu’un siècle plus tard (1911) qu’il s’installera dans l’ancien Collège des Jésuites de la rue de Madrid. Le jeune "Méhul neveu", ainsi qu’il se fait appeler à cette époque, effectue toutes ses études musicales dans cet établissement, et ce, durant dix années. Elève des classes de Pierre Mollet (solfège), Louis Adam (piano), Catel (harmonie) et Méhul (composition), il décroche plusieurs récompenses : un accessit de solfège dès la première année (1799), des accessits de piano en 1803 et 1806, un 1er accessit d’harmonie en 1803 et un 1er prix de composition (contrepoint et fugue) en 1808. Un an auparavant (1807) il s’était présenté au Concours de composition musicale de l’Institut de France (Prix de Rome) avec la cantate (scène à 2 voix) Ariane à Naxos, sur un poème de Jacques-Maximilien-Benjamin de Saint-Victor, mais cette année aucun Premier Grand Prix ne fut décerné. Seul un Second Grand Prix, qu’il recueillait, fut attribué, ainsi qu’un deuxième Second Grand Prix (Fétis) et une Mention honorable (Blondeau). Il se remet néanmoins ardemment au travail, décroche en 1808 un 1er prix de contrepoint et fugue et, l’année suivante, se présente une seconde fois au Concours de Rome : la scène à 2 voix Agar au désert (poème d’Etienne de Jouy) lui vaut alors le Premier Grand Prix. Enseignant au Conservatoire dès l’âge de 13 ans (octobre 1803 : répétiteur de solfège – septembre 1804 à août 1805 : accompagnateur – depuis octobre 1808 : répétiteur d’harmonie), Daussoigne-Méhul doit abandonner son poste pour se rendre à la Villa Médicis, où il arrive en février 1810 pour y séjourner jusqu’à la fin de l’année 1813.

De retour à Paris au début de 1814, il reprend son poste de répétiteur d’accompagnement pratique au Conservatoire, avant d’être nommé (avril 1816) professeur d’harmonie et d’accompagnement de la toute nouvelle classe pour femmes. A cette époque, plein d’espoir il présente à l’Académie royale de musique (Opéra) un opéra en trois actes, Robert Guiscard, composé sur un ouvrage de Saulnier que lui avait fait parvenir Méhul durant son séjour à Rome. "Mais alors commença pour lui une suite de déceptions qui n'a que trop souvent été celle des jeunes compositeurs en France ; carrière où l’on voit se dissiper une à une toutes les illusions d'une première ferveur, et qui n'est pour la plupart qu'un affreux cauchemar. Qui le croirait ? Il s'agissait d'un lauréat de l'Institut, d'un jeune artiste dont le début avait eu de l'éclat, d'un homme que la renommée de Méhul semblait devoir protéger, d'un opéra reçu à l’Académie royale de musique depuis longtemps, et dont le droit de représentation ne pouvait être contesté ; le règlement du théâtre prescrivait d'entendre préalablement la musique ; eh bien, rien de tout cela ne servit ! M. Daussoigne ne put jamais obtenir cette audition de son ouvrage, qu'on ne pouvait lui refuser ! Personne ne contestait ses droits ; mais on lui opposait cette force d'inertie contre laquelle les plus fermes volontés sont venues échouer dans les théâtres, et le résultat de toutes ses démarches fut qu'on n'eût pas même la fantaisie de savoir si son ouvrage était bon ou mauvais, et que l'auteur seul a connu sa production." [Fétis, Biographie universelle des musiciens, 1866]. Trois autres opéras-comiques sont également refusés par les théâtres royaux, parfois pour des raisons obscures : le Faux Inquisiteur, en trois actes, livret de Jean-Pons-Guillaume Viennet (1817), le Testament, en un acte, livret de Benoît-Joseph Marsolier des Vivetières (1818), les Amants corsaires, en trois actes, livret de Viennet (1819). Durant cette même période, il publie à Paris chez Ph. Petit un arrangement, pour ténor avec accompagnement de piano ou de harpe, de La Journée aux aventures, rondeau de Méhul, paroles de MM. Capelle et Mézières, chanté par Louis Ponchard. Célèbre ténor attaché à l’Opéra-Comique, professeur de chant au Conservatoire de Paris, ce dernier (1787-1866) chantait aussi "superbement […] le bel air de Stratonice [de Méhul/Daussoigne], qu’on entend si rarement (Versez tous vos chagrins)" [Berlioz, Revue et Gazette musicale de Paris, 17 mai 1840].

Le 17 juillet 1820, Daussoigne réussit enfin à faire représenter à l’Académie royale de musique un nouvel opéra en un acte : Aspasie et Periclès (paroles de Viennet), mais cet ouvrage, dont le livret est médiocre, n’a guère de succès et ne reste à l’affiche que durant 16 représentations. L’année suivante, il est chargé d’arranger en récitatifs l’opéra en un acte Stratonice de Méhul (livret de François-Benoît Hoffman, créé à la Comédie italienne le 3 mai 1792). Donné pour la première fois dans sa nouvelle version le 30 mars 1821 au Théâtre Favart, cet opéra arrangé par Daussoigne « lui mérita les applaudissements des artistes, par l’analogie de son style avec celui de l’illustre auteur de l’ouvrage. » Peu après, Jean-Nicolas Bouilly lui confie son livret Valentine de Milan que Méhul avait laissé inachevé. Daussoigne termine la partition de ce drame lyrique en 3 actes, soit environ un tiers de l’ouvrage. Représenté au Théâtre Feydeau (Opéra-Comique) le 28 novembre 1822, cet ouvrage emporte quelques succès, mais deux années plus tard, le lundi 12 juillet 1824, il fait jouer à l’Académie royale de musique (Théâtre de l’Opéra de la rue Le Pelletier) son opéra-féerie en un acte, les Deux Salem, sur un livret de Paulin de Lespinasse avec une chorégraphie de Pierre-Gabriel Gardel, qui n’obtient pas la réussite escomptée et ne fait l’objet que d’un petit nombre de représentations !

Une nouvelle expérience dans le théâtre va le décourager définitivement et lui inspirer des "dégoûts attachés à la profession de compositeur à Paris" qui le contraignent "de briser sa plume" : Bouilly, qui en 1822 lui avait confié la tâche délicate de terminer l’opéra Valentine de Milan, veut lui donner la mise en musique de son opéra-comique les Deux nuits, mais "des intrigues de coulisses lui firent ôter cette pièce" qui sera par la suite confiée à Boieldieu (Opéra-Comique, 1829) ! Après une ultime collaboration avec Berton, Kreutzer et Boieldieu à l’opéra Pharamond (en 3 actes), sur un livret de François Ancelot, Alexandre Guiraud et Alexandre Soumet, donné le 10 juin 1825 à l’Opéra, Joseph Daussoigne décide de s’éloigner de Paris. Il accepte alors sa nomination à la direction de l’Ecole royale de musique (futur Conservatoire) de Liège (signée le 14 janvier 1827 par le Ministre de l’intérieur Van Gobelschroy), donne sa démission (1er avril 1827) de son poste de professeur d’harmonie et d’accompagnement (classe des femmes) au Conservatoire de Paris, qu’il occupait depuis 1825, et prend ses nouvelles fonctions le 1er mai suivant.

A cette époque, depuis le Congrès de Vienne (1815) la Belgique était rattachée, au Royaume des Pays-Bas. C’est Guillaume Ier de Hollande qui institua, par arrêté royal du 9 juin 1826, quatre écoles publiques d’enseignement musical à Liège, Bruxelles, Amsterdam et La Haye. L’Ecole royale de musique de Liège absorbe alors l’Ecole de musique que Dieudonné Duguet, André Jaspar et Joseph Henrard avaient fondée dans la rue des Sœurs de Hasque et Les autorités hollandaises, sur recommandation de Cherubini (directeur du Conservatoire de Paris) nomment pour premier directeur Joseph Daussoigne-Méhul. Cette toute nouvelle école ouvre ses portes le 1er mai 1827, rue Sainte-Croix, avec trente-cinq élèves et dix professeurs dont voici les noms : Daussoigne (directeur et titulaire des classes d’harmonie et de composition), Dieudonné Duguet (solfège), Antoine Jalheau (piano), Antoine Wanson (violon), Louis Decortis (violoncelle), Laurent Henchenne (flûte), Gaspard Redlich (hautbois), Jean-Pierre Massart « cadet » (clarinette), Hubert Massart « aîné » (cor), Joseph Bacha (basson), Joseph Henrard (chant et vocalisation). La révolution parisienne de juillet 1830 entraîne le soulèvement de la Belgique envers les Pays-Bas qui doivent évacuer leurs troupes, et la proclamation d’indépendance ; le 21 juillet 1831 Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha est couronné roi de Belgique sous le nom de Léopold 1er. Par arrêté royal du 13 novembre de cette même année l’Ecole de musique de Liège devient Conservatoire royal ; c’est le tout premier qui est créé dans ce pays, avec à sa tête Daussoigne-Méhul. Celui-ci fondant son enseignement de l’harmonie sur la pratique du contrepoint, est alors connu dans tout Liège pour le sérieux de sa pédagogie, l’étendue de ses connaissances et son souci de réussite. C’est avec cet état d’esprit que dès sa prise de fonction au Conservatoire les premiers élèves de sa classe de composition sont les professeurs de l’établissement auxquels il estime être nécessaire de leur apporter des connaissances théoriques suffisantes pour qu’ils puissent à leur tour enseigner au mieux. César Franck, qui débuta ses études musicales dans ce Conservatoire (octobre 1830 à janvier 1835) et qui suivit notamment les cours d’harmonie du directeur à partir de décembre 1833, est l’un des meilleurs exemples de la réussite de l’enseignement de Daussoigne. A l’âge de 10 ans (1833), il a déjà son actif quelques compositions de "très bon style", parmi lesquelles un Grand Trio pour violon, violoncelle et piano, l’année suivante plusieurs Variations, puis des romances, et en 1835 un O Salutaris. Maurice Kunel, dans son ouvrage César Franck, l’homme et son œuvre (Grasset, 1947), ne manque pas de souligner la part importante de Daussoigne dans l’éducation musicale de ce compositeur dont l’influence sur la musique française a été considérable :

"[César-Franck] eût-il du génie, comme Mozart, il a fallu que quelqu'un l'instruisît, lui donnât les premières notions de la composition, et personne n'était mieux indiqué que le neveu et fils adoptif du grand Méhul, dont les connaissances du style instrumental étaient si réelles et heureuses qu'il put achever les œuvres posthumes de son oncle sans qu'il fût possible à la critique d'y distinguer la part due à chacun. On a toujours proclamé que Paris avait enseigné à Franck le substratum de la langue sonore. Il est nécessaire, pour la vérité, de rendre à Daussoigne-Méhul les honneurs auxquels il a droit : il fut le premier initiateur du jeune Franck dans la langue que ce dernier devait parler si merveilleusement un jour."

Joseph Franck (1825-1891), frère de César, débuta également sa formation musicale sous la direction de Daussoigne-Méhul au Conservatoire de Liège, où il suivit notamment la classe de violon de Prume. Plus tard, en 1857, il dédiera son opus 28, 25 Etudes mélodiques faciles et progressives pour le piano, composées expressément et soigneusement doigtées pour les petites mains dans tous les tons majeurs et mineurs, "à Monsieur Daussoigne-Méhul, directeur du conservatoire royal de musique de Liège" (Liège : L. Muraille, Hambourg : J. Schubert et Cie, 1857).

Durant les 35 années d’administration (jusqu’en 1862) de Daussoigne-Méhul, l’Ecole puis le Conservatoire de musique de Liège prit rapidement une place importante dans l’enseignement musical en Belgique. Pour preuve, en dehors des frères Franck déjà mentionnés citons quelques autres musiciens de grande valeur, sortis également de cet établissement : Etienne Soubre (1813-1871), Prix de Rome belge en 1841, successeur de son maître à la tête du Conservatoire de Liège (1862) ; Félix-Etienne Ledent (1816-1886), Prix de Rome belge en 1844 ; Léonard Terry (1816-1882), Second Prix de Rome belge en 1845 ; François Prume (1816-1849), violoniste virtuose, professeur de violon au Conservatoire de Liège dès l’âge de 17 ans, qui se produisit en concerts avec Liszt et Mendelssohn ; Alphonse Ramoux (1817-1835), brillant musicien à l’avenir prometteur, précocement disparu à l’âge de 18 ans ; Henri Vieuxtemps (1820-1881), violoniste, personnalité marquante de l’école de violon belge, professeur d’Eugène Ysaÿe ; Adolphe Samuel (1824-1898), Prix de Rome belge en 1845, professeur d’harmonie au Conservatoire de Bruxelles (1850) puis directeur de celui de Gand (1871) ; Jean-Baptiste Rongé (1825-1882), Second Prix de Rome belge en 1851 ; Auguste Dupont (1827-1890), professeur de piano au Conservatoire de Bruxelles (1852) ; Jean-Théodore Radoux (1835-1911), Prix de Rome belge en 1859, successeur de Soubre au Conservatoire de Liège (1872) ; Joseph Dupont (1838-1899, frère d’Auguste), Prix de Rome belge en 1863, chef d’orchestre, professeur d’harmonie au Conservatoire de Bruxelles (1872) ; Eugène Hutoy (1844-1899), professeur au Conservatoire de Liège, chef d’orchestre ; Martin Marsick (1848-1924), violoniste concertiste, fondateur d’une école de violon à Paris, oncle du chef d’orchestre et compositeur Armand Marsick ; Léon Massart (frère de Rodolphe, violoniste), violoncelliste, professeur de musique de chambre d’Eugène Ysaÿe … Parmi les nombreuses difficultés auxquelles Daussoigne dut faire face et dont la plus grande fut sans aucun doute de maintenir l’ouverture de son Conservatoire durant les événements révolutionnaires de 1830, notons plus particulièrement le déménagement à deux reprises de cet établissement : en 1836 rue de la Cathédrale, puis en 1848 place Cockerill. Ce n’est que 40 ans plus tard (1886) que seront construits les bâtiments de la rue Forgeur, toujours occupés de nos jours par le Conservatoire royal de Liège.

Après son départ de Paris, où il avait eu tant de désillusions dans ses opéras, Joseph Daussoigne-Méhul cessait de composer pour le théâtre. Il n’abandonna pas pour autant cet art si difficile qu’est la composition en se livrant principalement à l’écriture d’œuvres de circonstances, de romances, de quelques pages pour piano et de pièces de musique religieuse ; la plupart étant conservée de nos jours à la bibliothèque du Conservatoire de Liège, la BNF ne détenant que quelques opéras. Parmi celles-ci, notons plus particulièrement : une cantate à grand orchestre A la Mémoire de Grétry "dédiée à la classe des Beaux-Arts de l’Institut royal de France, par J. Daussoigne, ex-pensionnaire de l’Académie à Rome, ancien professeur d’harmonie à l’Ecole royale de France, et directeur de l’Ecole royale de musique des Pays-Bas à Liège", composée en 1828 pour fêter le retour à Liège du cœur de Gréty (Dans sa Revue musicale de 1829, Fétis nous en livre un bref commentaire: "…c’est un digne hommage rendu à la mémoire de ce musicien célèbre. Dans l’examen que nous avons fait de la partition, nous avons remarqué des effets d’instrumentation et de disposition des masses qui font beaucoup d’honneur au talent de M. Daussoigne. La manière dont il a employé comme accompagnement l’air Vive Henri quatre et l’air national des Pays-Bas réunis, est une idée heureuse", et d’ajouter : "Cet ouvrage ne se vend point ; il a été gravé pour être distribué gratuitement") ; une Symphonie héroïque, tableau militaire accompagné de chœurs, dédiée à S. M. Léopold Ier, qui en fait est une cantate composée peu après la révolution de 1830 ; une cantate Journée de la Révolution, jouée à Liège puis en 1834 à Bruxelles à l’Eglise des Augustins, avec 500 exécutants ; une Marche des Belges ; un recueil de Six Mélodies, paroles françaises, italiennes et anglaises : Aubade, L’Ame d’un ange, Il m’aimait tant… (Londres, Metzler et Co.) ; Regrets, lied ; Romance sans paroles (1860) ; les transcriptions et arrangements pour piano : Joseph : A peine au sortir de l’enfance, romance, musique de Méhul, paroles de Duval (Paris, magasin de Musique de Cherubini), Joseph ou Iacob et ses fils en Egypte (Paris, Beul) ; les motets : O Crux ave, Super flumina Babylonis, Domine salvum fac regem ; et des recueils de chants religieux et de chœurs en langues française et flamande (2 volumes, Bruxelles, Lahou, 1845) et de chants religieux extraits des œuvres de Allegri, Carissimi, Cherubini, Danjou, Durante, Haendel, Haydn… (Bruxelles, Lahou, 1843).

Retraité du Conservatoire de Liège en 1862, Joseph Daussoigne-Méhul, qui était également un "esprit littéraire et très cultivé", écrivant "avec beaucoup de finesse et de fermeté" (Pougin), continua de livrer des communications, publiées notamment dans le Bulletin de l’Académie royale de Belgique qui l’avait élu membre associé pour la musique, classe des Beaux-Arts le 6 février 1846. Ainsi, depuis cette année il a fait paraître dans cet organe :

Joseph Daussoigne-Méhul, photo Ghemar Frères (détail), Photographes du Roi, Bruxelles, © Conservatoire royal de musique de Liège
Seul portrait connu de Joseph Daussoigne-Méhul
(détail de la photo en titre)

- Projet d'un musée pour les instruments de musique dont les européens firent successivement usage depuis le XIIe siècle.
- De l'enseignement du chant aux enfants dans les écoles primaires de Belgique.
- Rapport sur les trois Mémoires envoyés au concours de 1847.
- Rapport sur le Mémoire de M. le comte de Robiano.
- Projet d'un concours national en 1856 pour la composition d'une symphonie.
- De l'indifférence des jeunes musiciens a l'égard des lois qui leur sont imposées par les grands concours de composition.
- De l'importance des voyages imposés aux pensionnaires par le règlement des grands concours de composition musicale
- De l'impossibilité de certains mots employés par Catel dans son Traité théorique de l'harmonie moderne.
- Essai philosophique sur l'origine, le caractère et les transformations de la musique théâtrale.

La Revue et Gazette musicale de Paris a publié aussi dans son volume XV, année 1848 (pp. 135-137), une courte étude de Daussoigne-Méhul sur l’Archéologie musicale.

Egalement membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France à partir de 1834, Léopold Ier de Belgique, par arrêté royal du 2 octobre 1859 (Moniteur du 13 octobre) le promeut au grade de commandeur de l’Ordre royal de Léopold, avec ces motifs "Voulant donner au sieur Daussoigne-Méhul (J.), directeur du Conservatoire royal de musique de Liège depuis plus de trente ans, membre de la classe des beaux-arts de l’Académie royale de Belgique, un nouveau témoignage de notre haute satisfaction pour les services éminents qu’il continue à rendre la direction du Conservatoire."

Joseph Daussoigne-Méhul s’éteignit à Liège le 10 mars 1875 et suivant les dernières volontés son corps fut ramené à Givet pour y être inhumé. Avant de s’installer en Belgique, il avait épousé, sans doute à Paris, Marie-Adélaïde Bellet, dont le père, Alexandre-Godefroy, entrepreneur de bâtiments à Paris, habitait (en 1851) 3 rue Blanche. On connaît au moins un enfant issu de ce mariage : Alexandre-Gustave Daussoigne-Méhul. Né le 20 mars 1830 à Liège, décédé dans cette même ville en mai 1902, celui-ci effectua ses études musicales au Conservatoire de Liège avant de faire une carrière de pianiste, organiste et compositeur. On lui doit de la musique de chambre (Sonate pour violon et piano, Le chant des oracles pour violon, piano et orgue, plusieurs pièces pour piano et harmonium : 1er et 2ème Duo concertant, Trois Duos sur des motifs d’"Obéron" de Weber, Fantaisie brillante sur "Le Barbier de Séville" de Rossini, Fantaisie sur "Don Pasquale" de Donizetti, Souvenir de "Norma" de Bellini) ; des pages pour piano (Etude de salon, Feuille d’album, Mazurka, Chœur et Menuet d’"Armide" de Gluck pour piano et orgue melodium), pour orgue ou harmonium (Andante, Elévation en ré, Saltarelle, Rêverie) ou pour harmonium seul (Douze Préludes pour l’étude de la soufflerie à l’harmonium, Soirée musicale sur le "Freischtuz" de Weber, Deux Morceaux de salon pour orgue melodium, Deux Morceaux de salon pour orgue Alexandre) et des mélodies pour voix et piano (Ma belle amie est morte, sur un poème de Théophile Gautier). Egalement critique musical, il est en 1861 le correspondant à Londres de L’Univers musical. Sans doute est ce lui le père du capitaine de l’U.S. Navy William Nicholson Jeffers, dont le monument funéraire est encore visible de nos jours au cimetière de l’Ecole navale des Etats-Unis à Annapolis (Maryland) : les inscriptions gravées sur sa pierre tombale nous apprennent que ce militaire américain, né le 31 mars 1877 et décédé le 7 novembre 1936, est fils d’Alexandre Daussoigne-Méhul et d’Anne Burton Jeffers !

Denis Havard de la Montagne

 


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