Albert-Auguste Androt
1781 - 1804
Premier et unique lauréat du Prix de Rome de musique en 1803


À l'instigation du peintre Charles Le Brun (1619-1690), ornementiste du Château de Versailles (1661), Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), contrôleur des finances du roi Louis XIV (1638-1715) depuis son intronisation en 1661, fonda l'Académie de France de Rome en 1666. Peu enclin à la musique, Colbert voua la nouvelle Académie aux architectes, sculpteurs, peintres et graveurs, ignorant complètement les compositeurs. Cette injustice fut réparée par le Consulat (1799-1804) qui instaura le premier Prix de Rome de musique (par voie de concours) en 1803. Le premier et unique lauréat en fut le jeune Bourguignon de la Côte-d'Or, Albert-Auguste Androt, encore élève du Conservatoire de musique et de déclamation, fondé par la Convention nationale en 1795, mais qui ouvrit ses portes pendant le Directoire (1795-1799).1

Frais émoulu de l'enseignement académique de Charles Simon Catel (1773-1830), Albert Auguste Androt dédicaça son "morceau de concours", sa Cantate intitulée Alcyone2, basée sur les vers du dramaturge Antoine Vincent Arnault (1776-1834)3, à son jeune maître. L'heureux lauréat de ce prix tant convoité réussit à vendre le manuscrit de sa Cantate, qualifiée de "requiem" par Hugo Riemann (1849-1919) par inadvertance, à un "éditeur, marchand de musique et facteur de harpes à la clef d'or" Naderman qui avait pignon sur Rue de la Loi à Paris.

D'après le texte qui précède la partition, Alcyone est écrite pour (sic) : Flauti, Oboi, Clarinetti, Corni in Ut, Corni in Ré, Fagotti (bassons), Violini 1 et 2, Viola (alto), Canto, Bassi.

Après une introduction (Lento), peu convaincante et sans contenu : violons et contrebasses commencent en unisson, ensuite les violons imitent les contrebasses avant de s'émanciper rythmiquement et dynamiquement, vient le récitatif:

"Ombre en pleurs, gémissante voix, quel sort annoncez-vous à la triste Alcyone
Est-ce un avis que le destin me donne
T'ai-je embrassé pour la dernière foi
Jamais songe plus horrible, jamais présage plus terrible n'avait en son absence effrayé mes Esprits
...des compagnons de son naufrage n'ai-je pas entendu les cris, d'un vaisseau les vastes débris n'ont-ils couvert ce rivage
... c'est le flot qui gémit, c'est le vent qui frémit
Astre propice, astre du jour, hâte-toi d'éclairer le monde, viens rétablir par ton retour la paix dans mon coeur sur l'onde
Dieux sans pitié, destin perfide, ce corps glacé, ce front livide, c'est mon amant, c'est mon époux."

Ni le sujet d'Antoine Vincent Arnault, ni les vers harmonieux, bien cadencés et rythmés d'inspiration racinienne de sa musique verbale, n'émurent point le compositeur d'Alcyone qui se contenta d'illustrations sonores, souvent très dépouillées ou peu compatibles avec le texte. L'action dramatique d'Arnault ne provoqua aucune réaction psychologique d'Androt qui fait évoluer son oeuvre dans une ambiance terne et pesante.

L'éditeur parisien Naderman publia aussi Trois Quatuors pour 2 violons, alto et basse (sic) d'Albert-Auguste Androt, dédiés à Catel4, et en devint propriétaire. Il s'agit des Quatuor IV, opus H, en ré majeur, en trois mouvements : Allegro englobant un "tempo de Siciliana" en la mineur, Minuetto vivace et Finale en ré majeur ; Quatuor V, opus J : Allegro non troppo en fa majeur avec un Trio en la bémol majeur, Fantasia en ut majeur (peu fantaisiste) et Finale en fa majeur ; et Quatuor VI, opus K : Maestoso en ut mineur contenant quelques timides éléments chromatiques, Andante en mi bémol majeur avec certains points d'exclamation, Allegro assai ma non presto en ut mineur assez simpliste et peu concluant.

Comme dans sa cantate, les anadiploses, les épiphores et les anaphores du langage sonore très impersonnel d'Androt mettent en évidence la pauvreté de son vocabulaire, la monotonie de ses développements et l'absence permanente d'imagination, d'élan et de sensibilité.

Nos commentaires sont basés sur les oeuvres d'Androt composées à Paris avant son départ à la Villa Médicis à Rome qu'on trouve à la Bibliothèque nationale en microfilm.

Il paraît qu'Albert-Auguste Androt travailla avec acharnement à Rome, qu'il reçut des conseils utiles d'un certain Pietro Gulielmi (1763-1817) qui l'introduisit dans les salons aristocratiques de la capitale italienne et lui trouva des commandes. Malheureusement, le jeune lauréat du premier Prix de Rome ne resta que sept mois à la Villa Médicis, où il succomba à une fièvre quarte hémorragique le 19 août 1804 sans avoir eu le temps de dévoiler la face cachée de son talent, reconnu par ses professeurs et le jury du Concours de Prix de Rome.5

La bibliothèque de la Villa Médicis possède la partition de son oeuvre maîtresse De Profundis, jouée à Rome, à l'église San Lorenzo, pendant l'office religieux de ses obsèques. Il paraît que Hector Berlioz (1803-1869), pensionnaire de la Villa Médicis en 1830, apprécia cette oeuvre d'Albert-Auguste Androt.

Voya Toncitch

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1) Créé à l'initiative du capitaine Bernard Sarrette (1765-1858), fondateur de l'École de musique de la Garde nationale parisienne le 16 thermidor an III, avec François-Joseph Gossec (1734-1829), le Conservatoire de Paris fut la première école supérieure de musique d'état dans le monde. (Les conservatoires de Naples et de Milan furent fondés en 1808, suivis de ceux de Vienne et de Prague.) [ Retour ]

2) Alcyone, déité grecque, fille d'Éole, épouse de Céyx, se jeta à la mer, désespérée après sa mort dans un naufrage. D'après la mythologie, le couple fut changé en alcyons, oiseaux maritimes qui pondent sur les flots. [ Retour ]

3) Arnault, membre de l'Académie française, élu en 1799, exclu par l'Ordonnance en 1816, réélu en 1829. [ Retour ]

4) Catel, élève de Gossec, fut co-fondateur et professeur du Conservatoire de Paris et membre de l'Institut. Il publia en 1802 un Traité d'harmonie très prisé à l'époque et connut certains succès avec ses opéras inspirés par les oeuvres de Voltaire: Semiramis en 1802 (livret de Philippe Desriaux) et Les Bayadères en 1810 (livret de Jalabert). Les historiens de la musique lui reprochèrent le manque d'originalité, mais reconnurent ses aptitudes pédagogiques. [ Retour ]

5) Les peintres Augustin Gaudar de la Verdine (1780-1804) et Fulchran-Jean Harriet (1776-1805) moururent du même mal en 1804 et en 1805 respectivement, le peintre franco-belge Joseph-Benoît Suvée (1743-1807), directeur de la Maison de France pendant 11 ans, mourut d'une "crise de colère" en 1807. Le grand architecte Jean-Baptiste Dédeban (1781-1850) sombra dans la démence et fut rapatrié en France accompagné d'un gendarme. Ils séjournèrent tous à Rome en même temps que Albert-Auguste Androt et leurs oeuvres demeurent présentes au XXI siècle, dans les musées, les galeries et les collections privées, ainsi que celles du peintre Bousselier qui se noya par dépit amoureux un peu plus tard. On peut constater également que les noms des camarades d'Albert-Auguste Androt au Conservatoire, François Joseph Fétis (1784-1871) et François Antoine Habeneck (1781-1849) demeurent présents dans les histoires de la musique, les dictionnaires ainsi que dans les documents afférents à la vie musicale à Paris au XIX siècle. [ Retour ]

 


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