PHILIPPE BELLENOT
" pianiste charmeur " !

Philippe Bellenot
Philippe Bellenot vers 1909
Musica, 1909, coll. DHM )

 

En 1879, Philippe Bellenot, un ancien élève de l'Ecole de musique classique et religieuse de Louis Niedermeyer, prenait ses fonctions à l'orgue de chœur de l’église St-Sulpice à Paris. Il restera près de 50 ans au service de cette paroisse ! " Le petit frisé, Parisien pur sang, c'était Philippe Bellenot. Sorti élève distingué et couronné de l'Ecole, il obtint vite la succession de l'orgue de chœur de Saint-Sulpice qu'avait occupé son camarade et ami André Messager ", écrivait Marie-Joseph Erb1, un autre ancien élève de Niedermeyer.

Né le 24 janvier 1860 à Paris II°, fils d’Eugène Bellenot et de Virginie Gizolmer, Philippe Bellenot était entré à l'âge de 13 ans à l'Ecole de musique classique et religieuse où il eut notamment Gigout pour professeur. En 1878, il allait terminer ses études musicales au Conservatoire national supérieur de musique de Paris dans les classes de Massenet et de Mathias. En dehors de Saint-Sulpice, il suppléait souvent son maître Gigout au grand orgue de Saint-Augustin. Considéré par l’Abbé Joubert, dans " Les Maîtres contemporains de l’orgue " (1914), comme " l'un des maîtres de chapelle les plus en vue de la capitale ", il a abondamment composé de la musique pour l'église : des messes, des motets divers à 3 et 4 voix, des pièces pour orgue (Prélude en do), un oratorio Sainte Thérèse, une Cantate à Jeanne d’Arc, des mélodies (Les Mouettes, Au temps des châtelaines, Sonnet d’Eugène Boyer), des chœurs à voix égales et mixtes, des pièces pour piano et instruments à cordes, et également pour le théâtre, dont une comédie musicale Le Cœur dormant, un opéra Un Début, et une féerie musicale japonaise en 2 actes Naristé. Ecrite sur un poème de M. Alban de Polhes, elle fut donnée en mars 1909 à l'Opéra de Monte-Carlo par Mmes Bessie Abbot, Marguerite d’Elty, Mary Girard et MM. Swolfs, Chalmin, Philippon et Marvini

Chevalier de St-Grégoire le Grand, lauréat du Prix Cressent et de la fondation Pinette, Philippe Bellenot a enseigné le plain-chant à l'Ecole Niedermeyer (1900-1902).

En 1884 à St-Sulpice Philippe Bellenot passa de l’orgue de chœur à la tête de la maîtrise, prenant ainsi la succession de Charles Bleuse, laissant ses claviers à Jérôme Gross. Il assura ses nouvelles fonctions jusqu'à sa mort arrivée au début de l'année 1928, lors d’un séjour à Locarno (Suisse). Georges Renard, maître de chapelle de Saint-Germain-l'Auxerrois et également ancien élève de l'Ecole Niedermeyer, écrivait dans la Revue Sainte-Cécile de février 1928 :

" On sait bien, de par le monde musical, que Philippe Bellenot était un pianiste charmeur; on sait qu'il improvisait à l'orgue de brillante façon; on sait qu'un don singulier lui avait permis d'écrire des œuvres attachantes qui connaissent la ferveur du public; on sait qu'il fut pendant quarante quatre ans à St Sulpice, le magicien des belles exécutions. Il avait une baguette incomparable. Il faut l'avoir vu diriger pour comprendre la persuasion entraînante d'un geste souple. En outre, il avait imaginé qu'à l'édifice grandiose et lumineux on devait fournir une expression sonore fastueuse et décorative. Conseillé par l'habitat, il avait cru pouvoir illustrer dans ses propres œuvres les conditions de la musique religieuse à Saint-Sulpice. "

Réponse de Ph. Bellenot à une enquête de l'UMCO
Réponse manuscrite de Philippe Bellenot à une enquête de l'Union des Maîtres de Chapelle et Organistes concernant le "fixe" dans les églises, avril 1923
( coll. D.H.M. )

Marie-Joseph Erb nous livre quelques précisions supplémentaires "...Bellenot, du petit orgue, passa bientôt à la direction de la maîtrise et ce fut à Gross, également élève de l'Ecole, qu'échurent les claviers de l'orgue de chœur. Alors commença avec Widor au grand orgue, une longue période d'offices d'une haute tenue musicale. C'était merveille d'entendre le fondu des productions de ces trois artistes. " Enfin Widor lui même, dans l'article nécrologique qu'il lui consacre rappelle, à propos des œuvres de Bellenot "... les pages hors paires du grandiose Sanctus (en ré) suivi du séraphique Benedictus, du charmant Ave Maria (à 3 voix), du Kyrie et de l'Agnus (en ut) de sa dernière Messe " et précise : " Durant une collaboration de cinquante ans, aucun désaccord entre nous; rien ne vint jamais troubler notre amicale camaraderie. Bellenot était modeste, sincère, ignorant la méchanceté, aimant profondément la musique, ne vivant que pour cet art que, chaque jour, il pratiquait ad majorem Dei gloriam."2

Le lundi 29 novembre 1926 à 16 heures eut lieu à St-Sulpice une " Audition du grand-orgue par M. Ch. M. Widor à l’occasion de la restauration de l’instrument ", au cours de laquelle il interpréta sa Symphonie gothique et le final de la Passion selon Saint-Mathieu de J. S. Bach. On put également entendre ce jour là les " Chanteurs de la Sainte-Chapelle ", sous la direction de l’abbé Delépine, exécuter deux œuvres inédites de Widor : un Ave verum corpus et un Ave Maria, et la maîtrise paroissiale dirigée par Philippe Bellenot chanter trois autres pièces du même pour chœur et deux orgues (Widor et Charles Pineau) : Tu es Petrus, Tantum ergo, Quam dilecta.

Bellenot entretint longtemps une correspondance amicale et artistique avec Saint-Saëns, qui lui avait autrefois prodigué quelques conseils3. L’auteur du Carnaval des animaux affirmait que l’épouse du maître de chapelle de Saint-Sulpice, Amélie Bellenot, une pianiste talentueuse, ressemblait " trait pour trait à Mme de Maintenon. " C’est Philippe Bellenot d’ailleurs qui avait " ressuscité " en 1889 à Saint-Sulpice la Messe à quatre voix, soli et chœurs, op. 4 (éditée en 1857) de Saint-Saëns, au sujet de laquelle le compositeur déclara lui-même plus tard qu’elle était une " momie d’une civilisation paradoxale, témoignage irrécusable de l’insanité de l’auteur." !

En octobre 1901, lors de la création de son Offertoire pour la Toussaint, Saint-Saëns écrivait à Bellenot : " il faut faire beaucoup plus fort à l’orgue [...] mais quelle justesse de mouvement et comme c’est bien chanté " et plus tard, en 1909, tout en le remerciant d’exécuter sa musique très rarement jouée dans les églises, il commentait : " elle est pourtant facile à chanter, agréable à entendre et s’accommode bien avec les cérémonials. Ah ! Si elle était de César [Franck] !"

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Episodes de la vie d'un musicien d'Alsace, in la revue L'Orgue, n° 45 (1947). [ Retour ]

2) Bulletin de l'Union des Maîtres de Chapelle et Organistes, n° 2, janvier 1928, p. 16. [ Retour ]

3) Cette importante correspondance (200 L.A.S.) de Camille Saint-Saëns adressée entre 1886 et 1921 à Philippe Bellenot appartenait à Eugène Rossignol. Elle a été mise en vente à l'Hôtel Drouot (Paris) les 22 et 23 mai 1997 (voir catalogue). [ Retour ]

 


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