Martin BERTEAU et le violoncelle en France

 

Martin Berteau par Lépicié
Martin Berteau,
sanguine du peintre parisien Nicolas Lépicié (1735-1784), portant au verseau " Bertauld, bassiste, né à Valenciennes en 1700, mort en 1780 ", vendue aux enchères le 3 décembre 1965 à Drouot (Paris).

En 1979, nous avons eu l’occasion de trouver, dans le Larousse en six volumes, un article biographique sur Martin Berteau ; en raison d’antécédents familiaux musicaux, du lieu de naissance de ce Martin Berteau (Valenciennes dans le Nord, région d’origine de notre lignée paternelle) nous avons entrepris quelques recherches afin d’essayer d’établir un lien éventuel. C’est le fruit de ces recherches que nous allons essayer d’exposer, sachant les imprécisions inhérentes à la relative ancienneté des événements.

Le Larousse de la Musique publie la rubrique suivante :

" Berteau (Martin), violoncelliste et compositeur français, né à Valenciennes vers 1700, mort en 1756. d’abord adonné à l’étude de la viole de gambe, il  délaissa rapidement cet instrument pour travailler le violoncelle. Virtuose bientôt célèbre, il se fit entendre à Paris, pour la première fois en 1739. Il forma de nombreux élèves, dont Duport l’Aîné. Ses œuvres pour violoncelle (concertos et sonates) sont introuvables, exception faite d’une "Etude en sol" et d’une" sonate en la mineur". "

Nous avons pris des contacts avec Monsieur Raymond Loucheur, à l’époque directeur du Conservatoire national de musique de Paris, Grand Prix de Rome, natif de Tourcoing (Nord), mais venu, très tôt, à Barentin (Seine-Maritime), notre ville natale. Notre arrière grand-père, Alphonse François Berteau était venu s’y installer vers 1875, répondant à une sollicitation des Etablissements Badin qui recherchaient un chef d’orchestre pour leur Harmonie ; notre aïeul avait été musicien militaire pendant plusieurs années en Algérie et fut donc directeur de cette Harmonie. Il va sans dire que notre grand-père, Alphonse Florimond et ses deux fils, mon père Raymond et notre oncle Denis, furent également musiciens amateurs et que, personnellement, notre grand-père nous donna des leçons de musique et de clarinette. Il se trouve aussi que celui-ci donna ses premières leçons de musique à Raymond Loucheur qui devait avoir la brillante carrière ci-dessus évoquée.

Sur les conseils de Raymond Loucheur et du secrétaire du Conservatoire national de Paris, Fred de Kaey qui était un de nos proches amis, des contacts furent établis notamment avec Madame Sylvette Milliot, auteur d’une thèse sur  L’école du violoncelle en France qui nous fit parvenir une copie du chapitre consacré à Martin Berteau. D’autres contacts avec la Bibliothèque municipale de Valenciennes nous procurèrent des documents supplémentaires ; enfin la consultation des Archives départementales du Nord et de celles du Maine-et-Loir, ainsi que de la Bibliothèque municipale d’Angers permirent la collecte de certains documents qui nous permettent d’esquisser le portrait de ce personnage.

On retrouve aux Archives départementales du Nord un acte de baptême en date du 3 février 1691, établi par le Curé de la paroisse Saint Nicolas de Valenciennes, concernant " Martin, fils de Pierre Berteau et Anne Lemay", le parrain étant Martin Gonsale, la marraine, Elisabeth Marchand. Mais il est difficile d’affirmer cette date, de dire s’il s’agit effectivement de notre Martin Berteau, certains auteurs s’étant intéressés à lui mentionnant plutôt une fourchette entre 1700 et 1708, mais, à vrai dire, sans jamais avoir apporté un quelconque document d’authentification. Sa famille aurait été "modeste, capitée en 1697 à une livre, rue de Beaumont".

Nous ne possédons aucun renseignement sur ce que furent ses premières années, pas plus que sur son apprentissage musical. Les premiers documents apparemment officiels le consacrent déjà en sa qualité de musicien reconnu. Il semble que, dans sa jeunesse, il ait joué de la viole de gambe et qu’il voyageait beaucoup, surtout en Allemagne. Cela témoigne, probablement, en ce début du XVIIIe siècle, de moyens évidents, mais montre aussi que les musiciens, comme bon nombre d’autres artistes, voyageaient beaucoup, se créant des carrières internationales. En Bohême, il reçut des leçons de viole d’un musicien nommé Kozaiz (ou Kozecz) ; il acquit une grande habileté sur cet instrument mais il y renonça par la suite, ayant découvert le violoncelle qui l’avait séduit par la puissance de ses sons et, dit-on " par son large caractère dans le chant." L'audition d'un récital du plus grand violoncelliste du commencement du dix-huitième siècle Franciscello décida de sa nouvelle vocation. Il faut préciser que le violoncelle était d’un usage plus courant, en Italie, depuis plus de cinquante ans auparavant. On ne sait s’il abandonna la viole de gambe pour le violoncelle ou s’il joua simultanément sur les deux instruments. Ce qui est certain c’est que cette conversion coïncide, chronologiquement, avec la bataille, en France, entre la viole de gambe et la famille du violon. Au début du XVIIIe siècle, en France les plus grands virtuoses de la viole de gambe sont Marin Marais (1656-1728), Antoine Forqueray (1671-1745) et Louis de Caix d’Hervelois (1670-1760). Antoine Forqueray aurait essayé de jouer du violoncelle à la cour de Louis XIV, mais le Roi lui enjoignit de ne jouer que de la viole de gambe. Un pamphlet daté de 1740, dit de Le Blanc, prend la "Défense de la basse de viole contre les emprises du violon et les prétentions du violoncelle" en ces termes :

" le violoncelle qui, jusque là, s’était vu misérable cancre, haire et pauvre diable, dont la condition avait été de mourir de faim, point de franchir lippée, maintenant se flatte qu’à la place de la basse de viole, il recevra maintes caresses ; déjà il se forge une félicité qui le fait pleurer de tendresse. "

 

Le talent de Martin Berteau fut vite reconnu et lorsqu’il rentra en France il introduisit cet instrument et fut considéré comme un prodige. En 1726, il joua à la chapelle Saint-Pierre à Valenciennes. En 1739, il se produisit pour la première fois au Concert-Spirituel recueillant l’enthousiasme général à l’occasion d’un Concerto de sa composition (selon Dom Philippe Joseph Caffiaux, bénédictin, né à Valenciennes en 1712, mort à Paris le 26 décembre 1777, auteur d’une volumineuse histoire de la musique, publication annoncée en 1756 mais demeurée inédite, dont le manuscrit est conservé à la Bibliothèque Nationale). Mais, s’il ne se passait pas d’année où on ne le pressât de se faire entendre dans cette institution, Caffiaux signale " qu’avec son talent extraordinaire, il n’avait pas celui de faire sa fortune, ce qui et là le propre des hommes de talent." Un véritable engouement pour la musique se dessina au cours du dix-huitième siècle auprès de la bourgeoisie, avec l’apparition de concerts privés. Une anecdote que Martin Berteau a souvent racontée lui-même, va faire connaître son génie. Tandis qu’il jouissait à Paris de la gloire de n’avoir aucun égal, un ambassadeur, ami de la musique, l’engagea à venir faire les délices d’une nombreuse compagnie qu’il avait rassemblée. Le musicien, complaisant, vint. Il joue, il enchante. L’ambassadeur, satisfait, lui fait donner huit louis et donne l’ordre de le conduire à son logis dans son propre carrosse. Berteau, sensible à cette politesse, mais ne croyant pas ses talents assez bien récompensés par un présent si modique, remit les huit louis au cocher en arrivant chez lui, pour la peine que celui-ci avait eue de le reconduire. L’ambassadeur le fit venir une autre fois et, sachant la générosité qu’il avait faite à son cocher, il lui fit compter seize louis et ordonna qu’on le reconduisît encore dans sa voiture. Le cocher, qui s’attendait à de nouvelles largesses, avançait déjà la main ; mais Berteau lui dit : " Mon Ami, je t’ai payé pour deux fois."

Flippart, graveur du Roi, ami de Martin Berteau, rapporte que, lorsqu’il voulait entendre de la bonne musique, il lui écrivait : " Mon Cher Ami, nous sommes quatre qui avons envie de manger avec vous un superbe dindon ; si vous êtes de loisir, nous nous rendrons demain chez vous, en y faisant apporter tout ce qui sera nécessaire pour nous régaler complètement." Berteau répondit :  "A midi précis." Le repas était pris dans une ambiance de gaîté, mais on se gardait de parler musique. Lorsque les convives se levaient pour prendre congé de lui, Martin Berteau les retenait et leur disait : "Mes amis, vous m’avez régalé, c’est à mon tour." Et il prenait son violoncelle.

Un jour, un négociant de Valenciennes le priant à dîner ajouta à la fin de l’invitation : " Surtout n’oubliez pas votre basse. " Le jour du dîner, Martin Berteau écrivit pour s’excuser de ne pouvoir y assister. Il ajouta à sa missive que, puisque l’on tenait tant à sa basse, il se faisait un plaisir de l’envoyer. Nous espérons qu’il put ensuite la récupérer!

Martin Berteau fit partie, en qualité de "dessus de violon", de la maîtrise de la chapelle Saint Pierre de Valenciennes. Il est probable que cette maîtrise soit très ancienne et qu’elle prit part à l’éclosion de talents que recelait la Flandre en la fin du XVIe siècle. Dès la fin du siècle suivant, un document ("Estats de la musique de la Chapelle Saint Pierre") fait état de la présence de violons et d’une basse de viole à Saint Pierre. Signalons que les premières violes auraient été introduites à la cathédrale Sainte Trophime d’Arles en 1614, puis à la cathédrale de Rouen en 1626. Un siècle plus tard, en 1726, la présence de Martin Berteau est attestée à la chapelle Saint Pierre, en qualité de "premier dessus de violon", alors que l’on signale également la présence de Cornil Berteau, comme "basse de viole". Il ne s’agit certainement pas de son fils, Corneille, né en 1736 ; il est plus probable qu’il s’agit d’un cousin.

L’opinion semble unanime : les chroniqueurs s’accordent pour reconnaître à Martin Berteau un talent de premier ordre pour son temps ; malheureusement son mérite était terni par son penchant immodéré pour le vin, défaut assez commun, signale-t-on, "aux peintres, aux poètes, et surtout aux musiciens de cette époque." Mais il semble que sa propension à l’égard du vin l’amena à moins travailler. On raconte qu’à la fin de sa vie, il réclamait souvent avant de jouer, au maître de maison, ce qu’il appelait "la colophane", poétique euphémisme pour désigner une bouteille qu’il plaçait sous son tabouret avant d’exécuter un morceau.

Son mérite le fit choisir pour professeur du Dauphin, fils de Louis XV. La sœur du Dauphin, la Princesse Henriette Anne (1727-1752) jouait de la viole de gambe, instrument qui avait un grand succès en France, à cette époque. Le souverain, selon le musicologue Norbert Dufourcq, ne voyait dans la musique qu’un art d’agrément de voix et non pas un moyen d’enrichir la pensée française. Il fit néanmoins bon accueil au Concert-Spirituel, première série de concerts publics parisiens, créé en 1725, à la demande d’Anne Danican Philidor (1681-1728), en accueillant dès 1725, des orchestres dans la salle des Suisses de son palais des Tuileries. Jean-Jacques Rousseau estimait que "ce concert tient lieu de spectacle public à Paris, durant le temps où les autres spectacles sont fermés. Il est établi au Château des Tuileries ; les concertants y sont très nombreux et la salle est fort bien décorée. On y exécute des motets, des symphonies et l’on se donne le plaisir d’y défigurer de temps en temps quelques airs italiens." Toujours selon Norbert Dufourcq, "Louis XV s’éprit de la fille d’un Polonais qui cultive l’art sonore et qu’il épousa. Il éleva les sept enfants qu’elle lui donna dans l’amour de la musique." C’est ainsi que Martin Berteau passa quelques années à Paris et à Versailles. Mais, trop franc, il perdit sa situation : "Monseigneur, dit-il un jour au dauphin, je vous vole votre argent.- Pourquoi, Berteau, dit le jeune dauphin ? - Monseigneur, je n’ose vous le dire. – Dis, je te l’ordonne. – Monseigneur, c’est que vous ne saurez jamais rien." Le prince le récompensa de sa franchise, mais cessa de prendre des leçons.

Néanmoins en 1745 le Roi donna un bal à l’Hôtel de Ville à l’occasion du mariage du Dauphin. Sur un tableau représentant cette cérémonie figure une tribune où sont installés les musiciens, parmi lesquels on remarque deux violoncellistes ; on peut se demander si l’un d’eux n’est pas Martin Berteau?!

Martin Berteau partit alors pour l’Angleterre où il obtint de brillants succès et gagna beaucoup d’argent. Mais il n’en fut pas plus riche car il le dépensait sans compter quand il ne l’employait pas à secourir des collègues peu fortunés qui n’avaient jamais en vain recours à lui. La misère le ramena à Versailles où un luthier qui l’avait connu le recueillit. Il se trouvait que le Dauphin avait commandé à ce facteur un violoncelle qu’il devait payer 50 livres, "s’il était bon". Mais, ne trouvant pas les sonorités attendues, il souhaita rencontrer un artiste, ce que sachant, Martin Berteau se présenta au Palais et se fit annoncer ; une certaine réticence liée à sa mise modeste entraîna quelques difficultés mais finalement le Dauphin le reçut et Martin essaya l’instrument. Grâce à son talent il fit sortir des sons extraordinaires de cet instrument et le Prince accepta de l’acheter, versant les 50 livres au luthier et donnant une gratification à Martin Berteau.

De son séjour près du Roi et peut-être plus probablement de la Reine, Martin Berteau devait tirer quelques bénéfices. Il fut nommé en effet Ordinaire de la musique de Stanislas Leczinski, roi de Pologne, ainsi que l’atteste son acte de décès. Mais le Roi de Pologne était aussi Duc de Lorraine, à l’époque état souverain et indépendant qui ne sera rattaché à la France qu’en 1766. Le Duc de Lorraine avait été, pendant un temps, également Duc d’Anjou et nous pensons que cela explique le fait que Martin Berteau soit décédé à Angers ; il devait probablement suivre la cour de Stanislas dans ses divers déplacements.

 

Martin Berteau est considéré à juste titre comme le fondateur de l’école de violoncelle en France. Il semble qu’il ait "réglementé" la tenue de l’archet. Il donna de nombreux concerts en France et en Angleterre, et professa à Paris, au Collège des Quatre Nations. Ses dons de pédagogue furent salués par ses nombreux élèves parmi lesquels on trouve (en dehors du Dauphin) :

- François Cupis de Renoussard (1732-1808), "basse du grand chœur" à l'Opéra entre 1750 et 1770, auteur d'une oeuvre importante, et frère du célèbre violoniste Jean-Baptiste Cupis de Camargo.

- Joseph Rey (1738-1811), qui exerça à l'Opéra de Paris et à la Chapelle royale. C'était le frère du chef d'orchestre et compositeur Jean-Baptiste Rey, qui lui également exerça à l'Opéra de Paris.

- les frères Janson : Jean-Baptiste Aimé Joseph, dit l’Aîné, né à Valenciennes le 8 mars 1742 et mort à Paris le 2 septembre 1803 ; comme son maître, il se fit entendre au Concert-Spirituel en 1755 et fit partie de la Musique du Prince de Conti. Par la suite, il fut, semble-t-il, au service du duc de Brunswick, en Italie (1766-1771). Il voyagea à travers toute l’Europe, revint en 1788 à Paris en qualité de Surintendant de la musique de Monsieur, le futur roi Louis XVIII. En 1795 il fut appelé à enseigner au Conservatoire de Paris nouvellement créé. Louis Auguste Joseph, son frère cadet, né à Valenciennes le 8 juillet 1749 et mort à Paris après 1815, vint à Paris en 1763 et se produisit également au Concert-Spirituel. Il fit quelques tournées de concerts et entra comme violoncelliste à l’orchestre de l’Opéra de Paris de 1789 à 1815. Les deux frères Janson ont publié d’assez nombreuses compositions dont six Quatuors à cordes, six Trios, des Sonates et des Concertos.

- Jean-Pierre Duport, dit "l’Aîné" (1741-1818), débuta sa carrière au Concert-Spiriruel en 1761. Premier violoncelle à l'Opéra de Paris, puis Surintendant de la Musique de Frédéric, il est l'auteur notamment d'un "Essai sur le doigté du violoncelle".

- Jean-Louis Duport, dit "le Jeune" (1749-1819), frère du précédent, et son élève avant d'être celui de Berteau. Il débute au Concert-Spirituel en 1768, puis se produit plus tard à l'Opéra, à la Chapelle Impériale, avant d'enseigner quelque temps au Conservatoire de Paris de 1813 à 1816.

- Joseph Tillière, "violoncelliste ordinaire de l'Académie royale de musique", auteur d'une "Méthode pour le violoncelle" parue en 1764.

- Jean-Baptiste Bréval (1753-1823) aurait été son dernier élève. Egalement formé par François Cupis, il entre en 1776 à la Société académique des Enfants d'Apollon, se produit au Concert-Sprituel et écrit un "Traité de violoncelle" paru à Paris chez Imbault en 1804.

Tous ces élèves ont propagé à leur tour l'art de toucher le violoncelle tel que leur maître leur avait enseigné, ainsi que celui de l'accompagnement de la voix, domaine dans lequel Berteau excellait également.

Jean Benjamin de Laborde, dans son "Essai sur la musique" (1780), estime que " Monsieur Bertaud fut le professeur qui contribua le plus à la perfection de cet instrument par la manière étonnante dont il en joua." Quant à Jean-Jacques Rousseau, à propos des " sons harmoniques ", dans son "Dictionnaire de la musique" (1768), il déclare : " il faut, pour en bien juger, avoir entendu Mr Mondonville tirer sur son violon ou Mr Bertaud sur son violoncelle, des suites de ces beaux sons." Plus récemment, Marguerite Campbell, dans son "Great cellists" (1988), estime que" la beauté du son et la profondeur de l’expression semblaient être ses qualités principales ; il utilisait et développait les harmoniques, inhabituelles, à cette époque, pour le violoncelle." Elle fait notamment remarquer la façon dont Martin Berteau tenait son archet, héritage de ses antécédents de gambiste.

 

Martin Berteau n’était pas seulement un instrumentiste remarquable ; il était aussi un compositeur distingué. Parmi les œuvres qu'il a composées on trouve, dans les anciens catalogues des éditeurs de musique à Paris, l’indication de quatre Concertos de violoncelle qu'il exécuta en personne au Concert-Spirituel. Plus tard, aux XIXe siècle (vers 1860), un Concerto pour violoncelle a été publié à Paris chez Jouve ; nous ignorons s’il s’agit d’une nouvelle édition d’un des 4 Concertos précités. On doit encore à Berteau trois livres de Sonates pour violoncelle et basse continue qui ont été jouées à Paris. Mais ses Concertos et Sonates sont introuvables de nos jours exception faite, peut-être, d’une Etude en sol et d’une Sonate en la mineur. Il existe aussi un ensemble de pièces (Trois sonates et un air varié) pour violoncelle et basse continue, conservé au département de la musique de la BNF à Paris et dont la première est datée de 1759. L'une de ces partitions (4 feuillets) intitulée Sonata del Signora Berteau, porte en page de titre cette annotation d'une autre main : "Berteau célèbre violoncelle, les 2 dernières pages sont de la main de l'auteur" et sur le dernier feuillet cette mention de l'abbé Roze : "Les 2 dernières pages sont de la copie de l'auteur, un des premiers Violoncelles qui ait paru en France. Il a eu pour élève les Jansons et Duport. Ces sonates de violon étaient des meilleures de son tems. Il est mort a angers vers l'an 1772." En 2002, la violoncelliste australienne Eleanor Lewis membre de l’Ensemble Celadon et installée à Lyon, a cependant pu réunir les partitions de 7 Sonates de Martin Berteau lors de ses recherches pour sa thèse de musicologie, soutenue au département de la musique de l’Université de Sydney et consacrée à Martin Berteau : Contextualising Martin Berteau : new perspectives on his works for cello.

La presse du XVIIIe siècle n’est guère loquace. Le Mercure de France d’octobre 1753 mentionne que " le 8 septembre 1753 au concert spirituel Monsieur Baptiste (Baptistin Stuck) joua une sonate de la composition de Monsieur Bertault qui fut applaudie." Un autre numéro de la même revue, daté de septembre 1774, évoque la parution de la méthode de Thillière et atteste que" l’ouvrage réunit les principes par lesquels feu Berteau et Monsieur Tillière son élève sont parvenus à maîtriser le violoncelle et à rendre un instrument propre à exécuter non seulement toutes sortes de basses, mais encore des sonates et des morceaux de chants."

Martin Berteau mourut à Angers, ainsi qu’en fait foison acte d'inhumation passé le 23 janvier 1771 :

"Le vingt-trois janvier mil sept cent soixante et onze le corps de Martin Bertault …musicien, natif des environs de Valenciennes cy devant de la musique du Roi de Pologne Stanislas, décédé d’hyer à l’âge d’environ soixante deux ans a été enterré dans le grand cimetière en présence des sieurs Jean Dujardin et Guillaume Roze, musiciens de la cathédrale, soussignés. ". Il est inhumé le lendemain dans le cimetière Saint Pierre d’Angers, l’une des plus anciennes paroisses de la ville.

En cette seconde moitié du XVIIIe sècle, la musique était de plus en plus à l’honneur à la cathédrale d’Angers. Il est probable que, profitant du séjour angevin de Martin Berteau, l'abbé Nicolas Roze (1745-1819), futur maître de chapelle des Saints-Innocents à Paris, alors maître de chapelle dans la capitale angevine, s’était lié avec lui. Le chapitre était alors préoccupé d’avoir une "bonne musique". Dès qu’une vacance de musicien se produisait, on invitait les meilleurs à venir, en leur payant leur voyage! Les maîtres de musique (ou de chapelle) l'abbé Roze et son successeur en 1775 l'abbé Pierre Voillemont (1750-1814), et plus tard Pierre Varet (1773-1865), composèrent bon nombre de messes et de motets pour être exécutés dans cette église. En 1774 d’ailleurs, les Petits chanteurs d’Angers, auxquels s’étaient joints ceux de Tours, participèrent sous la direction de l’abbé Roze au grand service funèbre célébré à l’occasion du décès du Roi Louis XV ; la messe en musique fut accompagnée par douze violes et quatre hautbois joués par des amateurs de la ville.

De nos jours, un violoncelliste italien, Claudio Ronco, interprète des œuvres de Martin Berteau et a notamment gravé une Sonate en sol majeur op 1n° 3, enregistrée, avec Julie Mondor, à Venise, en l’Eglise Santa Croce degli Armeni, en mai 1996.

La descendance précise de Martin Berteau n'est pas encore connue que de jours ; cependant les recherches que nous avons effectuées, notamment aux Archives départementales du Nord, nous ont permis de relever quelques pistes de recherches : on retrouve un Cornil (ou Corneille) Berteau, "fils de Martin Berteau, musicien " lui aussi, né à Valenciennes en 1716. On constate par ailleurs la présence simultanée de Martin Berteau, "premier dessus de violon" et de Cornil Berteau, "basse de violon", dans la même formation de la Chapelle Saint Pierre en 1726, sous la direction de Pierre Delmotte. Il faut noter, si nos relevés sont exacts, que Cornil Berteau a, alors, 10 ans ! De plus, la co-existence d’un autre Cornil Berteau pose problème, l’un étant né vers 1672, l’autre le 11 février 1716. Par ces personnages, nous pensons avoir fait le lien familial avec Martin Berteau, ainsi résumé ci-dessous :

- Pierre Berteau, né en 1670, épouse Anne Lemaye, parents de :

- Martin Berteau, né en 1691, décédé en 1771, le violoncelliste.

- Jean Berteau (frère de Pierre), marié à Anne Dubois, parents de :

- Jean-Baptiste Berteau, né dans les années 1690, marié à Louise Fromant, parents de :

- Constant Gabriel Berteau, né en 1715, décédé après 1772, marié en 1748 à Marie Thérèse Hennebuth, née en 1726, d'où :

- Charles Joseph Berteau, né en 1752, marié en 1772 à Marie Catherine Delahaye, née en 1752, décédé après l'an X, parents de :

- Charles Emmanuel Berteau (1773- ?), marié en l'an X à Marie Joséphine Petit (1772-1824), parents de :

- Auguste Désiré Berteau (1806-1854), marié en 1829 à Florine Azélie Lemaire (1807- ?), parents de :

- Alphonse François Berteau (1841-1908), marié en 1876 à Zélia Tonnelle (1843-1910), parents de :

- Alphonse Florimond Berteau (1876-1958), marié en 1900 à Modestine Houllière (1876-1931), parents de:

- Raymond Berteau (1902-1983), marié en 1929 à Hélène Vinay (1905-1988), parents de :

- Pierre Berteau (auteur de cette étude), né en 1930, marié en 1956 à Jacqueline Dupray, née en 1931.

 

Enfin, de façon plus récente, nous avons découvert qu’au début du XIXe siècle un Berteau, musicien de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen, mais nous ignorons, à ce jour, son prénom. Sa femme devait être cantatrice attaché à ce même théâtre. Il serait opportun de découvrir des documents sur ce musicien, notamment en ce qui concerne ses origines, car il était… violoncelliste. Un autre Berteau, Gabriel de son prénom, fut élève au Conservatoire de Paris où il obtint, en l’an VII, un second prix de violoncelle.

Quoi qu’il en soit, nous pensons devoir mettre en exergue la personnalité de Martin Berteau, tant il est vrai que nombre d’initiateurs sont tombés dans l’oubli. Puisse Martin Berteau, à travers ces lignes, mais aussi à travers des publications récentes mais trop peu connues, ne pas tomber dans l’oubli de nos contemporains.

Pierre Berteau

 

Audio lecteur Windows Media Martin Berteau, Sonate en fa majeur pour violoncelle et piano, fichier audio par Max Méreaux (DR)

 

 

Bibliographie :

CAFFIAUX : Histoire de la musique.

CAMPBELL M. : The great cellists, Victor Gollancz – London – 1998.

CHORON et FAYOLLE : Dictionnaire de la musique, Valade, imprimeur-libraire, Paris, 1810.

CYR M. : Berteau Martin - The New grove dictionary of music and musicians – Mac Millan London 2001.

DUFOURCQ N : La musique française de 1661 à 1764.

FETIS F-J : Biographie universelle des musiciens, Firmin-Didot, Paris, 1873.

GRAR E. : Bertaut, violoncelliste et compositeur, Revue agricole, industrielle et littéraire du Nord – Société impériale d’agriculture sciences et arts de Valenciennes – 1855 –T7.

LAROUSSE de la musique.

LEWIS E-M : Contextualising Martin Berteau : new perspectives on his works for cello, These Department of Music – University of Sydney – March 2002.

MILLOT S. : Le violoncelle en France au XVIIIème siècle, Champion-Slatkine, Paris, 1981.

PERLOT P. : Musique et musiciens à Valenciennes sous l’Ancien Régime, Valentiana , revue d’histoire des Pays du Hainaut Français, n° 30, décembre 2002.

PORT C. : Les artistes angevins d’après les archives angevines, 1881.

ROUSSEAU J-J : Dictionnaire de la musique, Vve Duchesne Edit., Paris, 1768.

 


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