Léon BOËLLMANN (1862-1897)


Léon Boëllmann, vers 1896
( photo Ch. Reutlinger, Paris, BNF Richelieu. )

A l’occasion du centenaire de la disparition du compositeur Léon Boëllmann, plusieurs manifestations culturelles sont organisées en France dans le courant de l’année 1997 : Festival Boëllmann à Paris; exposition Léon Boëllmann à la Bibliothèque Nationale, département de la musique, 2 rue Louvois, du 2 mai au 31 octobre avec édition d’un catalogue sous la direction de Catherine Massip et Thierry Adhumeau; Académie Internationale d’orgue de Rouen et d’alentour organisée autour du thème Boëllmann et son époque par l’Association Le Puy musical; deuxième livraison des Cahiers Boëllmann-Gigout par l’Association Boëllmann-Gigout (22 rue Montgallet, 75012 Paris); édition d’un compact disque comportant certaines oeuvres de ce compositeur (Fantaisie en la, Suite Gothique, Offertoire sur des Noëls et 13 pièces extraites des Heures Mystiques) interprétées par Jacques Kauffmann à l’orgue de l’église Saint-Etienne de Mulhouse (disque Skardo)... Cependant, ce musicien attachant, passionné de musique, admirateur de Saint-Saëns, Franck, Fauré et Gigout, disparu à l’âge de 35 ans, est méconnu du grand public. Aussi nous allons essayer d’en dresser un portait, sous forme d’une esquisse biographique, afin de mieux le faire connaître.

Léon Boëllmann, sur lequel on sait peu de chose sur sa prime jeunesse, est né sous le Second Empire, le 25 septembre 1862 en Alsace, à Ensisheim (Haut-Rhin), dans un bourg de quelques milliers d’habitants situé non loin de Guebwiller, Rouffach et Mulhouse. Antoine, son père, alors âgé de 48 ans, qui a déjà eu plusieurs enfants lors d’un premier mariage, est le pharmacien de cette petite ville. Sa mère, Marie-Hortense Brazis, bien plus jeune que son mari, puisqu’elle n’a que 29 ans, n’exerce aucune profession. Il vécut ainsi son enfance au sein de cette famille bourgeoise qui ne négligeait pas l’apprentissage de la musique. Ses premiers professeurs ne nous sont pas connus et ce n’est que en 1875 que l’on retrouve sa trace à Paris, lors de son arrivée à l’Ecole de Musique Religieuse, située alors Passage de l’Elysée des Beaux Arts, près de la place Pigalle. Cette école, fondée en 1853 par Louis Niedermeyer afin de former les organistes et maîtres de chapelle en étudiant la musique sacrée, ainsi que les chefs d’oeuvre classiques des grands maîtres des XV°, XVI° et XVII° siècles, était fort connue des alsaciens. Sa renommée était certainement parvenue aux oreilles d’Antoine Boëllmann dans sa pharmacie d’Ensisheim, fréquentée par de nombreux alsaciens de la région. Justement, non loin de là à Gundolsheim, Soultz, Rouffach, Hattsatt, Soultzmatt notamment, plusieurs jeunes artistes originaires de ces villages sont en train de terminer leurs études à l’Ecole Niedermeyer ou en sont fraîchement sortis pour mener une carrière de musiciens accomplis : Jérôme Gross, l’un des futurs successeurs de Gabriel Fauré à l’orgue de choeur de Saint-Sulpice; Joseph Eberling, titulaire du grand orgue de la cathédrale de Selestat depuis 1870, où il succédait à Nicolas-Joseph Wackenthaler, un autre alsacien issu de la même école; Jean-Baptiste Bischoff, maître de chapelle de la cathédrale de Rodez depuis la même époque; Louis et François Fimbel, organistes à Moulins; Jean-Baptiste Elminger dont le frère exerce à Mortain.... Cette institution est tellement appréciée que nombre de professeurs de musique alsaciens n’hésitent pas à y envoyer leurs meilleurs élèves afin de se perfectionner auprès de professeurs compétents. C’est ainsi que Joseph Wackenthaler, organiste de la cathédrale de Strasbourg durant 36 ans, y envoya notamment ses élèves Alphonse Mockers (1863) et Eugène Wintzweiller (1860). Il faut dire que son fils Xavier avait été le premier professeur d’orgue de cette école dès son ouverture en 1853 et que son neveu, Nicolas-Joseph, futur organiste à Sélestat puis à la cathédrale de Dijon, en fut l’un des tout premiers élèves, de 1853 à 1859. De même, Théophile Stern, brillant organiste du Temple Neuf de Strasbourg avec Donat Schuhler (1860); ainsi que Edouard Andlauer, un ancien élève de Lemmens au Conservatoire de Bruxelles, organiste de Saint-Georges à Haguenau durant plus de 50 ans, avec Balthazard Waitzenegger (1853), Joseph Durwaechter (1858) et Joseph Ducret (1858) dirigèrent certains de leurs jeunes élèves vers cette école de renom. Théodore Thurner, l’organiste de Soultz puis de Rouffach le fit également avec ses élèves Adolphe Dietrich (1858) et Louis Gross (1866), après y avoir envoyé son propre fils Jean-Théodore en 1855.... Ajoutons enfin qu’il eut l'occasion d'entendre, et probablement de toucher, l'orgue positif de 4 jeux installé en 1864 dans l'église Saint-Martin d'Einsiheim et que de plus, à Rouffach, soit à 9 kilomètres de son village natal, est installée depuis le début du siècle la dynastie des facteurs d’orgues Callinet.

Il n’est donc pas étonnant qu’après la mort du chef de famille, survenue en 1870, sa famille décide d’envoyer un peu plus tard Léon à Paris dans cette fameuse école afin de lui donner un métier, d’autant plus que parmi les membres d’honneur du Comité de l’Ecole de Musique Religieuse figure un alsacien, Mgr Rapp, expulsé d’Alsace par les Allemands en 1871.

Léon Boëllmann, un beau jour du mois d’octobre 1875, tout juste âgé de 13 ans, pénètre dans ces bâtiments situés sur le versant ensoleillé de la butte de Montmartre. Sans doute, comme son compatriote Marie-Joseph Erb, arrivé un an auparavant, notre jeune alsacien remarque-t-il rapidement cette terrible discipline imposée par l’Ecole Niedermeyer à ses jeunes élèves? Elle consiste notamment à travailler la musique, durant les deux ou trois premières années, dans une grande salle contenant à la fois une trentaine de pianos droits installés le long des murs, des rangées de pupitres-casiers et de longs bancs. Or, l’ensemble des élèves se réunissant dans cette pièce, il faut faire preuve d’une extraordinaire capacité de concentration pour étudier quelque science musicale pendant qu’une partie des élèves joue avec force sur ces pianos mal accordés!... A son arrivée, il n’est cependant pas trop dépaysé. Sur la quarantaine d’élèves présents se trouvent en effet plusieurs alsaciens : Jérôme Gross, Joseph Heinrich, Joseph Erb, Paul Guthmann, Wintenberger.... De plus d’autres jeunes gens, du même âge et originaires de la même région que lui, découvrent cette école pour la première fois également : Désiré Walter (de Mackwiller), Jean Riss (de Rouffach) et Simon Haeffelé (de Blodesheim), rejoints un peu plus tard par Léon Roth (de Rouffach) et Joseph Vinot (de Balschwiller). Ce dernier, futur organiste de la cathédrale de Narbonne est le frère de Gustave Vinot, premier professeur de piano d’Eric Satie à Honfleur.

Par arrêté en date du 18 août 1876 de Jules Dufaure, Président du Conseil, ministre de la Justice et des Cultes, il lui est alloué une demi-bourse d’études, dont il bénéficiera jusqu’à la fin de son séjour dans cette école. En plus de l’enseignement musical, Léon Boëllmann reçut, comme tous les autres élèves de cette école, un enseignement littéraire comprenant l’étude de la langue française, l’histoire, la géographie, le grec et le latin. Quant aux disciplines musicales, il s’agissait du solfège, du chant, du piano, de l’orgue, de l’harmonie, du contrepoint et de l’instrumentation.

Louis Niedermeyer étant mort depuis 1861, la direction de l’école était assurée par son gendre Gustave Lefèvre, un ancien élève de Pierre Maleden, comme Saint-Saëns. D’excellents professeurs y dispensaient un enseignement de qualité, parmi lesquels Clément Loret, un ancien élève de Lemmens au Conservatoire de Bruxelles, Louis Besozzi, 1er Grand Prix de Rome devant Gounod, en 1837, et successeur de Saint-Saëns à la classe de piano, Eugène Gigout et Alexandre Georges, tous deux anciens élèves de l’Ecole. Boëllmann resta 5 dans cette école de musique où il reçut une formation théorique approfondie qui lui permit d’acquérir un langage très personnel et une profonde maîtrise du contrepoint. L’abbé Delépine dans ses notes biographiques de son Echo Jubilaire dit que les oeuvres de ce compositeur se distinguent à la fois par leur charme mélodique et par l’élégance et la solidité de leur forme. Plusieurs prix lui sont décernés par la Société Internationale des Organistes et Maîtres de Chapelle, fondée en 1881 par Jules Vasseur. La lecture des noms des membres du jury nous renseigne sur le sérieux de cette société : Théodore Dubois, César Franck, Eugène Gigout, Alexandre Guilmant, Gustave Lefèvre, Clément Loret et E.Steenmann. Se réunissant régulièrement à l’Ecole de Musique Religieuse, elle s’attachait à couronner les oeuvres les plus remarquables. On trouve ainsi primés de grands noms de la musique : Fernand de La Tombelle, Gabriel Pierné, Louis Ganne, Pierre de Bréville, Octave Bouault... Léon Boëllmann fut de nombreuses fois récompensé pour ses oeuvres, notamment les :

* 14 octobre 1882 - Prix d’honneur pour son manuscrit Monstra te esse Matrem, par 4 voix contre 2 à Gabriel Pierné pour sa Fugue. Lui est également décernée une Première mention, derrière Louis Ganne, pour sa Marche Nuptiale.

* 10 décembre 1882 - 1er Prix à l’unanimité avec félicitations du jury pour son Offertoire sur des Noëls, devant D.C.Planchet.

* 6 mars 1884 - 1er Prix pour sa Communion et Elévation pour harmonium ou orgue.

* 9 juin 1884 - 2e Prix, derrière Pierre de Bréville, pour un Ave verum, solo avec accompagnement d’orgue.

* 12 septembre 1884 : 1er Prix pour un Ave Maria, solo avec violon, harpe et orgue.

Léon Boëllmann à la tribune de l'orgue de Saint-Vincent-de-Paul à Paris, vers 1890.
( BNF Richelieu )
A sa sortie de l’Ecole Niedermeyer, en juin 1881, Léon Boëllmann obtient le poste d’organiste de choeur de l’église Saint-Vincent-de-Paul située dans le dixième arrondissement parisien. Il succédait là à l’organiste et contrebassiste Pierre Taite. Le maître de chapelle, Eugène Archainbaud, également professeur de chant au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris s’ingéniait alors à donner au Choeur " le caractère de distinction, d’harmonie simple et classique qui convient au style de l’église et aux aspirations des fidèles. " Quant au grand orgue Cavaillé-Coll (1851) il était tenu depuis 7 ans par Henri Fissot, brillant 1er Prix d’orgue au Conservatoire, dans la classe de Benoist, et aussi professeur de piano dans ce même établissement. Il avait été à l’église Saint-Merry avant son arrivée à Saint-Vincent-de-Paul. Louis Besozzi, l’un des professeurs de piano de Boëllmann à l’Ecole Niedermeyer avait lui-même été autrefois accompagnateur dans cette église. E.Steenmann, maître de chapelle de l’église Saint-Eustache depuis 1871, quant à lui avait également exercé à Saint-Vincent-de-Paul auparavant. Il connaissait bien Boëllmann qu’il avait maintes fois récompensé en tant que membre du jury de la Société Internationale des Organistes et Maîtres de Chapelle!

L’orgue de choeur de l’église Saint-Vincent-de-Paul avait été construit en 1858 par Aristide Cavaillé-Coll. Véritable " petit grand orgue " de 20 jeux réels avec 2 claviers de 54 et 42 notes et un pédalier à l’allemande de 30 notes, il ressemblait beaucoup à celui de l’église Saint-Sulpice datant de la même période. Celui-ci était d’ailleurs touché, à cette époque, par Philippe Bellenot, un ancien élève de l’Ecole Niedermeyer, tout comme ses prédécesseurs André Messager et Gabriel Fauré et son successeur Jérôme Gros. Installé au sol, dans le choeur derrière l’autel, face à la chapelle d’axe, il sera tenu par Boëllmann jusqu’au mois de mai 1887, moment où celui-ci monta aux claviers du grand orgue, à la suite de la démission de Henri Fissot, survenue le 4 mai. C’est Gounod, Léo Delibes et Cavaillé-Coll qui avaient chaudement recommandé sa candidature au Conseil de Fabrique et au Curé. Il devint ainsi le quatrième titulaire de cet instrument, après Peter Cavallo, Auguste Durand et Henri Fissot. Notre jeune musicien le connaissait bien pour l’avoir déjà touché de nombreuses fois, notamment le 30 mars 1894 lors d’une Audition solennelle de musique d’orgue donnée dans le cadre de la restauration du grand orgue que venait d’achever Aristide Cavaillé-Coll. Il s’était produit en même temps que Widor, Th. Dubois, Guilmant et Gigout!

Depuis longtemps d’ailleurs Boëllmann entretenait d’étroites relations d’amitié avec ce dernier. Eugène Gigout (1844-1925), élève de Saint-Saëns et de Lefèvre à l’Ecole Niedermeyer (1857 à 1863) était demeuré dans cette école comme professeur de solfège et de plain-chant. Puis il devint rapidement et successivement professeur d’harmonie, de contrepoint et fugue, de piano, et beaucoup plus tard, à la suite du départ de Clément Loret, d’orgue. En 1885, en désaccord avec Gustave Lefèvre il quittait l’enseignement dans cette école pour fonder sa propre " Ecole d’orgue, d’improvisation et de plain-chant " dans la salle Albert-le-Grand, puis 63 bis rue Jouffroy et enfin, en 1898, 113 avenue de Villiers. Cette école fonctionna jusque 1911, année où Gigout succédait à Guilmant dans la classe d’orgue du Conservatoire de Paris. Boëllmann connut donc Gigout à l’Ecole Niedermeyer où celui-ci lui enseigna le contrepoint et la fugue dans les années 1876-1880. Par la suite, devenu son neveu par alliance, il fut professeur-assistant dans son école d’orgue. Disciple de prédilection de Gigout, celui-ci l’introduisit auprès de nombreuses personnalités du monde musicale, qui fréquentaient le petit hôtel de la rue Jouffroy où habitaient d’ailleurs les familles Gigout et Boëllmann : Albert Roussel, Claude Terrasse, Eugène d’Harcourt, Armand Vivet, Amédée de Montrichard, Georges Kriéger...

En 1885, Léon Boëllmann épousait Louise Lefèvre, la fille aînée de Gustave Lefèvre, directeur de l’Ecole de Musique Religieuse depuis 1865. Il rentrait ainsi dans la famille Niedermeyer, puisque Gustave avait épousé Eulalie, l’une des deux filles de Louis Niedermeyer, le fondateur de la prestigieuse Ecole. Son autre fille, Mathilde, épousait quant à elle en 1869 Eugène Gigout. C’est ainsi que Boëllmann devint un neveu par alliance de son professeur qu’il vénérait tant. Ce dernier, n’ayant eu aucun enfant de son mariage, le désigna même comme son fils adoptif.

Photo de famille chez les Lavallée, dans leur demeure de Segrez, à Saint-Sulpice-de-Favières (Essonne), vers 1896. Léon Boëllmann fut le professeur de musique d'Hélène Lavallée et de ses enfants Pierre, Alphonse et Anne-Marie. De gauche à droite, au 1er rang : Hélène Lavallée, Mme X..., Mme X..., Louise Boëllmann née Lefèvre (1866-1898, femme du compositeur et petite-fille de Louis Niedermeyer), Marie-Louise Boëllmann (1891-1977, fille aînée du compositeur), Gustave Lefèvre (1831-1910, gendre de Niedermeyer et beau-père du compositeur), Mme X..., Mme X... Au 2ème rang : Gisèle Lavallée dans les bras de Melle Germaine Girodeau (future Mme du Chaxel), Pierre Lavallée, M. X..., Léon Boëllmann (1862-1897), Eugène Gigout (1844-1925, gendre de Niedermeyer et oncle par alliance du compositeur), Alphonse Lavallée, Mme Robert Lavallée (née Girodeau), Anne-Marie Lavallée. ( BNF Richelieu )

D’un caractère agréable, Léon Boëllmann devint rapidement l’ami de nombreux artistes et se produisait en concerts aussi bien à Paris, qu’en province. Organiste virtuose, son enseignement était également fort apprécié des élèves qu’il forma à l’école d’orgue de Gigout. Hélas, atteint d’une maladie pulmonaire contractée une dizaine d’années auparavant, il disparaissait brutalement le 11 octobre 1897 à Paris, tout juste âgé de 35 ans. Il laissait une veuve et 3 enfants. Sa femme ne lui survécut guère et mourut l’année suivante, le 23 octobre. Les trois orphelins furent élevés par Gigout. L’un d’eux, Marie-Louise deviendra à son tour professeur d’orgue, notamment de Pierre Bousseau.

C’est Henri Letocart, un ancien de chez Niedermeyer et élève de Franck, futur directeur des " Amis des cathédrales " et premier professeur d’orgue d’André Fleury qui succéda à Boëllmann à l’orgue de choeur de Saint-Vincent-de-Paul. Albert Mahaut, lui, recueillit sa succession au grand orgue. C’était également un ancien élève de Franck après avoir débuté ses études musicales à l’Institut National des Jeunes Aveugles.

D’aucuns avancent que Léon Boëllmann aurait exercé quelque temps dans les églises de Saint-Sulpice et de Saint-Eustache. Effectivement, cela est plausible en considérant qu’il ne pouvait s’agir que de quelques remplacements ou suppléances des titulaires, les postes concernés étant pourvus durant la période de temps concernée. En effet, il existait d’étroits liens entre ces paroisses et l’Ecole Niedermeyer. A Saint-Eustache, Boëllmann a très bien pu suppléer quelque fois Henri Dallier alors titulaire du grand orgue depuis 1878 et professeur à l’Ecole Niedermeyer. Il a également pu remplacer à l’occasion les organistes de choeur Jules Gauchin, puis Albert Frommer (à partir de 1896), tous deux étant d’anciens élèves de l’Ecole. Quant au maître de chapelle, E.Steenmann, on sait qu’il connaissait Boëllmann comme nous l’avons vu auparavant. A Saint-Sulpice, Boëllmann a pu suppléer Widor aux claviers du grand orgue qu’il connaissait bien, ou encore Philippe Bellenot ou Jérôme Gross à l’orgue de choeur ou à la maîtrise, tous deux étant aussi d’anciens élèves de l’Ecole Niedermeyer!...

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Page de couverture et premières mesures (Introduction-Choral en ut mineur) de la Suite Gothique pour Grand Orgue, op. 25, de Léon Boëllmann, Paris, Durand et Fils, 1912
( Coll. J.H.M. )
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Durant sa courte période d’activité professionnelle (16 ans) Léon Boëllmann a eu le temps de laisser une oeuvre musicale comptant environ 160 pièces et touchant tous les genres. Fidèle à Franck, admirateur de Saint-Saëns, sa musique, au même titre que bien d’autres compositeurs de cette fin de siècle, est profondément marquée par une esthétique postromantique qui, notamment à l’orgue, produit d’admirables sonorités. Cependant, on peut découvrir çà et là les prémisses de l’évolution du langage qui se dessinera dans le premier tiers du XX° siècle avec des compositeurs comme Tournemire ou Vierne. Certaines de ses oeuvres obtinrent un réel succès dans les premières années de notre siècle, comme par exemple Les Heures mystiques, deux volumes pour orgue ou harmonium parus en 1896, sa Suite Gothique pour orgue (1895), dans laquelle figure notamment sa célèbre Toccata en ut mineur devenue très populaire, même de nos jours, qui énonce un thème dramatique au rythme pointé, ou encore sa Rhapsodie carnavalesque en mi bémol majeur, pour piano à quatre mains, ou enfin ses Variations symphoniques, pour violoncelle et orchestre (1892) qui sont entrées au répertoire des violoncellistes. Mais encore on lui doit une Fantaisie dialoguée pour orgue et orchestre, une Symphonie en fa majeur, ainsi que Douze pièces pour orgue ou piano-pédalier (1890) et une Deuxième suite en ut majeur pour orgue (1896), ainsi que des quatuor et trio avec piano, des motets, et une scène lyrique avec orchestre Hérode... S’intéressant à tout, il a également publié, en 1897, l’année même de sa mort, avec Théodore Reinach, musicologue spécialisé dans les études grecques et auteur de recherches sur la nature de la musique grecque, un ouvrage intitulé Le Second Hymne delphique à Apollon.

Sa disparition précoce a sans doute empêché ce musicien prometteur de devenir l’un de nos grands musiciens, qui aurait certainement pris rang auprès des Saint-Saëns, Gounod, Fauré...

Denis Havard de la Montagne

N.B. : Vingt-six versets posthumes pour orgue et Cinq versets pour le Magnificat du 5e ton sont au catalogue de Publimuses.

 

QUELQUES CONDISCIPLES DE BOËLLMANN
À L’ÉCOLE NIEDERMEYER ENTRE 1875 et 1881

Prénom et nom,  période à l’École,  fonctions ultérieures exercées

Albert BELEDIN (1879-85) organiste cathédrale de Nantes (Loire-Atlantique)

Félix BELEDIN (1879-80) organiste, St-Paul de Nantes (Loire-Atlantique)

Philippe BELLENOT (1873-78) maître de chapelle, St-Sulpice, Paris

Frédéric BINET (1878-83) organiste, St-Louis, Fontainebleau (Seine-et-Marne)

Georges BLONDEL (1879-82) maître de chapelle, St-Jacques du Haut-Pas, Paris

Emile BOLLAERT (1872-81) organiste St-Eloi, Dunkerque (Nord)

Henri BONCOURT (1873-78) organiste à Cognac (Charente)

René BONCOURT (1878-83) organiste à Guise (Aisne)

Octave BOUAULT (1877-81) organiste, cathédrale de Monaco

Emile BOUICHERE (1877-ca82) maître de chapelle, Ste-Trinité, Paris

Charles BRESSELLE (1872-77) organiste à Notre-Dame de Lourdes, Montpellier (Hérault)

Jacques CHANAUD (1878-84) organiste, St-Louis, le Raincy (Seine-Saint-Denis)

Alphonse CLAUDE (1879-83) maître de chapelle, St-Epvre, Nancy (Meurthe-et-Moselle)

Alfred COLINION (1877-83) organiste, St-Justin, Levallois-Perret (Hauts-de-Seine)

Marcel COLINION (1879-83) organiste à Saint-Jean-d'Angély (Charente-Maritime)

Charles COLLIN (1879-84) organiste, Notre-Dame, Rennes (Ille-et-Vilaine)

Paul COMBES (1875-78) organiste à Bergerac (Dordogne)

Marie-Joseph ERB (1874-78) organiste, St-Jean, Strasbourg (Bas-Rhin)

Auguste FRANTZ (1879-82) organiste à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne)

Léonce GEORGES (1880-83) organiste, St-Nicolas à Arras (Pas-de-Calais)

Albert GOUGELET (1875-77) organiste, Notre-Dame, Vitry-le-François (Marne)

Jérôme GROSS (1874-76) organiste de choeur, St-Sulpice, Paris

Paul GUTHMANN (1873-78) organiste à Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier)

Simon HAEFFELE (1875-80) maître de chapelle, St-Jacques, Lisieux (Calvados)

Alphonse HEINRICH (1874-76) organiste à Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier)

Jules HEINRICH (1875-79) organiste au Collège de Saint-Palais (Pyrénées-Atlantiques)

Oscar LEMAIRE (1877-83) organiste à Berck> (Pas-de-Calais)

Augustin LETANG (1872-79) organiste, Grand’Eglise, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dome)

Victor LETOCART (1879-85 organiste, St-Pierre, Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine)

Louis LIAGRE (1879-80) originaire de Wattignies (Nord)

Victor LINGLIN (1873-80) maître de chapelle, cathédrale de. Clermont-Ferrand (Puy-de-Dome)

Michel LUTZ (1875-78) organiste à Aubusson (Creuse)

Henri LUTZ (1880-85) lauréat du prix de Rome (1890), compositeur

Léon MARFAING (1879-81) organiste à Fontenay-le-Comte (Vendée)

Jean PALLEZ (1879-82) organiste, Notre-Dame, Vitré (Ille-et-Vilaine)

Dominique PLANCHET ( ? -1878) maître de chapelle, cathédrale de Versailles (Yvelines)

Arthur QUIGNARD (1879- ?) de la même famille que René, organiste Versaillais ?

Joseph RIGAUD (1874-79) organiste, St-Jean-Baptiste, Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine)

Jean-Pierre RISS (1875-80) organiste à St-Jean-de-Maurienne (Savoie)

Paul ROSTICHER (1879-84) organiste, St-Pierre, Douai (Nord)

Léon ROTH (1878-81) organiste à Saint-Quentin (Aisne)

Achille SAVOYE (1876-84) maître de chapelle, Ste-Clotilde, Paris

Charles SUEUR (1878-81)organiste à Amiens (Somme)

Rémi TRITANT (1875) fils de l’organiste de N.-D.-du-Camp, Pamiers (Ariège)

Joseph VINOT (1879-84) organiste, cathédrale de Narbonne (Aude)

Georges WEISSLER (1877-79) organiste, Notre-Dame-de-Clignancourt, Paris

D.H.M.

 


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