Xavier BOISSELOT
(1811 - 1893)

Xavier Boisselot
( photographie Numa fils, 1861, BNF. )

Lorsqu’en 1830 Xavier Boisselot franchit pour la première fois la porte de la classe de contrepoint de Fétis au Conservatoire de Paris, alors installé dans l’Hôtel des Menus-Plaisirs, et s’assoit aux côtés des autres élèves, il ignore encore que trois de ses condisciples vont être récompensés prochainement par un Prix de Rome (Lagrave, Lecarpentier et Elwart) et que lui-même l’obtiendra quelque temps plus tard. Cette même année Berlioz décroche enfin un Premier Prix de Rome et quitte la classe de composition de Le Sueur. Boisselot intégrera à son tour cette classe un peu plus tard. C’est son père, Jean-Baptiste-Louis1, facteurs de piano à Marseille qui, après lui avoir fait effectuer ses premières études dans la capitale phocéenne, l’avait envoyé les poursuive à Paris.

La France musicale, 4 novembre 1838.
La France musicale, 4 novembre 1838, annonce du départ pour Rome de Xavier Boisselot embarqué à Marseille le jeudi 1er novembre 1838 à bord du navire "Marie-Christine" à destination du port de Civitavecchia (Italie).

Jean-François Le Sueur, autrefois maître de chapelle, était un musicien reconnu : élu à l’Institut en 1815, surintendant de la musique du roi l’année suivante, membre du jury de l’Opéra (1824), anoblit par Charles X (1829), il enseignait la composition au CNSM depuis novembre 1817 et comptait parmi ses élèves Ambroise Thomas et Gounod. C’est lui qui mènera Boisselot au concours de l’Institut, où il obtiendra un Premier Grand Prix en 1836 avec sa cantate Velléda, après s’être déjà vu décerner une mention et un deuxième Second Grand Prix en 1832 et 1834. Les quatre années d’études passées auprès de ce maître qui l’introduisit dans son milieu familial, lui donna l’occasion de fréquenter sa seconde fille, Louise-Eugénie-Félicité (1808-1884). C’est ainsi qu’après avoir été l’élève de Le Sueur, le 17 octobre 1833 à Paris Xavier Boisselot devenait son gendre!2 Le 16 janvier 1847 à l’Opéra-Comique, il donnait un opéra en trois actes, Ne touchez pas à la reine, sur un livret de MM. Royer et Vaëtz, qui en avaient d’ailleurs emprunté le titre et le sujet au roman de Masson. Peu de temps après, c’est un autre opéra en trois actes, Mosquita la sorcière, qui obtenait un certain succès au Théâtre Lyrique (27 septembre 1851). Malgré ce début de notoriété auprès du public parisien, Boisselot retournait à Marseille afin de s’occuper de la fabrique de pianos familiale : son père était mort le 21 mai 1847, et son frère aîné Louis, qui lui avait succédé, mourait à son tour le 5 juin 1850. La Maison Boisselot, déjà bien établie dans la facture, connaissait alors un véritable succès, notamment grâce à deux médailles d’or obtenues lors d’expositions nationales de l’industrie en 1844 et 1849. L’Exposition universelle de 1855 lui valut également plusieurs récompenses: une médaille de première classe et la Légion d'honneur. Il faut dire qu’elle concourrait alors sous le double drapeau français et espagnol, puisque plus de deux cents ouvriers travaillaient dans leurs usines de Marseille et de Barcelone qui fabriquaient 500 pianos par an. Ses pianos de grande qualité étaient connus dans toute l’Europe, jusqu’à Liszt lui-même qui en possédait un durant son séjour à Weimar. Mais, une série d'opérations financières fâcheuses vint stopper le développement de son industrie, le conduisant à la ruine, aggravée en 1865 par un incendie de la fabrique de Barcelone. Découragé, Xavier Boisselot laissait l'entreprise familiale à son neveu, Franz Boisselot, neveu de Franz Liszt, qui parvint heureusement à la rétablir, et revenait s'installer à Paris.

Bien que très absorbé durant plusieurs années par ses activités de facteur de pianos, qu’il mena d’ailleurs à un haut niveau, Xavier Boisselot s’adonna toute sa vie à la composition. Même s’il a été empêché de produire autant qu’il aurait souhaité, il a néanmoins écrit quelques œuvres agréables dont la plus significative est l’opéra l’Ange déchu, représenté à Marseille en 1869. Sa collaboration avec Théophile Gautier, qu’il connut au journal La Charte de 1830, où il travaillait dès 1838 comme critique musical, nous valut en 1838 un ballet intitulé Cléopâtre. Mais celui-ci ne fut jamais représenté et Boisselot en égara par la suite la partition ! Il nous reste néanmoins, comme fruit de cette rencontre entre un poète et un musicien, le poème Villanella paru en 18373. Dédié par Boisselot à la soprano Marie-Dolorès Nau4, il sera plus tard à nouveau mis en musique par bien d’autres musiciens, notamment Berlioz5.

Né le 2 décembre 1811 à Montpellier, Xavier Boisselot s’est éteint à Paris, le 8 avril 1893, dans son logement de Montmartre, 8 rue Cortot, après avoir été quelque temps inspecteur du conservatoire de musique et des écoles de la ville. La fabrique de pianos marseillaise était encore en activité au début du XXe siècle.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

VILLANELLA

Quand viendra la saison nouvelle,
Quand auront disparu les froids,
Tous les deux nous irons, ma belle,
Pour cueillir les muguets au bois;
Sous nos pieds égrenant les perles
Que l'on voit au matin briller,
Nous irons écouter les merles
  Siffler

Le printemps est venu, ma belle,
C'est le mois des amants béni,
Et l'oiseau, satinant son aile,
Dit des vers au rebord du nid.
Oh! viens donc sur le banc de mousse,
Pour parler de nos beaux amours,
Et dis-moi de ta voix si douce:
  Toujours!

Dans les bois égarant nos courses,
Faisons fuir le lapin caché,
Et le daim au miroir des sources
Admirant son grand bois penché;
Puis, chez nous, tout joyeux, tout aises,
En panier enlaçant nos doigts,
Nous irons rapportant des fraises,
Des fraises des bois.

Théophile Gautier

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1) Né à Montpellier le 18 août 1782, mort à Marseille en 1847, Jean-Baptiste-Louis Boisselot fut tout d’abord luthier à Montpellier, avant de s’installer avec sa famille à Marseille en 1823 et de se lancer dans la fabrication de pianos. Ses instruments ont longtemps joui d’une excellente renommée. Sur l'histoire de cette Maison, voir : http://rp-archivesmusiquefacteurs.blogspot.com/Retour ]

2) De cette union est née une fille, Marie-Jeanne-Eugénie Boisselot qui épousera l'un de ses cousins du nom de Le Sueur. [ Retour ]

3) Un an plus tard ce poème était publié dans La Comédie de la mort. Ce recueil de poésies de Théophile Gautier est considéré comme son ultime œuvre romantique dans laquelle il développe d'ailleurs des motifs fort sombres et mêmes funèbres. [ Retour ]

4) Marie-Dolorès Nau (1818-1891), célèbre soprano lyrique espagnole, élève de Cinti-Damoreau au Conservatoire de Paris, débuta à l'Opéra le 1er mars 1836 dans Les Huguenots. Elle fit ensuite une carrière internationale à Bruxelles, Londres et aux Etats-Unis. Elle participa notamment à la création du Freischütz de Weber. [ Retour ]

5) Cette mélodie de Berlioz, pour chant et piano, est parue en 1841 chez Catelin, en même que 5 autres : Le Spectre de la Rose, Sur les Lagunes, Absence, Au cimetière, clair de lune et L'Ile inconnue. Elles seront toutes orchestrées par la suite. [ Retour ]

 


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