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(1895-1975) Photo X..., Le Guide du Concert, 25 oct. 1946 |
Le nom de Georges Dandelot est bien connu par tous les élèves de musique de par ses nombreux ouvrages pédagogiques. Mais peu d’entre eux connaissent la biographie de cet ancien sportif devenu un compositeur fécond et un pédagogue remarquable ?
Né à Paris le 2 décembre 1895, son père, Arthur Dandelot1 était le fondateur du "Bureau de concerts Dandelot", l’un des premiers du genre, qui accueilli les plus grands artistes : Saint-Saëns, Messager, Rubinstein, Monteux, Ysaÿe, Prokofiev2... Sa mère était née Madeleine Mangeot ; fille du facteur de pianos Edouard Mangeot3 et sœur d'Auguste Mangeot, le créateur avec Alfred Cortot, en 1919, de l'École Normale de Musique , était une bonne pianiste qui aimait improviser à son instrument des heures durant.
Georges Dandelot, comme il l'a dit lui-même lors d'une interview en 19464, après avoir reçu des premières leçons de solfège de ses parents, a fait toutes ses études musicales au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il est entré à l'âge de 10 ans. C’est ainsi qu’il recueillit le précieux enseignement d'Émile Schwartz5 (solfège), Louis Diémer (piano), Xavier Leroux et Jean Gallon (harmonie), Georges Caussade (fugue), Charles-Marie Widor (composition), Vincent d'Indy (orchestre), Maurice Emmanuel (histoire de la musique), et plus tard Paul Dukas et Albert Roussel. La première guerre mondiale arrivée il s’engagea et sa conduite héroïque lui valut la croix de guerre. Il s'engagera d’ailleurs à nouveau lors de celle de 39/45 avec le grade de maréchal des logis.
Sportif accompli, il gagna les épreuves des 400 et 800 mètres au championnat du Stade Français avant de représenter la France aux Jeux Interalliés de 1919! C’est probablement cet esprit sportif qui lui donna cette aisance dans l’écriture musicale où l’on retrouve une construction claire, une démarche volontaire et beaucoup d’esprit, le tout avec un souci constant du travail bien fait.
Professeur d'harmonie à l'École Normale de Musique dès sa création en 1919, il occupera plus tard, à partir de 1942, les mêmes fonctions au Conservatoire de Paris. Remarquable théoricien, durant ses cinquante années d’enseignement ses nombreux solfèges et autres recueils de dictées musicales ont aidé à former plus d’un musicien en herbe.
Georges Dandelot au piano de l'École Normale de Musique, à Paris, vers 1925.
( BNF Richelieu )Son œuvre majeure, l’oratorio Pax pour soli, chœurs et orchestre, est inspirée par l’horreur de la guerre. Ecrit en 1935, au moment où Mussolini partait dans une guerre de conquête, il fut donné en première audition deux ans plus tard et lui valut un Grand Prix à l’Exposition de 1937. C’est une œuvre en trois parties comportant chacune de plusieurs épisodes , qui débute par un Prélude orchestral (le calme avant l’action), se termine par un Hymne à la nature en passant par des phases plus agitées comme cet Appel aux armes ou Le Combat : " Frappe, frappe ! " où apparaît le maximum de la violence. Il récidivera quelques années plus tard avec son opéra en 3 actes, L’Ennemi.
Georges Dandelot est également l’auteur de bien d’autres compositions musicales : une Symphonie en ré, un Concerto pour piano et orchestre, un Concerto romantique pour violon et orchestre, un Quatuor à cordes, Trois valses à 2 pianos, une Sonatine pour flûte et piano, une autre Sonatine pour piano et violon, des ballets : Le Souper de famine, Le Jardin merveilleux, La Création...; des opéras : Midas (opéra-comique bouffe en 3 actes), Apolline (opérette en 3 actes)...; sans oublier des chansons et autres mélodies. Admirateur de Schubert et Mendelssohn mais également de Fauré, il s'efforcera parfois de faire planer leur ombre tel par exemple dans son Concerto Romantique pour violon et orchestre où l'on retrouve l'âme des deux compositeurs allemands. La Société Nationale a révélé la plupart de ses pages de musique de chambre et ses mélodies. Le Pont Mirabeau, l’Honneur de souffrir ou encore ses Quinze chansons de Bilitis étaient bien connues des amateurs de musique de l’époque.
Georges Dandelot est mort le 17 août 1975 à Saint-Georges-de-Didonne. Il fustigeait souvent le désintérêt du public français pour les œuvres modernes ne daignant se déplacer uniquement que pour les œuvres archi-connues et estimait que ce devait être aux pouvoirs publics de favoriser la création de telles œuvres nouvelles.
Denis Havard de la Montagne
____________1) Arthur Dandelot est né le 27 février 1864 à Paris et est mort dans cette même ville le 12 août 1943. En 1882 il devenait critique de la revue Piano soleil, puis fondait quelques temps plus tard la revue Le Monde musical. Mais c'est surtout à partir de 1896, après la création de son bureau d'administration de concerts à Paris qu'il devint incontournable dans toutes les grandes manifestations musicales de la capitale. [ Retour ]
2) A partir de 1920 c'est son autre fils, Maurice Dandelot (1897-1964) qui travaille avec son père avant de lui succéder quelques années plus tard. On lui doit notamment la fondation du Mai musical de Bordeaux. Son fils, Yves Dandelot, lui a succédé à son tour en 1964. Il est l'auteur d'un livre d'anecdotes paru en 1990 intitulé Les Gaietés de la musique classique. [ Retour ]
3) Edouard Mangeot, né à Nancy le 24 avril 1835 [note de M. Jean-Marc Stussi] et mort à Paris le 31 mai 1898, fabricant de pianos, se révéla au public lors de l'Exposition Universelle de 1878. Il avait inventé un piano à double clavier renversé. Il fonda la revue Le Monde musical avec Arthur Dandelot. [ Retour ]
4) Le Guide du Concert, 25 octobre 1946, p.52. [ Retour ]
5) Quelques années plus tard Émile Schwartz comptera également parmi ses élèves de solfège un tout jeune garçon âgé de 11 ans, un certain Daniel Lesur. Cela se passait en 1919! [ Retour ]