Autour de Georges ENESCO à Paris :
Marcel CHAILLEY et Céliny CHAILLEY-RICHEZ
et quelques autres musiciens...

 

 

Céliny Richez est née à Lille le 15 mai 1884, 97 bis rue Léon Gambetta, dans l’école primaire dite " de la rue Michelet " que dirigeait son père, Emile Richez. Sa mère, Léonie, était la sœur d’Emile Galle, chef d’orchestre à Paris, au Théâtre des Variétés, dont la fille, sous le nom d’Yvonne Gall, sera cantatrice à l’Opéra de Paris et, sur le tard, épousera Henri Büsser, organiste (successeur de Gounod à Saint-Cloud), chef d’orchestre, compositeur et professeur au Conservatoire. Le grand’père maternel de Céliny, Victor Galle, avait longtemps dirigé une harmonie municipale dans le Nord, où elles étaient renommées ; un de ses cousins en ligne brisée était Alexandre Desrousseaux (1820-1892), qui se définissait fièrement " chansonnier lillois ". Il chanta pour la dernière fois son célèbre " P’tit Quinquin " au banquet de première communion du frère de Céliny, laquelle avait alors huit ans et s’en souvenait. La " musica et memoria " de la famille ne remonte pas au-delà…

Céliny Chailley-Richez, Lausanne (Suisse), 1914
Céliny Chailley-Richez
Lausanne (Suisse), 1914
( photo Emile Gos, Lausanne,
coll. Dominique Chailley )

Tandis que ce frère unique se destinait à la médecine, les dons musicaux de Céliny (Célénie-Irma-Marie pour l’état-civil) furent tôt décelés par sa mère qui la confia à Pagnien, l’un des professeurs de piano du Conservatoire de Lille où elle fut admise en 1894 au Cours supérieur. La famille s’installa vers cette époque rue Fabricy où une nouvelle école venait d’être construite. Nantie de 1ers Prix de piano et de solfège à Lille en juillet 1895, elle tenta dès octobre suivant le concours d’entrée au Conservatoire de Paris et fut admise dans la classe d’Henri Fissot qui devait décéder peu après. Elle devint alors, dit-elle, l’élève préférée de Raoul Pugno. Léonie Richez, indomptable matriarche, décida donc de quitter Lille - et par conséquent son mari et son fils - pour se consacrer entièrement à la carrière de sa fille. Elles s’installèrent à Paris, en location au 91 rue Lafayette (9e). En juillet 1898, Céliny, à l’âge de 14 ans, obtint un 1er prix à l’unanimité. Pugno dès lors lui offrit souvent, comme le fera une fois Camille Saint-Saëns, de jouer avec lui des concerts à deux pianos. Il est très probable qu’elle ait dès cette époque rencontré " George Enescu ", qui entra rue de Madrid en 1894, obtint un 2e prix de violon en 1898 et le premier l’année suivante.

Aidée d’une bourse de 1000 F. par an pendant trois ans, offerte par la ville de Lille, elle commença de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère tout en demeurant élève au Conservatoire en classe d’harmonie chez Marcel Samuel-Rousseau. Elle donnait pour cela des leçons aux enfants des familles huppées de la capitale (Jules Ferry, Guislain, ministre des Colonies), puis de Reims (les Mumm, les Charbonneaux) et, durant l’été, de Saint-Dié (Charles Floquet, Charles Risler, Jules Céby, les Lefort).

Elle racontait que, souvent, elle leur donnait à travailler un prélude voire une fugue du Clavecin bien tempéré et que parfois la mère, qui avait assisté à la leçon, lui glissait en la raccompagnant, d’une voix sucrée : " J’ai entendu, Mademoiselle, que vous lui donniez à travailler du Bach. Mais, vous savez, ma fille a quand même dépassé le stade de ces exercices ! "

Elle fréquenta bientôt le salon de la Princesse de Polignac [1865-1943] et se lia d’amitié avec Antoinette Hillemacher, de Coucy-le-Château, qui devint en 1908 l’épouse de Jérôme Carcopino, Normalien de la même promotion que Jules Céby et Paul Hazard.

Début 1908, alors que sa cousine Yvonne Gall faisait ses débuts à l’Opéra dans Guillaume Tell de Rossini, Céliny Richez, trompant quelques minutes l’étroite surveillance de sa mère, acquiesça aux avances d’un jeune violoniste rencontré lors de soirées de musique de chambre et dont elle appréciait autant la sensibilité musicale que l’élégance et le charme : François-Marcel Chailley, né à Asnières le 3 juin 1881, premier violon aux Concerts Colonne à 16 ans en 1897, 2e Prix du Conservatoire de Paris en 1902 dans la classe de Jean-Baptiste (dit Henri) Berthelier, avait été ensuite et jusqu’en 1904 second soliste aux Concerts Colonne, le premier soliste n’étant autre que Jacques Thibaud, à qui le lia une indéfectible amitié.

Marcel Chailley en 1908
Marcel Chailley en 1908,
''Aux bons parents de ma chère petite femme, témoignage bien sincère de ma toute filiale affection. Paris 10 sept 1908''
( photo Jean Boldo, 7 rue des Ternes, Paris,
coll. Dominique Chailley )

Il était le plus jeune fils d’Eugène Chailley, négociant spécialisé dans l’import-export avec le Portugal et dont les affaires, assez vacillantes, furent redressées, après sa mort en 1922, par son fils aîné et successeur, Raymond, établi rue de Rocroy (10e). Son autre frère, André, flûtiste et aquarelliste amateur, après avoir tâté de la poésie symboliste au temps que Paul Léautaud régnait au Mercure de France, devint un avocat estimé jusqu’à ce que, sous-officier, il fût gravement atteint par les gaz, à Verdun, durant la guerre de 1914-18. Les trois frères, très différents, vivaient en parfaite entente. Raymond, marié mais sans descendance, se souciait beaucoup des intérêts matériels de ses neveux et nièces.

Marcel Chailley, seul musicien de sa famille, avait été lui aussi, très jeune, remarqué par Camille Saint-Saëns qui le demandait souvent pour interpréter ses nouvelles compositions. Il était familier de la plupart des jeunes instrumentistes intéressés par la musique de chambre et, au contact d’André Gédalge, le professeur d’Enesco, se passionnait pour l’enseignement. Si l’on prête attention aux dates, on voit qu’il avait le même âge qu’Enesco, qu’il fréquentait les mêmes milieux et que, chez Edouard Colonne, dès 1898, il joua certainement ses premières œuvres. Si son ami avait fondé en 1902 un Trio avec le pianiste Alfredo Casella et le violoncelliste Louis Fournier, puis, en 1904, un Quatuor à cordes avec Fritz Schneider comme second violon et Henri Casadesus comme alto, c’est son propre Quatuor que, pour sa part mais sans esprit de compétition pourtant, Marcel Chailley voulut former, avec de jeunes instrumentistes qui partageraient sa conception personnelle du travail et du répertoire à conquérir. Il s’assura la complicité de deux collègues et amis, Dodka (Davy) Guilevitch (2e violon) et Léon Pascal (alto) ; le pupitre de violoncelle, d’abord tenu par Fernand Dussol, passa ensuite à Jean Veyron, Louis Ruyssen et Diran Alexanian. A son premier concert, en 1905 Salle Erard, le Quatuor Marcel Chailley donna le Quatuor de Saint-Saëns, avec un succès qui le fit engager par le compositeur pour le jouer, en mai 1908, à Manchester ; et Céliny eut l’honneur d’y interpréter avec le Maître son Scherzo à deux pianos.

Céliny Richez et Marcel Chailley venaient en effet de se marier, le 21 avril, en l’église St Vincent-de-Paul, à Paris. Ils eurent 5 enfants : Jacques (1910-1999), Robert (1912-1924), Claude (1914-1998), Marie-Hélène (1918-) qui devint en 1937 Mme Henri Labeaume, et Marie-Thérèse (1921-2001). On sait que l’aîné et la dernière furent des musiciens éminents, l’un comme compositeur et musicologue, l’autre comme altiste et professeur. Mais Claude fut aussi un bon musicien amateur – chef de choeur aux Scouts de France - et Marie-Hélène avait pour le chant, aux dires de sa cousine Yvonne Gall, un vrai talent qu’elle ne cultiva malheureusement pas au-delà d’excellentes études musicales au Cours de Marcel Samuel-Rousseau.

Formés à la musique de chambre et passionnés par elle, les époux Chailley se produisirent souvent, notamment aux Concerts Colonne, Pasdeloup et Lamoureux. Le Quatuor Marcel Chailley se recomposa ensuite avec Louis Gravrand (2e violon), Philippe Jurgensen (alto) et René Schidenhelm (violoncelle) ; il élargit son répertoire et devint susceptible, avec le piano de Céliny, de se transformer aisément en Quintette. C’est à cette formation, augmentée du Quatuor Geloso – qui avait pour altiste Pierre Monteux – que Georges Enesco confia, le 18 décembre 1909 et sous sa direction, la création à Paris de son " Octuor ", dans le cadre des " Soirées d’art " des Concerts-Barrau, Salle des Agriculteurs, 8 rue d’Athènes (9e). Il n’avait que 28 ans et le programme, dit " Festival Georges Enesco ", lui était entièrement consacré : Sept chansons de Clément Marot  (avec M. Altchewsky, de l’Opéra), son Octuor op. 7 et son Quatuor en ré majeur (avec piano) op. 16.

Le 2 avril 1916, Marcel Chailley – réformé dès 1902 car gravement asthmatique - donna avec Ricardo Vines la première audition de " Choses vues à droite et à gauche (sans lunettes) " d’Erik Satie, lequel lui dédia la pièce. On peut penser qu’ils s’étaient rencontrés cher Ida et Cipa Godebski, grands amis de Maurice Ravel, qui habitaient aussi rue d’Athènes. Il est à noter que, tel Enesco, Marcel Chailley jouait aussi fort bien du piano quoiqu’il ne s’y produisît jamais en public, sans doute pour ne pas faire d’ombre à sa femme..

Céliny Chailley-Richez et Marcel Chailley menèrent de front une carrière d’enseignants et d’interprètes jusqu’en 1926 date à laquelle Marcel, de santé toujours délicate, décida de se consacrer exclusivement au professorat, sollicité en même temps par Jacques Thibaud pour l’Ecole Normale de Musique et par Jules Boucherit dont il sera, de 1927 à 1936, le " répétiteur " officieux au Conservatoire. Le Quatuor fut dissous et Marcel Chailley ne jouera plus qu’une seule fois en public, le 26 juin 1930, à l’Ecole Normale, dans le Quatuor pour piano et cordes de Chausson, avec Georges Blanpain (alto), Maurice Eisenberg (violoncelle) et, bien sûr, Céliny.

Dans la mesure où les élèves de l’un et de l’autre étaient déjà d’un haut niveau et pratiquaient la musique de chambre, on peut dire que c’étaient des élèves communs : dès avant la mort de Marcel Chailley, ils venaient souvent travailler avec Céliny qui était alors une accompagnatrice mais surtout les conseillait pour l’interprétation du grand répertoire. Son mari et elle n’hésitaient pas, surtout pour les plus jeunes, à presque les intégrer à leur propre famille, durant les vacances d’été à Seignelay (Yonne) : ce fut le cas, notamment, pour Ivry Gitlis (alors Isaac Gitelis), Lola Bobesco ou Denise Soriano.

Seignelay (Yonne)
Seignelay (Yonne)
( coll. Dominique Chailley )

Seignelay était " la campagne " qu’avaient acquise les époux Richez, au début de la guerre de 1914, en vue d’y abriter leurs petits-enfants et d’y passer leur retraite. Ils avaient là d’abord été locataires d’une cousine éloignée, mais celle-ci s’accommodait mal du tapage que faisaient les enfants. Le fait que les Chailley étaient originaires de Saint-Florentin - et leur village éponyme à 20 km de là - n’était peut-être pas étranger au choix de Seignelay, mais il tenait tout autant au hasard et à la nécessité. Ce doux village, attaché au nom des Colbert, fut donc le refuge, pendant trente ans, d’abord des enfants, puis de quelques-uns des petits-enfants de Céliny et Marcel Chailley, souvent confiés à leurs grands-parents. Au reste, entre les deux guerres, ils y passèrent presque tous leurs étés, y amenant leurs élèves, comme on l’a dit, pour ce qui préfigurait les " académies d’été " ou les " master classes à la campagne " inventées plus tard. Jacques Chailley raconte qu’ainsi, en 1929 comme en 1931, un concert fut donné par maîtres et élèves en l’église de Seignelay pour aider le curé – le Doyen Henri Villetard, éminent grégorianiste - à finir de payer l’orgue " Théodore Jacquot " livré en 1927 et inauguré le 27 mars de cette année-là par Joseph Bonnet qui en avait établi la composition : on aurait pu, dit-il, compter des élèves de 13 nationalités différentes, dont beaucoup de roumains, recommandés à Marcel Chailley par son ami Enesco… Les élèves louaient des chambres chez l’habitant, parmi lesquels une Mme Sommier laissera un souvenir durable et à chaque coin de rue on entendait des gammes, des arpèges et tout un répertoire qui s’échappait par les fenêtres ouvertes. Pour ne pas déranger Céliny qui travaillait son piano dans la maison familiale, Marcel avait loué un salon avec terrasse au 26 avenue Colbert, qui était la " Villa Grandjean " de sa lointaine cousine Ponceau et c’est là qu’avaient lieu les leçons, autour d’un piano droit. Après le travail, tout le monde allait en bicyclette se promener dans la campagne ou se baigner dans le Serein. On dit même que Lola Bobesco souffrit à Seignelay son premier chagrin d’amour, à 14 ans avec un certain Albert Sarrazin.

Quant à Céliny, elle sympathisait aux vêpres – obligatoires pour ses filles - avec Cécile Cavaillé-Coll (1854-1944), la fille du célèbre facteur d’orgues ; celle-ci vivait au village voisin d’Héry depuis la mort de son père en 1899, en donnant des cours de dessin. C’est par elle, sans doute, à Seignelay, que les Chailley avaient connu Marie-Louise Boëllmann (1891-1977) : " Marilou " avait sauté sur les genoux de la vieille demoiselle que, rue Jouffroy, avant 1900, elle appelait " Cacabotte " parce qu’elle arrivait souvent chez ses parents avec les souliers crottés…

La famille Chailley en 1923
La famille Chailley en 1923
( coll. Dominique Chailley )

De son mariage à la mort de son mari, Céliny Chailley-Richez eut peu d’élèves en propre. Elle avait à l’Ecole Normale une classe de piano et une de musique de chambre, mais elle se consacrait surtout à " son " Quintette et à des récitals pour la Radio tout en assurant de très nombreux concerts, seule ou, jusqu’en 1925, avec Marcel Chailley. En 1926, notamment, elle participa, du 14 juillet au 14 septembre, à vingt-quatre concerts au Casino de Dieppe… C’est que leurs enfants étaient tous dans des pensions religieuses – les deux garçons à Fontgombault (Indre) – et que celles-ci grevaient lourdement le budget familial au point que Marcel Chailley pensa même cette année-là (et bien qu’il fût notoirement incompétent en " affaires ") abandonner le violon et s’associer avec son frère Raymond...

Léonie Richez, après le mariage de sa fille, était retournée à Lille. Mais elle s’y ennuyait et regagna Paris. Son mari, à sa retraite en 1912, vint la rejoindre et ils s’installèrent au 18 rue Brunel (17e) pour se rapprocher de leurs petits-enfants du temps que les Chailley habitaient 97 rue Jouffroy.

Si Enesco et Marcel Chailley s’appréciaient de longue date, leur complicité musicale culmina sans doute le 5 février 1927 : ce jour-là Georges Enesco demanda à son ami Marcel et à sa femme de venir écouter chez Lamoureux son élève Yehudi Menuhin qui avait tout juste dix ans, à la veille de son premier concert sous la direction de Paul Paray. Ils en revinrent littéralement bouleversés et l’anecdote fut racontée par leur fils Jacques dans son discours de réception de Menuhin comme " Docteur honoris causa " de l’Université de Paris-Sorbonne, le 14 février 1976. Au reste, Menuhin donna par la suite plusieurs concerts avec l’altiste Marie-Thérèse Chailley, de quatre ans sa cadette, qu’il tint toujours en grande estime.

Georges Enesco en 1903
Georges Enesco en 1903
Musica, janvier 1904, coll. D.H.M. )

Le 17 juin 1928, Marcel Chailley, qui avait fait étudier à ses élèves de l’Ecole Normale l’ Octuor d’Enesco, invita celui-ci à venir l’entendre sous la direction de leur ami commun, le violoncelliste et compositeur arménien Diran Alexanian, qui, on l’a vu, avait fait partie du Quatuor Chailley. Les exécutants étaient tous élèves des classes supérieures de la célèbre Ecole Thibaud-Cortot-Casals du 114 bis boulevard Malesherbes : Vladimir Vulfman, Nina Alexandrescu, Cahen, Lachamp, Georges Blanpain, Serulnik, Réculard et Goldstein. " Ravi et ému, témoigne Romeo Alexandrescu, Enesco s’engagea à diriger lui-même cet ensemble au cours de l’année suivante, ce qui s’est produit ". En 1930, un grand concert en hommage à Pablo Casals eut lieu au Théâtre des Champs-Elysées, et la classe de Marcel Chailley y apporta son concours en jouant le même Octuor. Notons encore à ce sujet que cette œuvre (opus 7, en do majeur) fut enregistrée vers 1952 par Remington en Europe sous le titre " Enesco Octet for strings ", sous la direction du compositeur, avec, dans l’ " Ensemble Louis de Froment ", l’altiste Marie-Thérèse Chailley-Guiard (réf. RLP-199-52).

Les parents Chailley habitaient 16 rue Chalgrin (16e) ; Marcel et Céliny, peu après la naissance de leur fils, prirent une location au 20 de la même rue, car ses grands-parents paternels s’occupaient volontiers aussi du petit Jacques. Mais le décès subit de sa grand-mère, le soir de Noël 1913, amena un nouveau déménagement  : les deux musiciens louèrent alors, au 5e étage du 18 rue Guersant (17e) l’appartement où naquirent leurs trois autres enfants et où vinrent travailler, durant quarante ans, bon nombre d’instrumentistes – pas seulement violonistes ou pianistes – qui firent honneur à la musique : Ginette Neveu ou Sviatoslav Stravinsky, " le fils du Prince Igor ", Giorgio Ciompi, Gilbert Brel, Lola Bobesco, Christian Ferras, Dodka Guilevitch (devenu Daniel Guilet), Ivry Gitlis, Serge Blanc ou Denise Soriano, qui épousa leur ami Boucherit… Combien encore ? La liste en serait trop longue.

Mais lorsqu’elle devait travailler avec Enesco, c’est Céliny qui se rendait chez lui, au 1er étage du 26 rue de Clichy (9e) où se trouvait le Pleyel qui est aujourd’hui au Musée George Enescu de Bucarest.

Elle annotait alors les partitions – de Bach notamment – en y portant les suggestions de son " grand ami " dont elle recueillait pieusement la moindre indication. Marcel Chailley, qui n’était ni jaloux ni envieux, s’amusait parfois, au témoignage de ses propres enfants, de ces excès de dévotion.

Emile Richez mourut en 1932 et Léonie se partagea dès lors entre Seignelay et Paris.

A cette époque, Céliny était devenue l’une des partenaires qu’appréciait Georges Enesco. Ils commencèrent par donner en trois séances, Salle de l’Ecole Normale (25, 27 et 30 avril 1932), l’intégrale des Sonates pour piano et violon de Beethoven, qu’ils reprendront les 1, 2 et 6 février 1935 ; le 14 de ce mois-là eut lieu Salle Gaveau dans le cadre de l’ " Université des Annales " d’Yvonne Sarcey, une conférence d’Hélène Vacaresco intitulée " Mes souvenirs sur Georges Enesco " (publiée dans Conferencia n° 19 du 15 septembre suivant) au cours de laquelle Céliny joua avec lui sa 3e Sonate " dans le caractère populaire roumain ".


Affiche conférence Hélène Vacaresco, 14 févier 1935
Affiche conférence Hélène Vacaresco, 14 févier 1935, Salle Gaveau à Paris
( coll. Dominique Chailley )

Naît alors le projet de donner en concert les six Sonates pour " klavier " et violon ainsi que 5e Brandebourgeois " du colosse d’Eisenach ". Enesco retourne à Bucarest où il loge chez son ami Antoine Cohen. Curieusement, ce n’est pas à Céliny qu’il fait part de son accord, mais à Marcel Chailley. Sa lettre recommandée, adressée Rue Guersant, le rejoint à Seignelay le 20 août :

Affiche concerts Gaveau, 1936
Affiche concerts des 21 et 23 janvier 1936, Salle Gaveau
( coll. Dominique Chailley )

" Chez Mr. A.H. Cohen - 51 Strada Brezoianu – Bucarest – Ce 16 août 1935.

Bien cher ami,

Entendu pour les 6 Sonates Po. et Vn. et le Cto. Brandebourgeois du colosse d’Eisenach. Je suggèrerais plutôt l’Edition Breitkopf. Litolff est parfois si mauvais !
Toute ma vieille, vieille et fidèle amitié, en attendant.

[Signé :] Georges Enesco.

[P.S.] – 1000 hommages à Madame Chailley, et un tas de bonnes choses à vos grands fils, oui ? "

Les répétitions commencèrent le 14 novembre et les concerts eurent lieu les 21 et 23 janvier 1936, salle Gaveau, avec le concours du flûtiste Marcel Moyse. Ils marquèrent sans doute l’apogée de la carrière de Céliny. Pour le Brandebourgeois en ré majeur, le nom de l’orchestre de chambre, curieusement, n’était pas précisé : c’était un double quatuor d’élèves, à l’Ecole Normale, de Marcel Chailley.

Le 17 mars suivant, quatre jours après la création de son " Œdipe " à l’Opéra de Paris, Céliny entraîna Enesco pour un concert privé (Sonate en ré mineur de Schumann, Chacone de Bach et Sonate à Kreutzer de Beethoven) chez ses vieux amis Charbonneaux, au 27 rue Libergier, à Reims.

Vint le Front Populaire, en mai 1936, et c’est au plus fort de la grève générale qu’une pleurésie, pendant son cours à l’Ecole Normale, le 8 juin, vint frapper Marcel Chailley. Il mourut le surlendemain et ses obsèques, le 13, furent célébrées d’autant plus dans l’intimité qu’il n’avait pas été possible de faire imprimer ni expédier des faire-part. La préoccupation constante du défunt, qui était " de ne pas déranger ", se trouvait là sinistrement exaucée… De fait, ce n'est que le 21 juin qu'Enesco, de Paris, envoya ses condoléances à Céliny.

Le 11 février 1937 Céliny, ses enfants et les anciens élèves de Marcel Chailley organisèrent pourtant, à St Ferdinand-des-Ternes, sa paroisse, un Concert spirituel suivi d’un Salut solennel à la mémoire du disparu. Outre les musiciens de la famille, y participèrent notamment le Quatuor Calvet, Françoise Carcopino, Isaac Gitelis, Denise Soriano, Lola Bobesco et, à l’orgue, leur ami Georges Jacob (1877-1950). A cette époque, Enesco se trouvait aux U.S.A.

Concert à la mémoire de Marcel Chailley
Affiche concert du 11 février 1937, église Saint-Ferdinand des Ternes, Paris
( coll. Dominique Chailley )

L’été de l’année suivante, délaissant pour une fois Seignelay trop triste sans Marcel Chailley, Céliny et ses enfants non mariés passèrent les vacances à Arradon (Morbihan) dans une villa louée avec des amis, au lieu-dit Pen er Men : Jacques y vint avec sa fiancée et les parents de celle-ci, Paul et Suzanne Pompei, rentrés de Lisbonne où ils résidaient jusque là. Ivry Gitlis, bientôt âgé de 16 ans et élève d’Enesco, les y rejoignit – avec son inévitable mère - pour travailler avec Céliny, et celle-ci faisait dans le même temps travailler Marie-Thérèse, qui, avec son tout neuf premier prix d’alto, allait sur ses 17 ans.  Seignelay-sur-Mer, en cet été 1938, vit peut-être passer, zigzagant un peu, des bicyclettes bleues… Nonobstant le soleil radieux, peut-être leurs roues étaient-elles un peu voilées ?

Après la mort de son mari, l’admiration de Céliny Chailley-Richez pour " le Maître " déjà malade se mua en un véritable culte, dont la grande prêtresse était la Princesse Maruca Cantacuzino, qui souvent francisa elle-même son nom en Maria ou Marie Cantacuzène.

C’est dans l’environnement de Carmen Sylva - la Reine Elisabeth de Roumanie qui protégeait Georges Enesco dans sa jeunesse – qu’il avait rencontré, en juillet 1907 à Sinaia, celle qu’il ne put épouser que trente ans plus tard, le 4 décembre 1937. Céliny et la " Princesse-épouse " - comme Enesco l’appelait souvent – sympathisèrent à ce qu’il semble, et échangèrent jusque vers 1965 d’aimables cartes postales au jour de l’an.

Les 9 et 13 avril 1937, Enesco et Céliny donnèrent encore deux concerts de sonates à l’Ecole Normale : Mozart, Fauré, Franck, puis Beethoven (Kreutzer), Enesco (3e, roumaine) et le " Concert " d’Ernest Chausson avec le concours du Quatuor Calvet.


Affiche concert du 21 janvier 1936, Salle Gaveau
Céliny Chailley-Richez et Georges Enesco, en 1935
Affiche concert du 21 janvier 1936, Salle Gaveau
( coll. Dominique Chailley )
Céliny Chailley-Richez et Georges Enesco, en 1935
( photo Edm. Joaillier, Paris, coll. Dominique Chailley )

Heureuse comme chaque fois qu’elle partait en tournée (au Brésil en 1918/19 avec le Quatuor Chailley ou, plus tard, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Suisse avec son Quintette), Céliny Chailley-Richez accepta avec empressement, en novembre 1939, l’invitation d’ Enesco à l’accompagner en Italie pour plusieurs concerts. Ses deux fils étant mobilisés, elle laissa à sa dernière fille Marie-Thérèse, âgée de 18 ans, le soin de gérer ses affaires courantes avec les gains de ses premières leçons d’alto. Ses lettres de Turin témoignent de son exaltation d’alors… puis de sa cruelle déception : après le premier concert, le 23 en soirée (Vivaldi, Sonate la majeur – Brahms, Sonate sol majeur – Jean-Sébastien Bach, Sonate do majeur – Mozart, andante-minuetto-rondo), Georges Enesco tomba malade et dut annuler le concert suivant, prévu à Florence le 26 en matinée. Avec son infirmière particulière et Maruca (qui, à l’ " Albergo Palazzo " de Turin, avait fait de Céliny sa confidente), il regagna la Roumanie. Céliny rejoignit provisoirement, quant à elle, son refuge icaunais et le projet de donner, avec Enesco, les sonates de Beethoven à Rome l’année suivante, n’eut évidemment pas de suite, du fait de l’entrée en guerre de l’Italie (1940) et de la Roumanie (juin 1941) – qu’Enesco et Maruca pensèrent devoir regagner.

La débâcle la contraignit à se réfugier dans l'Yonne, chez des amis de sa fille Marie-Hélène, car sa maison de Seignelay avait été louée. Elle y fut emmenée en voiture par Antoine H. Cohen, l’impresario roumain d’Enesco, accompagné de son épouse. Mais elle ne disposait à Héry que d’un piano droit dans sa chambre et se morfondait ne plus pouvoir, comme elle l’aimait tant, se faire entendre à la Radio qui était notoirement aux mains de l’occupant. Du 14 au 26 juin, elle poursuivit l’exode, avec sa vieille mère et ses hôtes, à Randan (Puy-de-Dôme). Là, pas de piano du tout : avant la fin du mois, elle avait trouvé le moyen de rentrer rue Guersant dans l’espoir de reprendre sa vie professionnelle. Les 10 et 17 août elle donnait, avec Irène Joachim, deux concerts " Brahms " et " Fauré " aux " Soirées du Marais " (Hôtel de Sagonne, rue des Tournelles) et, le 29 août, entre deux " informations pour les soldats allemands ", elle jouait à Radio-Paris, avec " Andolfi et Ruyssel " (probablement Francesco Andolfi et Louis Ruyssen) , un Trio de Haydn…

Concert du 22 sept. 1940, ancien conservatoire
Affiche concert du 22 septembre 1940, Salle de l'Ancien Conservatoire à Paris
( coll. Dominique Chailley )

Le 23 novembre 1940, elle annonça une " première séance des Concerts de Chambre Chailley-Richez " à la Salle de l’Ancien Conservatoire, avec Ginette Neveu, Marie-Thérèse Ibos-Aubert, Marie-Thérèse Chailley et Jacqueline Alliaume, sans oublier le concours exceptionnel d’Yvonne Gall qui chanta des mélodies de Franck et Duparc ; elle interpréta avec Ginette Neveu la Sonate de Franck, l’un de ses auteurs favoris, et l’on termina par le " Concert " d’Ernest Chausson, qu’aimait tant Enesco.

En 1941-42, sans doute à la demande de son ami Jérôme Carcopino, elle obtint une classe au Conservatoire, mais on n’a jamais vraiment su pourquoi elle en démissionna au bout d’un an alors même que son fils Jacques, depuis 1937, en était Secrétaire général au côté d’Henri Rabaud puis, en avril 1941, de Claude Delvincourt, après qu’il eût été démobilisé, à Bellac, en août 1940.

C’est à cette époque que Céliny Chailley-Richez, approchant de la soixantaine, se lia d’une grande amitié avec Denyse Favareille, riche propriétaire normande, romancière à ses heures, pianiste amateur et fille d’Yzelen, un improbable élève de Massenet. Ensemble, malgré les aléas de la guerre, elles reconstituèrent un Quintette, cette fois entièrement féminin avec Marie-Thérèse Ibos et Sonia Lovis puis Suzanne Plazonich (violons), Marie-Thérèse Chailley-Guiard (alto), Jacqueline Alliaume puis Annik Gélu (violoncelle). Les concerts avaient souvent lieu chez Pierre et Denyse Favareille, au 6e étage du 12 square Laborde, à l’ombre de Saint-Augustin, et Céliny n’avait pas été peu émue d’y reconnaître l’ancien salon de musique du violoncelliste Jules Griset chez qui, vers 1907, elle avait pour la première fois fait de la musique de chambre avec Marcel Chailley.

Les assistants – en moyenne une trentaine, la plupart sur invitation – étaient soigneusement consignés sur un cahier où les rejoignaient les coupures de presse des jours précédents et suivants. C’est ainsi que nous savons que neuf concerts furent donnés entre le 23 novembre 1941 et le 28 mars 1943 et que, parmi les auditeurs les plus fidèles figurent Marie-Louise Boëllmann et quelques membres de la famille De Gaulle (ils ne manquèrent que le concert du 1er mars 1942) : sans doute " Marilou " les avait-elle amenés, car on sait, par le témoignage d’Irène Joachim, qu’elle était très liée avec Madeleine De Gaulle et avait aidé plusieurs parents du Général, au début de la guerre, à passer en Espagne.

En voyant qu’au concert du 14 juin1942 assistaient aussi " 6 élèves Conservatoire ", on est amené à se demander si ces soirées musicales ne servaient pas accessoirement de " boîte aux lettres " pour fournir des faux-papiers aux " Cadets du Conservatoire " créés par Claude Delvincourt. C’était, il est vrai, l’année où Céliny Chailley-Richez y enseignait, et ce n’est là qu’une question posée.

Pour élargir le répertoire de leur Quintette et servir une cause qu’avait défendue Arthur Honegger dans Comoedia, la revue d’Yvonne Sarcey, les deux amies fondèrent en 1943 un éphémère " Prix Favareille-Chailley-Richez ", assez généreusement doté, destiné à récompenser des compositeurs français ou prisonniers de guerre écrivant pour cette formation. Son jury comptait Tony Aubin, Jean Bérard, Robert Bernard, Joseph Calvet, Arthur Hoérée, Olivier Messiaen et Francis Poulenc ; il était présidé par Arthur Honegger. Par la suite y siégèrent, sous la présidence d’Henri Büsser, Emmanuel Bondeville, Jacques Chailley, Claude Delvincourt, Jean Hubeau, Albert Le Guillard, Jean Rivier et Emile Vuillermoz. Les lauréats furent Amédée Borsari et Roger Langlois, dit Jean Roger (1943), Jean-Louis Martinet (1944), Jeanine Rueff (1945), Alfred Desenclos (1946) et Antoine Reboulot (1947).

Le dernier concert en France du Quintette Chailley-Richez semble avoir eu lieu chez Mme Geoffroy, 5 place Malesherbes, le 23 juin 1948, mais sous l’égide des " Amis de la Villa Medicis ", un nouvel intitulé qui évoque le Grand Prix de Rome, sans que nous en sachions davantage à son sujet. Mme Favareille était alors vice-présidente des J.M.F.

C’est à 95 ans, le 5 mars 1950, que mourut Léonie Richez, pilier pittoresque de la famille durant un demi-siècle. Jusqu’à cette année-là Céliny Chailley-Richez donna encore quelques concerts, notamment une " séance de sonates " (Bach, Schumann, Enesco) le 24 octobre 1947, avec Enesco, Salle Gaveau.

Mais surtout soucieuse de laisser à la postérité la trace de sa collaboration avec son idole, elle privilégia les enregistrements. Les trois " 78 tours " de la 3e Sonate d’Enesco, qu’elle joua avec " le Maître " déjà bien affaibli, leur valurent, en 1949, le " hors-concours " attribué par l’Académie du disque Charles Cros dont c’était le premier palmarès (Columbia GFX 121-123, enregistrés par M. Agostini le 19 octobre 1948). Mais Georges Enesco, qui d’ailleurs se définissait plus volontiers comme compositeur et chef d’orchestre que comme violoniste, cessa à cette époque de jouer et ne revenait que plus rarement en France. Il semble, d’après sa correspondance, qu’il avait eu une " forte crise d’intermittences " dès octobre 1950. En mai précédent, il avouait à Marcel Mihalovici qu’il devenait " un peu dur d’oreille " et on a, sur son état de santé en mai 1953, le témoignage de Moshe Menuhin, le père de Yehudi qui évoque une atteinte vasculaire cérébrale le laissant à-demi paralysé ; cependant les sources roumaines datent cette " congestion cérébrale " de la nuit du 13 au 14 juillet 1954.

Mais en octobre 1950 déjà, Denyse Favareille et Céliny Chailley-Richez avaient su le convaincre - et convaincre Decca qui se lançait dans le microsillon - de diriger en studio les Concertos de Jean-Sébastien Bach pour clavier(s) et orchestre où, naturellement, Céliny tiendrait les parties principales de piano. A cette époque Enesco n’était pas riche et, comme Marcel Chailley, il était homme à tenir ses promesses jusqu’aux limites de ses forces ; la nouvelle impresario de Céliny dut savoir en tirer parti…

Françoise Le Gonidec qui, avec Jean-Jacques Painchaud et Yvette Grimaud, assura les autres parties de piano, se souvient qu’il ne parlait plus guère et dirigeait assis - " plus avec le regard qu’avec une baguette qu’il avait à peine la force de tenir " - l’Orchestre de l’Association des Concerts de Chambre de Paris. Elle pense aussi qu’il n’y eut généralement qu’une seule prise, et quasiment pas de montage en studio. Les Concertos à 1, 2 et 3 pianos se firent entre le 25 février 1953 et le 7 janvier1954. Le Concerto à 4 pianos et le Concerto italien furent enregistrés les 26 novembre 1953 et 3 février 1954. Cette dernière œuvre fut sans doute ajoutée pour compléter le 8e disque qui, même ainsi, ne dépassait pas la durée d’un 25 cm.

Participèrent aussi à ces enregistrements les flûtistes Gaston Crunelle et Jean-Pierre Rampal, ainsi que le tout jeune violoniste Christian Ferras, déjà célèbre.

Sous le titre " Hommage à J.-S. Bach, par Georges Enesco dirigeant… " le coffret ne parut qu’en 1955, orné d’un masque quasi-mortuaire d’Enesco tenant la baguette, signé M. Mackham-Langlois mais dessiné à partir d’une photo d’Enesco jouant le Poème d’Ernest Chausson au violon…

Les références données au verso du " 7 " sont : 1) FAT 173053 – 2) 173068 – 3) 173094 – 4) 173050 – 5) 173097 – 6) 173119 et 7) 173530. La mention " 4 " est omise sur le 173050, et nous ne possédons pas la pochette du " 6 " (173119). En revanche, les 6 premiers portent les références FAT 133… au lieu de 173… : s’agit-il d’un premier pressage ? Un huitième disque est annoncé au verso du " 7 " comme faisant partie de la collection, mais il n’est pas numéroté et sa référence est FAT 143538 : il s’agit d’un 25 cm comportant le Concerto en la mineur BWV 1065 avec, comme quatrième pianiste, Yvette Grimaud, et sur l’autre face, le Concerto italien en fa majeur BWV 971. Nous ne savons pas s’il a été commercialisé. On notera qu’outre les concertos " für klavier " proprement dits, cette collection comprend le Brandebourgeois n° 5 (disque n° 4, avec Christian Ferras) et le Concerto italien qui, évidemment, peuvent leur être apparentés.

Les critiques – celles notamment de Claude Rostand et d’Henri-Louis de Lagrange – furent indulgentes pour le chef et la principale soliste, moins pour l’orchestre et la prise de son... On notera, si l’on veut, que Glenn Gould, deux ans plus tard, se lancera pour CBS dans cette redoutable entreprise, avec Leonard Bernstein et Vladimir Golschmann dirigeant le Columbia Symphony Orchestra : " le dernier puritain " s’y montra, de l’avis de beaucoup, plus convaincant, malgré des tempi à peine plus rapides, que ses immédiats prédécesseurs.

Un 30 cm Pathé-Marconi, à partir d’une bande de 1948, parut, probablement vers 1953, sous la référence C 061-11637 M : nous ne l’avons pas retrouvé et il s’agit sans doute de la même interprétation, reportée sur microsillon, que celle gravée en 1949 sur les trois 78 tours Columbia GFX 121-123, de la 3e Sonate pour violon et piano d’Enesco, " dans le caractère populaire roumain ", en la mineur, opus 25, composée en 1926.

La carrière de Céliny Chailley-Richez ne survécut pas à la mort d’Enesco, le 4 mai 1955. Elle avait fait une dernière tournée avec son Quintette, aux Pays-Bas, en février 1949 (Franck, Jean Huré et Dvorak) et, le 25 octobre 1949, et elle donna son dernier concert, au Théâtre de Blois, avec Georges Enesco.

Céliny Chailley-Richer, vers 1955
Céliny Chailley-Richez, vers 1955
( coll. Dominique Chailley )

D’après un " enregistrement privé réalisé en 1952 ", Columbia publia en 1957 un microsillon 25 cm [FC 1058] de la Sonate à Kreutzer de Beethoven, qu’ils avaient souvent jouée en concert, avec un livret illustré signé de Michel Briguet. C’est peut-être là le dernier disque d’Enesco violoniste.

Les derniers enregistrements de Céliny Chailley-Richez furent, pour Decca, en juin et novembre 1954, consacrés à Chopin (Sonate funèbre en si bémol majeur) et à Schumann (Kreisleriana).

Elle publia, dans Musique et radio (Paris), n° 529 de juin 1955, p. 305, un récit de sa dernière visite rue de Clichy puis de plus en plus fréquemment – sauf en hiver – se retira en Normandie, d’où elle entretint de 1959 à 1965 une correspondance nourrie de photocopies avec Romeo Draghici qui avait été un ami du Maître depuis 1917 et, à Bucarest, dirigeait un Musée Enesco ; elle correspondit également avec Rémus Tzincoca, disciple du Maître au Québec, et participa, bien sûr, à la création de l’association " Les Amis d’Enesco " qui organisa son premier concert, le 3 mai 1971, à la Salle Cortot (78 rue Cardinet, 17e) de l’Ecole Normale de Musique.

Mais vers 1965 s’était délitée son " incomparable amitié " avec Mme Favareille qui lui reprit la coquette maison qu’elle avait aménagée pour elle près de Bures-en-Bray (Seine-Maritime). Elle revint donc, hypocondriaque, rue Guersant et y demeura encore quelques années, servie par une gouvernante, Mme Henry, qui était bien plutôt une gouvernée, plus âgée qu’elle et d’un rare dévouement. Elle s’éteignit paisiblement le 9 septembre 1973, munie – sinon même écrasée – des sacrements de l’Eglise, dans une maison de retraite de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). Elle est inhumée à Thorigny (Seine-et-Marne) aux côtés de son mari et de leur fille Marie-Thérèse.

 

Peut-on conclure ?

Il nous serait plus confortable de nous arrêter ici. Mais une question reste posée et nous ne pouvons l’esquiver : Céliny Chailley-Richez a-t-elle été la pianiste préférée d’Enesco, fût-ce seulement en France, et la dépositaire privilégiée des secrets de son art, comme elle s’efforça de le faire croire ? Nous croyons devoir à la vérité de répondre par la négative.

Elle fut, certes, une artiste de haut rang, excellente technicienne, très habile au déchiffrage, exigeante pour les autres comme pour elle-même, et dévouée à l’extrême au " Maître " qu’elle s’était reconnue. Mais il est patent que celui-ci ne la fit pas inviter en Roumanie, ne vint jamais à Seignelay et ne lui écrivit que de simples billets relatifs à des rendez-vous de travail, aimables certes, mais d’un ton convenu qui n’était pas dans son naturel avec ses amis. Le dernier est pourtant le moins impersonnel : de Paris, le 4 juillet 1954, d’une écriture encore bien maîtrisée, il la remercie d’un article " qui nous a beaucoup touchés, la Princesse et moi " et termine avec une brève citation notée de la Sonate funèbre de Chopin pour lui demander si elle " a bien réussi " : il s’agissait de son enregistrement du 24 juin pour Decca, et cela indique que l’influence d’Enesco sur elle ne s’arrêtait pas à Bach…

Cependant force est de constater qu’Enesco ne lui a dédié aucune œuvre et qu’elle n’a jamais joué en public ni enregistré aucune de celles qu’il a écrites pour piano seul. Ce n’est que le 18 novembre 1927 qu’elle inscrit à l’un de ses programmes, à Lille, une œuvre d’Enesco, le Cantabile de 1904, accompagnant Mme Ginot-Crunelle, flûtiste.

On pourrait faire la même remarque au sujet de Marcel Chailley mais on a vu que leur véritable connivence musicale datait de 1928 et que, depuis deux ans déjà, il avait renoncé à sa carrière de concertiste. Une seule photo d’Enesco dédicacée est dans notre famille ; elle porte : " A Monsieur Jacques Chailley, un vieil ami de ses chers parents. Georges Enesco. 1932 ".

A la vérité, Enesco, excellent pianiste lui-même, s’adressa plus volontiers à Alfred Cortot ou à son élève et filleul Dinu Lipatti. On sait d’ailleurs que celui-ci était marié à la pianiste Madeleine Cantacuzino, née Danhauer, mais qui, comme Maruca dont elle était une parente assez éloignée, avait tenu à conserver le nom de son premier mari. Il avait aussi en grande amitié le pianiste roumain Nicolae Caravia à qui il demanda de créer, pour la Radiodiffusion française, ses Pièces impromptues - souvent dites à tort Suite n° 3 pour piano - opus 18. Au nombre de ses pianistes préférés, en France, était aussi Monique Haas, qui avait épousé en 1919 son ami et compatriote Marcel Mihalovici ; il y avait encore Marcel Ciampi : c’est lui qui, le 6 décembre 1938, avait créé Salle Gaveau sa Sonate n° 3 en ré majeur opus 24 ; et c’est chez les Ciampi, au 67 avenue de Villiers (17e), qu’il donna, à partir de son retour de Roumanie, en mai 1947 - " après cette innommable période " écrivait-il à Mihalovici - des cours les mardi et vendredi après-midi. Mme Ciampi, la violoniste Yvonne Astruc, avait créé pour lui un " Institut instrumental " qui lui procurait une certaine autonomie financière alors que sa fortune et celle de sa " Princesse-épouse " étaient confisquées par ce même régime communiste qui s’efforcera, et surtout post-mortem, de se réapproprier sa célébrité. Parmi ses élèves, à cette époque, était pourtant la Reine Elisabeth de Belgique…

Le violoniste Ivry Gitlis en compagnie de Céliny Chailley-Richez, Arradon, Morbihan, juillet 1938
Le violoniste Ivry Gitlis en compagnie de Céliny Chailley-Richez, Arradon, Morbihan, juillet 1938
( coll. Dominique Chailley )

Mais revenons au plus près de notre sujet et, sans insister sur son manque absolu de " conscience politique ", comme on dirait aujourd’hui, notons le peu d’intérêt que marqua Céliny Chailley-Richez pour les autres pianistes qui entouraient et jouaient Enesco. Si elle ne laissa pas de fréquenter, bien sûr, Alfred Cortot – qui était en quelque sorte l’un de ses " directeurs " à l’Ecole Normale et dont l’ouvrage La musique française de piano, paru en 1943 aux P.U.F., reflète très exactement son répertoire - elle ne se déplaça pas à Besançon pour le concert que dirigea Enesco, le 6 septembre 1951, en hommage à Dinu Lipatti. On peut, en revanche, être assuré qu’elle ne manqua, devant son poste, aucun des vingt entretiens de Georges Enesco avec Bernard Gavoty, enregistrés rue de Clichy entre septembre et novembre de cette année-là, et que la Radio diffusa en janvier 1952. Sans doute guettait-elle ce que, peut-être, il dirait d’elle, avant les enregistrements des Concertos de Bach pour lesquels elle travaillait assidûment ?

Femme autoritaire et pétrie de principes, elle semble cependant, tout bien pesé, avoir toujours été sous influences : de sa mère d’abord, puis de Raoul Pugno et Alfred Cortot ; ensuite du clergé catholique, de Georges Enesco, enfin de son amie Denyse Favareille. Sans réelle défense contre la flagornerie – dont tentait de la protéger son mari - elle joua parfois, après la disparition de celui-ci, le rôle du corbeau de la fable. En ce qui concerne sa collaboration avec Enesco, il ne semble pas impertinent de considérer qu’elle abdiqua devant lui toute interprétation personnelle, trop heureuse d’exécuter fidèlement ses moindres indications et d’être, envers ses élèves, " la voix de son Maître ". On peut aussi, sans trop forcer sur les suppositions, se demander si leur collaboration – sporadique, mais qui s’étendit néanmoins sur vingt ans – n’est pas surtout le fruit et le prolongement de la profonde amitié de Georges Enesco pour Marcel Chailley, son camarade des années heureuses au Conservatoire, de ses premiers succès à Paris chez Colonne, le fondateur d’un Quatuor qui aida à faire connaître sa musique, le remarquable professeur, surtout, qui partagea ses enthousiasmes devant les talents précoces d’une Ginette Neveu et d’un Yehudi Menuhin et qui se dévoua jusqu’à en compromettre sa santé pour seconder ses amis Jules Boucherit et Jacques Thibaud tout en favorisant la carrière de leurs élèves communs, tel Ivry Gitlis.

Ivry Gitlis en 1938
Ivry Gitlis en 1938
( coll. Dominique Chailley )

Dans un opuscule paru, sans nom d’auteur en 1973, Jacques Chailley avait tenu à rendre un hommage argumenté et nourri de faits précis à l’œuvre de Marcel Chailley, son père, qu’il perdit à l’âge de 26 ans et qui eût été fier de sa réussite. Il est regrettable que cette brochure hors-commerce, tirée à 100 exemplaires, soit aujourd’hui introuvable. Car elle livre bien des détails et des noms que nous n’avons pas voulu redire ici ; et la manière de raconter de mon père est inimitable : précision des faits, élégance du style... avec souvent une pointe d’humour qui ajoute, au plaisir de lire les lignes, celui de lire entre elles.

On pourrait envisager aujourd’hui de la mettre, sur un site Internet, à la disposition de ceux qu’intéressent des témoignages de première main sur une période passionnante de la vie musicale française. Au temps qu’elle rassemblait à Paris, entre 1900 et 1950 et malgré les deux guerres, des musiciens de tous les pays, attirés par la qualité de l’enseignement qu’on y trouvait et par la richesse foisonnante d’une création artistique grande ouverte sur le monde.

Dominique CHAILLEY

 

 

 

Sources et remerciements :

Les sources consultées pour cet article sont principalement les archives privées de la famille Chailley, recueillies notamment par Mmes Marie-Hélène Labeaume, Isabelle Guiard-Torikian et notre sœur Marie-Noëlle Chailley. Nous avons par ailleurs utilisé des publications roumaines dont nous avons donné les références, et mis à contribution quelques correspondants internautes qui ont bien voulu en relire les versions successives et nous apporter de très utiles précisions ou rectifications de détail : M. Alain Chotil-Fani perso.wanadoo.fr/alain.cf/, Mme Marie-Odile Mussillon, romancière nourrie du passé et pleine d’avenir, M. Michael Meacock www.baroque-music-club.com, M. Denis Havard de La Montagne dont la revue " Musica et Memoria " ainsi que le site www.musimem.com sont connus et appréciés de tous les chercheurs en histoire de la musique française, M. Thierry Adhumeau, président de l’Association Boëllmann-Gigout, très documenté aussi sur Enesco, M. Rudolf A. Bruil, collectionneur néerlandais, qui a relu notre discographie, et M. Robert Orledge, spécialiste de l’œuvre d’Erik Satie, qui nous a fourni une précision inédite.

Le site www.geocities.com/enesco_georges/enescu_timeline.html en anglais, offre, des différentes époques de la vie d’Enesco, une galerie de 10 pages de photos souvent intéressantes, avec des fac-similés d’autographes et une bibliographie – notamment roumaine – fournie et détaillée. Les documents qui illustrent le présent article ne proviennent pas de cette source, mais de nos archives familiales, dont la reproduction est soumise à notre autorisation.

Nous avons aussi consulté le recueil d’articles " Musique et musiciens à Paris dans les années trente " publié en 2000 chez H. Champion sous la direction de Danièle Pistone (ISBN 2-7453-0333-3 et ISSN 0398-2599), mais sans, malheureusement, y trouver d’éléments propres à enrichir le sujet de cette étude. En revanche, alors que cet article était terminé, est parue, aux Editions Papillon (Genève) la belle biographie consacrée à Christian Ferras par Thierry de Choudens (ISBN 2-940310-20-3) : elle nous a permis, grâce à son index, de rectifier in-extremis quelques erreurs après un sympathique échange d’e-mails avec l’auteur, que nous remercions ici bien vivement.

Il ne nous a pas été possible d’écouter les trois émissions de Karine Le Bail " Georges Enesco, un Roumain à Paris " (9, 16 et 23 mai 2004), dans " Les greniers de la mémoire ", ni les trois " Entretiens " d’Ivry Gitlis avec Georges Boyer, diffusés en août 2004 sur France-Musiques, dans lesquels il évoqua avec beaucoup de sensibilité, nous a-t-on dit, ses souvenirs sur Seignelay et les Chailley. Nous aurions voulu l’en remercier. Le producteur nous a seulement fait répondre qu’on ne pouvait obtenir des copies de ces émissions et qu’il n’était pas envisagé de les reprogrammer.

Ce n’est qu’à la dernière révision des épreuves de cet article que nous avons pu lire l’ouvrage de Myriam Chimènes " Mécènes et musiciens : du salon au concert à Paris sous la IIIe République " (P., Fayard, 2004 – ISBN 2-213-61696-5). Ce livre très documenté et à la foisonnante bibliographie nous eût permis, consulté plus tôt, de développer bien des points ; mais sans doute à l’excès, dans la mesure où, de rapprochement en rapprochement, on risque fort de s’éloigner exagérément de son sujet… Nul doute, cependant, qu’il constitue une excellente introduction générale à notre petit propos particulier.

Nous sommes aussi très reconnaissant à Mme Oana Cantacuzino, petite-fille de la Princesse Maruca, de nous avoir relevé de quelques inexactitudes concernant sa prestigieuse famille, et mis en rapport avec M. Pascal Bentoiu, de Bucarest. Celui-ci, qui maîtrise à la perfection notre langue, a bien voulu à travers deux versions successives de notre texte, nous faire profiter de sa remarquable connaissance de l’œuvre et de la biographie d’Enesco ainsi que de l’histoire de la Roumanie. Il est d’ailleurs l’auteur de l’important article " Enesco " dans la dernière édition (2001) du " M.G.G. " aux éditions Bärenreiter.

 

 

Ecrits et enregistrements :

Céliny Chailley-Richez a signé en 1931-1932 quelques brèves critiques de concerts dans Le Courrier musical (Paris) et une partie de sa correspondance a été conservée. En 1965, elle a rédigé un abrégé de ses souvenirs, réservé à une diffusion familiale. Jacques Chailley a fait de même, en 1990 : sur certains points, dans les premiers chapitres, il complète, à l’aide de ses propres recherches, le récit de sa mère. Mais surtout, en 1973, nous l’avons dit, il s’attacha à faire revivre la mémoire de son père.

Marcel Chailley en 1936
Marcel Chailley en 1936
( coll. Dominique Chailley )

Pour ce qui est de Marcel Chailley, sa correspondance a presque totalement disparu. Comme musique, il semble n’avoir écrit – ou du moins conservé - qu’une courte pièce, Romance, pour violon et piano, dédiée " à Monsieur Constant Crépeaux ", publiée, sans date, par Enoch et Cie (Paris), sous la référence E. & C. 4564. La chose mériterait d’autant moins d’être signalée qu’il déclara plus tard à son fils aîné la désavouer comme une erreur de jeunesse ; mais nous passons outre pour faire remarquer que Georges-Abraham Enoch (1876-1938), fut dès 1899 l’éditeur d’Enesco. On a vu qu’en ces années-là Marcel Chailley et lui étaient condisciples au Conservatoire et se retrouvaient, pour le moins, avec Jacques Thibaud, aux Concerts Colonne. Il est donc probable que cet éditeur commun n’est pas le fait d’une coïncidence.

De Marcel Chailley, nous ne connaissons pas un seul enregistrement. Outre qu’il est mort en 1936, sa modestie, qui n’était pas de la timidité, le " poussait " - le tirait, devrait-on dire - à se mettre toujours en retrait, quitte à s’effacer devant ses élèves qui tous avaient pour lui une admiration teintée d’une affection sincère.

On ne saurait dire que cette modestie était partagée par son épouse. Elle la proclamait, pourtant, en collant jour après jour, dans des albums, les coupures de presse qui vantaient chez elle, parmi toutes ses autres qualités – au nombre desquelles, toutefois, le sens de l’humour ne figurait pas – celle-là dont on dit (mais ce n’est pas toujours vrai) qu’elle appartient aux plus grands.

Outre ses enregistrements avec Georges Enesco et un 78 tours dans lequel elle " codirige " (?) l’ensemble de violons des élèves de Marcel Chailley, Céliny Chailley-Richez a enregistré un certain nombre de bandes magnétiques inédites - souvent parce qu’elle les jugeait insuffisantes - et quelques disques, en 78 tours pour la plupart. Chez Decca : Prélude, choral et fugue de César Franck ; chez Columbia, en 1943, le 1er Quatuor de Gabriel Fauré, en ut mineur (4 disques, LFX 637-640) et chez Concerteum le Concerto en la mineur et Kindenscenen (Scènes d’enfants) de Schumann... Mais nous sortirions de notre sujet en en donnant ici une liste exhaustive qu’a d’ailleurs établie – pour les microsillons - un collectionneur néerlandais, M. Bruil, pour une page de son site www.soundfountain.com/remchailley.html

Marie-Thérèse Chailley conservait aussi comme souvenir le repiquage effectué vers 1960 sur " vinyle " d’un enregistrement privé du dernier mouvement du Concertstück pour alto et piano (1906) d’Enesco, travaillé l’été 1935 à Seignelay avec son père et gravé, avec sa mère au piano, en octobre suivant. Elle a noté elle-même sur l’étiquette : " 3 mois d’alto " ce qui confirme qu’elle avait quitté le violon pour ce nouvel instrument en juillet 1935, à l’âge de 14 ans, un an avant la mort de son père... Parmi les raisons de ce changement, il se murmurait que Jules Boucherit – né en 1877 - avait un penchant, remarqué ou imaginé par la prude Céliny, pour certaines de ses jeunes élèves…

Les récentes rééditions, au Canada, par le Baroque Music Club www.baroque-music-club.com, des Concertos "für Klavier" de Bach (BWV 971, 1044, 1050, 1052/1058, 1060/1065), dirigés par Enesco (ORYX-BHP 904/907) et de la 3e Sonate en la mineur d'Enesco "dans le caractère roumain" op. 25 (ORYX-EN 1) sont, à ce jour, les seuls enregistrements disponibles en CD portant témoignage de la collaboration de Georges Enesco avec la pianiste Céliny Chailley-Richez.

 

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(Note : ce même article, assorti de 41 notes comportant notamment des précisions bibliographiques, est paru dans l'édition papier de la revue Musica et Memoria, numéro double 95-96, 2ème semestre 2004)

 


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