La musique religieuse de
CHARLES GOUNOD
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Charles Gounod, 1818-1893.

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Il y a quelques mois une revue musicale consacrait quatre pages à Charles Gounod et, se référant à l'actualité, l'article commençait par ces mots : "C'est la Gounodmanie !".

Il est vrai que cette actualité vient d'être marquée coup sur coup par la reprise du Médecin malgré lui à la Salle Favart, de Sapho à Radio-France, de Philémon et Baucis, par l'enregistrement du Requiem, testament artistique de son auteur, et par la gravure de deux symphonies bien oubliées aussi !

C'est un fait : après un extraordinaire engouement pour la musique baroque et pour la musique ancienne, on semble redécouvrir la musique romantique ou post-romantique, particulièrement la musique française de la deuxième moitié du XIX° siècle et du début du XX°, singulièrement Charles Gounod, Saint-Saëns (symphonies, concertos pour piano, œuvres d'orgue, oratorio de Noël) et César Franck (Les Béatitudes) et aussi Lefébure-Wély, Guilmant, Widor... Evolution de la sensibilité, du goût? Certainement oui. On peut penser aussi que, redécouvrant cette musique après avoir acquis, rigueur, pureté, simplicité dans l'exécution de la musique baroque, nous interprétions maintenant cette musique romantique française avec cette même pureté, cette même simplicité, c'est-à-dire dépoussiérée et débarrassée d'invraisemblances et du mauvais goût qui avaient peu à peu déformé, presque ridiculisé ces œuvres et nous avaient poussés à les abandonner complètement... Ceci est encore plus vrai lorsque nous abordons la musique religieuse produite en France dans les années 1830-1925 environ, produite en grande abondance en vérité! Abondante dans le catalogue de chacun de ces compositeurs, cette musique est souvent "fonctionnelle" c'est-à-dire destinée d'abord réellement à la liturgie du culte et non pas exclusivement au concert.

Ces musiciens, souvent injustement oubliés, sont presque tous des maîtres de chapelle ou des organistes; on attachait autant d'importance à leur production religieuse qu'à leurs œuvres théâtrales ou symphoniques. La musique d'église, plus que de nos jours, faisait partie de la vie musicale. Les noms souvent illustres figurant en tête des partitions comme dédicataires nous en apportent une preuve supplémentaire comme le fait suivant qui m'a été plusieurs fois rapporté par d'anciens chanteurs des Théâtres Nationaux : un choriste avait plus de chance de pouvoir se faire engager à l'Opéra ou à l'Opéra-Comique s'il faisait partie de la Maîtrise d'une grande église parisienne ; et, si ce n'était pas le cas, on l'invitait vivement à trouver un engagement auprès d'un maître de chapelle : pour un directeur de théâtre, c'était une assurance d'avoir affaire à un bon musicien et à un bon chanteur !

En 1979, les musiciens, les mélomanes, les discophiles envisagent cette musique religieuse presque exclusivement dans le cadre du concert ou d'une émission de radio ou encore gravée sur disque ou enregistrée sur bande. Il faut en réalité se placer dans le contexte liturgique et la sensibilité religieuse d'une époque pour bien comprendre cette musique, ce qui n'empêche pas d'en juger et d'en apprécier lucidement la valeur propre... Et puis, pour comprendre aussi la place importante que tient cette musique religieuse dans la production et dans l'esprit de ces compositeurs du XIX° siècle comme dans la vie musicale d'alors, il faut se référer aux chroniques, aux compte-rendus de l'époque, il faut feuilleter les journaux ou les revues, la Gazette Musicale, l'Almanach Musical, la Gazette des Beaux-Arts, la France Musicale, Le Figaro, le Journal des Débats... et l'on découvre les comptes rendus des premières auditions qui se donnent au cours des messes ou autres cérémonies liturgiques : telle messe polyphonique, tel motet sont parfois suffisants pour faire connaître son auteur à la critique et au public. C'est dire, encore une fois, l'importance de cette musique dans l'actualité et l'évolution musicales du siècle dernier.

La musique religieuse tient une place particulièrement importante dans l'œuvre de Charles Gounod et -ce qui est primordial- elle occupait la première place dans ses convictions et ses préoccupations, ceci, même lorsqu'il deviendra célèbre, décoré, membre de l'Institut, etc... De plus, sa production religieuse, si abondante, nous le verrons, tient un rôle prépondérant dans toute la musique de son époque.

Charles Gounod par Ingres
En 1839, à l'âge de vingt et un ans, Gounod remporte le Grand Prix de Rome. Il part pour la Ville Eternelle et passe trois années à la Villa Médicis. Déjà il est tenté par des compositions de musique religieuse. Les Chœurs de la Chapelle Sixtine ont fait sur lui une grande impression. Ayant quitté Rome pour Vienne, il se rend à Leipzig où il rencontre Mendelssohn à qui il vouera dès lors une admiration sans borne. Il lui soumet sa première Messe de Requiem exécutée quelques jours plus tôt à Vienne. De retour à Paris, en 1843, il est nommé organiste et maître de chapelle à l'église des Missions Etrangères (paroisse qui devait plus tard être assumée par l'église Saint-François-Xavier). Directeur absolu de la musique religieuse à laquelle, à la suite de Choron, de Niedermeyer, du Prince de la Moskowa, il veut apporter sa réforme. Il songe alors à rentrer dans les Ordres et obtient de l'Archevêque de Paris la faveur d'habiter le Couvent des Carmes et de suivre les cours de théologie du séminaire de Saint-Sulpice. Pendant plusieurs mois, en 1846, il porte même la soutane et signe ses lettres et ses œuvres Abbé Gounod.

Mais la Révolution de 1848 et le bouleversement des idées troublent ses résolutions. Bientôt le sacerdoce ne lui apparaît plus comme le but de sa vie. En Mars 1848, Gounod donne sa démission à l'église des Missions Etrangères; il abandonne les Carmes et le séminaire de Saint-Sulpice. Mais il ne renonce pas à sa foi, ni à la musique religieuse qui l'inspirera durant toute sa vie et plus encore au cours de ses dix dernières années : sa toute dernière œuvre ne sera-t-elle pas un Requiem qu'il aura le temps de terminer avant de rendre son dernier soupir. Il devait d'ailleurs revenir occasionnellement à l'orgue (il en possédait un chez lui), particulièrement à l'église de Saint-Cloud où il venait rendre visite à son élève Henri Busser organiste de cette église qui alors lui cédait les claviers.

La musique religieuse de Charles Gounod comporte environ deux cents œuvres d'inégale importance que l'on peut classer en trois catégories :

* œuvres de concert : oratorios, messes, Requiem, grands motets,
* œuvres liturgiques : messes, motets,
* mélodies religieuses : solos, duos.

1) ORATORIOS :

Les oratorios essentiels de Gounod sont au nombre de quatre et ont été écrits dans la dernière partie de sa vie. Gallia fut composé en 1871 lors de son deuxième séjour en Angleterre sur la demande de l'administration de l'Exposition Internationale. L'œuvre est une sorte d'élégie biblique dans laquelle le musicien s'inspire des Lamentations de Jérémie.

Gounod a ajouté au texte latin une adaptation française de lui. "L'idée m'est venue, écrit Gounod, de représenter la France telle qu'elle était... outragée, insultée, violée par l'insolence et la brutalité de son ennemi." Cette œuvre comprend quatre parties : Introduction et Chœur Quomodo sedet sola ; Cantilène (soprano solo) Via Sion lugent avec alternance du chœur ; Solo et Chœur O vos omnes ; Finale Jerusalem, convertere ad Dominum. Au concert, en première audition, Gallia produisit un effet considérable ; cette œuvre mériterait d'être reprise.2

Deux années plus tard (1873), c'est Jeanne d’Arc qui produit encore une vive impression : il s'agit d'une œuvre pour chœur, soli et orchestre, sorte de musique de scène pour accompagner un texte de Jules Barbier.

Rédemption date de 1882 : c'est une trilogie découpée en seize morceaux d'une inspiration élevée sur un poème dont Gounod est également l'auteur et dans lequel il a voulu résumer la doctrine chrétienne : création du monde, création de l'Homme, sa chute, promesse de la rédemption, puis évocation du Calvaire, de la Résurrection et de la Pentecôte. "Ce poème, écrit Gounod, part de la douleur et des larmes pour arriver à la pleine lumière et à la joie." Saint-Saëns qui préférait la musique religieuse de Gounod à celle de théâtre, faisait le plus grand cas de Rédemption . Aux obsèques du musicien, le 27 Octobre 1893 en l'église de la Madeleine, Saint-Saëns aux grandes orgues improvisa sur une phrase musicale extraite de la troisième partie de cet ouvrage.

Mors et Vita (1885) selon Henri Busser qui fut élève et ami de Gounod et qui m'en parlait souvent, est sans doute le chef-d'œuvre du maître dans le domaine de la musique sacrée. Gabriel Fauré, Maître de Chapelle de la Madeleine, en faisait souvent chanter des fragments. De dimensions encore plus importantes, cet oratorio est une vaste fresque composée sur des textes latins de la liturgie. Le thème à la fois philosophique et religieux (la Mort et la Vie, c'est-à-dire la vie éternelle qui suit la mort terrestre) est développé en trois parties : la première partie, Mors, débute par un prologue et le célèbre chœur Ego sum resurrectio et vita et se poursuit avec le texte liturgique des défunts. La deuxième partie s'intitule Judicium, le Jugement, et évoque successivement la résurrection des morts, le jugement des élus, le jugement des damnés. Enfin la troisième partie Vita porte en sous titre "Vision de Saint-Jean" : Moi, Jean, j’ai vu la Cité de Jérusalem… Je suis l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin, dit le Seigneur, je vous donnerai la Vie éternelle. L'orchestre occupe dans cette œuvre un rôle très important; l'usage du leitmotiv lui donne son unité; on y voit apparaître pour la première fois l'emploi de la gamme par ton, chère à Debussy. A propos de ces deux oratorios, Rédemption et Mors et Vita, Saint-Saëns a écrit dans Portraits et Souvenirs : "Quand de par la marche fatale du temps, dans un lointain avenir, les opéras de Gounod seront entrés pour toujours dans le sanctuaire poudreux des bibliothèques, connus des seuls érudits,... Rédemption et Mors et Vita resteront sur la brèche pour apprendre aux générations futures quel grand musicien illustrait la France du XIX° siècle." On peut sincèrement regretter qu'il en ait été autrement. Ces deux ouvrages remportèrent aussi un succès considérable lors de leur première audition en Angleterre, puis au Trocadéro à Paris.3

Faisant partie encore des Oratorios nous pouvons citer Jésus sur le Lac de Tibériade de qui est une scène biblique avec orchestre.

2) LES MESSES ET REQUIEM :

Gounod a composé une bonne vingtaine de messes tout au long de sa vie auxquelles il faut ajouter des fragments de messe séparés (Sanctus, Benedictus, Agnus Dei). De dimensions variables et de valeur inégale, ces messes peuvent être classées en deux catégories: les messes de concert, qui se rapprochent des oratorios cités plus haut, et les messes plutôt destinées à la liturgie. Les premières, bien qu'elles aient été, dans bien des cas, exécutées, du vivant de Gounod, aussi bien dans des célébrations liturgiques qu'au cours de concerts publics, comportent une partie orchestrale importante : cordes, bois par deux, cuivres par quatre, percussions et orgue, nécessitent des chœurs nombreux, souvent des solistes, et développent plus longuement le texte. Dans cette catégorie, citons dans l'ordre chronologique la Messe Saint-Louis composée à Rome en 1841 et qui valut à son jeune auteur son premier succès ; la Messe Pascale écrite à Vienne en 1843 " dans le style de la Chapelle Sixtine" selon l'expression de Gounod lui-même. La Messe Sainte-Cécile (1855) apporta la célébrité à son auteur dès sa première audition en l'église Saint-Eustache à Paris. Curieusement, c'est la seule messe importante de Gounod qui soit encore connue de nos jours et pourtant ce n'est pas, à mon avis, la meilleure. Gounod, en contradiction avec lui-même, se laisse aller à certaines concessions, à certains effets de musique de théâtre. La Messe Solennelle de Pâques (1874) lui est supérieure : d'une inspiration plus personnelle et d'une écriture plus recherchée, elle comporte des thèmes de toute beauté ; elle est écrite sans partie de soliste et avec accompagnement de grand orchestre. Citons encore la Messe du Sacré-Coeur (chœur, soli et orchestre) exécutée pour la première fois le 26 Novembre 1876 au Châtelet et bissée par une assistante enthousiaste.

De dimension presque aussi importante sont les messes suivantes mais, avec ou sans soli, elles ne comportent pas d'accompagnement orchestre : Messe aux Cathédrales : belle messe pour chœur, quatuor de solistes et orgue avec des thèmes inspirés, commentant magnifiquement les textes auxquels Gounod a d'ailleurs ajouté un O Salutaris et l'antienne Domine salvam fac Rempublicam comme dans d'autres messes également. La Messe-Chorale (1888) pour chœur et deux orgues est entièrement écrite sur le thème du Credo grégorien IV ; souvent en style fugué et avec des modulations inattendues (prélude du grand orgue, Christe eleison) pleine d'émotion contenue (Agnus Dei), cette messe fut écrite pour les cérémonies de béatification de Saint-Jean-Baptiste de la Salle. La Messe Sainte-Jeanne-d’Arc (1891) pour soli, chœur, deux orgues et harpes est précédée d'un prélude pour orgue et ensemble de cuivres (huit trompettes et trois trombones) et de deux antiennes à Saint-Jeanne-d'Arc chantées par le chœur Quia fecisti viriliter... : c'est une introduction de très belle allure. La plupart de ces messes sont caractérisées par une grande sobriété dans l'écriture chorale et cherchent visiblement à s'inspirer des chœurs de la Renaissance, évitant tout effet théâtral, témoignant d'une sincérité émouvante, portant toutefois une empreinte très personnelle. Il en est de même pour la Messe de Saint-Jean l’Evangéliste écrite sur des thèmes de chant grégorien : œuvre posthume dédiée à ses enfants Jean et Jeanne; elle est écrite pour chœur et deux orgues dans un style tout en imitations.

Dans une troisième catégorie, on peut citer des messes plus brèves et pour chœur plus restreint. Par exemple : Messe aux Orphéonistes à trois voix d'homme, Messe N° 3 aux communautés religieuses à trois voix de femme, Messe Brève aux Chapelles pour soli et chœur à quatre voix, Messe de Clovis. Toutes ces messes sont accompagnées par l'orgue.

Publicité des Disques Arion pour la sortie
en première mondiale de l'enregistrement
du Requiem de Gounod en 1978.
( coll. DHM )
Enfin il faut citer à part les messes funèbres : tout au début de sa carrière, nous l'avons vu, après ses trois années passées à la Villa Médicis, au cours de son séjour à Vienne en 1842, Gounod écrivit un Requiem dont la première audition sous sa direction remporta un vif succès si l'on en croit les critiques de l'époque, et les éloges de Félix Mendelssohn dont il venait de faire la connaissance émerveillée. En 1873 Gounod écrit une Messe Brève pour les morts, puis, en 1883, une Messe Funèbre à quatre voix mixtes et orgue. Curieusement, on peut constater que l'une des toutes premières œuvres comme la toute dernière écrite par Gounod sont l'une et l'autre un Requiem : cinquante et une année les séparent ! En effet, en 1893, Gounod termine un Requiem pour soli, chœur, orgue et grand orchestre écrit à la mémoire de son petit-fils Maurice Gounod dont la mort l'avait beaucoup peiné ; il demanda à son élève Henri Busser d'en écrire la réduction pour clavier. C'est quelques minutes après la visite de Busser que Charles Gounod fut frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante qui devait l'emporter en trois jours. La première audition eut lieu à la Société des Concerts du Conservatoire, les Vendredi et Samedi Saints 1894 ; la seconde audition fut donnée pour la messe d'anniversaire de la mort du Maître en Octobre 1894 en l'église de la Madeleine à Paris sous la direction de Gabriel Fauré, alors maître de chapelle. Ce dernier Requiem fut à nouveau révélé au public par le disque et le concert il y a quelques mois ; chef-d'œuvre retrouvé a pu dire la critique : simplicité, ferveur, douceur ; pas de théâtre, de la prière en musique. Selon Joël-Marie Fauquet, cette dernière œuvre résume au mieux l'esthétique sacrée du musicien et sa sincérité...

Affiche concert du 22 novembre 1978 à l'église de la Madeleine, Paris VIII° :
Requiem de Charles Gounod, sous la direction de Joachim Havard de la Montagne.
( coll. DHM )

3) LES MOTETS :

Comme pour les messes, étant donné leur abondance encore plus grande, on trouve chez Gounod des motets de dimensions inégales selon qu'ils sont destinés au concert ou à la liturgie. Il en écrivit près d'une centaine...

Encore en séjour à la Villa Médicis, Gounod, en 1841, compose un Te Deum pour huit et dix voix et deux chœurs sans accompagnement qui fut mal accueilli. Ecrit dans le style de Palestrina, ce Te Deum fut qualifié d'œuvre "importante par son poids" et "dépourvue de mélodie,... d'expression, de sentiment religieux..." (Rapport de Spontini à l'Académie des Beaux-Arts). Quelques quarante années plus tard, Gounod composa un second Te Deum pour petit et grand chœurs, deux orgues et six harpes. Destinée aux solennités de béatification de Saint-Jean-Baptiste de la Salle. cette œuvre ne manque pas d'originalité, d'inspiration ni de caractère : divisée en quatre parties, elle exprime, en les opposant, louange et supplication dans un style sobre qui atteint une certaine grandeur.

Les Sept Paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ sur la Croix sont antérieures et sont dédiées à Monseigneur Sibour, Archevêque de Paris qui félicite son auteur pour "ce travail conçu dans le style vocal rigoureux dont les maîtres de l'Ecole Italienne ont doté les offices et les cérémonies de la Chapelle Pontificale à Rome. " L'œuvre est écrite pour chœur à quatre voix a capella et la dernière partie en double chœur à huit voix.

Plusieurs Ave verum ont été composés par Charles Gounod ; deux d'entre eux ont un accompagnement de grand orchestre, l'un pour chœur, l'autre pour solo de soprano et chœur. Egalement avec orchestre, on trouve deux O Salutaris, un Ave Maria, une Salutation Angélique. Il faut encore citer parmi ces motets particulièrement intéressants plusieurs Pater noster, toujours pour le chœur, (l'un pour soli et chœur avec orgue), deux psaumes, Super flumina Babylonis et De Profundis et Hymne à Saint-Augustin (chœur et grand orgue). Dans un style différent et se rapprochant davantage de la mélodie, plus connu aussi, le Quam dilecta est écrit pour solo, ensemble instrumental et orgue. Enfin terminons avec Soixante Chants Sacrés en trois volumes : ce sont des motets divers, en latin, pour solo ou duo ou chœur (à quatre, cinq ou six voix) et orgue : pages pleines de mélodies qui reflètent un esprit tout à fait liturgique et une inspiration sans défaillance .

Gounod à sa table de travail, dessin de Louise Abbema
Gounod à sa table de travail, dessin de Louise Abbema
( Coll. François Davin, webmestre de Charles Gounod, sa vie, son oeuvre )

4) CANTIQUES ET MELODIES :

Dans cette dernière catégorie de musique religieuse que nous devons à la plume de Charles Gounod, figurent des œuvres qui, peut-être, ont porté préjudice, par la suite, au compositeur. En effet, il est curieux que, durant de longues années, le mélomane moyen ait surtout retenu et pratiqué, en fait de musique religieuse de notre compositeur, ce genre d'œuvres dans lesquelles Gounod, à la différence de celles que nous venons d'étudier, fait preuve de plus de sentimentalité que de sentiment religieux. Certes, le mélodiste n'y est pas pris en défaut, pas plus que l'harmoniste ; non, ces mélodies ou ces cantiques sont souvent pleins de charme et d'une plume inspirée et "facile" mais ils comportent trop de concessions à une mode devenue désuète. Et c'est ainsi que le souvenir de Gounod, musicien religieux, a été faussé, déformé alors que, nous l'avons dit, -on le lui avait reproché-, il mettait le plus souvent en pratique les réformes qu'il voulait imposer à la musique religieuse trop théâtrale et trop extérieure. Rappelons le style fugué. si souvent pratiqué, son contrepoint rigoureux, les chœurs si sobres, l'inspiration puisée auprès des maîtres italiens de la Renaissance...

Ces mélodies religieuses, ces Cantiques sont encore dans quelques mémoires : Le Ciel a visité la terre - Jésus à la crèche - Le Départ des Missionnaires - La Prière de Jeanne d'Arc - D'un cœur qui t'aime - Je te rends grâce ô Dieu d'amour - Le Roi d'Amour ...

Ces solos ou ces duos comportent le plus souvent un accompagnement de piano et non pas d'orgue, ce qui tendrait à prouver que Gounod ne les destinait nullement aux offices religieux, ni à l'église, mais à une réunion et un cadre plus intimes. Ainsi l'intention de l'auteur a été détournée lorsque l'on prit trop souvent l'habitude de chanter certaines de ces œuvres à l'église, l'orgue remplaçant le piano, au cours de cérémonies plus ou moins paraliturgiques.

De plus, une certaine interprétation "la main sur le cœur et le trémolo dans la voix " avec des fautes de goût que l'on ne pourrait plus supporter ont fait du tort à la musique religieuse de cette époque et à celle de Gounod en particulier.

Que dire alors du fameux Ave Maria qui, avec Faust, est, pour beaucoup, la seule œuvre que l'on sache attribuer à Charles Gounod, quand on ne le confond pas avec celui de Schubert ! Eh bien, précisément parlons en ! Cet Ave Maria qui fit tant pour la popularité de son "auteur", Gounod ne l'écrivit jamais ! Un jour notre compositeur s'était mis au piano devant son futur beau-père, le pianiste réputé Zimmermann ; il improvisa alors sur le Premier Prélude en ut du Clavecin bien Tempéré une mélodie jugée ravissante. Gounod l'ayant répétée une seconde fois, Zimmermann la nota puis, quelques jours plus tard, la fit entendre à son futur gendre jouée par un violon et soutenue par un petit chœur.

Quelque temps après on en fit un arrangement pour piano, harmonium et violon ou violoncelle sous le titre de Méditation qui eut du succès à plusieurs reprises au concert. C'est encore plus tard que, à l'instigation de Zimmermann, l'éditeur Heugel transcrivit cette Méditation qui devint ainsi ce fameux Ave Maria que Gounod n'écrivit jamais bien qu'il ne le reniât point et qui devait parcourir le monde dans plus de quinze arrangements...

POUR CONCLURE :

Photographie de Charles Gounod
Cette étude nous montre que dans son abondance et sa variété, la musique religieuse de Gounod revêt deux aspects quant au style : une majorité d'œuvres au sentiment religieux pur et sobre influencées à la fois par le chant grégorien (Te Deum, Messe de Saint-Jean, Rédemption), par les Maîtres de la Renaissance, par Mozart et Mendelssohn ; d'autre part quelques pages qui cèdent au goût théâtral de l'époque et à un sentimentalisme excessif.

Une fausse et mauvaise interprétation a trop longtemps déformé les intentions de l'auteur, ajoutant à sa musique un caractère qu'il n'avait pas voulu. N'a-t-on pas fait, à juste titre, le même reproche à certaines interprétations de Gabriel Fauré entachées d'une mièvrerie bien éloignée de ce que voulait le compositeur !

L'expérience (récente) a montré que l'on peut débarrasser cette musique religieuse de ces fautes de goût, de ce "saint-sulpicisme", de ce mauvais romantisme en lui restituant au contraire le caractère très personnel que le maître lui a donné : ce maître, Charles Gounod, que l'on a reconnu comme un mélodiste génial, un harmoniste né, qui avait une science admirable de l'écriture chorale et qui a su traduire (les mots sont de Henri Dutilleux) "cette pureté infinie, cette tendresse indéfinissable et ces accents d'une si grande vérité pour exprimer l'amour divin et l'amour humain."

Joachim HAVARD DE LA MONTAGNE (1979)4

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1) Article paru une première fois in Musique et Loisirs, n° 9, novembre 1979, pp. 19-24. [ Retour ]

2) Joachim Havard de la Montagne a été le tout premier a redonner en concert cet oratorio le 22 mars 1983 à l'église de la Madeleine à Paris, en même temps que les Sept Paroles du Christ de Théodore Dubois. Depuis Jacques Grimbert, à la tête des Choeur et Orchestre de Paris-Sorbonne l'a enregistré chez Naxos (collection patrimoine, 8.553720) en 1996. Sur ce même disque figure Tobie. [NDLR] [ Retour ]

3) Depuis la rédaction de cet article en 1979 Mors et Vita a été heureusement enregistré sur CD en 1992 par Michel Plasson à la tête de l'Orchestre du Capitole de Toulouse et de l'Orféon Donostiara, avec Barbaba Hendricks, Nadine Denize, John Aller et José van Dam (EMI, CDS 757759 2). [NDLR] [ Retour ]

4) Rappelons que Joachim Havard de la Montagne a enregistré en 1978, en première mondiale, chez Arion (ARN 38443) le Requiem pour soli, chœur et orchestre de Charles Gounod, avec les Choeurs et l'Ensemble Instrumental de la Madeleine qu'il dirigeait en personne, avec notamment Elisabeth Havard de la Montagne à l'orgue. Cet enregistrement a obtenu le Grand Prix National du disque lyrique (Grand Prix Jacques Ibert). Epuisé depuis longtemps, la maison de disques Arion vient de ressortir récemment (1999) cet enregistrement au sein d'un coffret de 6 CD intitulé « Requiem pour un millénaire » (ARN 610004). En 1981, il a récidivé en gravant, toujours chez Arion (disque 33 tours ARN 3860), le Te Deum pour chœur, orgue d'accompagnement, harpes et grand orgue, et la Messe-Chorale sur l'intonation de la Liturgie catholique, avec orgue d'accompagnement, harpe et grand orgue, du même auteur. Egalement à la tête des Chœurs de la Madeleine, les orgues étaient cette fois-ci tenues par François-Henri Houbart et Philippe Brandeis. [NDLR] [ Retour ]


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