AYMÉ KUNC (1877 - 1958)

Aymé Kunc, jeune,
( toile anonyme, coll. particulière, avec l'aimable autorisation de l'Association Aymé Kunc )

Né à Toulouse le 20 janvier 1877, Aymé Kunc est le dixième d'une famille de douze enfants1, dont l’aîné, Pierre, élève à l'école Niedermeyer, s'illustra comme organiste et maître de chapelle dans plusieurs églises parisiennes2. Leur père, Aloys Kunc3, bachelier ès lettres en 1849, avait participé à la restauration du plain-chant et de la musique religieuse, ce qui lui avait valu d’être fait chevalier de l'Eperon d'or par le Pape. Maître de chapelle de la cathédrale St-Etienne de Toulouse, professeur au Conservatoire de cette ville, il est également le fondateur de la revue Musica Sacra, dont le premier numéro4 sortait le 8 décembre 1874. Sa mère, Henriette Dargein5, avait étudié au Conservatoire de Paris le piano avec Louise Farrenc et l'orgue avec César Franck; elle était issue d’une famille d’organistes qui tinrent durant près d’un siècle l’orgue de la cathédrale d’Auch. C'est donc de ses parents qu'Aymé Kunc reçut sa première éducation musicale avant d'entrer dans la maîtrise de la cathédrale de Toulouse où il écrivait ses premières pièces : deux Messes et un psaume, composés comme il se doit dans le style de son père ! Il étudiait ensuite au Conservatoire de sa ville natale et obtenait ses prix de solfège, piano et harmonie en 1894. Il fut d’ailleurs ici un condisciple de Déodat de Séverac. L'année suivante, au bout d’une année d’étude seulement avec Antoine Taudou, il remportait au Conservatoire de Paris son prix d'harmonie. Il travaillait ensuite de longues années la composition dans la classe de Charles Lenepveu et concourait à cinq reprises pour le Prix de Rome ! Il côtoyait alors Gabriel Dupont, Paul Ladmirault, Raoul Laparra, Roger-Ducasse et surtout Maurice Ravel, candidat malheureux au Prix de Rome, comme l’on sait, mais pour qui Aymé Kunc garda une profonde admiration.

Buste d'Aymé Kunc par Alphonse Terroir, Grand Prix de Rome de sculpture en 1902
( avec l'aimable autorisation de l'Association Aymé Kunc )
Premier Grand Prix de Rome en 1902 avec sa cantate Alcyone, qu’il jouait lui-même avec le concours de Mlle Pacary, Mme Bourgeois et M. Dubois, Aymé Kunc se voyait alors ouvrir les portes de la Villa Médicis. Là, il se liait d'une solide amitié avec ses deux prédécesseurs Florent Schmitt (Grand Prix en 1900) et André Caplet (Grand Prix en 1901), ainsi qu’avec le sculpteur Alphonse Terroir qui avait obtenu un Premier Grand Prix de Rome dans sa discipline, la même année que lui, et qui réalisera un magnifique buste du compositeur. De ces quatre années passées en Italie, il gardera le meilleur des souvenirs, même s'il encourut les foudres de l'Institut pour s'être rendu à Toulouse sans l'autorisation de son directeur à l’occasion d'un concert qui lui était consacré ! Pour les traditionnels " envois de Rome ", il écrivit notamment une Fantaisie pour piano et orchestre, la Suite dramatique, l’Ouverture de fête et le Psaume CXLCII, digne pendant de son aîné de trois ans, le Psaume XLVII de Florent Schmitt. A son retour de Rome en 1907, il se fixait à Paris et épousait le 28 décembre la cantatrice Paulette Baldocchi. Dans la capitale, il fut quelque temps chef d'orchestre de l’Apollo, alors dirigé par Alphonse Franck. Ce théâtre, situé 20 rue de Clichy, démoli en 1959, avait été construit sur l’emplacement de l’ancienne église de la Trinité, à côté du Casino de Paris. On y donnait alors des opérettes en vogue  : Les Transatlantiques de Claude Terrasse, Les Petites Etoiles d’Henri Hirschmann, La Divorcée de Léon Fall, ou encore Madame Favart d’Offenbach... En 1911, sur la recommandation de Saint-Saëns, il écrivit son unique opéra, Les Esclaves, sur un livret de Louis Payen, qui sera donné en août de la même année aux Arènes de Béziers, sous la direction de Jean Nussy-Verdié6.

Le CONSERVATOIRE de TOULOUSE
créé le 13 mars 1820

les Directeurs
( d'après des notes d'Henri Bert )

Pierre Pichon 1820-1821
M. Lassave 1821-1840
M. Pradher 1840
M. Piccini 1840-1844
Louis de Brucq 1844-1857
Paul Mériel 1857-1883
Louis Deffès 1883-1900
Bernard Crocé-Spinelli 1900-1913
Aymé Kunc 1914-1944
Edmond Gaujac 1945-1962
Edouard Kopetzki 1962-1964
Noël Lancien 1964-1970
Henri Bert 1970-1989
Marc Bleuse, depuis 1989-2004
Gérard Duran, depuis 2004

En 1914, Aymé Kunc succéda à Bernard Crocé-Spinelli, également Prix de Rome (1897), à la tête du Conservatoire de Toulouse. Sous son impulsion, cet établissement sera élevé au rang des meilleures écoles de France. Il s'attachera en outre à reprendre les auditions de la Société des Concerts du Conservatoire, interrompues pendant la guerre et à créer à Toulouse de nombreuses œuvres de ses contemporains. Un des sommets artistiques de sa carrière de chef d'orchestre fut en 1927 l’exécution au théâtre du Capitole de l’Anneau du Nibelung et l’année suivante de Parsifal. Son retentissement dépassa largement le cadre toulousain, si bien que Jacques Rouché, alors directeur de l'Opéra de Paris, lui proposa un poste de chef d'orchestre, mais il refusa préférant rester dans sa ville natale. Jusqu'en 1944, année de sa retraite, il dirigea plus de deux cents concerts et assurera plus particulièrement en 1926 les premiers concerts radiodiffusés par Radio-Toulouse. S'adonnant à sa passion pour l'alpinisme, il gravit de nombreux pics dans les Pyrénées jusqu'à un âge avancé.

Aymé Kunc
( photo X..., coll. part., avec l'aimable autorisation de l'Association Aymé Kunc )
Entre les deux guerres, il écrivit la Leçon de solfège (1915), la Pensée musicale pour harpe, chœur et orchestre (1916), en hommage aux élèves et professeurs du conservatoire morts au champ d'honneur, la Cantate pour le couronnement de Dante (1921), la Messe de Sainte Cécile (1923), l’Hymne des ailes ou cantate à Clément Ader (1930), la Légende pour alto et orchestre (1931) et un peu plus tard en 1943, le Poème pour violoncelle et orchestre. Après sa retraite il écrira encore deux quatuors à cordes (1946 et 1948), un quintette à vent (1954) et ses Esquisses méditerranéennes pour orchestre (1949). En 1949, Aymé Kunc était élu, à l'unanimité, correspondant de l'Institut à l'Académie des Beaux-Arts, à la place de Guy Ropartz, élu lui-même Académicien titulaire. Travaillant jusqu'à sa mort, arrivée le 13 février 1958 à Toulouse, il révisa plusieurs de ses pièces pendant les quatre dernières années de sa vie.

Son activité artistique a recouvert des genres extrêmement divers, allant de la musique religieuse à l’opérette. Son œuvre, également variée, est abondante et on retrouve constamment à travers elle l’esprit de finesse et de nuance de son auteur. Jean Boyer a parfaitement défini les grands traits d’Aymé Kunc avec ses quelques lignes écrites7 en 1954 : " Artiste de son temps, ouvert aux tentatives les plus audacieuses qu’il sait admettre avec, au coin de l’œil, un éclair de malice, il est intransigeant sur la tradition classique du " métier " qu’il n’a cessé de respecter et pour laquelle son œuvre entière peut servir d’exemple. "

AYME KUNC, ŒUVRES VOCALES

Chœur Régional Midi-Pyrénées et Groupe Vocal de Toulouse
Nicole Fournié (soprano), Catherine Margulis (mezzo),Christian Crozes (ténor)
Nino Pavlenichvili et Madeleine Thozet (piano), Yasuko Uyama-Bouvard (orgue)
direction : Alix Bourbon

Messe de Sainte-Cécile (arrangement pour chœur mixte et orgue : Emmanuel Pélaprat), 1923
Fantaisie symphonique pour orgue, vers 1900
La Leçon de solfège, 1915
Le Plus doux chant (poème de Paul Fort), vers 1930
Chanson Pastorale à 4 voix (poème de Ronsard), 1917

Enregistré à Toulouse en 1999
CD SOLTICE, SOCD 164
Peut être commandé auprès de l'Association Aymé Kunc, 13 rue Ingres, 31000 Toulouse (tél. 05 61 62 99 03)

A l’initiative de son petit-neveu, Henri Félix, la famille d’Aymé Kunc a donné la totalité de ses manuscrits au Conservatoire Régional de Toulouse, ce qui facilite une redécouverte de ce musicien dans lequel Saint-Saëns voyait "  le meilleur espoir des jeunes compositeurs français. " En 1996, une Association Aymé Kunc, dans le dessein de mieux faire connaître et de diffuser son œuvre, a vu le jour à Toulouse8. Elle a notamment déjà organisé plusieurs concerts, dont la création mondiale du Quatuor n°2 en la mineur donnée le 6 janvier 1999 dans le Salon Rouge du Musée des Augustins de Toulouse, par le Quatuor Ricercata de Paris ; et la production, en partenariat, d’un CD consacré aux œuvres vocales d’Aymé Kunc, enregistré par le Choeur Régional Midi-Pyrénées, placé sous la direction d’Alix Bourbon.

Emmanuel PÉLAPRAT
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

 

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1) Parmi ceux-ci on note Marie-Antoinette, professeur de chant à Toulouse, Marie, organiste de St-Orens d'Auch, Camille, directeur du Théâtre d'Alger et Cécile, professeur de piano à Toulouse, mariée au compositeur Adolphe Piriou. [ Retour ]

2) Pierre Kunc (1865-1941), lauréat des Concours de la Ville de Paris (1903), prix du Ministère des Beaux-Arts (1904), prix Frémont (1908) et lauréat de l'Institut a exercé dans de nombreuses églises de Paris et de sa banlieue, notamment à Ste-Clotilde, St-Sulpice, St-Etienne-du-Mont, St-Eugène, Notre-Dame de Bercy, St-Louis de Versailles, St-Pierre de Charenton, St-Louis de Villemonble et à l'Ecole Ste-Geneviève de la rue Lhomond. Il est l'auteur de nombreuses pages pour orgue et de pièces vocales. [ Retour ]

3) Aloys Cunq, né le 1er janvier 1832 à Cintegabelle, mort le 7 mars 1895 à Toulouse, modifia vers 1850 l'orthographe de son nom en Kunc. Organiste à Lombez (Gers) en 1852, puis maître de chapelle à la cathédrale d'Auch (Gers) en 1857, il s'installa ensuite à Toulouse où il fut successivement organiste de St-Aubin (novembre 1863), du Gesù (1865) et enfin maître de chapelle de la cathédrale à partir de juin 1870. [ Retour ]

4) La revue Musique sacrée paraît toujours actuellement et est éditée par l'Association Jeanne d'Arc, 16 place de l'église, 88000 Longchamp. [ Retour ]

5) Henriette Dargein, fille de Mathieu et de Jeanne Schaffner, était née en 1841 à Auch, où elle décéda le 12 janvier 1928. [ Retour ]

6) Fondé par Fernand Castelbon de Beauhostes et inaguré par Saint-Saëns en 1898, le théâtre des Arènes de Béziers s'efforçait de donner à cette époque des œuvres majeures inédites. On put y entendre notamment, au fil des années, des ouvrages de Saint-Saëns (Déjanire, Parysatis), Fauré (Prométhée), Rabaud (Le Premier glaive), Levadé (Les Hérétiques), d'Ollone (Bacchus Mystifié) et de Séverac (Héliogabale). [ Retour ]

7) Le Guide du Concert, n° 31 du 29 janvier 1954, pp. 1599-1600. [ Retour ]

8) L'Association Aymé Kunc, dont la présidence est assurée par Henri Félix, est à la disposition de toute personne intéressée par l'œuvre du compositeur. Elle est établie 13, rue Ingres à Toulouse. Tél.: 05 61 62 99 03. [ Retour ]

 


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