Sigismund RITTER von NEUKOMM
REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Sigismund RITTER von NEUKOMM
Sigismund Neukomm

 

* 1778, le 10 juillet : naissance à Salzbourg (Autriche).

* 1785 : débute ses études musicales avec Franz-Xaver Weissenauer, organiste de la cathédrale de Salzbourg.

* vers 1790 : étudie la théorie avec Michaël Haydn (1737-1806), le frère de Joseph, et successeur, en 1781, de Mozart à l’orgue de la Cour et de la cathédrale de Salzbourg.

* 1794 : nommé organiste titulaire de l’église de l’Université de Salzbourg, où il suivait également des cours de philosophie et de mathématiques.

* 1796 : chef de chœur du Théâtre de la Cour.

* 1797 à 1804 : poursuit ses études musicales à Vienne auprès de Joseph Haydn (1732-1809), qui le traite comme un fils.

* 1804-1808 : chef d’orchestre du Théâtre allemand de Saint-Pétersbourg.

* 1806 : chef d’orchestre à Stockholm, où il est élu membre de l’Académie royale.

* 1810 : s’installe à Paris, où il se lie rapidement d’amitié avec Cherubini, Gossec, Grétry et Monsigny. Il devient pianiste du prince de Talleyrand.

* 1812 : succède à Dussek comme Directeur de la Musique du prince de Talleyrand.

* 1814 : se rend au Congrès de Vienne.

* 1815, le 21 janvier : création à Vienne de son Requiem en ut mineur à la mémoire de Louis XVI.

* 1815 : anobli par Louis XVIII et fait chevalier de la Légion d’Honneur [voir son dossier aux Archives Nationales, L1982060]

* 1816 : suit le duc de Luxembourg à Rio de Janeiro et devient maître de chapelle du roi de Brésil. Là, il organise notamment un festival Haydn, en souvenir de son maître, et exécute entre autres œuvres La Création.

* 1821 : lors de la révolution brésilienne, il retourne en Europe et accompagne Jean VI du Portugal à Lisbonne, puis s’installe à nouveau à Paris et se remet au service de Talleyrand. Cette même année il est présenté à la famille d’Orléans et devient rapidement un intime. Il accompagne à l’orgue ou au piano Madame Adélaïde, sœur du futur Roi

* à partir de 1826 : nombreuses tournées de concerts à travers toute l’Europe : Italie (1826), Belgique et Hollande (1827), Angleterre (1829), Italie (1833), Algérie (1834) ...

* 1840-1842 : inspire la composition du nouvel orgue Cavaillé-Coll de l’église luthérienne des Billettes à Paris, qu’il inaugure en 1842.

* 1844-1845 : conseille le roi Louis-Philippe pour la construction d’un orgue neuf Cavaillé-Coll dans la Chapelle royale de Dreux et l’inaugure en juillet 1845.

* 1844 : compose un Requiem pour 4 voix d’hommes et accompagnement, écrit spécialement pour la Chapelle royale de Dreux, en hommage au prince royal Ferdinand, duc d’Orléans, mort tragiquement en 1842.

* 1858, le 3 avril : meurt à Paris. Ses obsèques sont célébrées le 5 en l'église Notre-Dame-de-Lorette, dans le neuvième arrondissement. Alphonse Gilbert tenait alors le grand-orgue Cavaillé-Coll construit en 1836-38.

* Sa sœur, Elise Neukomm (1789-1816) était une célèbre cantatrice (soprano) à Vienne. Une autre de ses sœurs, Elisabeth, était également cantatrice et vivait à Rouen.

* Vivait aussi à Rouen son frère Anton (Salzbourg 24.10.1793-Paris 17.04.1873), organiste à Saint-Ouen, avant la construction du grand Cavaillé-Coll. Anton a d'ailleurs été enterré au côté de son frère au cimetière de Montmartre, 22ème division. La tombe n'existe plus, elle a été reprise en 1988 par l'Administration des cimetières.

* Son neveu, Edmond Neukomm, né à Rouen le 2.11.1840, mort en 1903, était rédacteur, avec P. Lacome, de L’année musicale. Auteur de diverses publications musicologiques, dont une Histoire du Freischütz (1867) et un ouvrage sur Boieldieu intitulé Trois jours à Rouen (1875), il fut également critique à la Revue, la Gazette musicale de Paris et au Ménestrel. Il hérita des manuscrits parisiens de son oncle et en fit don en 1896 à la Bibliothèque du Conservatoire.

Compositeur prolifique, Sigismund Neukomm a laissé plus de 1300 œuvres, principalement écrites pour la scène (opéras, drames...), pour des instruments (symphonies, ouvertures, concerto, fantaisies pour orchestre, pièces pour piano, harmonium...) ou encore pour l’église : des oratorios, une quinzaine de messes, des Te Deum, des cantates, des psaumes en allemand, anglais, italien, latin et même en russe. On lui doit également environ 200 romances, des duos, trios, marches militaires, danses... et 57 pièces d’orgue, dont 25 Grandes Etudes, écrites entre juin 1832 et avril 1834, dédiées à Madame Adélaïde d'Orléans, publiées à Londres en 1858 par Cramer et rééditées récemment par les Editions Publimuses.

[Le département de la musique de la BN conserve 11 lettres autographes de Neukomm, parmi lesquelles des correspondances adressées à Louis. Balocchi, Nathan. Bloc et Gottlieb Treuenthal]

(Sources : Fétis, Riemann, Honegger, Baker et Slonimsky, notes de Loïc Métrope, de Didier Decrette et de Nanon Bertrand)

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE


CD Neukomm
NEUKOMM, 9 Grandes Études
(n°1,2, 3, 4, 7, 8,10, 19 et 20)
extraites des 25 Grandes Études pour orgue (1832-1834)
Erik FELLER
Orgue G. Grenzing (1999) de la cathédrale de la Almudena, Madrid
CD ARION ARN 68586
enregistré en "Première mondiale" les 23, 24 et 25 juin 2002

NEUKOMM et la Franc-Maçonnerie

Loïc Métrope, auquel nous devons déjà plusieurs communications, nous adresse les informations suivantes à propos de l'appartenance de Sigismond Neukomm à la franc-maçonnerie, Ses révélations sont le fruit de ses découvertes récentes dans le Fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale / manuscrits occidentaux qui confirment, selon lui, que le réseau maçon participe plus qu'on ne peut l'imaginer à l'irrigation des échanges dans cette première partie du 19ème siècle tant sur le plan des Arts (particulièrement de la Musique) que dans les échanges les plus divers de la Société contemporaine.

Ainsi, Sigismond Neukomm apparaît (avec sa signature) dans le tableau de 1809 de la Loge "Les Amis Eprouvés" à l'Orient de Montbéliard  (FM/2/304, pièce 40). Il figure aussi parmi les signataires de l'acte de constitution de cette loge auprès du Grand Orient, le 7 novembre 1809.

On sait que ce compositeur déclare dans ses mémoires cet indice révélateur qui a favorisé cette découverte: "Ayant quitté Vienne au mois de février 1809, je vins ensuite à Montbéliard, autrefois un domaine du roi de Wurtemberg. Je vécus là chez un ami avec lequel je m'étais intimement lié en Russie; et je m'y trouvais bientôt en relation avec des hommes remarquables par leurs connaissances. Je profitais de cette bonne occasion pour me fortifier dans la langue française, et composais beaucoup dans cette langue".

La Loge de Montbéliard (Pièce n°36 du 26 juillet 1811) délègue Sigismond Neukomm - pour la représenter - dans les travaux de la Loge (très aristocratique) "Les Chevaliers de la Croix" à l'Orient de Paris (FM/2/60bis - Fonds Baylot). Hors, parmi les membres de cette Loge figure Auguste de Talleyrand (Berne) allié au célèbre Monseigneur Charles Maurice de Talleyrand qui proposera à Sigismond Neukomm de succéder en 1812 au défunt Dussek, en son château de Valençay, en qualité de directeur de la Musique. On y trouve encore Manuel Garcia, de l' "Académie impériale de musique, R. de Louvois" qui est le père de la cantatrice "La Malibran".

Il existe donc une intime relation entre les deux hommes par la "Donation de 4000 francs" de Rente annuelle et viagère au profit de Sigismond Neukomm, par le Prince de Talleyrand, le 17 février 1823 (A.N/Minutier/ET/XV/1690) : "pendant la vie et jusqu'au jour du décès de M. Neukomm, à compter duquel cette rente demeure éteinte et amortie".

On remarque également que parmi les "membres non résidents" de la Loge "Les Chevaliers de la Croix" figure "ALEXANDRE, S.A.R. le duc d'Alexandre de Wurtemberg, à St. Pétersbourg". Une vérification parmi les membres de la Loge "Astrée", à l'Orient de Saint-Pétersbourg et Loge "Amis Réunis"  (FM/2/583, tableau de 1810) signale cette personnalité (1771-1833) au service du Tsar. "Alexandre de Wurtembreg" pourrait être celui par qui le compositeur Sigismond Neukomm entre en franc-maçonnerie.

La Loge "Astrée" à l'Orient de Saint-Pétersbourg regroupe quelques vingt deux ateliers et édite en 1819 un annuaire portant la liste des Frères figurant dans ces ateliers. Certains travaillent en diverses langues: française, allemande, russe, suédoise. On sait qu'il faut attendre l'avènement d'Alexandre 1er de Russie, fils de Sophie-Dorothée de Wurtemberg, pour assister au réveil des loges. Sur le plan religieux, celui-ci développe à partir de 1814, une crise mystique qui le fait se convertir à une sorte de méthodisme, la Société biblique. Sur le plan politique il est un moment allié de la France, puis se retourne contre elle!

Si on constate la présence "d'Alexandre de Wurtemberg" (ami de Neukomm) comme "membre honoraire" au sein de la Loge "Amis Réunis" (l'un des vingt deux ateliers) on le trouve encore dans la Loge "La Palestine" (idem) le 4 mars 1810, en qualité de "Gouverneur militaire de la Russie Blanche - Général en Chef".

On remarque aussi à ses côtés, Constantin Haüy "instituteur des aveugles" (1745-1822) qui est fort connu. Il devrait s'agir plutôt de " Valentin Haüy " qui séjourne à Saint-Pétersbourg à cette apoque, selon la biographie qui lui est consacrée. Mais celui-ci figure parmi les premiers adeptes du culte déiste et humanitaire "Théophilanthrope" inspiré du calvinisme et de la franc-maçonnerie qui exerçait en l'église Saint-Sulpice de Paris, sous l'égide de Jean-Baptiste Chemin-Dupontés (1767-1850) - Loge " Isis-Montyon " alors que Nicolas Séjan tenait les grandes orgues de Clicquot.

Le département de la BNF/Musique conserve deux tomes reliés ensemble du Code de Religion [Cote 8° B 2980 (1) et (2)]. On peut y constater 24 pages de Musique ou Hymnes (lignes en Plain-chant et présentation à cinq lignes de portée) destinées à être reprises par l'assemblée des adeptes de ce culte décadaire - Code de religion et de Morales Naturelles - entre les différents livrets de la prédication et de la prière publique: "Adorateurs de l'Eternel, Qui dans tout homme aimez un frère. Enfants chéris du même père. Silence amour, respect autour de son autel!". Les tonalités usités sont Fa majeur, Do majeur, Sol majeur, Si bémol majeur, Mi bémol majeur, Ré mineur.

A nouveau interdite en 1821, la franc-maçonnerie en Russie se répandit dans la noblesse russe jusqu'au complot des "décabristes en 1825" qui souhaitent obtenir du futur Tsar (après la mort d'Alexandre 1er dans des circonstances troubles) une constitution afin de moderniser le régime. La place du Sénat à Saint-Pétersbourg s'appelle aujourd'hui, Place des Décabristes. Entre 1802 et 1825, la franc-maçonnerie en Russie comptait alors à Saint-Pétersbourg quelque 10 000 frères et l'écrivain Pouchkine est le maçon le plus célèbre de cette période.

Ces découvertes sont probablement le prélude à un article plus complet encore.

Loïc Métrope (mars 2006)


Frère Maçon au Brésil, en 1816

Après la chute de l’Empire, la situation politique de la France avait provoqué chez bien des fidèles de Napoléon le désir de s’expatrier. Le Brésil, via la cour du Portugal, offrait la tranquillité la plus parfaite. Depuis 1808, plusieurs expéditions ou missions artistiques françaises « chargée de répandre l’esprit des Lumières aux tropiques » auprès de la Cour du Portugal furent décidées. Il évident que la sociabilité maçonne joua un rôle éminent dans le maillage des relations pour ne citer que l’expédition de janvier 1816, partie du Havre, conduite par Joaquim Lebreton (un ancien de l’Expédition d’Egypte) signalé Vénérable de la Loge « Le Grand Sphink », Orient de Paris, en 1805. Sigismond Neukomm accompagne une mission diplomatique conduite par le comte de Luxembourg. Elle quitte le port de Brest le 2 avril 1816 pour arriver dans la baie de Rio de Janeiro, le 31mai 1816. Il séjourne alors chez Antonio de Araujo e Azevedo, comte de Barca, dont les liens maçons sont très supposés : « qui était un homme d’esprit éclairé et avait de grandes connaissances » précisera Neukomm ! On se référera à l’Esquisse biographique de Sigismond Neukomm écrite par lui-même pour rétablir les liens de son séjour au Brésil de 1816 à 1821.

La frégate L’Hermione (navire à voiles, doté de 44 canons) est commandée par le chevalier Henri de Viella, capitaine de vaisseau [Service historique de la Marine, Cote 228 GG2, carton 2]. Outre les 350 hommes d’équipage, le navire transporte des officiers, des invités (scientifiques et autres) et la mission diplomatique du duc de Luxembourg qui devait passer atteindre 7 avril 1816, sous le motif : « relâche nécessité par l’importance de la mission du duc de Luxembourg ». En effet, l’Ambassadeur avait demandé le passage de Madame la duchesse de Cadaval (sa sœur) et sa famille et lors de son mouillage dans le Tage, devait « recueillir des documents liés à sa mission au Brésil ». Dans son rapport, de Viella précise encore : « nous entrâmes à Rio de Janeiro par une soirée obscure et pluvieuse – le Brésil reçoit 30.000 nègres par an. Le Rio de Janeiro en prend pour sa part 15.000 dont le plus grand nombre est appliqué au travail des Mines d’or ; cent bâtiments font ce commerce que les Anglais gênent tant qu’ils le peuvent par leurs croisières !». A bord se trouvaient donc :

le duc de Luxembourg,
de Saint-Mars, secrétaire d’Ambassade ;
Aymon de Virieu, attaché à l’Ambassade ;
le comte Charles de Clarac, colonel, gentilhomme d’Ambassade,
le chevalier de Vérac, colonel gentilhomme d’Ambassade,
Paul de Fonfrède, sous-lieutenant, garde du corps,
Jules de Coubertin, lieutenant aide de camp,
Auguste Oudinot, lieutenant, aide de camp du Ministre de la Guerre,
le Marquis de Montécot, garde du corps,
l’abbé Reynaud, aumônier de l’Ambassadeur ;
Henry Roger, secrétaire particulier
le Chevalier de Neukomm, savant compositeur de musique
de Saint-Lambert, ingénieur du cabinet des mines,
Auguste de Saint-Hilaire, botaniste,
Pierre Antoine de Lalande, naturaliste zoologiste,

Duclère, ingénieur géographe, désigné pour l’expédition de Cayenne,
Hippolyte Ladevèze.

A ces personnalités, s’ajoutaient le naturaliste et explorateur allemand Alexander Von Humboldt et le botaniste Aimé Bonpland.

Accompagnée du brick « Le Hussard », alors commandé par l'Amiral Bruat, la frégate ramènera le duc de Luxembourg à Brest, le 25 novembre 1816. La mission aura durée 8 mois, tandis que le Frère Sigismond Neukomm restera au Brésil. Il précisera lui-même : « pendant la traversée, j’ai composée plusieurs motets et autres morceaux pour l’Eglise, ainsi que plusieurs marches et morceaux pour la musique militaire de la frégate ». Celui qui était né le 10 juillet 1778 à Salzbourg, près de la maison de Mozart, devait à Rio de Janeiro composer le 24 janvier 1821 un « Libera me Domine à grand orchestre pour faire suite au Requiem de Mozart ».

Dans ses dernières volontés il devait préciser l’inscription qui serait gravée sur sa tombe (aujourd’hui disparue au cimetière de Montmartre)

Loïc Métrope (mars 2008)




Fragments du testament olographe de Sigismond Neukomm, rédigé à Auteuil le 28 juin 1845, déposé le 7 avril 1858 entre les mains de Me Persil, notaire à Paris, rue de la Paix : enveloppe contenant ledit testament avec signature, et description de l'inscription à graver sur sa tombe (ET/LXIV/797)



 


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