Le Panthéon des musiciens

De janvier 2006 à juin 2006

Yuri BOUKOFF - Pierre NÉRINI - Denise SORIANO - Anna MOFFO - Irène AÏTOFF - György LIGETI

 

Le 7 janvier 2006 à son domicile de Neuilly-sur-Seine, en région parisienne, s'est éteint le pianiste français d'origine bulgare Yuri BOUKOFF à l'âge de 82 ans. Le Ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres lui a rendu hommage en ces termes : "Avec Yuri Boukoff, le monde musical perd un très grand virtuose mais aussi un formidable ambassadeur du piano à travers le monde. Tout en demeurant profondément attaché à ses origines bulgares, cet artiste à la forte personnalité avait parfaitement absorbé la culture de sa patrie d’adoption, la France. Son style pianistique porte la marque des multiples influences rencontrées depuis son arrivée à Paris comme élève boursier de quinze ans. Jalonnée des prix les plus prestigieux, accompagnée par les plus célèbres musiciens et chefs d’orchestre, sa brillante carrière internationale l’avait mené dès 1956 en Chine, où il fut le premier artiste européen autorisé à se produire en tournée. Interprète éminemment romantique, il avait su faire rayonner le répertoire du XXe siècle et mettre la musique à la portée du grand public, tant sa personnalité généreuse d’artiste et de grand Européen était reconnue et admirée dans le monde entier." Ce grand pianiste à la carrure athlétique, dont on se demande, lorsqu'il paraît sur la scène, s'il ne va point, par jeu, porter l'instrument, à bras tendu" [Clarendon], était particulièrement à l'aise dans le répertoire romantique et enchantait le public, dont il était très proche, avec un jeu d'une grande finesse.

Yuri Boukoff
Yuri Boukoff
( photo aimablement communiquée par Mme Anne-Marie Fisch / www.villaschindler.at )

Né à Sofia (Bulgarie) le 1er mai 1923, d'un père officier de marine, Yuri Boukoff est initié très tôt au piano par sa mère cantatrice d'origine russe, puis perfectionne ses études musicales auprès de Brzoniowski et surtout auprès d'Andréi Stoyanov à l'Académie de musique de Sofia. Frère du compositeur Vesselin Stoyanov (1902-1969) auquel il enseignera également le piano, Andréi était à l'époque dans son pays l'un des plus grands professeurs de piano. En 1938, Yuri Boukoff donne son premier récital en public dans la capitale bulgare, puis sa réussite au Concours national de Bulgarie lui permet de venir terminer ses études au Conservatoire de Paris grâce à l'obtention d'une bourse. Entré dans la classe de piano d'Yves Nat, il en ressort en 1946 un 1er Prix en poche. Parallèlement Yuri Boukoff reçoit les conseils du chef d'orchestre Georges Enesco et des pianistes Edwin Fischer et Marguerite Long. Les années suivantes il se présente à plusieurs concours internationaux, dont ceux de Genève et de la Reine Elisabeth, qu'il remporte haut la main. S'ouvre alors une carrière internationale qui va notamment le mener, en 1956, à effectuer la première tournée en Chine par un pianiste européen, avant de s'embarquer en novembre de la même année pour une autre longue tournée au Canada. Par la suite, il se produira dans le monde entier, aussi bien à travers toute l'Europe qu'aux Etats-Unis, en Australie et en Asie. Son succès ne se démentira jamais auprès du public, non moins en raison d'une technique parfaite que d'une personnalité généreuse. A l'âge de 81 ans il lui arrivait encore de donner des récitals de piano organisés dans des villes de province. S'il avait en effet longtemps joué sous la direction des plus grands chefs d'orchestre (Cluytens, Fournet, Prêtre, Benzi, Osawa....), devant des publics avertis, dans de grands théâtres nationaux, il aimait tout autant faire découvrir les trésors pianistiques à des publics peu instruits dans des salles obscurs! Yuri Boukoff avait une prédilection pour le répertoire romantique et la musique russe, mais aimait également interpréter le répertoire contemporain avec notamment le 3ème Concerto pour piano et orchestre de Pierre Wissmer qu'il créa en 1974, des pages de Gian Carlo Menotti (parmi lesquelles son Concerto en fa pour piano et orchestre qu'il enregistre sous la direction d'André Cluytens et l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, 1 disque 33 tours La Voix de son Maître FALP176) et d'André Hossein (le père de l'acteur et metteur en scène Robert Hossein) auteur, entre autres oeuvres, d'un Concerto pour piano et orchestre. Ces dernières années, il se produisait également aux côtés de sa fille, la mezzo-soprano Yana Boukoff (née en 1977) qui a effectué ses études musicales au CNR de Paris puis à celui de Rueil-Malmaison. C'est ainsi qu'on avait pu les entendre le 27 novembre 2004 à la Villa Schindler à Telfs, dans le Tyrol en Autriche (Grieg, Wolff, Strauss, Wagner, Mozart, Weber, Massenet, Verdi, Puccini, Bizet), et ces derniers mois, le 27 juillet 2005 aux Nuits de l'Abbaye de Valbonne-Sofia-Antipolis (mélodies de Vivaldi, Schubert, Rachmaninoff, airs d'opéra de Mozart, Gluck, Puccini, et folklore bulgare) et le 13 août 2005 à l'été musical d'Houlgate (Bach, Chopin, Tchaïkovski, Rubinstein).

Préférant le contact humain et la chaleur du public à la froideur des studios, Yuri Boukoff n'a pas beaucoup enregistré. Sa discographie comporte néanmoins des pièces intéressantes gravées dès les années cinquante, avec notamment en 1953 des pièces pour piano de Balakirev, Prokofiev, Rachmaninov, Khachaturian et Scriabine (Philips, A76700R) et en 1955 la Rhapsodie hongroise n° 2 et les Caprices poétiques n° 2 et 3 de Liszt (Philips A76706R). Puis au fil du temps, son catalogue s'enrichira d'autres disques de grande qualité, parmi lesquels citons : en 1960 les Sonates "Appassionnata", "Pathétique" et "Clair de lune" de Beethoven (Philips GO3059L), en 1962 le Concerto "L'Empereur" de Beethoven avec Georges Prêtre (CC 507 B 13.061), en 1976 la Sonate en la majeur pour piano et violon de César Franck et la Sonate pour violon et piano n° 2 op. 77 de Ravel enregistrées aux côtés de la jeune violoniste Nell Gotkovsky (RCA Red seal FRL10120), en 1970 le 2ème Concerto pour piano et orchestre de Tchaïkovski avec l'Orchestre du Conservatoire placé sous la direction de Romansky et en 1980, les Etudes Symphoniques op. 13 et la Fantaisie op. 17 de Schumann (MET2599.015). On lui doit encore, au cours des années 1970, l' admirable enregistrement au piano de plusieurs pages de Bach qu'il affectionnait particulièrement, dont le Concerto italien BWV 971, la Fantaisie chromatique et fugue BWV 903, le Prélude et fugue BWV 894, la Sonate et partita BWV 1004 et le célèbre choral figuré : Jésus que ma joie demeure extrait de la Cantate BWV 147 (MET2599.005). Actuellement sur le marché ne sont disponibles en CD que les "Sonates pour piano, violon, violoncelle" de Richard Strauss (Adda Records) et un "Florilège de la musique russe" (Moussorgski, Tchaïkovski) chez le même éditeur. La maison de disques Studio S.M., voilà quelques années, avait encore à son catalogue plusieurs enregistrements CD de Yuri Boukoff, mais à cette heure ils sont hélas tous épuisés.

Les obsèques de Yuri Boukoff ont eu lieu le 12 janvier en l'église Saint-Roch à Paris, suivies de son inhumation dans le caveau de famille au petit cimetière de Baudinard-sur-Verdon (Var). Il laisse une épouse, Evelyne, cantatrice et romancière (on lui doit notamment le livre L'odalisque des sables, paru chez Plon en 1995) et deux enfants : Georges Boukoff, philosophe de formation, pianiste et clarinettiste, qui se consacre à la création de spectacles musicaux, et Yana Boukoff, mezzo-soprano, qui effectue une carrière de cantatrice tout en s'étant spécialisée dans l'éducation musicale des jeunes enfants.

Site Internet de Yuri et Yana Boukoff : www.boukoff.com

D.H.M.

Le 27 février 2006 à Paris s'est éteint le violoniste Pierre NERINI, professeur honoraire au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, ancien violon solo des Concerts Lamoureux, Pasdeloup et de l'Opéra de Paris, directeur des célèbres "Concours Nérini" depuis 1960. "Le Guide du Concert" du 31 décembre 1953, à la suite d'un concert donné quelques jours auparavant (13 décembre) au Théâtre des Champs-Elysées par la Société des concerts du Conservatoire, écrivait ces quelques lignes qui résument parfaitement à elles seules la personnalité artistique de ce musicien talentueux : Doué d'une splendide technique, d'une maîtrise incontestée, d'une main gauche exceptionnelle, d'une sonorité ample et prenante, d'une tenue irréprochable, d'une émouvante modestie, Pierre Nérini est, comme l'écrivait le Maître Alfred Brun, le violoniste le plus complet de sa génération. Son exécution du "Concerto" de Bach et de "Tzigane" de Ravel a porté l'art du violon au sommet de la perfection. Mais déjà en 1948, lors d'un concert précédent, le 10 février au Palais de Chaillot, la presse musicale reconnaissait en lui un grand artiste : Pierre Nérini a positivement charmé, ravi, conquis son auditoire par sa limpide simplicité, accompagnant son jeu d'un léger sourire qu'on sentait éclos en lui au contact de cette musique qui le suscitait. Un soliste de classe, vraiment, dont certains ont dit, à l'issue de ce concert, qu'il avait fait montre "surtout" d'une technique sans failles aucunes... Mais pouvait-on ne percevoir que du brio ? Non point; le sentiment, plein de tact, de nuance, de joliesse, était partout, débordait, merveilleusement lyrique. Dans la "Romance en Fa" de Beethoven, Nérini fut d'une tendresse juvénile et d'une pureté indicible ; il accentua encore plus qu'à l'habitude, y prenant un réel plaisir, les inflexions profondes de cette mélodie si belle, si touchante, qui compte parmi les plus humaines des œuvres romantiques. Qui pouvait résister à une telle force de persuasion paisible et chantante ? — Le "Concerto pour violon et orchestre Opus 64" de Mendelssohn permit à Nérini, surtout dans le premier mouvement (Allegro molto appassionnata) de déployer une virtuosité formidable, souple, allègre comme il se devait, sans absolument rien de crispé, avec, toujours, cette tranquillité aimable qui lui donne tant de poids, malgré une tension nerveuse constante ; il navigua à travers doubles et triples cordes, et l'on était loin des grincements métalliques que peu de solistes savent éviter avec grâce lorsqu'il atteignit le registre suraigu : tandis que l'archet montait lentement, sans secousses, de bas en haut, une note filée d'une pureté céleste, presque immatérielle, s'élève, tel un fil de la vierge, dans un silence absolu ; le spectateur respirait-il encore? Ce fut probablement le moment le plus impressionnant de la soirée. Au deuxième mouvement (andante), c'est le cœur qui parle, et Nérini sut être éloquent, jusqu'au grandiose. Enfin, l'Allegro non troppo et l'Allegro vivace firent alterner des pizzicati avec des phrases plus larges, dialoguant avec un orchestre très ample. Et Pierre Nérini connut la longue ovation finale qui le rappela trois fois. Nérini a charmé la foule et ce succès public vient confirmer le succès de ses enregistrements. [Images musicales, 27 février 1948]

Pierre Nérini en 1953
Pierre Nérini en 1934,
année de son 1er Prix
( photo X..., Le Guide du concert )

Né le 7 octobre 1915 à Paris 14e, Pierre-Emmanuel Nérini, fils du violoniste Emmanuel Nérini (1883-1960) est issu d'une dynastie de musiciens originaire de Milan (Italie). C'est son grand-père, Carlo Nérini, né au milieu du XIXe siècle, fils d'un chanteur de la Scala, qui s'installa en région parisienne comme facteur de pianos. Son père Emmanuel, ainsi que son oncle le compositeur Emile Nérini (1882-1967) et sa tante Ketty Nérini-Delorme, chanteuse et auteur notamment d'un ouvrage qui eut quelques succès en son temps : Cent quinze exercices pour le chant de toutes les voix, transposés dans tous les tons (1929, Leduc) furent élevés par un oncle par alliance, Emile Decombes (1829-1912). Ancien élève de Chopin et professeur de solfège puis de piano au Conservatoire de Paris, ce dernier est le fondateur, en 1911, de l'Ecole de Musique de Paris qui organisait des concours publics annuels. Cette institution fut continuée dès l'année suivante, en raison du décès de son créateur, par Emmanuel Nérini et deviendra plus tard (début des années cinquante) les "Concours Nérini", bien connus de tous.

Baigné dès sa plus tendre enfance dans cet environnement musical, Pierre Nérini apprend le violon dès l'âge de 3 ans et entre au Conservatoire de Paris, où il suit notamment les classes de solfège de Mme Rousseau, d'harmonie de Raymond Pech et surtout celle de violon d'Alfred Brun. 1er prix de violon en 1934, Pierre Nérini conservera toute sa vie une grande admiration pour son professeur, ancien violon solo de l'Opéra et de la Société des concerts du Conservatoire. Débute alors pour lui une carrière de violoniste d'orchestre avec tout d'abord un engagement chez Lamoureux en 1939 comme 1er violon solo, alors dirigé par Eugène Bigot, qu'il quitte à l'automne 1941 pour devenir violon solo du Grand Orchestre de Radio-Paris avant d'entrer en 1945 à la Société des concerts du Conservatoire (jusque 1967) avec André Cluytens et à l'Opéra de Paris (jusque 1965). Ensuite, il est recruté en 1968 par Gérard Devos chez Pasdeloup, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite arrivée en 1976. Par ailleurs, il est 1er violon-solo du Grand Orchestre de Radio Paris (1941), ainsi que des Radios belge et suisse, et participe en soliste à de nombreux concerts de Sociétés musicales francophones. Comme chambriste, il fait partie dans les années cinquante du "Nouveau Trio de Paris" avec Gisèle Kuhn (piano) et Gaston Marchesini (violoncelle) qui se produit en concerts dans la capitale et en province, ainsi qu'à l'O.R.T.F. On lui doit notamment la 1ère audition du Trio d'Espagne d'Henri Clicquet-Pleyel le 12 mars 1955 à la Comédie des Champs-Elysées.

Pierre Nérini dans les années 1970
Pierre Nérini (années 1970)
( coll. Janine Nérini, avec son aimable autorisation )

Pierre Nérini, parallèlement à sa carrière d'instrumentiste, se lance très tôt dans l'enseignement. En premier lieu il enseigne le violon au Conservatoire de Versailles entre 1957 et 1967, à l'époque où il est dirigé par Raymond Gallois Montbrun puis par son successeur (1963) Jean Aubain. A partir de 1965, il professe également au CNSM de Paris jusque 1985. Parmi ses élèves citons notamment Pierre Amoyal, Marie-Annick Nicolas, Franck Dellavalle, Jean-François Gonzalès, Jean-Luc Fort, Christophe Boulier et Stéphane Tran... Il est encore quelque temps (1971-1973) professeur à l'Académie d'été de Nice et aux stages de violon de l'Ecole de musique du Mée-sur-Seine (Seine-et-Marne) de 1979 à 1987. Par ailleurs, il ne faut pas oublier ses autres activités pédagogiques en tant que membre des jurys du Conservatoire et au sein des Concours Nérini, dont il assura la direction à partir de 1960 jusqu'à ces derniers temps, aidé par sa fille Mme Annick Nérini-Poulain. Ces concours publics (violon, piano, chant, puis à partir des années 1970 violon, piano, flûte), organisés spécialement pour aider les professeurs à stimuler les élèves et dont la dernière édition 2006 (95ème année) s'est déroulée les 29 janvier et 12 mars, sont bien connus de tous les musiciens amateurs ou professionnels, petits ou grands. S'ils déplacent encore annuellement de nos jours 200 à 300 jeunes artistes en herbe, il y a quelques décennies c'était 1500 à 2000 concurrents qui se disputaient les récompenses dans les diverses catégories : débutant, préparatoire, élémentaire, moyens, supérieurs et excellence. Pour la petite histoire, parmi les centaines de jeunes artistes récompensés depuis 1911, citons quelques vedettes actuelles du show-biz : Geneviève de Fontenay, Bernard Tapie, Alain Chamfort et Dorothée...

On doit à Pierre Nérini plusieurs enregistrements, notamment en juin 1948 Shéhérazade de Rimsky-Korsakov avec l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire sous la direction d'Ansemert (78 tours Decca GAG 1980-85, réédité en CD par Dutton, CDBP 9712), qui fut salué par la critique et en septembre 1954, en stéréo, cette même oeuvre avec à nouveau Ansermet, réédité dans la collection EMI Great Conductors of the 20th Century (EMI 2018-02-20 – 724357509428) ; Sylvia de Léo Delibes avec le même orchestre dirigé par Désormière (33 tours Decca ACL 74, réédité en CD chez Testament en 2003) ; en 1964 le Concerto pour clavecin et cinq instruments, en ré majeur, G.71 de Manuel de Falla, avec Gonzalo Soriano (piano), Michel Debost (flûte), Robert Casier (hautbois), André Boutard (clarinette) et Robert Cordier (violoncelle) (33 tours Voix de son Maître, CVA 778, réédité en CD chez Emi Classics en 2001). N'oublions pas également de mentionner ici l'enregistrement en 1947 de La Ronde des lutins d'Antonio Bazzini et Zapatcado de Pablo de Sarasate, réalisé avec son épouse au piano (disque 30 cm, Pacific PL 1544), ainsi que la Sonate n° 5 "Le Printemps" de Beethoven (3 disques 30 cm, Pacific PIA 1518, 1519 et 1520), également accompagné par son épouse Janine Nérini.

Les obsèques de Pierre Nérini, chevalier de la Légion d'honneur, ont été célébrées le 2 mars 2006 en l'église Saint-Mathieu de Bures-sur-Yvette (Essonne), suivies de son inhumation dans le cimetière de cette commune. Il laisse une veuve, Janine Bourrié, rencontrée sur les bancs du Conservatoire et épousée en 1942 (en présence d'Henri Dutilleux et de Geneviève Joy, condisciples et amis des mariés), pianiste, lauréate du Conservatoire de Paris, qui l'accompagna durant plus de 60 ans aussi bien en concerts que dans sa classe de piano au CNSMP, et trois enfants : Philippe, François, flûtiste, marié à la chanteuse Maya Hanhart, et Annick Nérini, mariée au flûtiste Loïc Poulain. A la veille de bientôt fêter son centenaire (2011), l’un des héritiers a décidé en 2008 d'arrêter les célèbres Concours Nérini, ce que l'on ne peut que regretter !

Denis Havard de la Montagne.

Remerciements pour sa documentation à Mme Annick Nérini-Poulain des Concours Nérini, 23 rue des Martyrs, 75009 Paris (téléphone : 01 42 83 71 82).
 
Denise Soriano en 1994
Denise Soriano en 1994
( photo X..., coll. Jacques Dejean )

Quelques jours après la disparition du violoniste Pierre Nérini, s'en est allée Denise SORIANO, autre grande violoniste de la même génération, admirée sincèrement par Jacques Thibaud. Malade depuis plusieurs années, elle nous a en effet quittés le 5 mars 2006 dans un hôpital parisien, à l'âge de 90 ans. Brillant 1er Prix du Conservatoire de Paris à l'âge de 16 ans, Grand Prix du disque deux années plus tard, elle avait dû néanmoins interrompre sa carrière sous l'occupation et se cacher afin d'éviter des représailles par les occupants, ayant été dénoncée en 1942 comme étant de religion juive. Le Ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres lui a rendu hommage en ces termes (7 mars 2006) : "J’apprends avec une grande tristesse la disparition de Denise Soriano, dont le seul nom évoque l’écho des merveilleuses sonorités de ce violon qu’elle a fait chanter sur les bonheurs et les malheurs de notre siècle. Une des premières musiciennes à obtenir le Grand prix du disque en 1936, élève puis épouse de l’éminent Jules Boucherit à qui elle dut sa survie pendant la seconde guerre mondiale, cette artiste virtuose a toujours su exprimer son amour de la vie et le pouvoir miraculeux de la musique. En solo ou en duo avec les grands pianistes de son temps, Magda Tagliaferro ou Reine Gianoli, elle a interprété et enregistré le répertoire du violon en lui imprimant les accents suaves, nostalgiques et puissants de son Orient d’origine. Son héritage comme pédagogue s’est transmis à travers plusieurs conservatoires de France et plusieurs générations de violonistes, en parfaite harmonie avec sa joie d’enseigner et de témoigner du bonheur de la musique."

Née le 15 janvier 1916 au Caire (Egypte), d'un père grec naturalisé français et marchand de biens, et d'une mère française, Denise Soriano, à la mort de son père alors qu'elle avait 5 ans, s'installe chez son grand-père en Toscane (Italie) en compagnie de sa mère, de son jeune frère Marc et de ses deux sœurs aînées. Douée de nature pour la musique, à l'image de ses sœurs elles-mêmes musiciennes, elle est initiée au violon par Ugo Bianchi au Conservatoire de Pise. En 1930, la famille Soriano se fixe à Paris et peu après Denise entre au Conservatoire national de musique. Présentée à Jules Boucherit par André Asselin, l'un de ses répétiteurs avec Marcel Chailley qui deviendra entre 1927 et 1936 le précieux '"adjoint" du Maître, elle intègre rapidement sa classe de violon. Ce Breton de Morlaix, où il était né en 1877, avait lui-même remporté à l'âge de 15 ans un 1er Prix dans cet établissement en 1892 (classe d'Henri Garcin) et y enseignait son instrument depuis 1921. Il y restera jusqu'en 1945, après avoir formé bon nombre de grands violonistes dans sa classe de réputation internationale, notamment ceux de la génération de Denise Soriano : Janine Andrade, Lola Bobesco, Ghislaine de Monceau, Alice Delcroix, Ivry Gitlis, Michel Schwalbé, Jacques Dejean, Serge Blanc, Devy Erlih... Ami de Saint-Saëns, Fauré, Cortot et de Jacques Thibaud, il est mort le 1er avril 1962 à Paris. Entre temps, il avait épousé au lendemain de la guerre son élève Denise Soriano. Sa soeur, Madeleine Boucherit-Le Faure (1879-1960), lauréate du Conservatoire de Paris, était une pianiste talentueuse, auteur de nombreuses pages pour son instrument...

Denise Soriano, Jules Boucherit, Devy Erlih et Serge Blanc en 1942
1942, chez Jules Boucherit dans sa villa "La Chansonnière" à Marlotte : Denise Soriano avec son professeur et futur mari Jules Boucherit, en compagnie des violonistes Devy Erlih (à dr.) et Serge Blanc (à g.)
( photo X..., coll. Serge Blanc )

A l'âge de 16 ans, en 1932, Denise Soriano obtient un 1er Prix de violon et dès lors, bien que très jeune, commence pour elle une remarquable carrière de violoniste. En 1935, pas encore âgée de 19 ans, après un concert à la Salle Pleyel au cours duquel elle joue divinement le Concerto de Beethoven, le critique musical du Figaro Robert Brussel écrit : " Chez Pasdeloup, l'exécution du Concerto de Beethoven par Mlle Denise Soriano déchaîna d'enthousiastes applaudissements. Violoniste de race, et de grande race, on trouve réunis dans le talent de cette artiste exceptionnelle, la noblesse du style, la sûreté de la technique, la musicalité. Parmi les artistes de sa génération, en est-il beaucoup qui soient capables de donner autant de grandeur au 1er mouvement, autant de sobre émotion à l'Andante ?" Elle se produit également aux Concerts Poulet, chez Colonne, Lamoureux, à l'Orchestre National et à la Société des Concerts du Conservatoire, où le 2 février 1936 et le 31 octobre 1937 elle interprète le très difficile Concerto pour violon et orchestre de Glazounov sous la direction de Philippe Gaubert puis de Gustave Cloez. Michel Schwalbé, premier Konzertmeister du Philharmonique de Berlin avec Karajan, dira plus tard de sa prestation dans cette page de Glazounov "tout son jeu, sa technique, son interprétation, la qualité du son, le phrasé, l'émotion et le goût parfait, m'avaient étonné au plus haut degré! " Elle joue sous la baguette des plus grands chefs de l'époque : Charles Münch, Paul Paray, Georges Sébastian, Jean Martinon, Eugène Bigot, Henri Tomasi... et effectue plusieurs tournées à travers toute la France (Marseille, Bordeaux, Lyon, Angers, Nice, Nancy, Metz...) ainsi qu'en Belgique, en Suisse et en Hollande. Comme chambriste, Denise Soriano se produit avec la pianiste Magda Tagliaffero, avec laquelle elle grave pour Pathé plusieurs disques. C'est ainsi qu'à l'âge de 18 ans, en 1934 elle reçoit le Grand Prix du disque (Fondation "Candide"), tout nouvellement fondé en 1931, pour l'enregistrement de la Sonate en la majeur, op. 13, pour violon et piano de Fauré (Pathé PAT 3-5) puis d'autres disques suivent immédiatement : la même année l'Adagietto de L'Arlésienne de Bizet, la Sicilienne pour violon et piano de Maria-Theresa Paradis (révisée et éditée par Samuel Dushkin) et L'Abeille (Die Biene) pour violon et piano de Schubert (Pathé PG 31) ; l'année suivante, toujours avec Magda Tagliaferro, l'Andante pour violon et piano et le Prélude de la Partita n° 3 pour violon seul de Bach, révision Kreisler, (Pathé PAT 10), puis en 1936 le Menuet de Nicola Porpora, révision Kreisler (Pathé PAT 54) et en 1937 la Sonate en ut pour violon et piano de Tartini (Pathé PAT 57) et la Sonate n° 40, également pour violon et piano, de Mozart (PAT 84/85) ; en 1940, le Concerto n° 3 en sol majeur KV 216 de Mozart avec l'orchestre placé sous la direction de Jules Boucherit et la Fantaisie Slave de Dvorak/Kreisler avec André Lermyte au piano (Pathé PAT 127-129). Mais ces brillants débuts très prometteurs s'interrompent avec la Seconde Guerre mondiale qui l'oblige à se cacher à partir de 1942. C'est son professeur de violon Jules Boucherit qui la protège et l'accueille dans sa villa "La Chansonnière", rue Renoult, à Marlotte (Seine-et-Marne), située tout près de la forêt de Fontainebleau. Dans sa maison de campagne, il aimait en effet recevoir ses nombreux amis musiciens, parmi lesquels Reynaldo Hahn et certains de ses élèves qu'il invitait l'été à des séances musicales. Sous l'occupation il cacha chez lui de jeunes musiciens juifs poursuivis par les nazis. C'est plusieurs années après les hostilités qu'il épousera en 1956 son élève et protégée, qui en décembre 1994 recevra en son nom la Médaille des Justes accordée à titre posthume à Jules Boucherit par l'Etat d'Israël (Comité Yad Vachem de Jérusalem).

Après la guerre, Denise Soriano continue durant quelques années sa collaboration avec la maison de disques Pathé pour laquelle elle grave encore deux disques en 1948 : la Sonate en si bémol majeur KV 317 de Mozart, avec Hélène Pignari au piano (PDT 1630) et la Sonate en ut majeur de Reynaldo Hahn, avec D. Sternberg au piano (PDT 183-184). Elle se produit à nouveau en concerts, notamment avec la pianiste Céliny Chailley-Richez lors de tournées en Hollande, en Suisse, sur la Côte d'Azur et au Touquet (1950-1951) ou à Lausanne (Suisse) avec Alfred Cortot. Un journaliste hollandais relate, à la suite d'un concert donné en février 1950 à La Haye, au cours duquel le duo Soriano-Chailley interprète des Sonates de Mozart, Franck et Schumann que " La sonorité de la violoniste est riche et robuste, pleine de chaleur et d'ardeur. Ses pizzicati furent parfaits..." Clarendon (Bernard Gavoty) écrit dans Le Figaro un article élogieux vantant la supériorité incontestable de cette grande violoniste française : "A une époque où les violonistes de race se comptent sur les doigts de la main, voici une virtuose doublée d'une poétesse – l'une et l'autre étonnantes – auxquelles il faudrait enfin accorder la place qu'elles méritent." C'est également durant cette période (1952-1953), après son retour de Suisse où elle avait vécu entre 1948 et 1952 à Montreux en compagnie de Jules Boucherit, qu'elle travaille avec le violoniste Jacques Thibaud, juste avant sa disparition tragique dans un accident d'avion survenu près de Barcelonnette le 1er septembre 1953. Grand admirateur de Denise Soriano, Jacques Thibaud voyait en elle "la seule magnifique violoniste qui peut prétendre à la succession de la regrettée Ginette Neveu", morte quelques années auparavant, également dans un accident d'avion (28 octobre 1949 aux Açores). En 1949, elle entre comme "salariée intermittente" à la Radio (chaîne nationale) puis à l'O.R.T.F. Elle y joue en solo, notamment des pièces de Bach (Sonate n° 3), de Leclair (Sonate "Le Tombeau") de Saint-Saëns, Fauré, Martinon, Schmitt, Hahn, Noël Gallon, Nadia Boulanger, Stravinsky, Martelli ou en duo avec les pianistes Reine Gianoli, Jeanne-Marie Darré, Gisèle Kuhn, Odette Pigault (Sonate de Viotti, 1ère Sonate de Bach, 1ère Sonate de Haydn, Concerto en ré de Mozart, Sonate de Debussy, Tzigane de Ravel, Suite de Veraccini, Nocturne de Reynaldo Hahn, Suite Nocturne de Martinon, D'un matin de printemps, Nocturne et Cortège de Lili Boulanger...) ou Marie-Madeleine Petit (Sonate de Grieg, Sonate de Barraud...). Elle crée également bon nombre d'œuvres contemporaines au cours de ses quelque 24 années passées à la radio jusqu'en 1973, notamment le Concerto pour violon et orchestre de Britten, celui de Paul Rivier, le Concerto flamenco d'Henri Collet qui lui est dédié...

Denise Soriano en 1994
Denise Soriano en 1994
( photo X..., coll. Jacques Dejean )

Parallèlement à ses activités d'interprète et de concertiste, Denise Soriano se consacre à l'enseignement. Cette grande violoniste, que Jules Boucherit considérait comme sa meilleure disciple, pour des raisons politiques ou obscures, ne put jamais professer là où était naturellement sa place et où son niveau l'exigeait : le Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Entre 1959 et 1975, elle postula à 4 reprises et subit 4 échecs! Il en fut de même lorsqu'elle fit acte de candidature au Conservatoire régional de Paris. Elle dut se résoudre à d'autres horizons et entra à l'Education Nationale. En décembre 1962 elle débute au Centre National de Télé Enseignement (CNTE) de Vanves, poste qu'elle occupe jusqu'en septembre 1968, avant de professer une année scolaire au Lycée de la Folie-Saint-James de Neuilly-sur-Seine (1972-1973). Mais c'est principalement dans l'enseignement de son instrument au sein de conservatoires et d'écoles de musique qu'elle s'épanouit davantage : après avoir donné des cours d'interprétation au Conservatoire d'été de Fontainebleau et à l'Académie internationale d'été de Nice, elle professe au Conservatoire Darius Milhaud du quatorzième arrondissement parisien (1964-1985), à l'Ecole nationale de musique de Brest (1968-1970), au Conservatoire national de région de Lille (1969-1971), à l'Ecole nationale de musique de Beauvais (1972-1985) et au Conservatoire de Clichy-la-Garenne (1975-1985). A sa retraite arrivée en 1985, Denise Soriano se retire dans son appartement de la rue des Marronniers à Paris, qu'elle occupe depuis 1952. Elle n'abandonne pas pour autant son cher instrument, dont elle joue encore à 80 ans passés. C'est ainsi, que chaque année, dans les années 1990 et au début des années 2000, au cours du mois de mai, elle se produit dans la salle Marie-Antoinette de l'Hôtel Saint-James & Albany de la rue de Rivoli avec le "Quatuor Soriano", formé avec elle de Ghislaine de Monceau (violon solo à l'orchestre de l'Opéra de Rouen), de Pierre Cheval (alto solo de l'orchestre de l'Opéra-Comique), puis après sa disparition en 1998 de Serge Hurel (violon solo à l'Orchestre philharmonique de Radio-France et altiste) puis de Marc Biziaux (altiste) et enfin de Germaine Fleury (violoncelle, professeur à l'Ecole Normale de Musique de Paris). C'est avec cette formation qu'elle apparaît une dernière fois en public en 2004...

Les obsèques de Denise Soriano ont été célébrées le 10 mars 2006 au crématorium du Père Lachaise. Elle était la sœur de l'écrivain et professeur à l'École des Hautes Études Marc Soriano (1918-1994) auquel on doit de nombreux ouvrages, dont un sur son beau-frère : Les secrets du violon, souvenirs de Jules Boucherit (1877-1962), paru en 1993 (édition des Cendres). Profondément humaine, bourrée de talent, fidèle dans ses amitiés, fuyant les mondanités et les honneurs, Denise Soriano laisse le souvenir d'une grande artiste, dont "l'art s'élevait aux sommets les plus purs, les plus magnifiques, les plus sereins".

Denis Havard de la Montagne

Nous tenons à remercier vivement pour leurs contributions et documentations Mme Françoise Soriano (belle-sœur de Denise Soriano), MM. Jacques Longchamp (critique musical au journal Le Monde) et José Couvreur (Directeur du Bureau des Ressources Humaines de la Ville de Beauvais), ainsi que MM. les violonistes Jacques Dejean, Serge Blanc et Devy Erlih.
Audio lecteur Windows Media Denise Soriano: extraits d'enregistrements anciens

Anna Moffo
Anna Moffo
( coll. Claude-Pascal Perna )

La soprano américaine Anna MOFFO s'est éteinte le 10 mars 2006 à l'hôpital presbytérien de New-York ; elle était âgée de 73 ans et vivait à Manhattan. Regardée par d'aucuns au cours des années soixante comme l'une des plus belles femmes, elle aurait facilement pu devenir une star d'Hollywood, mais préféra mener une carrière de cantatrice. L'on ne peut que s'en féliciter, car ses rôles de Violetta dans La Traviata, de Liu dans Turandot, de Pamina dans La Flûte enchantée, de Gilda dans Rigoletto, de Luisa Miller (rôle-titre), de Marguerite dans Faust ou encore de Mimi dans La Bohème ont été de grands moments de l'art lyrique sur la plupart des scènes mondiales où elle se produisait : Scala de Milan, Lyric Opera de Chicago, Covent Garden de Londres, Opera d'Etat de Vienne et surtout au Metropolitan Opera de New York auquel elle resta attachée durant longtemps... Sa voix chaude et sensuelle de soprano lyrique, dotée d'une grande souplesse aussi bien dans les aigus et les graves, ainsi que son exceptionnelle beauté naturelle ont séduit le public durant deux décennies.

Née le 27 juin 1932 à Wayne (Pennsylvanie, U.S.A.), d'un père (Nicolas Moffo) cordonnier et d'origine italienne, Anna Moffo commence à étudier le chant avec Euphemia Giannini-Gregory au Curtis Intitute of Music de Philadelphie, ainsi que le piano et l'alto, avant d'aller se perfectionner en 1954 à l'Académie Sainte-Cécile de Rome (Italie). Dans cet établissement, elle travaille avec Luigi Ricci, un ancien élève de Puccini et de Mascagni, et la soprano espagnole Mercedes Llopart, qui à la même époque compte également parmi ses autres élèves Alfredo Kraus et Renata Scotto. Anna Moffo chante pour la première fois en 1955 a Spolète dans le rôle de Norina du Don Pasquale de Donizetti, puis en 1956 à la Scala (Nanetta dans Falstaff) et se produit au Festival d'Aix-en-Provence dans Don Giovanni (Zerline) de Mozart, aux côtés de Teresa Stich-Randal (Donna Anna), Suzanne Danco (Donna Elvire) et Nicolaï Gedda (Don Ottavio) avec l'Orchestre de la Société du Conservatoire et les Chœurs du Festival d'Aix-en-Provence dirigés par Hans Rosbaud. Cette même année on la voit également pour la première fois à la télévision dans une production de Madame Butterfly (Cio-Cio-San), dirigée par Mario Lanfranchi, metteur en scènes, producteur chez RCA Victor et à la RAI. C'est le succès et en décembre 1957 elle épouse son producteur, dont elle divorcera 15 ans plus tard. Quelques mois auparavant elle avait fait ses débuts dans son pays, au Lyric Opera de Chicago (1957, Mimi dans La Bohème). Deux années après, c'est le Met qui lui ouvre ses portes avec La Traviata (Violetta).
Anna Moffo en Violetta de La Traviata
Anna Moffo en Violetta de La Traviata, son rôlé fétiche
( coll. Claude-Pascal Perna )
D'emblée la presse américaine l'adopte et l'encense. Le New York Times n'hésite pas à écrire que c'est l'une des plus belles femmes jamais vue dans un théâtre lyrique! Parallèlement à ce succès dans l'opéra, elle remporte un autre immense triomphe populaire auprès des téléspectateurs italiens qui suivent assidûment à la télévision nationale (RAI), chaque mois entre 1960 et 1973, sa très célèbre émission de variétés "The Anna Moffo's show"! C'est ainsi que durant plusieurs années, elle mène une triple carrière de vedette du petit écran, du cinéma, car elle tourne également des films (Napoléon, Ménage à l'Italienne, Una storia d'amore, The Adventures...), et de cantatrice. Le public du Met, où elle chante régulièrement durant 17 saisons (18 opéras, 220 représentations), l'adule et la couvre de fleurs, ainsi que ceux des autres grandes scènes américaines et européennes à chaque fois qu'elle apparaît! Mais en 1974, à la suite de graves problèmes de santé dus à un surmenage –au début de sa carrière elle apprenait pas moins de 12 nouveaux rôles chaque année- qui lui occasionnent notamment des défaillances vocales, elle interrompt toutes ses activités. Deux années plus tard, Anna Moffo reprend sa carrière mais sa voix s'est quelque peu modifiée et elle doit faire ses adieux au Met le 15 mars 1976, après avoir chanté une dernière fois Violetta. Elle aborde alors un répertoire plus dramatique, moins périlleux, dans d'autres théâtres lyriques, avec notamment Leonora du Trouvère, Thaïs de Massenet et La Norma qu'elle chante encore en 1991. Mais, incontestablement la véritable carrière d'Anne Moffo n'a été à son apogée et n'a duré qu'une vingtaine d'années (1955-1974) durant lesquelles elle interpréta, entre autres, à plus de 900 reprises Violetta de La Traviata, son rôle fétiche, et près de 500 fois Lucia di Lammermoor ! Après son retour en 1976 sa voix avait évolué et elle déclina quelque peu au fil des années, au point parfois de rendre très pénible la vision de cette diva trop tôt usée. Les derniers temps, devenue l'ombre d'elle-même, ne parvenant plus à atteindre les aigus si intenses qui firent sa renommée, elle n'envoûtait plus guère son public, comme elle savait si bien le faire autrefois ; cette voix si souple et lumineuse qu'on lui connaissait n'était plus qu'un souvenir!... Elle eut cependant d'autres joies, non plus sur les planches, mais dans l'enseignement du chant auquel elle se livra, notamment à l'Université de New York, mais fut très éprouvée par la mort de son second mari survenue en février 1997, Robert Sarnoff, ancien directeur de la firme de télévision RCA Victor, qu'elle avait épousé en 1974.

Anna Moffo chantait principalement le répertoire italien classique (Puccini, Verdi, Donizetti) et mozartien, avec quelques incursions dans le répertoire français (Gounod, Bizet, Massenet) du XIXe siècle, mais on la vit également se produire dans d'autres répertoires, notamment allemand avec Armide de Gluck (rôle de Sinodie) et le contemporain : Hansel and Gretel d'Engelbert Humperdinck, L'Amore del tre re d'Italo Montemezzi, Die Csardasfürstin d'Emmerich Kalman, Capriccio de Richard Strauss, sans oublier, dans un genre plus léger, les rôles des 4 héroïnes des Contes d'Hoffmann. Il nous reste heureusement une importante discographie datant des années soixante, au moment ou Anna Moffo était au faîte de sa carrière. Parmi ses enregistrements, il faut absolument connaître sa Suzanne dans Les Noces de Figaro aux côtés d'Elisabeth Schwarzkopf, dirigées par Carlo Maria Giulini (EMI), sa Violetta dans La Traviata, avec Richard Tucker et Robert Merrill (RCA), sa Lucia di Lammermoor avec Carlo Bergonzi, sous la conduite de Georges Prêtre (RCA) et sa Gilda dans Rigoletto, avec Robert Merrill sous la direction de Georg Solti (RCA). N'oublions pas encore un magnifique enregistrement effectué en 1965 avec l'American Symphony Orchestra dirigé par Léopold Stokowski (RCA/Sony BMG Music) dans lequel elle nous envoûte avec les Chants d'Auvergne de Canteloube, la Vocalise op. 34, n° 14 pour voix et piano de Rachmaninoff, la mélodie Danza de Martelo et les Bachanias Brasileiras n° 5 de Villa-Lobos; ainsi qu'une intéressante compilation d'Arias extraits de Faust, La Bohème, Dinora, Carmen, Sémiramide, Turando et Lakmé (RCA, paru en août 2005) qui donne un excellent aperçu de sa voix sublime.

D.H.M.

A la veille de célébrer ses 102 ans, Irène AÏTOFF, habile pianiste-accompagnatrice et chef de chant réputé, s’est éteinte à Paris le 5 juin 2006. Ce "monument" de la musique, comme l’appelle le ténor britannique Laurence Dale qui l’avait connue au début des années 1980, a servi l’art lyrique durant plus d’un demi-siècle et bien des chanteurs prestigieux, tels Gabriel Bacquier, Ernst Haefliger, Janine Micheau, Teresa Stich-Randall, Teresa Berganza ou des chefs d’orchestre non moins célèbres (Münch, Karajan, Solti, Dutoit…) ont un jour bénéficié de ses conseils avisés. Ses nombreux élèves au Conservatoire national supérieur de musique de Paris (à partir de 1972), à celui de Lyon et à l'Université d'Orsay en savent quelque chose. Accompagnatrice d’Yvette Guilbert au cours des années trente, elle put ainsi prendre conscience dès le début de sa longue carrière, que sans une parfaite compréhension et assimilation du sens des mots et du texte, il n’est point de bonne musique. C’est ce qu’elle s’efforcera d’enseigner humblement sa vie durant et d’appliquer dans ses fonctions de chef de chant, accompagnatrice et répétitrice, notamment au Festival d’Aix-en-Provence dès ses débuts. Connaissant par cœur tout Mozart et Debussy, elle était capable de jouer n’importe quel extrait de leurs opéras et savait réaliser des réductions d’orchestre avec beaucoup de talent. On lui doit notamment celles pour piano du ballet en cinq tableaux Les Amours de Jupiter de Jacques Ibert (Salabert, 1947). Longtemps resté dans l’ombre, son nom est cependant connu d’un certain public, grâce au film documentaire réalisé en 1998 par Dominique Delouche, dont le titre est à lui seul un brillant hommage : La Grande Mademoiselle (Les Films du prieuré).

CD - Irène Aïtoff
Irène Aïtoff et Franck Léguérinel dans des mélodies françaises
( CD ARN68215 )

Fille de David Aïtoff (1854-1933), Consul général de Russie en France avant la Révolution de 1917 et cartographe, Irène Aïtoff naît le 30 juillet 1904 en Bretagne, à Saint-Cast (Côtes-d’Armor). Issue d'un milieu où les arts sont cultivés, dès l’âge de 3 ans elle montre de sérieuses dispositions pour la musique et plus particulièrement pour le piano, qu’elle commence dès lors à étudier. Adolescente, elle est présentée à Alfred Cortot, à l’époque où il enseigne au Conservatoire de Paris, puis rejoint cet établissement après la première guerre mondiale d’où elle ressort en 1928, avec des prix d'accompagnement, d'harmonie, d'histoire de la musique et de piano. Peu de temps après (1930), elle est engagée comme chef de chant à la Radiodiffusion française, qu'elle quittera en 1973, et en 1932 devient l'accompagnatrice d'Yvette Guilbert (1865-1944). Chanteuse de cafés-concerts et actrice, celle-ci s'était reconvertie dans l’interprétation des vielles chansons françaises et s’attirait alors un nombreux public plus habitué aux salles de concerts qu'aux cabarets. Sa technique prodigieuse savait émouvoir, intéresser, séduire, notamment grâce à une diction parfaite. Irène Aïtoff l’accompagne jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale et c’est auprès d’elle qu’elle apprend "avec son adresse habituelle, tous ces riens auxquels Y. Guilbert sait redonner une vie intense." Dans les années 1933-34, elle enregistre, aux côtés de l'ancienne reine du Moulin Rouge, plusieurs chansons, dont certaines très populaires : L'Eloge des vieux (Voix de son Maître, SG70), Le Fiacre (Voix de son Maître, SG 69), La Fille du roi Loys, Les Anneaux de Marianson (Gramophone K7066), Le Miracle de Sainte-Berthe (Gramophone K064)... Très éclectique dans ses goûts, elle enregistre à la même époque pour l'Oiseau Lyre (OL10 et OL19), avec la soprano Lise Daniels, des oeuvres de Joseph de Boismortier (Diane et Actéon) et de Couperin (Air sérieux), mais également des chansons polissonnes avec Yvette Guilbert! En 1941, alors connue dans le monde musical, Charles Münch la prend à ses côtés pour ses capacités exceptionnelles à déchiffrer (et à réduire si besoin est) les partitions d’orchestre et à faire répéter leurs rôles aux chanteurs. Plus tard, en 1962 et 1963, c’est Karajan qui fera appel à elle pour son premier Pelléas et Mélisande aux Staatsoper de Vienne et de Berlin, dont elle connaît par cœur toutes les parties (orchestre et chant). Entre temps, elle accompagne au disque Marguerite Pifteau (mezzo-soprano) dans des oeuvres de Brahms, Schubert, Ravel (1945, Columbia), Doda Conrad (basse) avec des pages de Chopin (1948, VSM), Noémie Pérugia (soprano) interprétant des pièces de Chausson et Chabrier (1949, VSM), puis en 1950, Gabriel Dussurget la recrute au Festival d’Aix-en-Provence, créé depuis peu (1948). Durant 22 ans, en tant que chef de chant, elle associe son nom à cette manifestation dont la renommée a depuis largement conquis nos frontières. Après Münch et Karajan, d'autres grands chefs, metteurs en scène, artistes ou compositeurs l'appellent auprès d'eux, notamment en 1964 Suzanne Layafe et sa troupe Les Baladins Lyriques pour monter au Théâtre de l'Est-Parisien Cosi fan tutte ; en 1973, à l'Opéra de Marseille, Louis Saguer pour la création de Mariana Pineda, sous la direction de Reynald Giovaninetti, avec la Maîtrise Gabriel Fauré ; en 1973 à Versailles, Solti et Strehler pour Les Noces de Figaro ; Peter Brook en 1981 pour La Tragédie de Carmen au Théâtre des Bouffes ; Jean-Claude Casadesus au début des années 1990 pour Don Giovanni à l'Opéra de Paris, puis en 1996 à Lille pour Pelléas et Mélisande. En 1993, la Carmen de Peter Brook, Hélène Delavault, qui avait déjà travaillé avec Irène Aïtoff quelques dix années auparavant, la recrute pour l'accompagner dans son spectacle de chansons des années 1900 intitulé "l'Absinthe" (Musée d'Orsay, Opéra Bastille, tournée en France). Elle est alors âgée de 90 ans, mais reste très active grâce à une volonté de fer. C'est l'époque également où elle collabore activement avec Pierre Jourdan et son Théâtre français de la musique à Compiègne à bon nombre de productions : Henry VIII de Saint-Saëns, Gustave III d'Auber... et surtout (fin 1997) Les Noces de Figaro dans la nouvelle adaptation en français d'Eric-Emmanuel Schmitt. On la voit encore assister, le 3 mai 2002 à l'Opéra-Comique, au centenaire de Pelléas et Mélisande et en 2004, pour son centième anniversaire, elle se montre en public à la Salle Cortot où la chanteuse Pamina, avec laquelle elle collabore depuis plusieurs années, a organisé une cérémonie en son honneur... A presque 102 ans, elle s'en est allée silencieusement, après avoir relu une dernière fois quelques partitions de ses compositeurs préférés : Mozart, Debussy, Poulenc...

Aux enregistrements déjà cités, ajoutons encore des airs de Joseph Canteloube avec la soprano Geneviève Touraine (1956, Lumen), L'enfant et les Sortilèges de Ravel avec L'Orchestre National de l'ORTF dirigé par Lorin Maazel (1960, Deutsche Grammophon), Carmen aux côtés de Léontine Price, avec Karajan et l'Orchestre Philharmonique de Vienne (1966, RCA), un "Récital de mélodies espagnoles" avec la soprano Consuelo Rubio (1988, Vogue) et en 1992, avec le baryton Franck Leguerinel "Un siècle de mélodies françaises" dans des oeuvres de Chabrier, Debussy, Gounod, Ravel, Poulenc, Satie (réédité en 2005 par Arion, ARN68215). Quant aux amateurs de chansons, signalons à leur intention la réédition en 1998 de l'enregistrement de 1933 du Fiacre de Léon Xanrof avec bien d'autres chansons interprétées par Yvette Guilbert (1 CD, label Pearl, PAST9773).

D.H.M.

Le compositeur autrichien d’origine hongroise György LIGETI est mort le 12 juin 2006 à Vienne dans sa 84e année. Figure dominante de la musique contemporaine, connu du grand public pour son opéra Le Grand Macabre (1974-1977, créé à Stockholm en 1978) et son Requiem (1963-1965) utilisé en partie par Stanley Kubrick dans son film 2001, Odysée de l’espace, cet ancien élève de Ferenc Farkas au Conservatoire Liszt de Budapest se voulait un homme libre et indépendant. Curieux de nature, il avait exploré tous les domaines musicaux : l’école nationale hongroise (Bartok, Kodaly), l’école post-sérielle, les musiques minimalistes, la musique électro-acoustique, le jazz. On lui doit l’invention micro-polyphonie, technique intercalant notamment couleurs et textures musicales. C’est ainsi que l’on retrouve dans ses compositions des effets que d’aucuns qualifient de grandioses, mais que d’autres apprécient moins, comme son Poème symphonique pour 100 métronomes (1962) qui consiste à laisser battre cette centaine d'appareils tous réglés à des cadences différentes… Clarendon, lors de l’interprétation de sa pièce pour orchestre Atmosphères au Festival de Strasbourg en 1964, avait écrit dans Le Figaro que " le musicien nous fait pénétrer, en effet, dans un monde nouveau : celui du jamais-entendu. Un monde de sensations inédites, obtenues par des trucages ingénieux – mais, surtout, par un don musical indéniable. " Plus tard, il reviendra à des formes plus classiques avec un Trio pour piano, cor et violon (1982), un Concerto pour piano (1985-88), un autre pour violon (1990-1992), une Sonate pour alto (1991-1994) et 18 Etudes pour piano écrites entre 1985 et 2001. Le Chancelier d’Autriche Wolfgang Schüssel a déclaré que Ligeti était " le plus grand Autrichien du monde de la musique du 20e siècle. "

György Ligeti
The Ligeti Project, vol. 4, TELDEC CLASSICS 8573-88263-2 )

Né le 28 mai 1923 à Dicsöszentmarton (aujourd’hui Tirnaveni), en Transylvanie (à l’époque situé en Hongrie), d’un père banquier, György Ligeti est issu d’une famille portant à l’origine le nom d’Auer. L’un de ses grands-oncles est en effet le violoniste et pédagogue Léopold Auer (1845-1930) qui deviendra un célèbre professeur de violon en Russie. Destiné tout d’abord à une carrière scientifique, ce n’est qu’à l’âge de 14 ans qu’il commence à étudier la musique. Elève de Ferenc Farkas au Conservatoire de Cluj à partir de 1941, et de Pal Kadosa à Budapest, György Ligeti doit interrompre ses études durant la guerre, frappé par les lois antisémites. Plusieurs membres de sa famille, notamment son père et son frère, périssent en déportation. Après les hostilités, il entre en 1945 à l’Académie de musique de Budapest où il a notamment pour professeurs de nouveau Ferenc Farkas, ainsi que Sandor Veress, Pal Jardanyi et Lajos Bardos. Quelques années professeur d’harmonie, de contrepoint et d’analyse dans cet établissement à partir de 1950, il fuit son pays natal en 1956, au moment de l’écrasement de la révolution hongroise par l’Union soviétique. Réfugié à Vienne, il est engagé au Studio de musique électronique de la Westdeutscher Rundfunk à Cologne (1957), où il rencontre Boulez, Berio et Kagel, donne des conférences aux cours d’été de musique nouvelle de Darmstadt à partir de 1959, et dès 1961 dirige une classe de composition au Conservatoire de Stockholm, avant d’enseigner à l’école supérieure de musique de Hambourg (1973 à 1989). Entre temps, en 1967, il a adopté la nationalité autrichienne et ne retournera jamais en Hongrie…

Il est difficile de ranger ce compositeur dans un genre bien défini, car son style a évolué au fil des décennies. Citoyen du monde parlant 6 langues et ayant dû surmonter deux périodes dramatiques, sa musique est à son image : libre, riche et diverse. C’est ainsi que dans ses premières oeuvres, durant la période hongroise, il privilégie la couleur sonore et compose dans un style proche de Bartok et Kodaly, mais également influencé par Berg (quatuor à cordes n° 1 Métamorphoses nocturnes, 1953). Puis l’électroacoustique et le sérialisme s’imposent à lu durant la période où il fréquente Stockhausen, Eimert et König (Glissandi, Articulation), avant de concevoir des œuvres où apparaît le statisme continu de la micro-polyphonie (Apparitions, Atmosphères, Volumina) et le style " haché " (Aventures). Ce sera ensuite une longue période au cours de laquelle Ligeti réalise une sorte de synthèse de styles qui lui sera propre. Son Requiem pour soprano, mezzo-soprano, 2 chœurs mixtes à 5 voix et orchestre (1962-1965) en est un exemple : il utilise dans cette partition la technique d’Atmosphères, tout en réintroduisant des notions de contrepoint, sans oublier l’élément harmonique. Son Lontano pour orchestre à cordes et vents (1967) en est un autre exemple. Après son opéra surréaliste Le Grand Macabre, au début des années 1980 s’ouvre une nouvelle période avec une musique influencée par d’autres styles bien différents (polyphonie du XIVe siècle, musiques ethniques, jazz) et faisant appel à des formes plus classiques. A cette période appartiennent ses Trois fantaisies sur Friedrich Hölderlin pour chœur mixte (1982) et ses concertos pour piano et pour violon. Aux côtés de Bério, Boulez, Stockhausen et Xenakis, György Ligeti peut être considéré comme un des principaux représentants de la musique contemporaine. Mais, pour mieux comprendre son œuvre, il n’est pas inutile de rappeler ce qu’il déclarait en 1997 au journal Le Monde : " …je suis un dilettante intéressé par toutes les sciences, naturelles, sociales et humaines. Comme une éponge, j’absorbe tout . Mais on ne peut pas considérer que je prends un modèle qu’il soit biologique ou autre… "

Tout au long de sa carrière György Ligeti reçut de nombreux prix et distinctions : membre de l’Académie royale suédoise de musique à Stockholm (1964), membre de l’Akademie der Künste de Berlin (1968), membre honoraire de l’American Academy and Institute of Arts and Letters (1984), Prix Arthur Honegger (1985), Prix Grawemeyer de l’Université de Louisville (1986), Prix de composition musicale de la Fondation Prince Pierre de Monaco (1988), Commandeur de l’Ordre national des Arts et des lettres (1988), Prix américain Praemium Imperiale (1991), Prix suisse de la Fondation Balzan (1991)…. Il laisse un fils, Lukas, né à Vienne, percussionniste installé à New-York depuis 1998.

D.H.M.

 


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