Le Panthéon des musiciens

De juillet 2013 à décembre 2014

Nicolas GORENSTEIN - Rafael FRÜHBECK de BURGOS - Ghislaine DEMONCEAU - Lorin MAAZEL - Licia ALBANESE - Denys MATHIEU-CHIQUET

 

Le 7 mai 2014 à Paris s'est éteint l'organiste, compositeur et musicologue Nicolas GORENSTEIN, grand spécialiste de la musique ancienne et également de la période post-classique qui s'étend en gros de la mort en 1738 du dernier « classique » Jean-François Dandrieu aux premières œuvres de César Franck (années 1850-1860). Directeur de la collection de musique française pour orgue Organa Gallica des éditions du Triton (Fleurier, Suisse) au début des années 1990, puis directeur artistique des Editions Musicales Chanvrelin (rue du Départ, Paris XIVe) dès sa fondation en avril 1995, il avait tenu durant plusieurs décennies le grand-orgue de l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas (Paris Ve). On lui doit ainsi la redécouverte de nombreuses œuvres d'organistes-compositeurs dont on avait oublié la valeur et l'intérêt.

Nicolas Gorenstein
Nicolas Gorenstein à la console du grand-orgue de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, Paris
( photo famille Gorenstein, coll. DHM ) DR

Né à Paris XVe le 24 novembre 1952, Nicolas Gorenstein débute l'apprentissage du solfège et du piano, puis devient élève d'Edouard Sourberbielle à partir du début de l'année 1969, alors professeur à l'Ecole supérieure de musique César Franck et à l'Institut catholique de Paris. Mais c'est en cours particuliers qu'il bénéficie du précieux enseignement de cet organiste qu'il considérera d'ailleurs comme son Maître. C'est ainsi qu'il commence par le perfectionner au piano avant de lui faire découvrir l'orgue, tout en lui donnant des cours d’écriture et d'interprétation, laissant le soin à Claude Terrasse de lui enseigner le contrepoint à l'Ecole César-Franck. Grâce à cet enseignement, parallèlement il entre sans difficultés au Conservatoire de Paris et décroche rapidement cinq premiers prix : fugue, contrepoint, harmonie, analyse et dans la classe de Rolande Falcinelli celui d'orgue (improvisation) en 1982. Peu après, il est nommé co-titulaire auprès de Claude Terrasse du grand-orgue de l'église Saint-Jacques du Haut-Pas, avant de bientôt lui succéder à son départ quelques années plus tard. Cet instrument de 48 jeux (dont plusieurs anciens provenant de l'instrument de l'église Saint-Benoît) répartis sur 4 claviers manuels et pédalier, avait fait l'objet d'une réfection par Merklin en 1887, puis d'une reconstruction en 1971 par Alfred Kern et inauguré la même année, le 18 mai, par Cochereau. Il fit l'objet ensuite d'un relevage général en 1988 par le même facteur d'orgue, puis d'un nettoyage avec des modifications en 1995 par Dominique Lalmand. Selon Nicolas Gorenstein lui-même, une partie des boiseries du grand buffet est datée de 1609, ce qui en fait le doyen des buffets parisiens. Ainsi durant près de trente ans, Nicolas Gorenstein toucha cet instrument dont une partie des trompettes avait autrefois résonné sous les doigts de Louis Marchand (1669-1732) lorsqu'il était l'organiste de Saint-Benoît. Fin connaisseur de l'histoire des orgues de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, il est l'auteur d'une des premières études complètes sur ce sujet, parue dans la défunte revue Connaissance de l'orgue du regretté Pierre Hardouin (n° 107/108, pp. 40-72). Mais comme organiste liturgique Nicolas Gorenstein avait été profondément affecté, comme bon nombre d'autres titulaires de tribune, par la mise en place dès sa parution en 2001 du recueil de Chants notés de l'Assemblée (Paris, Bayard, 2001, 792 pages) rapidement devenu une référence pour l'Eglise. La pauvreté de ces chants le désolait tant ils « sont bourrés de fautes (d'harmonie, de structure, d'arrangement vocal, de prosodie) qu'ils feraient plier de rire n'importe quel étudiant en première année d'écriture musicale. » Cet abandon de la « véritable liturgie, profonde, puissante et efficace, basée sur des signes clairs parlant au cœur du fidèle avant de parler à son intellect » était à ses yeux non seulement une erreur, mais une faute. Il s'en est longuement expliqué dans son étude intitulée « A propos de la liturgie » publiée dans les numéros 101, pp. 14-16 (janvier 2003) et 102, pp. 8-11 (juin 2003) de la revue Point d'Orgue des « Amis de l'Orgue de Vendée ».

En tant que musicologue, dès 1983 Nicolas Gorenstein publie divers articles dans l'excellente revue suisse La Tribune de l'orgue de notre ami Guy Bovet, notamment « L'Orgue français classique : notes sur le Grand-Jeu » (septembre 1983), « Jehan Titelouze, la véritable naissance de l'orgue classique français » (juin et septembre 1984), « L'Orgue post-classique français du Concert Spirituel à Cavaillé-Coll » (mars 1987 à décembre 1989) qui fit l'objet par la suite d'une édition en un seul volume (Chanvrelin, 1993), « L'orgue du Capitaine Nemo » (janvier 1990), « Jacques Boyvin, Gaspard Corette : deux grands organistes rouennais (1991-1992) », « Quelques notes sur la traction électrique » (décembre 2000), « Berlioz et l'orgue, une réhabilitation » (2005-2006)... ainsi qu'un intéressant article écrit sur un ton humoristique intitulé « L'accompagnement du mois » dans lequel il dénonce la vulgarité et la médiocrité de la musique d'église actuelle techniquement mal faite qui abandonne pour références Bach, Palestrina, Carissimi, Delalande, Rameau, Schubert, Mendelssohn... au profit de nouveaux auteurs de musique liturgique tels l'abbé David Julien et le célèbre Jo Akepsimas, agréés notamment par le CNPL, et toute une pléiade d'auteurs à la mode qui va d'Ennio Morricone à Lou Bega (mars 2004). Ces lignes font en quelque sorte suite à l'étude sur ce même sujet précédemment parue dans Point d'Orgue. Dans la revue L'Orgue, on lui doit également plusieurs communications : « Le cas Guilain » en 1995 (n° 235), « Le Tutti une registration qui n'existe pas » (n° 236) et une importante dissertation de plus de 100 pages sur « Le tremblement lié, un problème d'interprétation de la musique française à la lumière des tables anciennes » parue récemment en 2012 (n° 297). En 1993 et 1994, il publie aux Editions du Triton, des œuvres pour orgue de Louis Couperin, Gaspard Corrette (Messe du 8e ton), Nicolas de Grigny (Livre d'orgue n° 1), François Dagincourt et Claude Balbastre (3 volumes), puis, aux Editions Musicales Chanvrelin (boulevard Saint-Marcel puis rue du Départ) où, dès la création à Paris en avril 1995, il est nommé directeur musical, poste qu'il va occuper juste à son décès.

C'est ainsi qu'on lui doit depuis la publication de près de 80 œuvres principalement de l'époque classique et post-classique, avec quelques incursions dans la Renaissance (Pierre Attaingnant, Guillaume Costeley, Claude Gervaise...) et la période contemporaine, et essentiellement pour orgue, couvrant ainsi la période du XVIe siècle à Germain Rivière (1907-1983) avec des auteurs français (Balbastre, Batiste, Beauvarlet-Charpentier, Benoist, Chausson, Chauvet, Clérambault, Collin, Corrette, Couperin, d'Angelebert, Daquin, Dubois, Gigault, Gueit, Guilain, Lasceux, Lebègue, Lemaigre, Marrigues, Miné, Raison, Séjan, Thomelin) et étrangers (Albrechtsberger, Boyce, Croft, Czerny, Fischer, Greene, Haendel, Krebs, Kuhnau, Marpurg, Rinck, Seger, Télémann, Vogler, Werner). Lui-même publie chez cet éditeur cinq ouvrages d'un grand intérêt dans lesquels il traite avec beaucoup de pertinence plusieurs sujets lui tenant particulièrement à coeur  : « L’interprétation de Bach dans la « grande Ecole d'orgue française » 1900-1960 », « Bach et les seize pieds », « Jacques Boyvin : une introduction à ses deux Livres d'Orgue », « L'orgue post-classique français – du Concert spirituel à Cavaillé-Coll », « Edouard Souberbielle, un Maître ». Ce dernier volume, dans lequel il analyse l'art de son Maître, est un tiré à part avec quelques ajouts de l'important ouvrage d'Alexis Galpérine : Edouard Souberbielle, un Maître de l'orgue (Editions Delatour France, 2010) dans lequel figure cette étude (pp. 233-289).

Comme interprète, Nicolas Gorenstein a principalement enregistré en 1996-1997 « Les organistes post-classiques parisiens » (pièces de G. Lasceux, G.F. Couperin, J.-J. Beauvarlet-Charpentier, F. Benoist et A.-C. Fessy) sur les orgues de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, Saint-Rémy-de-Provence, Albi et Luçon, (disque Syrius, coffret 2 CD) qui lui vaudra cette critique d'Hervé Elie dans Le Monde de la Musique (novembre 1997) : «  Nicolas Gorenstein joue avec un goût parfait, n'en faisant ni trop, ni trop peu. Il a choisi quatre magnifiques instruments dont les sonorités collent au mieux à ces musiques. » Dans un autre coffret de 3 CD « Les orgues de Paris : de Couperin à Messiaen » (1992) qui rassemblent de nombreuses œuvres jouées par une vingtaine d'organistes de renom, on trouve aussi 5 pièces de J.-J. Beauvarlet-Charpentier et une de G . Lasceux interprétées par ses soins à Saint-Jacques-du-Haut-Pas (Erato 2292458672) et chez Chanvrelin, en 1999, il enregistre sur ce même instrument des « Pièces à la Vierge de Titelouze » (Hymne Ave Maris stella et les Magnificat du 1er, 4e et 7e ton.) On lui doit encore la composition d'une Sonate qui avait été primée en 1977 lors d'un concours des « Amis de l'Orgue », ainsi qu'une transcription pour orgue de l'ouverture de La Pie voleuse de Rossini.

Homme discret et réservé, fuyant les mondanités, doté d'une âme d'artiste et d'une grande culture tant musicale que littéraire, Nicolas Gorenstein est décédé à l'âge de 61 ans. Ses obsèques se sont déroulées en province dans la plus stricte intimité. Il laisse trois filles, dont l’aînée est violoniste.

Notre ami Alexis Galpérine, professeur de violon au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, nous a adressé les quelques lignes suivantes, écrites spontanément sur notre demande, en hommage à l'homme et à l'artiste qu'était l'organiste de Saint-Jacques-du-Haut-Pas :

« Nicolas Gorenstein fut un des élèves préférés de mon grand-père, Edouard Souberbielle. Nous lui devons l'étude la plus détaillée et approfondie publiée, à ce jour, sur l'enseignement de son Maître ; un texte majeur pour qui veut comprendre l'évolution des écoles d'orgue françaises dans le siècle écoulé. Il est peu dire que l'annonce de sa mort – il était relativement jeune – nous a surpris et bouleversés. Par delà ma propre gratitude à son endroit, je veux rendre hommage à l'homme et au musicien, à son talent porté par une science immense, à sa générosité et à sa modestie ; des qualités qui me rappellent irrésistiblement celles de mon grand-père. Une même exigence artistique et morale les habitait, qui ne pouvait manquer de frapper ceux qui les approchaient, et c'est bien cette hauteur de vue que l'on retiendra, qui échappera – je n'en doute pas – au démon de l'oubli. »

Denis Havard de la Montagne


Le 11 juin 2014 à Pampelune (Espagne) est décédé le chef d'orchestre Rafael FRÜHBECK de BURGOS, emporté par un cancer qui l'avait obligé à faire ses adieux à la scène quelques jours auparavant. Considéré comme l'un des plus grands chefs espagnols, sa carrière internationale l'avait amené à diriger bon nombre de grands orchestres et lui avait valu en 2008 d’être décoré par le roi Juan Carlos de la Médaille d'or du Mérite des Beaux-Arts et en 2010 nommé «chef d'orchestre de l'année» par la revue Musical America.

Né le 15 mai 1933 à Burgos (Espagne) d'un père allemand et d'une mère espagnole, il accrochera plus tard à son patronyme le nom sa ville natale afin de revendiquer sa double ascendance allemande et espagnole. Ses études musicales débutent au Conservatoire de Bilbao avec l'apprentissage du piano et du violon, avant de rejoindre en 1950 celui de Madrid d'où il sort trois années plus tard après avoir été l'élève de composition de Julio Gomez, un des pionniers de la musique symphonique espagnole. Déjà à cette époque il dirige des opérettes et lors de son service militaire il se fait affecter comme chef de la musique. Une fois ses obligations militaires effectuées (1955) il part se perfectionner en Allemagne à Münich, à la Hochschule für Musik und Theather (1956-1958) où il fréquente les classes de Kurt Eichbron et Gotthold Ephraim Lessing (direction d'orchestre) et de Harald Genzmer (composition). Son premier poste de chef lui est alors offert en 1958 avec l'Orchestre Symphonique de Bilbao qu'il dirige jusqu' à sa nomination quatre ans plus tard à la tête de l'Orchestre National d'Espagne (1962-1978). Sa carrière prend alors une tournure internationale et en 1966 il est nommé directeur général de la musique à Düsseldorf (Allemagne) à la tête du Düsseldorfer Symphoniker, poste qu'il occupe jusqu'en 1971. Durant plusieurs saisons (1974-1976) il dirige l'Orchestre Symphonique de Montréal et c'est sous sa conduite que cette formation se produit au Festival de Lausanne en mai 1976 et joue son premier concert au Carnegie Hall de New York, puis c'est le Yomiuri Nippon Symphony Orchestra de Tokyo (Japon) qui l'accueille à sa tête de 1980 à 1990. Plus tard, il dirige l'Orchestre Symphonique de Vienne (1991-1997), puis retourne en Allemagne pour assurer la direction du Rundfunk-Sinfonieorchester (Orchestre de la Radio de Berlin) de 1994 à 2000 et du Deutscher Oper (1992-1997), avant de prendre en 2001 la tête de celui de la RAI (Orchestra Sinfonica Nazionale delle RAI) à Turin (Italie) où il reste jusqu'en 2007, tout en conduisant aussi l'Orchestre Philharmonique de Dresde (2004-2011). En 2012, il devient chef de l'Orchestre Symphonique National du Danemark ; ce sera son dernier poste : le 4 juin, quelques jours avant sa disparition, la maladie l'obligeait à se retirer de la vie musicale... En plus de tous ces orchestres dirigés en tant que chef principal, Rafael Frühbeck de Burgos a également joué, comme chef invité, avec un grand nombre d'autres formations à travers toute l'Europe, les Etats-Unis, le Japon et Israël : le New Philharmonia Orchestra (de Londres) à partir de 1969, le National Symphony Orchester de Washington de 1980 à 1990, le Boston Symphony Orchestra, le New York Philharmonic, le Chicago Symphony Orchestra, le Los Angeles Philharmonic, l’Orchestre et les Choeurs de l'Opéra de Paris avec lesquels il enregistre en 1970 Carmen de Bizet (EMI), l'Orchestre de Paris (à partir de 1998). Sa direction, toujours attentive, le faisait particulièrement apprécier des musiciens et s'il était à l'aise dans le répertoire courant, il aimait plus spécialement diriger la musique espagnole pour laquelle il avait une grande tendresse. Les compositeurs ibériques ou étrangers de culture espagnole occupent ainsi une large place dans ses concerts et enregistrements (Enrique Granados, Manuel de Falla, Isaac Albeniz, Joaquin Rodrigo, Narciso Yepes, Joaquin Turina, Luis de Pablo, Ernesto Halffter, Antonio Ruiz-Pipo, Jeronimo Jimenez, Alberto Ginastera).

Rafael Frühbeck de Burgos laisse une discographie impressionnante avec plus d'une centaine d'enregistrements réalisée sous plusieurs labels, dont EMI et Decca. La musique espagnole est bien évidemment largement représentée. Entre autres citons Les Chants d'Espagne et les Suites Espagnoles d'Albeniz (Decca), Le Concerto pour clavecin et le Tricorne de de Falla (Voix de son Maître), les Nuits dans les jardins d'Espagne avec la pianiste Alicia de Larrocha (Decca) et la Vida breve avec la soprano Victoria de los Angeles (EMI) du même compositeur, les Tablas de Ruiz-Pipo (Deutsche Grammpohon), le Concerto d'Aranjuez de Rodrigo (Voix de son Maître) et les Danses fantastiques de Turina (Voix de son Maître). Mais, on trouve également au sein de son catalogue bon nombre de gravures d'oeuvres d'autres compositeurs, parmi lesquelles la Symphonie n° 3 de Schumann et le Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn (Decca), la Création de Haydn (EMI), le Sacre du Printemps de Stravinski (Plaisir du classique), les Concertos pour piano et orchestre 1 à 4 de Rachmaninov avec le pianiste Augustin Anievas (EMI), le Concerto pour la main gauche de Ravel avec le pianiste Louis Lortie (Chandos), les Concertos pour clarinette et orchestre 1 à 4 de Louis Spohr avec le clarinettiste Karl Leister (Orfeo), le Concerto pour orchestre de Bartok (Brillant Classics), le Requiem de Mozart (EMI) ou encore les remarquables enregistrements de l'oratorio Elijah de Mendelssohn (1968) avec Gwynet Jones, Janet Baker, Nicolai Gedda, Dietrich Fischer-Diskau, Simon Woolf, le New Philharmonia Orchestra et le New Philharmonia Chorus, et des Carmina Burana de Carl Orff (1966) avec les mêmes orchestre et choeur, tous les deux réédités à plusieurs reprises (EMI).

Marié en 1959 avec Maria Carmen Martinez, Rafael Frühbeck de Burgos laisse deux enfants. Son frère, Carlos Frühbeck de Burgos (1935-2010), était un ophtalmologiste renommé, ainsi qu'un poète reconnu plusieurs fois primé et auteur d'ouvrages de poésies, lui-même père de Carlos Frühbeck Moreno, né à Burgos en 1977, diplômé en optique et en optométrie, également poète et romancier.

Denis Havard de la Montagne



La violoniste Ghislaine DEMONCEAU s'est éteinte à l'âge de 92 ans le 21 juin 2014 à l'hôpital d'Argenteuil (Val-d'Oise), où elle avait été transportée quelques jours auparavant pour des complications respiratoires et cardiaques. Artiste rayonnante, déjà à l'âge de 12 ans elle était remarquée par la critique. Notamment en décembre 1933, à la suite d'un concert à la Salle Gaveau (Paris) en compagnie de sa sœur Gisèle, pianiste et violoncelliste, et de leur père Maurice, chanteur, Le Monde musical écrivait : « On retrouve son fonds harmonieux et rêveur dans la Légende de Wieniawsky, dont l'enfant a senti la nostalgie poétique qu'elle nous a dévoilée avec un charme pénétrant et vibrant qui saisit et émeut. Une grâce subtile dans son interprétation du Rondo de Mozart, un jeu intelligent aux nuances délicates dans le Concerto en la du même auteur […] Mais c'est avant tout et toujours la musique qui parle son plus beau, simple et poétique langage. » En 1938, on découvre dans la même revue, sous la signature de la pianiste Nadine Desouches avec qui elle effectuait une tournée en France en compagnie également de la chanteuse Suzel Duval, ce commentaire: « Quant à notre benjamine, Ghislaine de Monceau [16 ans], elle électrisa son public par son interprétation si brillante de la Polonaise de Wieniawski. » Durant toute sa longue carrière de violoniste de plus d'un demi-siècle, sa sonorité chaleureuse sera constamment soulignée tant par le public et par ses collègues musiciens des orchestres de Rouen et de Pasdeloup avec lesquels elle se produisait, que par ses élèves du Conservatoire de Paris, où elle était répétitrice, ou ceux en cours particuliers. Sa modestie excessive et la fuite de tout honneur l'ont sans doute empêchée d'atteindre la notoriété.
Ghislaine Demonceau, 1982 (photo D.H.M.) DR.
Ghislaine Demonceau, 1982
( photo D.H.M. ) DR


Née le 13 novembre 1921 à Calais (Pas-de-Calais), d'une famille musicienne belge, Ghislaine Demonceau (ou de Monceau) est immergée très tôt dans le monde musical avec ses parents qui lui donnent ses premières leçons de musique : Maurice Demonceau, son père, soliste des Concerts Touche, est chanteur (baryton). « Médaille en vermeil avec la plus grande distinction » du Conservatoire de Verviers (Belgique) en 1912 (classe de Georges Rouault-Marsey), il est alors baryton des grands théâtres de Calais, Saint-Omer, Verviers, Liège. Egalement directeur artistique du casino d'Elisabethville-sur-Seine en banlieue parisienne, il organise des concours de solistes chanteurs au cours de ces années vingt et tient parfois l'orgue de l'église du village. Sa mère, Anna Demonceau-Vigneron, comédienne, est une ancienne élève du Conservatoire de Verviers où elle a obtenu un 1er prix et une « Médaille en vermeil ». Sa sœur aînée, Gisèle Demonceau (1920-2012) sera pianiste et violoncelliste, et sa sœur cadette, Sybille Demonceau, pianiste et harpiste. Enfants prodiges, Gisèle et Ghislaine se produisent très tôt en concerts, respectivement à l'âge de 9 et 7 ans : le 15 août et le 24 décembre 1929 au Casino d'Elisabethville, le 16 février 1930 dans la salle de spectacles du Magic-City (Paris VIIe) devant un public de 2500 personnes, aux côtés de Mlle Cernay, MM. Dupré et Claudel de l'Opéra-Comique, le 16 mars 1930 à Enghien-les-Bains (Val-d'Oise) avec Fernand Masson, chef d'orchestre de l'Opéra-Comique, le 11 février 1931 à la Salle Saint-Laurent de Bayeux (Calvados) avec l'Union Symphonique et les Choeurs de l'Orphéon de Bayeux, sous la direction de M. Couliboeuf... Lors d'un concert de M. et Mme Demonceau « et leurs deux fillettes », donné le jeudi 30 mars 1933 dans les salons de l'Hôtel Montplaisir de Dinard (Ille-et-Vilaine), le journal L'Ouest-Eclair du 24 mars écrit « L'assistance sera agréablement surprise de pouvoir apprécier chez ces deux enfants d'un si jeune âge un jeu d'une justesse remarquable, d'une correction basée sur une excellente technique au service de morceaux dont on réserve habituellement la difficulté au savoir et à la force des adultes. » Le jeudi 7 décembre de cette même année, c'est à Gaveau (Salle des Quatuors) qu'elle se produit.


A l'âge de 9 ans, Ghislaine Demonceau est déjà lauréate du Concours Léopold Bellan (1931) et médaillée, avec sa sœur Gisèle, du Conservatoire Musica, alors dirigé par la mezzo-soprano Meyrianne Héglon-Leroux et le compositeur et pianiste Georges de Lausnay. Dans cette école de musique, fondée en 1906 par Xavier Leroux et rapidement devenue l'un des meilleurs établissements d'enseignement musical de Paris, elle travaille le violon avec Marcel Chailley qui est également titulaire d'une classe de violon à l'Ecole Normale de Musique. Bientôt, grâce aux leçons de ce maître, elle est admise au Conservatoire national de musique de Paris, dans la classe de violon de Jules Boucherit et de laquelle sortiront aussi Ginette Neveu, Janine Andrade, Lola Bobesco, Christian Ferras, Michel Schwalbé, Ivry Gitlis, Devy Erlih, Serge Blanc... Second accessit en 1935, elle remporte un second prix l'année suivante avec le 1er mouvement du Premier Concerto de Paganini qu'elle interprète avec « une exquise sonorité, sa technique a du mordant, et les difficiles harmoniques de la fin sortirent clairement » et un premier prix lors du concours du vendredi 18 juin 1937. C'est son interprétation avec « une sonorité ravissante […] et une lecture aisée » du 1er mouvement du Cinquième Concerto de Vieuxtemps qui lui vaut cette ultime récompense, partagée cette année avec Marie-Thérèse Ibos (classe Tourret) et Brigitte Huyghues de Beaufond (classe Boucherit). Entre temps, en 1936, âgée alors de 14 ans, elle remporte à Verviers, en Belgique, le Prix Deru qui récompense les jeunes violonistes et attire, encore de nos jours, de grands noms du violon. En 1938, elle participe à la seconde tournée de concerts sur tout le territoire de « La Caisse Nationale Autonome de la Musique » (C.N.A.M.), fondée en février de cette année par Auguste Mangeot, directeur de l'Ecole Normale de Musique à Paris et du journal Le Monde musical. Créée pour développer l'art musical et « pour subvenir à tous les besoins de la musique et des institutions musicales dont l'essor est paralysé par l'insuffisance, et parfois l'absence totale des crédits que l'Etat ne peut fournir », cette association se propose de faire pénétrer la musique dans tous les milieux sociaux, tant à Paris qu'en province. La première tournée de ce « tour de France de la musique » débute en juillet 1938 avec Hélène Boschi (piano), Pierre de La Motte (violon) et Suzel Duval (cantatrice). C'est pour la seconde tournée (du 18 octobre au 14 novembre 1938), qu'Auguste Mangeot réclame Ghislaine Demonceau, aux côtés de Nadine Desouches (piano) et de Suzel Duval. Ainsi, durant un mois, elle parcourt la France dans une voiture équipée pour transporter un piano de concert et donne 26 concerts en 28 jours à Orléans (18 octobre), Le Mans (19), Tours (20), Angers (21), Nantes (22), Niort (24), Rochefort (25), Saint-Jean-d'Angély (26), Angoulême (27), Limoges (28), Mont-de-Marsan (29), Dax (30), Bayonne (31) puis en novembre : Pau, Oloron, Orthez, Auch, Toulouse, Périgueux, Cognac, Poitiers, Chateauroux, Bourges, Dreux, etc. Partout, le public et les critiques sont enthousiastes. Cendrine de Portal commentant le premier concert à Orléans dans Le Monde musical du 31 octobre 1938 écrit : « Et nous ne saurions oublier la petite-fille en boucles qui nous a si bien étonnés par son jeu nuancé et chaud, son extraordinaire maturité. Je veux parler de Mlle de Monceau, petit visage inspiré, penché sur un violon. Comme elle a le sens de Mozart, comme elle a su nous dévoiler la tristesse du Maître à travers les spirituelles fioritures, l'élégance des traits. Ses larges coups d'archet sont remarquables », un journaliste du Journal du Loiret (édition du 20 octobre 1938) déclare : « Une toute jeune violoniste, déjà premier prix du Conservatoire de Paris, est le clou de cette soirée : Ghislaine de Monceau. Cette enfant – j'estime qu'elle a une quinzaine d'années – est remarquablement douée ; de plus elle a une technique très sûre ; elle nous fait entendre l'Adagio de Fiorillo, le délicieux Menuet du Divertissement en ré de Mozart et une Gavotte de Rameau ; ensuite la tendre Berceuse de Gabriel Fauré et la Polonaise brillante en ré de Wieniawski. Rappelée plusieurs fois elle nous joua en bis, avec une charmante bonne grâce, l’Abeille de Schubert » ; le critique du Populaire de l'Ouest, pour le concert de Nantes commente qu'elle « témoigna d'un sérieux souci de la mise en place dans ses exécutions. Dans divers cas, elle visa à charmer. C'est dans les passages brillants qu'elle trouve le plus heureux emploi de ses belles facultés. Ses doigts courent avec agilité sur la touche et jouent les traits avec précision » et celui de la revue La vie limousine et la brise (25 novembre 1938), concernant le concert de Limoges écrit que « le public fit une ovation à Mlle de Monceau, une très jeune violoniste à qui une technique souple, une sonorité ample et moelleuse réservent le plus bel avenir. »


Ainsi, à l'aube de ses 17 ans, à la veille de la seconde guerre mondiale, Ghislaine Demonceau est déjà une violoniste talentueuse, connue et appréciée par le public, et reconnue par ses pairs. Mais, les hostilités mettent un frein à ses activités musicales qu'elle reprend après la Libération. Violoniste dans l'orchestre de la Radio Belge, elle se produit aussi en public à Paris, notamment le 28 avril 1947 à l'Ecole Normale de Musique avec Le Triptyque dans un concert de musique contemporaine au cours duquel elle joue, entre autres œuvres, la Sonate pour piano et violon de Favre ; le 7 mars 1953, Salle Debussy, avec la Ballade et Polonaise de Vieuxtemps et en compagnie de sa sœur Sybille la Sonate en sol mineur de Tartini (concert de l'U.F.A.M.) ; le 7 juin 1953, Salle Chopin, dans un récital avec le chanteur André Lebreton et le concours de R. Herbin, Gaston Poulet et sa sœur Sybille ; le 17 mars 1954, Salle Gaveau, avec le Choeur mixte de Paris, sous la direction de Xavier Roux, concert au cours duquel elle interprète le Concerto en ré majeur pour violon de Vivaldi ; le 9 mai 1954, Salle Berlioz au Conservatoire, avec l'Orchestre de chambre des Petits Concerts Mozart dirigés par Madeleine Boucherit-Le Faure, elle joue, parmi d'autres œuvres, le Concerto Brandebourgeois n° 3 de Bach, et en compagnie de ses soeurs Gisèle (violoncelle) et Sybille (harpe) Dans le goût classique, une page de Madeleine Boucherit-Le Faure écrite pour violon, violoncelle et harpe. Le 30 novembre 1954 à la Société Musicale Russe, des œuvres de Gretchaninoff sont données avec le concours de Marcelle Bonnet-Candes, Lise Louchnikova, Anette Queille, G. Grichine, A. Labinsky, Gisèle et Ghislaine de Monceau (Trio en sol mineur, Sonetti Romani, Quatuor pour cordes et piano, mélodies). Le 18 mars 1955, salle de l'Ecole Normale de Musique, elle se fait entendre dans des œuvres de Rameau, Tchérepnine et Jean-Michel Damase, et le 17 novembre 1955 dans la même salle, elle est aux cotés d'autres musiciens pour un concert consacré à des œuvres de Daniel Lesur et Jean-Michel Damase. Le 6 mai 1956, au Conservatoire de Paris, aux côtés notamment de Mariel Nordman et Annie Challan elle participe au concert du bicentenaire Mozart, et le 14 juin de cette même année, à l'Académie Duncan (rue de Seine), elle illustre avec sa soeur Gisèle la causerie de Serge Trofimov sur « Ravel et Honegger ». On les retrouve toutes deux en 1959, le 25 juin, dans cette même Académie pour une autre conférence de Trofimov portant sur « La musique française contemporaine ». A la fin des années cinquante-début soixante à Amillis (Seine-et-Marne) sont organisées par l'abbé Jean Fabing des « Grands concerts spirituel de musique vocale et instrumentale » avec le concours d'artistes parisiens : Antoinette Labye (soprano), Michèle Bertin (alto), Georges Lacour (ténor), Bernard Demigny (baryton), Jean Hoffmann (basse), Jacques Edé (hautbois), Ghislaine de Monceau (1er violon), Lucienne Guerra (2e violon), Annette Queille (alto), Gisèle de Monceau (violoncelle), Joachim Havard de la Montagne (orgue). Parmi les nombreuses œuvres données, on peut entendre, entre autres pages de Schutz, Bach, Haendel, Dumont, M.A. Charpentier, Mozart, Delalande, l'Adagio en sol mineur « per archi et organo » d'Albinoni, la Nuit (interlude instrumental pour cordes et orgue) de Rameau, le motet Inviolata (solo de soprano, avec cordes et hautbois) de Joachim Havard de la Montagne (22 novembre 1959), le Concerto pour cordes et orgue de Torelli, le Concerto grosso (hautbois, cordes et orgue) de Haendel, le Concerto pour hautbois, cordes et orgue de C. Graupner (3 avril 1960), une Sonate pour violon, violoncelle et orgue de J.M. Leclair, la Sonate en fa (pour la même formation) de Buxtehude (27 novembre 1960).


Au cours des années cinquante Ghislaine Demonceau se produit aussi avec le « Trio de Monceau » formé avec ses sœurs : le 9 juin 1954, au Théâtre Artel de la rue de Clichy, avec des œuvres de Leclair, Hérold, Marin Marais, Pugnani, Kreisler, Haendel, Cassao, Francoeur-Kreisler, Tournier, E. Charpentier , A. Clarmon ; en mai 1955 à la Télévision belge (le 18) et pour l'enregistrement d'une émission à l'I.N.R. ; le 5 novembre 1955, Salle Debussy, avec le concours de Jacqueline Fauvet (chant) et Annette Monteille (piano). Le 26 novembre suivant, chapelle Saint-André-d'Antin (Paris), il participe avec le « Groupe des luthiers et archetiers » à la Messe de Sainte-Cécile, de même que le 22 janvier 1955 à la salle Berlioz du Conservatoire avec « Les Petits concerts Mozart » de Mme Boucherit-Le Faure et le 4 mars 1956 à l'Hôtel de Ville de Colombes, avec leur père Maurice de Monceau (chant)... Mais, dans les années soixante, la mort accidentelle de sa plus jeune sœur Sybille l’affecte profondément ; elle se produit moins en concerts et se consacre davantage à l'enseignement. Répétitrice d'André Asselin au Conservatoire national supérieur de musique de Paris durant un temps, c'est surtout avec les cours particuliers qu'elle donne dans sa maison de Bois-Colombes, en région parisienne, qu'elle acquiert une certaine notoriété dans ce domaine. Très désireuse de transmettre son art à ses nombreux élèves, elle attache beaucoup d'importance à la pédagogie, tissant des relations amicales avec eux, tout en exigeant du travail de leur part. Son empathie et son charisme naturel, alliés à une technique de haut niveau, ont fait d'elle une pédagogue recherchée. Dévouée à ses élèves, en 2012, alors âgée de 91 ans, elle donnait encore des leçons.


Néanmoins, elle reste longtemps attachée à l'orchestre des Concerts Pasdeloup, ainsi qu'à celui du Théâtre des Arts de Rouen où elle est violon solo et durant plusieurs années joue notamment sous la baguette de Paul Ethuin, directeur de cette salle de spectacle de 1966 à 1989. Avec ce chef, Rouen devient la première scène d'opéra de province, devant Lyon, Marseille et Toulouse. Wagnérien convaincu, c'est lui qui monte en 1969, pour la première fois depuis la fin de la guerre, le Ring de Wagner dans son intégralité valant à la capitale normande le surnom de « Bayreuth-sur-Seine », sans négliger pour autant les grands classiques de l'opéra tels la Bohème, Tosca, Turandot, Lakmé... En 1974, tout en conservant son poste à Rouen, elle est aussi violon solo et chef des premiers 1er violon de l'Ensemble instrumental de la Madeleine, que le maître de chapelle de cette église (Paris VIIIe) Joachim Havard de la Montagne vient de créer. C'est ainsi que durant plus de 20 ans, jusqu'au dernier concert de la série « Une heure de musique à la Madeleine », le 26 novembre 1996, elle collabore à plus d'une centaine d'auditions avec un répertoire des plus éclectiques. Au sein de cet orchestre, elle côtoie d'autres instrumentistes professionnels de haut niveau, entre autres, Pierre de La Motte Rouge, Luc Gallou et Robert Aribaud (violon), Françoise Gouinguéné (alto), Jack Batrel, Colette Delebarre, Nicole Monteux et Germaine Fleury (violoncelle), Robert Stelandre (contrebasse), Michèle Gonzalès et Michèle Ejnes (harpe), Cécile Pighetti, Eve Gilardoni et Elise Battais (flûte), Olivier Clémence et Jacques Diény (hautbois), Pierre Soufflet (trompette), Camille Leroy (cor), Jean-Claude Leroy (trombone), Daniel Firmin (tuba), Elisabeth Havard de la Montagne (clavecin et orgue), Jean Villetard et Philippe Brandeis (orgue). Plus particulièrement, comme soliste, citons l'Adagio d'Albinoni avec orgue (27 avril 1976), le Concerto en ré pour violon et orchestre de Vivaldi (22 mai 1984 et 22 octobre 1991) et le Concerto en sol du même (19 mai 1987 et 18 octobre 1994). Comme chef des 1er violons elle interprète bon nombre d’œuvres de grande ampleur telles que la Passion selon Saint-Jean, celles selon Saint-Marc et Saint-Luc, l'Oratorio de Noël, l'Oratorio de Pâques, le Magnificat et plusieurs cantates de Bach, le Magnificat et le Gloria de Vivaldi, le Magnificat de Jean-Christian Bach, les Requiem de Michael Haydn, Mozart, Cherubini (en ut mineur), Gounod, Fauré, Duruflé, l'Oratorio de Noël de Saint-Saëns, le Te Deum et la Messe du couronnement de Mozart, Les sept Paroles du Christ de Théodore Dubois, Gallia et la Messe de Pâques de Gounod, la Messa di Gloria de Puccini, le Messie et la Passion selon Saint-Jean de Haendel, le Roi David de Honegger... En 1996, elle prend sa retraite des orchestres de Rouen, Pasdeloup et de La Madeleine, mais durant quelques années continue de faire de la musique de chambre avec le "Quatuor Soriano". Formé en 1996 avec elle, Denise Soriano (violon), Pierre Cheval (alto solo de l'orchestre de l'Opéra-Comique) et Germaine Fleury (violoncelle, professeur à l'Ecole Normale de Musique de Paris), puis après la disparition de Pierre Cheval en 1998 de Serge Hurel (altiste et violon solo à l'Orchestre philharmonique de Radio-France) et après lui de Marc Biziaux (altiste), cette formation se produit annuellement au cours des mois de mai dans la salle Marie-Antoinette de l'Hôtel Saint-James & Albany de la rue de Rivoli à Paris et c'est avec elle qu'elle apparaît une dernière fois en public en 2002...


Avec les Choeurs et l'Ensemble instrumental de La Madeleine placés sous la direction de Joachim Havard de la Montagne, Ghislaine Demonceau a enregistré en 1978 le Requiem pour soli, choeur, orgue et orchestre de Charles Gounod (ARN 38443) et en 1993, les Complies et l'Office de Prime (même formation) de Joachim Havard de la Montagne (BNL 112853). Ces deux enregistrements ont été récompensés, le premier reçut le Grand Prix National du Disque Lyrique (Prix Jacques Ibert) et le second, deux Orphées d'or par la même institution. Parmi les créations qu'elle a été amené à réaliser au cours de sa longue carrière, citons plus particulièrement le Concert pour violon et violoncelle (1966) de Denise Roger, créé à Paris en 1978 en compagnie de sa sœur Gisèle. Ajoutons encore qu'elle avait participé au Festival Marcel Dupré, le 4 juin 1970 dans la Salle d'orgue du Conservatoire de Paris, aux côtés de Suzanne Chaisemartin (orgue) et Etiennette Alvares-Correa (alto), ainsi qu'au concert de musique de chambre, en hommage à l'organiste et claveciniste Elisabeth Havard de la Montagne, le 7 mars 1982 à Paris (Salon de Mme Lévy), au cours duquel elle interpréta avec sa sœur (violoncelle) la Sonate pour violon et violoncelle de Boccherini et le Prélude de Viotti, et avec Joachim Havard de la Montagne au piano le Concerto en ré, op.3, n° 9 de Vivaldi.


Les obsèques de Ghislaine Demonceau ont été célébrées le 26 juin 2014 en l'église Saint-Maurice de Bécon-les-Bruyères à Courbevoie (Hauts-de-Seine), suivies de son inhumation au cimetière de Bagneux (Hauts-de-Seine), dans le caveau de famille où reposent ses parents et ses sœurs. « Son talent, sa sensibilité aussi remarquables que sa modestie, son amitié, son sourire et sa fidélité », comme le rappelait en 1999 un chef d'orchestre, resteront longtemps dans la mémoire de tous ceux qui l'ont croisée.

Denis Havard de la Montagne

Audio lecteur Windows Media Antonio Vivaldi, Concerto en ré, op. 3, n° 9 pour violon et orchestre (1er mouvement, 2ème mouvement, 3ème mouvement). Ensemble instrumental de La Madeleine (Paris VIIIe), Ghislaine de Monceau (violon solo), sous la direction de Joachim Havard de la Montagne, Paris, 22 mai 1984 (© enregistrement : D.H.M.)
Audio lecteur Windows Media Tomaso Albinoni/ Remo Giazotto, Adagio. Ensemble instrumental de La Madeleine (Paris VIIIe), Elisabeth Havard de la Montagne (orgue), Ghislaine de Monceau (violon solo), sous la direction de Joachim Havard de la Montagne, Paris, 27 avril 1976 (© enregistrement)


Le 13 juillet 2014 à Castleton (Virginie) s'est éteint le violoniste, chef d'orchestre et compositeur américain Lorin MAAZEL, des suites d'une pneumonie. Enfant prodige, bien qu'ayant fait une carrière internationale ses liens avec la France, dont il parlait couramment la langue, ont toujours été étroits, d'autant plus qu'il y avait vu le jour. Sa première apparition sur notre territoire en tant que chef date du 24 janvier 1957 avec l'Orchestre national de l'O.R.T.F dans un programme présentant le Sacre du printemps et la Symphonie fantastique, et en 1962, il l’emmenait faire une tournée dans son pays. Premier chef invité de cette formation (rebaptisée en 1974 Orchestre national de France), il en devenait le directeur musical en 1988 à la suite de Jean Martinon, avant de le quitter définitivement en 1990 : victime d'une cabale montée par certains musiciens qui ne l’appréciaient guère, il était sifflé au cours d'une représentation lyrique à Paris, la seule fois de sa carrière ; il jura alors de ne plus jamais diriger un orchestre de Radio France. Néanmoins on le reverra par la suite dans la capitale avec l’Orchestre de Pittsburgh, le Philharmonique de Vienne ou encore à la tête de l'Orchestre de Paris en 2000 pour fêter ses 70 ans. Roland Faure, qui fut un temps P.D.G. de Radio-France, dans un entretien réalisé à Cannes le 7 juillet 2002 [relatée en partie in La Symphonie des chefs par Robert Pariente, éd. de La Martinière, 2004], nous livre quelques éléments sur sa personnalité : « il usait d'un humour parfois grinçant aux dépens des autres. Il avait tendance à être impitoyable avec ceux qui ne lui plaisaient pas ; mais sa sûreté de jugement et de direction, lui permettant de déceler la moindre petite faute, la moindre négligence, était telle qu'elle enlevait l’adhésion de la majorité des musiciens. » Et c'est sans doute en raison de son caractère distant et du fait qu'il ne cherchait pas particulièrement à gérer son image, qu'à une certaine époque des médias français le descendirent en flammes ! Quoi qu'il en soit ce fut un immense chef qui a été le le plus jeune chef et le premier Américain à diriger (Lohengrin) en 1960 au Festival de Bayreuth. Il a à son actif d'avoir conduit 200 orchestres à travers le monde entier, dirigé environ 7000 représentations lyriques et concerts, et enregistré plus de 300 disques qui lui ont valu une dizaine de Grands Prix !

Lorin Maazel (CD DG)C'est dans la banlieue parisienne, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), que naît Lorin Maazel, le 6 mars 1930. Son père, Lincoln Maazel, né en 1903 à New York et mort en 2009 à l'âge de 106 ans, séjournait en effet à cette époque à Paris pour y prendre des cours de chant. Il ferra une carrière d'acteur, de chanteur (ténor) et de professeur de chant. C'est lors de son séjour en France qu'il avait épousé à Paris en1928 Marie (Marion) Shulman, morte aussi presque centenaire en 1992 ; il l'avait rencontrée à Los Angeles. Pharmacienne de son état et excellente pianiste, elle va fonder plus tard, en 1945, l'Orchestre des Jeunes de Pittsburgh (le Pittsburgh Youth Symphony Orcestre) et la Société de musique de chambre de cette ville (Pittsburgh Chamber Music Society). Notons également que c'est le grand-père de Lorin, Isaac Maazel (c.1875, Poltava, Ukraine – 1925, Chicago), juif russe, qui émigra aux USA où il fut violoniste durant une vingtaine d'année au Met de New York, et qu'un de ses oncles, Marvine Maazel (1899-1989), fit de son côté une carrière de pianiste qui le mena en concerts à Paris, notamment en 1928 et 1930... Peu après sa naissance, la famille Maazel regagne Los Angeles ou Lorin débute très jeune à l'âge de 5 ans l'étude du violon auprès de Karl Molderm, puis deux ans après le piano avec Fanchon Armitage. A la même époque, il commence à étudier aussi la direction d'orchestre auprès de Vladimir Bakaleinikff, chef associé de l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles, qui va devenir son mentor. A huit ans, pour la première fois en public il dirige un orchestre d'étudiants avec la Symphonie inachevée de Schubert. En effet, enfant prodige, on raconte qu'il fredonnait la berceuse de Brahms Lullaby à huit mois et qu'il en déchiffrait la partition à 7 ans ! En 1940, les Maazel suivent Bakaleinikoff, nommé à la tête de l'Orchestre Symphonique de Pittsburgh, et s'installent dans cette ville afin de permettre à leur fils de poursuivre son enseignement. Un an plus tard, invité par Toscanini, il dirige son premier concert à la tête d'un orchestre professionnel, le Symphonique de la N.B.C. et en 1942, c'est le Philharmonique de New York qu'il conduit devant 8000 personnes. Rapidement, plusieurs formations américaines le reçoivent, parmi lesquelles les orchestres de San Francisco, Philadelphie, Chicago, Los Angeles, Cleveland... Il poursuit parallèlement des études de philosophie, mathématiques et langues à l’Université de Pittsburgh entre 1946 et 1950, tout en jouant du violon dans l'Orchestre symphonique de Pittsburgh (à partir de 1948) et au sein du Fine Arts Quartett, dans lequel il est 1er violon.

Après un passage en 1951 au Festival de Tanglewood, où il dirige la Symphonie de psaumes de Stravinski, il va en Italie travailler la musique baroque (1952) et la même année donne son premier concert européen à Catane. Dès lors, les portes des orchestres du vieux contient s'ouvrent à lui et on le voit se produire à Vienne et Florence (1955), Berlin (1956), Paris (1957 avec l'Orchestre national, et à plusieurs reprises au Festival de Besançon à partir de 1958), Edimbourg (1958), Bayreuth (1960)... Au début des années soixante, il se tourne plus particulièrement vers l'opéra avec, entre autres, Don Giovanni au Met de New York (1962) et Les Noces de Figaro au Festival de Salzbourg (1963). Peu après, il occupe son premier poste de chef permanent à l'Orchestre radio-symphonique de Berlin qu'il dirige de 1964 à 1975, tout en étant également directeur général de la musique à l'Opéra de Berlin-Ouest (1965 à 1971), chef associé de Klemperer au New Philharmonia Orchestre de Londres (1970-1972) et, à partir de 1972, chef de l'Orchestre de Cleveland, où il succède à George Szell. En 1982, il quitte ce dernier poste pour prendre la direction de l'Opéra de Vienne, mais une mésentente l'oblige à le quitter deux années plus tard, ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre sa collaboration avec l'Orchestre philharmonique de Vienne. Il retourne alors à Pittsburgh et dirige l'Orchestre symphonique de cette ville de 1988 à 1996, après en avoir été durant 4 années le conseiller musical. C'est lui qui fera de cette formation l'une des plus importantes des Etats-Unis. Enfin, en 2002, il est nommé à la tête de l'Orchestre philharmonique de New York, succédant-là à Kurt Masur, suprême consécration. Avec cette phalange il crée l'oeuvre du compositeur américain John Adams écrite à la mémoire des victimes du 11 septembre : On the transmigration ou souls, qui, avec son enregistrement, lui vaut un Grammy Awards. A la tête de ce même orchestre il dirige aussi ,le 26 février 2008, un concert historique à Pyongyang en Corée du Nord, avant de laisser la baguette en 2009 à Alan Gilbert. Au cours de cette période (2006 à 2011), il assure parallèlement la direction musicale de l'Opéra de Valence et de l'Orquestra de la Comunitat Valenciana (Espagne) et à partir de 2012, il occupe un poste identique à l'Orchestre philharmonique de Munich. Ainsi, durant plus de 70 ans, Lorin Maazel aura particulièrement fait preuve d'une intense activité, ce qui lui sera reproché par certains arguant qu'une telle dispersion au sein de plusieurs orchestres simultanément ne peut que nuire à un travail de fonds. Jusqu'à la fin de sa vie, alors âgé de 84 ans, il ne cessera de diriger chaque année un nombre important de concerts. L'Opéra de Vienne lui a rendu hommage en 2013 avec un buste placé aux côtés de ceux de Karajan et de Malher.

A Paris, on lui doit notamment en 1985 la création de L'Arbre des songes de Dutilleux avec le violoniste Isaac Stern et l'Orchestre national de France, et, avec ce même orchestre l'enregistrement de la musique du film Carmen de Francesco Rosi (1983). Avec l'Orchestre de l'Opéra de Paris, il a dirigé la bande sonore du film-opéra Don Giovanni de Joseph Losey. A Vienne, on le retrouve conduire à plusieurs reprises les célèbres concerts du Nouvel An, retransmis en direct à la télévision et régulièrement suivis par bon nombre de téléspectateurs (1980 à 1986, puis 1994, 1996, 1999 et 2005). Dans le domaine de la composition, on lui doit un unique opéra 1984 (d'après le roman George Orwell) dont la première mondiale eut lieu en mai 2005 au Royal Opera House, avant d'être donné à La Scala (2008) ; ainsi qu'une trilogie de Concertos pour violoncelle, flûte et violon, qu'il a enregistrée avec Rostropovitch et James Galway (1996, RCA), et un mouvement symphonique Adieux, op. 14, créé en 2000 par l'Orchestre philharmonique de Vienne. En 2001, avec Alberto Vilar, il avait fondé le Concours Maazel-Vilar pour les jeunes chefs d'orchestre, et, en compagnie de sa troisième épouse, l'actrice allemande Dietlinde Turban, il avait créé en 2009 la Châteauville Foundation et le Festival d'été de Castelton (Virginie) pour jeunes talents, qui se déroule dans sa ferme de Virginie. Il est d'ailleurs décédé durant l'édition 2014 de ce festival, quelques jours après avoir dirigé en ouverture, le 28 juin, Madame Butterfly de Puccini. En premières noces (juin 1952), il avait épousé la pianiste brésilienne Miriam Sandbank et en secondes noces, la pianiste israélienne Israela Margalit. Sept enfants sont issus de ses trois mariages, dont Fiona Maazel, romancière et professeur de littérature, Ilann Maazel, avocat et pianiste, et Leslie Maazel, analyste financier et violoncelliste.

Au sein de l'immense discographie de Lorin Maazel, contentons-nous de signaler ici quelques enregistrements marquants : L'enfant et les sortilèges, L'Heure espagnole de Ravel, avec la Maîtrise et l'Orchestre de la RTF et Françoise Ogéas (DG, 1961), Le Chevalier à la rose de Richard Strauss, avec Régine Crespin, Herta Töpper, Anneliese Rothenberger, Otto Edelmann et le Metropolitan Opera de New York (Cantus Classics, 1962), l'intégrale des Symphonies de Sibélius avec le Philharmonique de Vienne (Decca, 1963-1968), La Traviata de Verdi, avec Pilar Lorengar, Giacomo Aragall, Dietrich Fischer-Diskau et l'orchestre du Deutsche Oper Berlin (Decca, 1968), Roméo et Juliette de Prokofiev avec l'Orchestre de Cleveland (Decca, 1973), Carmen de Bizet avec l'Orchestre national de France, Julia Migenes et Placido Domingo (Erato, 1984), l'intégrale des Symphonies de Bruckner avec l'Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise (BR Klassik, 1999), On the Transmigration of souls de John Adams, avec le New York Philharmonic (Nonesuch, 2002)... Ajoutons enfin qu'à la suite de sa disparition, le label DG, pour lequel il a enregistré à partir de 1957, a édité en 2015 un coffret de 18 CD « The complete early recordings of Deutsche Grammophon » regroupant une quarantaine d'enregistrements de grande valeur : entre autres Berlioz (Roméo et Juliette), Tchaïkovski (Symphonie n° 4 et Roméo et Juliette), Prokofiev (Roméo et Juliette, Pierre et le loup) Stravinski (L'Oiseau de feu, Le Chant du rossignol), Beethoven (Symphonie n° 5 et 6, la Consécration de la maison) Mendelssohn (Symphonie n° 4 et 5), Rimsky-Korssakoff (Caprice espagnol), Brahms (Symphonie n° 3, Ouverture tragique), de Falla (L'Amour sorcier, Le Tricorne) Schubert (Symphonie 2 à 6 et 8), etc...

D.H.M.

Licia ALBANESE (1909-2014)



Denys Mathieu Chiquet
Denys Mathieu-Chiquet
( fragment photo de presse 2006 ) DR

Denys MATHIEU-CHIQUET, organiste de Saint-Paul-Saint-Louis du Marais et de Saint-Pierre de Chaillot nous a quittés dans la nuit du 4 novembre 2014 à Paris.

Né le 11 avril 1955 dans la Marne, à Dizy-Magenta, issu d'une très ancienne famille de vignerons connue depuis le XVIIIe siècle, actuellement représentée par la maison de Champagne « Gaston Chiquet », Denys Mathieu-Chiquet est initié à l'orgue à Lyon par Paul Couéffé alors organiste de l'église Saint-Nom-de-Jésus, puis travaille avec Joseph Coppey et entre au CNR de cette ville où il fréquente la classe d'orgue de Louis Robilliard (médaille d'or en 1977), ainsi que celles d'harmonie, contrepoint, analyse et histoire de la musique. Ensuite, à l’Ecole Normale de Musique de Paris Suzanne Chaisemartin le prépare à la licence de concert qu'il décroche dès la première année, puis en 1979 entre au CNSMP dans la classe d'orgue de Rolande Falcinelli. Il travaille également avec Jean Guillou et ses études approfondies d'écriture le conduisent tout naturellement à la composition. C'est ainsi qu'au début des années 1980 il va notamment écrire une « Musique pour une scène » destinée à la pièce de Marivaux « Le Triomphe de l'Amour » donnée par le Théâtre de l'Oseraie à Lyon et composer le final de la musique du film « Reims, cathédrale des sacres », projeté à la Maison de la culture André Malraux de Reims, dans le cadre de l'année du patrimoine.

Il donne son premier concert à 12 ans, à l'âge même où il est nommé organiste (1967) du grand orgue historique de 42 jeux de l'abbaye Saint-Michel de Nantua (Ain), avant de fonder plus tard l'association des Amis de l'Orgue de Nantua. En 1973 il est nommé titulaire des grandes orgues Merklin 1877 de la cathédrale de Clermond-Ferrand (Haute-Loire), succédant là au chanoine Jean Raffier, poste qu'il occupe durant 5 ans (c’est alors le plus jeune organiste des cathédrales de France).

En 1978, il s'installe à Paris et est adjoint à Emmanuel de Villèle au Cavaillé-Coll de l'église Notre-Dame de l'Assomption de Passy. Peu après, à partir de 1984 et jusqu'en 1992, il devient également suppléant des co-titulaires Odile Bailleux et André Isoir à Saint-Germain-des-Près, avant d'être nommé en 1985 titulaire des grandes orgues historiques Suret de Sainte-Elisabeth du Temple dans le troisième arrondissement parisien, à la suite d'Olivier Trachier. En 1988, il est rejoint par Christophe d'Alessandro qui est son adjoint avant d'être à son tour nommé titulaire en 1992 au départ de Mathieu-Chiquet. En 1988 il est nommé aussi co-titulaire, en compagnie de Gabriel Marghieri, des grandes orgues de Saint-Paul-Saint-Louis du Marais, puis seul titulaire au départ de ce dernier en 1992, avant la nomination en 1997 d'un nouveau co-titulaire en la personne d'Olivier Périn. Enfin, en 1997 il succède à Jean-Michel Dieauaide aux grandes orgues de Saint-Pierre de Chaillot qu'il tient brillamment en compagnie de Michel Jézo puis de Samuel Liégon. Il avait eu également l'occasion de remplacer parfois sa professeur Suzanne Chaisemartin aux claviers du grand orgue de Saint-Augustin lors de ses déplacements à l'étranger.

A partir de 1982 Denys Mathieu-Chiquet a enseigné l’orgue et l’improvisation au conservatoire Hector Berlioz (Xe arrondissement de Paris). Il a également professé l’analyse dans cet établissement et durant quelques années (1983-1988) cette même discipline au conservatoire du quinzième arrondissement parisien. C'est lui qui avait fondé en 1985 et présidé l'association "Les Amis de Sainte Elisabeth", ce qui avait fortement contribué à la restauration de l'instrument Suret, dont le dossier fut approuvé en commission des MH en 1991. Cette restauration, effectuée de 1994 à 1998 par la Manufacture d'orgues Giroud, avait d'ailleurs donné lieu à une inauguration, le 20 octobre 1999, effectuée par lui-même en compagnie de trois autres organistes.

On peut dire que Denys Mathieu-Chiquet a incarné toutes les facettes du métier actuel d’organiste : interprète, improvisateur, organiste liturgique, professeur, compositeur. On lui doit aussi un écrit sur « Les Grandes orgues de Notre-Dame de Paris », paru dans le n° 54 (1983) de la défunte revue Jeunesse et orgue et les enregistrements vers 1986 à Saint-Germain-des-Près d'oeuvres de Bach (Passacaille, Prélude et fugue en mi b M) et de Liszt (Ad nos …) (SACEM-SDRM 16 851 750), puis en 2006 des trois Chorals de Franck à l'orgue Stolz de Saint-Joseph-des-Nations, Paris XIe (Disque DMC). Il avait été aussi un temps membre de la Commission d'Enseignement de l'Orgue et de l'Improvisation près l’Inspection Générale de la Musique.

Ses amis, collègues et élèves, toutes celles et ceux qui aimaient l’entendre improviser et jouer, sont profondément affectés de la disparition de cet artiste d’un naturel aimable, d’un esprit ouvert autant que discret. Ses obsèques ont été célébrées le 12 novembre à 10h30 en l'église Saint-Paul-Saint-Louis (Paris IVe),


Christophe d'Alessandro
Denis Havard de la Montagne

 


Relancer la page d'accueil du site MUSICA ET MEMORIA

Droits de reproduction et de diffusion réservés
© MUSICA ET MEMORIA

tumblr hit counter