Le Panthéon des musiciens

De septembre 1997 à août 1998

Sir Rudolf BING - Antonio RUIZ PIPO - André BOUCOURECHLIEV - Joseph JACQUET - Abbé Gérard SAVATIER - Étienne PASQUIER - François BENEDETTI - Michel ROUX - Claude PREY - Todd DUNCAN - Léonie RYSANEK - Pierre GAZIN - Pierre LANTIER - Auguste PRIASSO - Annie d'ARCO - Marina SCRIABINE - Jean-Loup CHARVET - Renato CAPECCHI - Roger CALMEL - Antoine TISNÉ - Hermann PREY - Matteo MANUGUERRA - Alfred SCHNITTKE - Alain MARION - James O'NEAL

Au début du mois de septembre 1997, Sir Rudolf BING nous quittait dans un hôpital du Bronx, à l’âge de 95 ans. Directeur du Metropolitan Opera de New-York durant une vingtaine d’années jusque 1972, cet autrichien naturalisé anglais, né à Vienne le 9 janvier 1902, avait fait ses études à l’Université de sa ville natale. Anobli par la reine Elisabeth en 1971, il était célèbre pour ses colères. On raconte qu’il avait un jour, en 1968, chassé la Callas du Met ! C’est lui qui avait imposé dans ce même opéra les deux premières cantatrices noires : Leontyne Price et Marian Anderson. C’était également l’un des principaux fondateurs du Festival d’Edimbourg, dont il assura la direction entre 1947 et 1950.

En octobre 1997, c’est le pianiste Antonio RUIZ PIPO qui disparaissait. Né à Grenade le 7 avril 1934, élève à Barcelone d’Alicia de Larrocha, puis d’Alfred Cortot à Paris, il avait rapidement atteint la célébrité grâce à un toucher d’une grande souplesse. Enseignant son art ainsi que l’esthétique musicale à l’Ecole normale de musique de Paris, c’était un maître incontesté, connu dans le monde entier, doublé d’un compositeur de talent. Son catalogue est en effet rempli d’œuvres originales reconnaissables par un style très personnel. C’est lui qui avait réalisé le 1er enregistrement mondial de l’intégrale de l’œuvre pour piano de Bizet. Il produisait également des émissions musicales à Radio France, à la Radio Nationale de Madrid et à Radio Canada.

Vers le 12 novembre 1997, c’était au tour d’André BOUCOURECHLIEV de s’en aller. Compositeur et musicologue français d’origine bulgare, il est mort à l’hôpital Ambroise-Paré, à Paris, des suites d’un cancer. Né à Sofia le 28 juillet 1925, il avait débuté ses études au Conservatoire de cette ville, avant de les poursuive à Paris, à l’Ecole normale de musique, où il s’était installé en 1949. Là, il suivit les cours de Georges Dandelot, Andrée Vaurabourg et Reine Gianoli. Attiré par la musique sériele, il travailla également avec Luciano Berio et Bruno Maderna au Studio de phonologie de Milan. Assistant de Messiaen au Conservatoire de Paris, il enseignera plus tard à celui d’Aix-en-Provence et à l’Ecole normale supérieure. Fin connaisseur de Schumann, Beethoven et Stravinsky, il a publié trois études qui font autorité en la matière. Il était aussi critique musicale et livra de nombreux articles, notamment à Harmonie et à Diapason. Son œuvre est surtout connue pour une série de pièces intitulées Archipel écrites pour diverses combinaisons instrumentales, où l’interprète bénéficie d’une grande part de liberté.

Le 18 novembre 1997, à St-Nicolas-des-Champs on a célébré les obsèques de Joseph JACQUET, mort le 11 dans sa 89ème année. Artiste violoniste, ancien élève de Lucien Capet, il était également expert en violons.

Le 29 novembre 1997, les obséques de l’abbé Gérard SAVATIER se sont déroulées en la cathédrale de Poitiers. Aumônier militaire de la place de Poitiers, ancien élève de l’école César Franck, à Paris, il avait ouvert dès 1964 un des premiers stages de jeunes organistes et est à l’origine, en compagnie de quelques autres pionniers, de la fondation du Groupement des jeunes organistes qui deviendra plus tard l’Association Nationale de Formation des Organistes Liturgiques (ANFOL). Egalement membre de l’équipe rédactionnelle de la revue Eglise qui chante, l’abbé Savatier à joué un rôle non négligeable dans le renouveau de la musique liturgique.

Avec le décès d’Etienne PASQUIER, survenu le 14 décembre 1997, c’est le dernier survivant du célèbre Trio Pasquier qui créa des pièces de Françaix, Martinu, Milhaud et Pierné, qui s’en est allé à l’âge de 92 ans. Fondé en 1927 et dissous en 1974, ce trio était composé de Jean (violon), Pierre (alto) et Etienne (violoncelle). Spécialisé dans l’exécution de la musique française , il occupa durant de nombreuses années une place de choix dans la vie musicale française. De nombreux musiciens jouèrent avec lui, notamment Jean-Pierre Rampal et Marguerite Long. Pierné a même écrit son opus 90 sur les noms de " Jean-Pierre-Etienne Pasquier ". En 1970, Bruno Pasquier (altiste), avec son frère Régis Pasquier (violoniste) et le violoncelliste Roland Pidoux formèrent le Nouveau Trio Pasquier.

Le 23 janvier 1998, c’est le violoncelliste François BENEDETTI qui nous quittait. Soliste de l’Opéra comique et des Concerts Colonne, même si sa notoriété n’avait pas atteint le grand public, cet excellent musicien su ravir durant de nombreuses années les auditeurs jamais déçus par son jeu chaleureux et précis. Il était âgé de 92 ans.

Pierre-Petit dans son article nécrologique du Figaro du 7 août 1998 consacré à Michel ROUX, souligne que " C’était un être exquis, au charisme immédiat, qui savait être à la fois un homme de cœur et un artiste de tout premier plan ". Ces quelques mots résument parfaitement la personnalité de ce musicien qui sut porter le chant français au plus haut. Célèbre baryton et basse chantante de l’Opéra de Paris, Michel Roux est né à Angoulême en 1924. Tout d’abord élève du Conservatoire de Bordeaux, il avait été ensuite admis dans celui de Paris avant de débuter, en 1949, dans Lakmé à l’Opéra-Comique. Rapidement il conquit le public avec le rôle de Mephisto dans Faust et La Damnation de Faust au palais Garnier. Réclamé dans le monde entier, il a enchanté les foules aussi bien à Chicago qu’à Milan, en passant par Lisbonne et Amsterdam. Il s’était reconverti dans les rôles bouffes et Rolf Liebermann l’associa, à partir de 1973, à ses principales productions : Les Noces, Bohème et Manon. Ses nombreux élèves de chant à l’Ecole normale de musique de Paris, où il enseignait depuis plusieurs années, lui doivent beaucoup car il leur à transmis un précieux trésor : la passion. Il s’est endormi le 4 février 1998 dans son domicile parisien et la cérémonie religieuse a été célébrée le 7 à la cathédrale d’Angoulême.

Au début du mois de février 1998 le compositeur des Liaisons dangereuses d’après Choderlos de Laclos Claude PREY nous quittait à son tour. C’était un ancien élève de Darius Milhaud et d’Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris, après avoir entrepris des études littéraires à la Sorbonne. Amoureux des mots avec lesquels il aimait jouer, c’est ainsi que son œuvre est visiblement tournée vers la voix. Représentant du " théâtre musical ", ses quelques vingt œuvres pour la scène démontrent une parfaite maîtrise du langage. En obtenant dès 1963 le prix Italia pour Le Cœur révélateur il se faisait connaître du grand public qui lui resta fidèle jusqu'à sa dernière partition : Sitôt le septuor, écrite en 1994.

Qui ne connaît pas Porgy and Bess de Georges Gershwin ? Todd DUNCAN, le baryton américain créateur en 1935 à Broadway du rôle-titre masculin, est mort d’une crise cardiaque le 28 février 1998, à son domicile de Washington. Né le 12 février 1903 dans le Kentucky, il avait été le premier chanteur noir à se produire en 1945 au New York City Opera interprétant Tonio dans Paillasse.

Au cours du week-end du 7 mars 1998 " la Callas germanique " qui a eu l’une des carrières les plus longues du siècle, est décédé des suites d’un cancer. Elle était alors âgée de 71 ans et s’était retirée de la scène en 1996 lors du Festival de Salzbourg, quelques 45 années après avoir débuté à Bayreuth en 1951. Léonie RYSANEK, née à Vienne le 14 novembre 1926, était en effet une remarquable interprète de Strauss, mais également une wagnérienne reconnue. Après avoir étudié avec Alfred Jerger et Rudolf Grossmann, qui deviendra son premier mari, elle débutera sa carrière internationale à l’Opéra de Sarrebruck en 1950, avant d’être accueillie par ceux de Munich, Vienne, Londres, San Francisco, Paris et surtout au Met de New-York où elle fut durant plus de 30 ans une reine incontestée. Ses rôles ont marqué la scène théâtrale : Léonore (Fidelio), Lady Macbeth, Desdemona, Salomé, Hélène l’Egyptienne, Clytemnestre. On a pu l’applaudir en France à l’Opéra de Marseille, ainsi qu’au Festival d’Orange. Son film avec Karl Böhm dans le rôle-titre d’Elektra, en 1981, est un précieux témoignage de l’art du chant que cette grande dame de la musique sut pousser à un degré rarement atteint. Sa jeune sœur, Lotte Rysanek, née à Vienne le 18 mars 1928, est également une soprano réputée.

Le 21 mars 1998, Pierre GAZIN, le successeur de Gavoty aux claviers des grandes orgues de St-Louis-des-Invalides, nous quittait. Musicien brillant, ancien élève de Marcel Dupré puis de Rolande Falcinelli au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, il avait décroché un 1er prix d’orgue en 1957. Egalement professeur d’orgue et d’harmonie au Conservatoire National de Région de Metz, Pierre Gazin avait recueilli la succession de Bernard Gavoty en 1981 aux Invalides, après en avoir assuré la suppléance depuis deux décennies. C’est ainsi qu’il travailla durant de longues années avec nos amis François Tricot et Jean Cussac, maîtres de chapelle dans cette même église. Denise Gazin, sa mère, a été, rappelons-le, organiste de l’église St-Germain de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) pendant une vingtaine d’années. C’est naturellement à St-Louis-des-Invalides, où il mit son talent et son dévouement durant plus de 40 ans, que ses obsèques ont été célébrées le 31 mars. Il était marié à la chanteuse d’origine hongroise Maria Posa.

C’est Philippe Brandeis, président honoraire de l’Association Elsabeth Havard de la Montagne, qui a été nommé aux Invalides voilà quelques mois. Il partage cette place avec Suzan Landale qui suppléait depuis plusieurs années Pierre Gazin.

Pierre Lantier
Pierre Lantier
( photo Harcourt, Paris, collection Bernard Lantier )

Au début du mois d'avril 1998 nous avons appris le décès de Pierre LANTIER, l'un des derniers représentants de cette race de musiciens en voie de disparition, à ce point si discret qu'il ne figure dans aucun dictionnaire de musique ! Il faut dire que nul n'est prophète dans son pays, même si l'on est Prix de Rome (1937) et excellent compositeur. Car Pierre Lantier était en effet un grand monsieur de la musique. Né le 30 avril 1910 à Marseille, après avoir fréquenté le CNSM, où il eut pour maître Henri Busser, André Bloch, Georges Caussade et Philippe Gaubert, sans cesser d'écrire de la musique, il s'était spécialisé dans l'enseignement (harmonie) et était rapidement devenu un excellent pédagogue aussi bien au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris qu'à l'Ecole normale de musique. Il est à l'origine de la fondation du Concours international d'interprétation Pierre-Lantier. Membre de la SACEM et de la Fondation de France, c'est à Ollioules (Var), à l'âge de 88 ans qu'il s'en est allé le 4 avril 1998, laissant derrière lui une œuvre fort riche à découvrir, tels son admirable Requiem composé en 1969 et sa musique de chambre. Il a ainsi rejoint sa femme, Paule MAURICE, elle-même remarquable professeur d'harmonie, avec laquelle il avait écrit un excellent traité d'harmonie adopté par la plupart des Ecoles et Conservatoires de musique. Elève de Busser, concurrente malchanceuse au Prix de Rome durant les années trente, Paule Maurice est également l'auteur de pages de musique de chambre, dont une suite pour saxophone et piano, Tableaux de Provence, devenue un classique du genre, et une Symphonie qui lui valut un prix de composition en 1939 accompagné des plus vives félicitations du jury.

D.H.M.

Le 5 avril 1998 le Père Auguste PRIASSO, chanoine de la cathédrale de Nice, ancien chapelain de Notre-Dame-de-Laghet (Nice), ancien curé de la paroisse Ste-Jeanne-d’Arc de Nice, a rejoint à son tour la maison du Seigneur. Tout comme Jacques Berthier, l’abbé Louis Aubeux, Jean Pagot, le R.P. Gélineau ou encore Elisabeth et Joachim Havard de la Montagne, l’abbé Priasso avait fréquenté dans sa jeunesse l’Ecole supérieure de musique César-Franck, avant d’être nommé en 1947 maître de chapelle de Notre-Dame de Nice. Joseph Costanzo était alors aux claviers du grand-orgue Merklin. Tous deux firent ensemble de l’excellente musique, comme on savait encore le faire à cette époque !

Au début du mois d’avril 1998 la mort d’Annie d’ARCO, une grande dame du piano, était annoncée. Décédée des suites d’une longue maladie à l’âge de 77 ans, cette ancienne élève de Marguerite Long avait remporté le Concours de Genève en 1946. Originaire de Marseille où elle avait vu le jour le 28 octobre 1920 et avait débuté ses études musicales auprès de la mère du flûtiste Alain Marion, elle avait rapidement conquis le public en jouant avec les principaux orchestres parisiens. C’est d’ailleurs sous la direction d’Eugène Bigot à l’Orchestre Lamoureux qu’elle donna son premier concert. Parallèlement à sa propre carrière de soliste, elle accompagnait également les plus grands : Henryk Szeryng, André Navarra, Jean-Pierre Rampal, Pierre Pierlot... Longtemps professeur à l’Ecole normale de musique, elle a marqué des générations de pianistes autant par sa technique pianistique que par sa gentillesse légendaire. Elle était mariée au corniste Gilbert COURSIER.

Avec la mort le 28 avril 1998 à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise) de Marina SCRIABINE, la propre fille d’Alexandre (1872-1915), c’est toute une époque qui disparaît. Née à Moscou le 30 janvier 1911, elle s’installait à Paris en 1927, après la mort de son père puis de sa mère, Tatiana Schloezer, où elle poursuivait ses études à l’Ecole nationale des arts décoratifs et étudiait la théorie musicale auprès de René Leibowitz. Elle mènera ensuite une carrière de musicologue, notamment en entrant en 1950 à la Radiodiffusion française et en devenant maître de recherches au CNRS. Comme compositeur, Maria Scriabine laisse une Suite radiophonique, un ballet Bayalett et de la musique de chambre. On lui doit également quelques écrits : Problèmes de la musique moderne, Le Langage musical et Le Miroir du temps. Elle avait perdu fort jeune son frère aîné Julian, enfant exceptionnellement doué qui, le 22 juin 1919 à l’âge de 11 ans, s’était noyé accidentellement à Kiev dans le Dniepr.

A la fin du mois de mai 1998, un artiste talentueux en pleine force de l’âge a été fauché par la maladie. Le haute-contre Jean-Loup CHARVET est en effet décédé des suites d’un cancer à 32 ans. Né dans le Nord, il s’était rendu à Paris afin d’étudier au Conservatoire le chant et la musicologie avec William Christie notamment. A Lyon il avait suivi aussi les cours d’Eric Tappy à l’Atelier lyrique de l’Opéra. Afin de parfaire son art il s’était enfin rendu à Londres, puis à la Villa Médicis en 1994. Dès la fin des années 1980 Michel Corboz le remarquait à l’Opéra de Lyon dans l’Orfeo de Monteverdi. De par ses possibilités vocales il s’était naturellement spécialisé dans l’interprétation de la musique ancienne, sans négliger toutefois le répertoire contemporain. Il avait d’ailleurs créé son propre ensemble, "Les Passions de l’âme ". Sa carrière s’annonçait prometteuse...

Le 28 juin 1998 dans un hôpital de Milan, c’est l’un des meilleurs spécialistes du répertoire bouffe, le baryton italien Renato CAPECCHI qui nous est mort. Né au Caire le 6 novembre 1923, il avait commencé l’étude du violon avant de se tourner vers le chant. En 1950, il entrait à la Scala et un an plus tard débutait au Metropolitan Opera de New York dans le rôle de Germont (La Traviata). Il se produira également au Covent Garden de Londres. C’est lui qui fut le premier interprète de Don Giovanni au Festival d’Aix-en-Provence en 1949. On le verra plus tard dans bien d’autres rôles : Cosi fan tutte et Les Noces, de Mozart, l’Orfeo de Monteverdi et même le Cendrillon de Rossini. Les scènes internationales se souviennent de ses interprétations magistrales dans Le Barbier de Séville, La Force du destin, Falstaff ou encore La Tosca...

Roger Calmel
Roger Calmel
( coll. "Association Roger Calmel",
avec son aimable autorisation )

C’est le 3 juillet 1998 que s’est éteint Roger CALMEL. Comblé d’honneurs (Grand Prix musical de la Ville de Paris, Premier Prix des Concerts-Référendums Pasdeloup, Premier Prix de la Confédération Musicale de France, Grand Prix du Concours international de composition de Divonne, Grand Prix de musique de chambre de l’Institut), cet ancien élève de Simone Plé-Caussade, Jean Rivier, Olivier Messiaen et Darius Milhaud au Conservatoire de Paris était devenu professeur à la Maîtrise de la RTF, puis directeur du Conservatoire Darius Milhaud de Paris (14e arrondissement). Son catalogue d’œuvres musicales couvre tous les genres, depuis la musique de chambre jusqu'à l’opéra. On y trouve également des oratorio (La Passion, Marie au calvaire...), des cantates profanes ainsi qu’un Stabat Mater (3 versions), un Magnificat, une messe Alma mater et deux Requiem : l’un pour soli, chœur et orchestre date de 1979, l’autre a été écrit en 1993 à la demande de l’Institut de La Maison de Bourbon afin d’honorer la mémoire de la reine Marie-Antoinette lors du bicentenaire de sa mort.... Ses obsèques ont été célébrées le 8 juillet en l’église Saint-Roch et l’inhumation s’est déroulée au cimetière de Creissan (Hérault), non loin de Béziers où il avait vu le jour le 13 mai 1921.

Un ancien élève de Darius Milhaud et de Jean Rivier est disparu également trois semaines plus tard. Antoine TISNE, né à Lourdes le 29 novembre 1932, avait en effet fréquenté le Conservatoire de Paris où il avait d’ailleurs obtenu pas mal de premiers prix : contrepoint, harmonie, fugue, composition. Premier Second Grand Prix de Rome en 1962, lui aussi collectionnait les honneurs : Prix de la Fondation Copley, Prix Halphen, Prix Lili Boulanger, Prix de la Fondation Koussevitsky, Prix Casa Velasquez, Grand Prix musical de la Ville de Paris, Prix des compositeurs de la Sacem. Inspecteur principal de la musique au ministère des Affaires culturelles entre 1967 et 1992, puis inspecteur de la musique chargé des conservatoires municipaux de la Ville de Paris, il avait quelque temps enseigné la composition et l’orchestration à l’Université de Paris-Sorbonne. Son œuvre est abondante et diverse et dénote une recherche constante d’indépendance et d’originalité. C’est ainsi qu’on trouve des pages pour orchestre, de la musique de chambre, des ballets et autres œuvres pour la scène, de la musique vocale, dont un Psaume 57 pour ensemble vocal, grand chœur et orgue (1989), et quelques partitions pour orgue... Ses obsèques ont eu lieu le 23 juillet 1998 en l’église Saint-Christophe-de-Javel, dans le quinzième arrondissement parisien.

Hermann Prey, baryton
Hermann Prey
DR

Durant la nuit du 22 au 23 juillet 1998 le grand baryton allemand Hermann PREY est décédé d’une crise cardiaque survenue à son domicile de Krailling. Quelques jours auparavant il chantait encore à l’Opéra de Munich. Né le 11 juillet 1929 à Berlin, il travailla le chant avec Günther Baum et Harry Gottschalk au Conservatoire de sa ville natale. Il débuta à Wiebsbaden dans Fidelio, puis rapidement était engagé aux Etats-Unis. Il revenait cependant en Allemagne, et dès 1955 sa célébrité était consacrée dans Le Barbier de Séville à l’Opéra de Vienne. Sa carrière se déroulera ensuite sur toutes les grandes scènes mondiales : Londres, Bayreuth, New York, Edimbourg... Professeur au Conservatoire d’Hambourg, il avait également fait ses débuts comme metteur en scène, lors des semaines Mozart à Salzbourg, avec Les Noces de Figaro. Son autobiographie a été publiée en 1981 sous le titre de Premierenfieber.

Au cours du week-end du 25 juillet 1998, un autre baryton mourrait. Matteo MANUGUERRA, chanteur français d’origine italienne, né à Tunis le 5 octobre 1924, avait débuté tard dans la carrière puisque c’est à l’âge de 35 ans qu’il avait commencé l’étude du chant auprès d’un ténor italien à Buenos Aires. En 1961, il s’installait en France, tout d’abord à Lyon où il se produisait à l’Opéra. Engagé ensuite à celui de Paris, il a interprété ici tous les grands rôles de baryton dans Faust, Carmen, la Traviata, Falstaff... et a été invité notamment au Met de New-York. Le public français a pu également l’entendre à plusieurs reprises sur les ondes de Radio France dans des opéras de Verdi. Il s’est éteint à Monptellier à l’âge de 74 ans, fauché par une crise cardiaque.

Au début du mois d’août 1998 un grand compositeur, le russe le plus joué de sa génération, est décédé à Hambourg d’une attaque cérébrale à l’âge de 64 ans. Ami de Rostropovitch, Alfred SCHNITTKE, russe d’origine allemande, avait étudié le piano à Vienne avant de prendre des cours de composition et d’instrumentation au Conservatoire de Moscou avec Golubev et Rakov. Après avoir enseigné dans cet établissement, il décidait de se consacrer entièrement à la composition en 1972 et élisait domicile à Hambourg qu’il ne quittera que rarement. Durant ces dernières années Alfred Schnittke a été très joué de par le monde, puisqu’auparavant ses œuvres franchissaient difficilement le rideau de fer. Disputé par les néoclassiques, puis par les néoromantiques, il fut un compositeur prolixe de la même veine qu’Arvo Pärt et Gorecki, mêlant adroitement le style conventionnel aux techniques nouvelles. Son œuvre est considérable : 6 opéras ou ballets ; des concertos pour violon, des sonates, double concertos, concertos grosso, des trio, des concertos pour piano ; des symphonies ; des pièces pour violoncelle, pour orchestre de chambre ; des oratorios, des cantates et autres œuvres chorales ; et même quelques pages pour orgue, notamment 2 Petites Pièces pour orgue (1980)....

Alain Marion en 1980
Alain Marion
pendant une master class au Domaine Forget, Canada, en juillet 1980
( photo Michel Baron )

Dans la nuit du 15 au 16 août 1998, à Séoul (Corée du Sud), le flûtiste virtuose Alain MARION est mort subitement au cours d’une tournée. Il était âgé de 59 ans. Brillant concertiste et pédagogue exceptionnel, il avait obtenu à 14 ans un 1er prix de flûte au Conservatoire de Marseille, sa ville natale où il vint au monde le jour de Noël 1938. Il avait alors pour professeur Joseph Rampal, le père de Jean-Pierre, un autre géant de la flûte. En 1961, il se faisait connaître en remportant un prix au Concours international de Genève. Dès lors les nominations s’enchaînaient : flûte solo de l’Orchestre de Chambre de l’O.R.T.F. (1964), de l’Orchestre National de France (1972), de l’Ensemble Intercontemporain, où il est engagé en 1977 par Pierre Boulez. Professeur à l’Académie internationale d’été de Nice à partir de 1969, il en devient le directeur en 1986. Sous sa direction jusqu’en 1993, quelque neuf cents élèves de tous pays se précipitaient chaque année afin de bénéficier des cours prodigués par les plus grands solistes internationaux : Jessye Norman, Jean-Pierre Rampal ou encore Henryk Szeryng. Il enseignait également au Conservatoire de Paris. Jouant tout le répertoire sans distinction, inspiré par la méthode de jeu des grands flûtistes baroques, il était aussi à l’aise dans les Sonates pour flûte et clavecin de Jean-Sébastien Bach, qu’il enregistra d’ailleurs en compagnie de Robert Veyron-Lacroix chez Erato, que dans les Trios de Bohuslav Martinu, enregistrés également chez un éditeur canadien (Analekta). Derrière le virtuose, on devinait un homme chaleureux, bon vivant et heureux de vivre. Son corps a été rapatrié à Collias, un village du Gard.

A la mi août 1998 décédait à Hambourg des suites d’un cancer foudroyant le ténor américain James O’NEAL, âgé de 49 ans. Interprète des opéras de Wagner, il s’est produit tant en Europe qu’aux Etats-Unis dans le Stolzing des Maîtres chanteurs de Nuremberg ou encore le Siegmund de La Walkyrie. Il ne détestait pas pour autant s’intéresser à des œuvres plus contemporaines, comme l’Oedipe Roi de Starvinsky que l’on put entendre au Châtelet.

Denis Havard de la Montagne


 


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