Lucienne RADISSE
(1899 – 1997)

Lucienne Radisse
Lucienne Radisse, années 1930
( Studio Piaz, Paris, coll. J.P. Fannius )

Violoncelliste virtuose, star de cinéma, pilote d'avions et de voitures de course, épouse du journaliste et homme de lettres Jean Fannius puis belle-fille du compositeur Henri Büsser, Lucienne Radisse connut des heures de gloire principalement au cours de la première moitié du XXe siècle : Henri de Nolhac l'immortalisait en 1933 par une statue en grès, Pablo Casals disait d'elle qu'"on ne sait jamais quel est le plus grand plaisir, de l'entendre transformer son instrument en une lyre quasi céleste, ou de la simplement regarder. De toute façon on est charmé, tant par l'incomparable artiste que par la gracieuse femme. La joie est donc totale", les publics européens, américains, canadiens, mexicains, cubains, africains et orientaux l'ovationnaient à chacune de ses prestations, la toute première firme privée de radio (Radiola) en fit l'une de ses vedettes dès ses débuts en 1922-1923...
Lucienne Radisse et ses 3 sœurs - de g. à dr. : Etiennette, Lucienne, Madeleine, Nathalie, Vitry-sur-Seine, 1905
( coll. J.P. Fannius )
Le littérateur et critique René Bizet écrivait un jour : "De tous les instrumentistes dont la Radio a mis, si je puis dire, le talent à notre disposition, j'en connais peu de plus sensibles que Lucienne Radisse. Son jeu, dont les techniciens du violoncelle apprécient l'excellence, donne à l'auditeur le sentiment qu'il écoute quelqu'un qui lui parle en notes aussi persuasives que les mots, aussi pénétrantes qu'un beau vers" et le célèbre pianiste et musicologue américain Irving Schwerke déclarait dans le New York Herald Tribune "It is a draw whether Lucienne Radisse is better to look or better to hear. Unable to décide, we did both." (Il est difficile de déterminer si l'on a plus de plaisir à regarder ou à écouter Lucienne Radisse. Aussi dirais-je les deux tout autant.)

Lucienne-Eva-Louise-Justine Radisse est née le 4 décembre 1899 à Neuilly-sur-Seine, dans un appartement de l'avenue Philippe Le Boucher. Le logement voisin était occupé par Jules Verne et les deux familles se fréquentaient. Lucienne était la cadette d'une fratrie de 5 enfants : un garçon et quatre filles. Son père Edouard (1855-1926) exerçait la profession de tailleur d'habits et sa mère, née Marguerite Bordet (1867-1940), était la fille de Jean-Victor Dordet. Curieux personnage, ce dernier, après avoir obtenu en 1852 un 1er accessit de hautbois au Conservatoire de Paris, s'était lancé dans les affaires et avait acquis un modeste café situé au pied de l'immeuble du 99 avenue des Champs-Elysées à Paris. Revendu et agrandi par la suite, cet établissement, acheté en 1899 par un certain Louis Fouquet, est de nos jours très connu du Tout-Paris s'agissant du célèbre restaurant le Fouquet's! C'est dans ce lieu qu'était née en 1867 la mère de Lucienne. Celle-ci, avait fondé au début des années 1900, à Vitry-sur-Seine en région parisienne, un Institut d'éducation pour jeunes-filles et c'est là que furent élevées les 4 filles de la famille.
Lucienne Radisse à 8 ans, Neuilly-sur-Seine, 1908
( coll. J.P. Fannius )
La musique était à l'honneur chez les Radisse et dès l'enfance on leur enseigna cet art. L'aînée, Etiennette (1893-1945), fit de solides études de chant, mais ne se produisit par la suite que dans des séances privées ; la seconde, Madeleine (1896-1965), apprit le violon. Elle fit une carrière au sein de plusieurs orchestres, fut également chambriste et se produisait plus particulièrement en Europe méditerranéenne et en Afrique du Nord. La troisième, Nathalie (1896-1973), jumelle de la précédente, fut quant à elle une pianiste renommée et remporta bon nombre de succès, notamment en 1926, le 7 février à la Salle des Concerts du Conservatoire, où elle interprétait avec Marcelle Herrenschmidt (piano) et l'Orchestre de la Société des Concerts placé sous la direction d'Henri Rabaud, le Concerto pour deux pianos de Mozart. En 1929, elle enregistrait pour Odéon (D 1003, mx.Sto 3196 et 3197) Le Tombeau de Couperin (Prélude, Rigaudon). Mariée en 1938 avec le violoniste Paul Kaul, un élève de Lucien Capet dont il professait la méthode, fils de Paul Kaul luthier à Mirecourt puis à Paris (1875-1951), elle se produisait souvent en duo avec son mari, tant en France, qu'en Europe de l'Est, en Scandinavie et à travers l' U.R.S.S. Ils jouaient également pour plusieurs radios, entre autres pour la Radio Nationale (Schumann, Debussy, octobre 1947) et pour Radio-Strasbourg (Sonate à Kreutzer le 22 mars 1948, Sonate de Ladmirault le 21 juin 1948). On leur doit aussi l'enregistrement de disques, dont les 1re et 5e Sonates pour piano et violon de Beethoven en 1951 (disque longue durée Saturne). Nathalie Radisse-Kaul professait le piano, notamment au Conservatoire de Strasbourg. Le compositeur Guy Ropartz la rendit dédicataire de sa seconde Esquisse pour piano : La Nonchalante (Paris, Durand, 1930).


Conservatoire de Paris, diplôme "Premier Prix de violoncelle, Prix d'excellence" décerné en 1918, portant la signature de Gabriel Fauré
( coll. J.P. Fannius )

A l'âge de 5 ans, Lucienne Radisse commence à étudier le violoncelle sur un petit instrument spécialement fabriqué pour elle, puis entre au Conservatoire de musique et de déclamation de Versailles à 11 ans. Dans cet établissement, alors dirigé par Albert Lebossé1, elle suit durant 3 années le cours de violoncelle de Berthelier et remporte un 1er prix en 1913. A cette époque, elle est déjà premier violoncelle dans l'orchestre du Théâtre de l'Odéon. Peu après elle est admise au Conservatoire national de musique et de déclamation de Paris, dont la direction est assurée par Gabriel Fauré. Elève de violoncelle de Cros-Saint-Ange2 puis d'André Hekking3, elle décroche le 1er prix (avec un brillant prix d'excellence) en 1918. Elle fait ensuite ses réels débuts de concertiste à Monte-Carlo sous le patronage de Fauré, puis épouse en 1920 un jeune officier provençal originaire d'Aix-en-Provence, Jean Fannius (1887-1955), avec lequel elle s'installe rue de Ponthieu à Paris VIIIe. Récemment remis de ses blessures de guerre, officier de la Légion d'honneur, Croix de guerre, journaliste et homme de lettres, il va lui donner deux fils : Claude (1921) et Jean-Pierre (1922).

Lucienne Radisse et Jean Fannius en 1919
( coll. J.P. Fannius )

Séance d'enregistrement dans les Studios Radiola, Paris, 1923. Au premier plan : Lucienne Radisse
( coll. J.P. Fannius )
La carrière de Lucienne Radisse prend rapidement de l'essor avec un engagement chez Radiola, dont les studios sont installés 79 boulevard Haussmann. C'était la toute première station de radio privée fondée en 1922 qui deviendra en 1924 Radio-Paris. Les débuts de Lucienne Radisse sont fulgurants et elle est réclamée par de nombreux organisateurs de concerts ; c'est ainsi qu'à cette époque, elle est soliste des Concerts de Monte-Carlo, de Biarritz, de Trouville, de Cauterets..., se fait entendre à Toulouse, Hyères, Toulon, Montpellier, Marseille, Nice, Tours... et à Paris : chez Erard, Pleyel, Salle du Conservatoire, Gaveau et aux Agriculteurs. Entre autres prestations, elle crée à la S.M.I., avec Hélène Jourdan Morhange (violon) et Jarecki (alto), le Trio à cordes de Roland-Manuel, se fait applaudir en janvier 1923 à la Salle des Agriculteurs de la rue d'Athènes, avec Armand Ferté, dans la Sonate en fa mineur de Jean Huré, joue le 10 janvier 1926 à la salle des Concerts le Concerto en la mineur pour violoncelle et orchestre de Camille Saint-Saëns avec l'Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire placé sous la direction de Philippe Gaubert, remporte un réel succès cette même année à l'Opéra d'Alger où elle se produit en compagnie du pianiste Raoul de Galland, et exécute en 1928 à bord du bateau "Provence", la Sonate pour violoncelle et piano de Jean Cras avec l'auteur au piano. Parallèlement à ses activités à Radiola puis à Radio-Paris et à celles de concertiste, au cours de ces années vingt Lucienne Radisse se produit aussi comme chambriste. Elle joue notamment en trio avec ses sœurs Madeleine (violon) et Nathalie (piano) avec lesquelles elle effectue des tournées en Afrique du Nord, de Tunis au Maroc. En outre, elle collabore occasionnellement avec le "Quatuor Calvet" au début de sa formation (1919), composé de Joseph Calvet, Léon Pascal, Daniel Guilevitch et Paul Mas, ainsi qu'avec le "Quatuor Capet". Celui-ci, qui fut dissout en 1928, était alors composé de Lucien Capet, Maurice Hewitt, Henri Benoît et Camille Delobelle. C'est avec ce Quatuor, auquel s'était joint au piano pour la circonstance Gabriel Fauré qu'elle interpréta son 2ème Quintette à ses côtés, au début des années vingt dans la salle du Conservatoire. A la même époque, elle avait également eu l'occasion de jouer avec lui sa 2ème Sonate pour violoncelle et piano.

En 1927, devant le succès remporté par la radio auprès du public depuis ses débuts récents, parait le premier numéro du journal T.S.F. hebdo. Cette publication comportait divers articles d'actualités et les programmes. Dès le deuxième numéro, celui du dimanche 9 octobre, on parle longuement de notre violoncelliste : la page de couverture lui est consacrée avec une photo titrée "Jolie, beaucoup de talent : c'est Lucienne Radisse" et il lui est rendu un bel d'hommage signé "Pisanello" :

Couverture de T.S.F. hebdo, 9 octobre 1927
( coll. N. Deleury )

Un instrument frémit sous l'archet. Une âme d'artiste l'a pénétré, qui l'anime, mélancolique, joyeuse et grave tour à tour ; éclatante, ensoleillée ; touchante ou poignante, toujours émouvante et profondément féminine, nuançant la gamme du sentiment d'une diversité d'émotion impressionnante... Lucienne Radisse interprète au violoncelle... [...]

Artiste de race ; musicienne d'instinct, savante et érudite ; virtuose exceptionnellement douée, émule aux cimes d'un art altier des Boccherini, des Duport, des Lamarre, des Romberg, déjà, au Conservatoire qui lui décerna son Prix d'excellence, Lucienne Radisse connut les triomphes que, depuis, dans les grands concerts, des auditoires enthousiastes lui ont réservés comme aux artistes de haut rang.

L'interprète est exacte et distinguée, de goût certain. Son inspiration est sévère, classique, et, parfois, une quasi correspondance de tout l'être avec les possibilités profondes de l'instrument la colore pour l'imprégner de vie intense. Elle a l'expression pénétrante, l'intuition du style — du style qui fixe la pensée des Maîtres.

La virtuose est hors de pair. Elle allie heureusement la force, la vigueur à la féminité la plus délicate. Tout concourt à la magnificence de son talent : technique sûre, parfaitement équilibrée ; irréprochable mécanisme ; archet long, d'une souplesse infinie, largement mouvementé ; sûreté de jeu, d'un jeu magistral — sentiment, finesse, émotion, charme, et pénétré d'une merveilleuse sensibilité ; son générateur qui étoffe le tissu harmonique, le soutient en puissance et nourrit une sonorité riche, chaude, expressive, d'une ampleur qui prolonge le rêve.

Maîtresse absolument de sa sonorité, Lucienne Radisse peut se livrer entièrement dans une, complète liberté d'exécution, de la fougue la plus véhémente à la plus aérienne suavité. Le violoncelle obéit à l'impulsion de son âme.

Le don de poésie divinise. Princesse de l'art, nimbée de sa grâce souveraine, Lucienne Radisse le garde en elle, évocateur, vivant. Par elle, la mélodie enclôt l'infini du rêve. Son chant inspiré élève l'âme à la sérénité.

Vers 1930
( Studio Piaz, Paris, coll. N. Deleury )

Déjà quelques années auparavant Théodore Lindenlaub écrivait dans le quotidien Le Temps, à la suite d'un de ses concerts au cours duquel elle avait joué le très difficile Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur, op. 129, de Schumann :

Le concert donné par Lucienne Radisse se recommandait par un choix d'œuvres que seule une virtuose très musicienne pouvait se risquer à jouer. On sait que beaucoup de virtuoses violoncellistes (même masculins) hésitent devant le concerto de Schumann qu'ils se contentent d'admirer. Lucienne Radisse l'a abordé crânement en dépit du fameux final, et l'a rendu avec la plus élégante aisance. Ce fut un des concerts d'artistes les plus attrayants de cette fin d'hiver.

Elle était alors à peine âgée de 25 ans! Et à la même époque, l'Annuaire des Artistes de 1924 concluait sa notice de présentation en ces termes :

Enfin, hommage expressif au délicieux modernisme de cette musicienne, c'est à Lucienne Radisse que la T.S.F. naissante demande aujourd'hui d'apporter, dans le troublant mystère des airs, l'éternelle pensée des grands Prêtres d'Europe.

Yves Büsser, vers 1918
( coll. Claude Büsser-Faure )

Son répertoire à la radio est vaste, incluant tous les classiques et les contemporains que découvrent les auditeurs (Büsser, Cras, Roland-Manuel, Huré, Gaubert, Boëllmann d'Erlanger...) Parmi ces derniers, citons encore la Sonate pour violoncelle et piano de Léo Sachs qu'elle joue en direct de Radio-Paris le lundi 13 août 1928, au cours de l'émission "Après-midi musical". C'est d'ailleurs dans cette station de radio qu'elle fait la connaissance d'Henri Büsser, lui-même engagé dès le début en tant que chef d'orchestre, qui lui dédicace en octobre 1923 sa Chanson pour violoncelle et piano (op. 52 n° 3) : " à Madame Lucienne Radisse, une amie et hommage d'un admirateur" et un peu plus tard son Elégie, également pour violoncelle et piano (op. 52 n° 1) " à Lucienne Radisse, interprète particulièrement émouvante de cette petite pièce..."

En 1932, Lucienne Radisse divorce de Jean Fannius et épouse l'année suivante et en secondes noces Yves Büsser, homme d'affaires4. Né le 1er mars 1898 à Paris, engagé volontaire à 17 ans en 1915, aviateur, Croix de guerre, Médaille militaire, le fils cadet du compositeur et chef d'orchestre Henri Büsser était également un homme de grande culture. Elle quitte alors la radio pour se consacrer uniquement à sa carrière de concertiste et de récitaliste, déjà bien entamée par des tournées qu'elle effectue depuis plusieurs années à travers la France et l'Europe. Elle devient notamment soliste des Concerts Straram avec lesquels, le 13 mai 1931 au Théâtre des Champs-Elysées, elle est acclamée par le public dans des oeuvres de Haydn, Saint-Saëns et en premières auditions de Frédéric d'Erlanger et Henri Büsser (direction : Walther Straram et Henri Büsser). On la voit également chez Lamoureux et Pasdeloup, et elle enregistre plusieurs disques pour la firme Odéon, parmi lesquels Schumann (Pour le lecteur Winodws MediaRêverie, avec au piano Nathalie Radisse, Odéon 166.200), Ravel (Pièce en forme de Habanera, avec Jean Doyen au piano, Odéon 166.065), David Popper (Pour le lecteur Winodws MediaLa Fileuse, avec au piano Nathalie Radisse, Odéon 166.200), Pergolèse (Sicilienne, Odéon 166.225), Léoncavallo (Paillasse, arrangement et accompagnement au piano : Nathalie Radisse, Odéon 166.370), Ronchini (A Napoli, Odéon 166.225), Anton Rubinstein (Mélodie, avec Jean Doyen au piano, Odéon 166.065). Avec son second mari Yves Büsser qui lui sert d'impresario, durant les années trente sa carrière prend rapidement une tournure mondiale et elle remporte un grand succès aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique Centrale et du Sud, ainsi qu'en Afrique, au Proche-Orient et en Extrême-Orient. Entre 1930 et 1939, ce sont 43 pays qui l'accueillent avec tous les honneurs. Le press-book de sa tournée de 1934, précieusement conservé par son fils Jean-Pierre Fannius, nous renseigne utilement sur son degré de notoriété et sur son répertoire qui s'avère être très éclectique.

13 avril 1930, page de couverture de L'Atlantique, "journal quotidien des paquebots de la Cie Gle Transatlantique desservant l'Amérique du Nord et l'Amérique Centrale, offert aux passagers, Le Havre - New York", présentant 3 photos de Lucienne Radisse et ce commentaire : "Mme Lucienne Radisse, the French'cellist, has always shown a taste for dare-devil stunts. Here she is shown on the S.S. France, wearing masculine clothes and carrying a permit to climb about where she wished. She is known as "the flying' cellist". The photo was taken when she crossed for a concert tour in the United States." ( coll. J.P. Fannius )

Arrivée à New York fin janvier 1934, à bord du bateau "Ile de France", pour sa cinquième tournée aux Etats-Unis, Lucienne Radisse se produit dès le 30 de ce mois à Los-Angeles, puis à partir du 5 février, elle séjourne durant une quinzaine de jours chez le Consul général de France, René Delage, à La Nouvelle Orléans. Dans cette ville elle donne plusieurs concerts, notamment le 7 février au Consulat de France (1535 Philip street) au cours duquel un public choisi peut entendre les oeuvres suivantes, avec au piano Mme Clara del Valle del Marmol5 : Grave d'Eccles, Andaluza de Granados, Après un rêve de Fauré et la Fileuse de David Popper ; puis le 16 février au Dixon Hall du Newcomb College (Tulane University), sous le patronage dudit Consul elle interprète, avec la même accompagnatrice, la Sonate en mi mineur de Vivaldi, Grave d'Eccles, Andaluza de Granados, Granadina de Joachim Nin, les Variations symphoniques de Boëllmann, les Cinco Canciones populares espanolas de Manuel de Falla, Après un rêve de Fauré, l'Habanera de Ravel, Oriental de César Cui, La Fileuse de David Popper et, sur rappel du public, Le Cygne de Saint-Saëns ; et le 22 février, toujours avec Mme del Marmol, elle joue à nouveau les pièces de Vivaldi et Ravel, ainsi que le Lamento de Gaubert, Rêverie et Chanson de Büsser, l'Elégie de Fauré et la Sonate op. 40 de Boëllmann.
A la Havane, 27 janvier 1935, où elle avait joué le Concerto de Lalo
( coll. J.P. Fannius )
Sa tournée se poursuit au Mexique, où elle reste une dizaine de jours dans la capitale pour plusieurs récitals, entre autres le 27 février au Théâtre Hidalgo, accompagnée au piano par le professeur Santos Carlos : Suite de Caix d'Hervelois, Aria de Bach, Menuet de Mozart, Vivace de Sammartini, Elégie de Fauré, Intermezzo de Lalo, Chant du soir et La Source de Schumann, Chanson irlandaise de F. Kreisler, Sérénade espagnole de Glazounov, Granadina de Joachim Nin et la Sonate pour violoncelle et piano de Boëllmann ; et le 9 mars à la Sociedad Pro-Arte Musical (SPAM), accompagnée cette fois par Lizzie Morales de Batet : Sonate n° 1 de Haendel, Chant du soir et La Source de Schuman, Elégie et Berceuse de Fauré, Rêverie et Chanson de Büsser, Vivace de Sammartini, Andaluza de Granados, Serenata Espanola de Glazounov, Suite de Caix d'Hervelois. Quelques jours plus tard, elle joue à La Havane (Cuba), puis termine sa tournée le 18 mars au Metropolitan Opera de New York. L'année suivante, lors d'une sixième tournée sur le continent américain, elle joue une fois encore à La Havane, où le 27 janvier le Concerto de Lalo lui vaut un immense succès et l'envoi de nombreuses corbeilles de fleurs de la part d'admirateurs anonymes.

Quelques années auparavant le journal cubain El Diario de la Marina avait déjà relaté à ses lecteurs que " Lucienne Radisse est une admirable artiste. La technique de son instrument n'est qu'un jeu pour elle. Mais il y a mieux encore : l'expression, l'âme qu'elle communique à l'œuvre qu'elle exécute. Elle peut être rangée parmi les artistes, malheureusement trop peu nombreux, qui sont des artistes véritables."

La presse, qui se fait toujours largement l'écho de ses concerts, comme à chacune de ses tournées, en publiant de longs comptes-rendus, atteste de l'important succès dont elle jouit alors. R. B. Mayfield, du Times Picayne de La Nouvelle Orléans, écrit dans l'édition du 17 février 1934 :

... Les qualités exceptionnelles de l'art de Lucienne Radisse sont une belle sonorité et un raffinement de l'interprétation et de la technique. Son art est essentiellement féminin, évitant tout effet de tapage ou d'accentuation exagérée masculins...

Quant à James Wobbe, du The Morning Tribune de la Nouvelle Orléans (même date), il déclare :

... Le jeu de Mlle Radisse est chaud, rempli de sentiments. Les sons qu'elle tire de son violoncelle sont suaves, parfois peut-être légèrement trop lorsque l'artiste est envahie par l'émotion...

Lucienne Radisse et André Luguet dans Le Bluffeur, tourné à Hollywood en 1932
( coll. J.P. Fannius )

En 1933, dans son numéro du 5 février, L'Eclaireur du Dimanche Illustré publie une interview de Lucienne Radisse par Jean Eparvier, au cours de laquelle elle raconte quelques aventures et anecdotes vécues au cours de sa tournée de 1932 et nous livre des détails sur son brevet de pilotage d'avion, ses courses automobiles et son film tourné avec André Luguet. En effet, cette artiste était également une sportive, pratiquant des activités dans lesquelles on rencontrait alors très peu de femmes, et une actrice de cinéma. Elle comptait d'ailleurs beaucoup d'amis dans le monde des arts du spectacle : Arletty, Gisèle Casadesus, Charles Vanel, Jean Murat, Tyron Power, ainsi d'ailleurs que dans le milieu musical : Robert Casadesus, Jean Doyen, Zino Francescatti..., sans oublier le romancier et scénariste Paul Morand, membre de l'Académie française avec lequel elle fut très liée :

On ne saura jamais qui, du blond platine ou de Lucienne Radisse fut inventé le premier. Tous les deux, en tous les cas, ont conclu une alliance et se font valoir mutuellement.

Ajoutez à cela un sourire qui s'ouvre sur des dents à vous donner froid dans le dos — mais pas de peur — des yeux qui sourient et une cordialité toute sportive.

Lucienne Radisse est méridionale depuis novembre dernier. Elle "récupère" comme on dit au bord des rings, dans son "Torpillou" de Saint-Tropez après cinq mois d'Amérique, quatre vingt mille kilomètres et un film tourné en vingt-trois jours.

"Quelle belle tournée s'extasie la grande violoncelliste. J'ai patiné à New-York, j'ai pris, à Philadelphie mon brevet de 150 kilomètres à l'heure sur une Hupmobile de course6, j'ai pris aussi mon brevet américain de pilotage sur un Potez laissé là-bas par Loti (de l'équipage Lefèvre, Assolant et Loti)7.

"J'ai même voyagé en chemin de fer. En allant au Mexique, huit bandits qui croyaient le Président dans un de nos wagons firent dérailler le convoi et nous attaquèrent l'arme à la main. Mais comme tout le monde a là-bas dans sa poche des revolvers long comme ça, il eut une vive riposte et cinq morts restèrent sur le remblai! Conclusion, dix-sept heures de retard, mais je jouais quand même à Mexico, comme il avait été prévu. Pendant mon concert on volait trois voitures, plusieurs roues de secours, quelques poignées de portières. Le Mexique est un charmant pays... à condition d'y venir les mains vides.

"En passant à Hollywood quelques jours plus tard, je dînais avec André Luguet, Jacques Feyder et Maurice Chevalier. Je prenais un train à 21 heures. Vers 19 heures, Luguet me dit : "II faut absolument que vous tourniez mon dernier film avec moi. Vous ferez dans "Le Bluffeur", version française, le même rôle qu'Evelyn Brent, dans la version américaine.8

"Naturellement, je refusais. J'avais mes concerts, contrats, engagements, dédits, etc... Je partis donc. Une semaine après, au moment de m'embarquer pour Cuba je recevais un télégramme de la Warner Bros : "Faites vos conditions". Je répondais en demandant des cachets exorbitants. Dans la même journée, un deuxième télégramme me répondait : "Vous attendons d'urgence, sommes d'accord".

Photo de Lucienne Radisse illustrant son interview dans L'Eclaireur du 5 février 1933
( coll. N. Deleury )

"C'est ainsi que je fus la vedette du "Bluffeur". Le film fut tourné en vingt-trois jours. Nous travaillions de six heures du matin à deux heures du matin. Je perdis seize kilogs. Pendant la dernière semaine on me faisait une piqûre toutes les deux heures pour me soutenir. Luguet qui est pourtant résistant avait perdu exactement une livre par jour.

"Que vous raconterai-je encore ? Mes courses dans le Rallye de Paris-Juan-les-Pins, où, sans capote, sans pare-brise, à bord d'une grosse huit cylindres, je fus obligée de dépasser sous une pluie battante cent dix-sept concurrents entre la porte d'Orléans et Vichy.

"Vous raconterai-je comment un jour l'avion de l'Aéropostale, à bord duquel je me rendais en Espagne, eut une aile brisée? Nous tombâmes et je restais prise, pendant vingt minutes, sous les débris de l'appareil, sans une blessure, avec toute ma connaissance, et craignant à chaque seconde que l'appareil ne s'enflamme. Heureusement mon violoncelle était intact et je pus, ce soir-là encore, donner mon concert à l'heure dite... "

- Mais les vibrations de l'auto ou de l'avion ne vous fatiguent pas les poignets et les doigts ?

- Quelle blague.... J'ai conduit parfois jusqu'à cinq nuits de rang, donnant chaque soir un concert, sans être jamais gênée.

Photo parue en 1934 dans la revue de la Société mexicaine Sociedad Pro-Arte Musical
( coll. J.P. Fannius )

"Vous pourrez constater, du reste, au concert que je donne au Casino Municipal de Cannes le 27 décembre que les sports mécaniques n'ont pas une grande influence sur mon jeu."

Lucienne Radisse n'est plus que violoncelliste. Son instrument, sa musique l'attendent. Le "Concerto" pour violoncelle, de Saint-Saëns, l'emporte sur la cinq litres Bugatti, la caméra, ou le poste de pilotage.

Pour aujourd'hui, tout au moins...

Peu après cet entretien, Lucienne Radisse vole en compagnie de Mermoz, à l'époque où il est le premier à traverser l'Atlantique Sud (Le Bourget – Buenos Ayres, janvier 1933). Elle conserva longtemps un mot de la main de ce prestigieux aviateur qu'il lui avait griffonné sur un bout de papier durant leur vol en Afrique du Nord ; le bruit des moteurs et les turbulences empêchaient en effet toute communication verbale entre le pilote et le passager placés l'un derrière l'autre.

"Pretty Cellist", Journal American, 3 février 1949
( coll. J.P. Fannius )

La seconde guerre mondiale interrompt ses tournées et autres déplacements. Dès le début, en octobre 1939, Lucienne Radisse s'engage, d'abord comme "chauffeur bénévole" dans le civil mettant ainsi à profit son expérience de la conduite automobile. Puis, elle entre dans l'armée comme ambulancière et est amenée à réaliser plusieurs missions dans des zones dangereuses. Mais en 1942, le 1er septembre, elle est brisée par la mort tragique de son fils aîné Claude, à l'âge de 21 ans. Victime d'un naufrage en Méditerranée, il était alors le plus jeune Enseigne de vaisseau de 1ère classe, servant sur le croiseur Colbert peu avant le sabordement de la flotte à Toulon - il est inhumé dans le cimetière de Saint-Tropez -. Elle délaisse sa carrière musicale jusqu'à la fin des hostilités, puis reprend ses tournées. L'Afrique du Nord et Centrale, l'Extrême Orient, le Canada et les U.S.A. l'accueillent à nouveau. Sa tournée en Amérique et au Mexique effectuée en 1949 est un triomphe. Dès son arrivée à New York le 3 février à bord du navire De Grasse, en provenance du Havre, le Journal American de New York, publie dans son édition du jour une photo de Lucienne Radisse avec cette légende : "PRETTY CELLIST... One of the more personable arrivals on the SS. De Grasse when it docked today at Pier 88, North River, was LUCIENNE RADISSE, French cellist, here for a concert tour. There were 599 passengers on the ship, which arrived from Le Havre and Southampton".

Après plusieurs récitals aux U.S.A, elle arrive au Mexique le 17 février et l'Attaché culturel de l'ambassade de France, Jean Sirol, offre le 24 février en son honneur un cocktail dans sa résidence de la Promenade de la Réforme à Mexico. La presse conviée s'en fait largement l'écho et tous les journaux annoncent la présence de la "grande violoncelliste française" sur le sol mexicain où elle séjourne près d'un mois et donne plusieurs récitals au Palais des Beaux-Arts. Le 11 mars, accompagnée de Santos Carlos au piano, elle se produit également à l'Amphithéâtre Bolivar (Justo Sierra 16) dans des oeuvres de Haendel (Sonate), Caix d'Hervelois (Suite), Lulli (Passacaille), Lalo (Intermezzo), Fauré (Elégie et Berceuse), Popper (La Fileuse) et Grieg (Sonate).


A Saint-Tropez en 1949
( coll. J.P. Fannius )
Sur le bateau Liberté, juillet 1951
( coll. J.P. Fannius )

Aéroport du Bourget, départ pour Londres, avril 1955
( coll. J.P. Fannius )

Quelques années plus tard, en 1953, elle soit surmonter une nouvelle épreuve : la mort subite durant son sommeil de son mari Yves Büsser arrivée le 27 août à Paris. Il sera inhumé dans le cimetière de Saint-Tropez. Le choc est d'autant plus grand que depuis une vingtaine d'années il l'accompagnait partout dans ses tournées mondiales, faisant office d'attaché de presse. Néanmoins Lucienne Radisse poursuit sa carrière de concertiste, notamment avec plusieurs tournées au Japon et aux Etats-Unis. En 1957, elle donne encore une série de concerts à Washington et à New York où elle est l'hôte de ses amis M. et Mme Raymond Loewy, l'esthéticien industriel de renommée mondiale. Mais, depuis quelques années elle s'est également tournée vers l'enseignement et elle abandonne bientôt ses tournées pour se consacrer uniquement à la pédagogie. Répétitrice d'André Navarra au Conservatoire national supérieur de musique de Paris à partir de 1953 jusqu'à la fin des années soixante, elle donne aussi des leçons particulières de violoncelle et tient chez elle, dans son appartement de la place de Passy (Paris 16°), une classe d'ensemble, très prisée par les chambristes. Elle a ainsi formé où participé à la formation de bon nombre d'instrumentistes actuels, parmi lesquels les violoncellistes Roland Pidoux, Philippe Muller, Etienne Péclard, Jean-Marie Gamard, René Benedetti, Andrée Alienne-Benedetti, Nadine Deleury, Brigitte Boulitte, Annick Gautier-Escher, Annick Massard-Rousseau, Geneviève Teulières-Sommer, Marcel Bardon, Paul Boufil, Jean-Paul Bérard, Gilles Pons, Erwan Martinerie, les altistes Michèle Gallien, Simone Feyrabend-Muller, les pianistes Marie-José Billard et Julien Azaïs... Après sa retraite du Conservatoire, elle continue l'enseignement à titre privé et jusqu'à un âge avancé reste très active : en 1975, elle effectue une ultime tournée en Afrique Centrale, en 1981 elle est encore membre de plusieurs jurys (CNSM Paris, Ecole Normale de Musique de Paris, Concours de Genève...) et présidente du Concours Bellan ; en 1983 elle enseigne toujours à quelques élèves et cette même année, malgré ses 84 ans, elle conduit une voiture avec laquelle elle effectue 2200 kilomètres en 2 jours et demi (Paris, Biarritz, Espagne). Si elle a dû se séparer de sa belle "203" décapotable qu'elle possédait encore dans les années soixante, elle n'a en effet pas abandonné pour autant la conduite automobile, se faisant parfois prêter des voitures par des amis! A cette époque, pour son plaisir elle joue encore de son instrument, entre autres oeuvres des Suites de Bach qu'elle affectionne plus particulièrement. En juin 1986, elle est décorée de la rosette des Arts et Lettres qui lui est remise par André Navarra. Dix années plus tard, le 17 janvier 1997 à Paris dans son appartement de la place de Passy, Lucienne Radisse s'éteint dans sa 98e année et est inhumée dans le caveau de famille au cimetière Montparnasse (Paris).

Conservatoire national supérieur de musique de Paris, classe de violoncelle d'André Navarra, vers 1968 – de g. à dr. : André Navarra, Lucienne Radisse, Geneviève Borda, Daniel Raclot, Catherine Martin, Cecila Tsan, Giliane d'Agon de la Contrie, Christophe Escher, Jean-Michel Vaysse, Manfred Stilz, Nadine Deleury, Philippe Pouquet et Annick Gautier au violoncelle
( Photo A. Papillon, Paris, coll. N. Deleury )

Lucienne Radisse jouait sur un violoncelle de 1739 dû au luthier italien Andréa Castagneri. Né à Crémone à la fin du XVIIIe siècle, fils du luthier Gian Paolo, il avait été élève de Stradivarius, avant de s'installer à Paris où il exerça son art et mourut en décembre 1747. L'instrument de Lucienne Radisse était très remarquable par sa sonorité particulièrement fine. On a dit qu'il avait pu être fabriqué à l'époque pour un virtuose contemporain de Caix d'Hervelois si ce n'est pour lui-même, car on sait qu'il était en effet l'un des clients de Castagneri. Un seul autre violoncelle de ce luthier est connu de nos jours dans le monde et se trouve au Musée instrumental de Berlin. Lucienne Radisse, à la fin de sa vie, donna le sien à l'une de ses élèves préférées...

Au début des années 2000, le violoncelliste Frédéric Audibert, professeur au CNR de Nice et à l'Académie Prince Rainier de Monaco, a enregistré (dQM 6969/SM61) des "Préludes et autres pièces pour violoncelle seul" de Bach, sur un Castagneri de 1739. S'agit-il du même instrument nous ne le savons pas à l'heure actuelle.

Il nous reste heureusement quelques vieux enregistrements par le disque datant des années d'avant-guerre. Ceux-ci nous permettent d'entendre Lucienne Radisse, d'une "musicalité particulièrement pénétrante" qui savait tirer de son instrument des "sonorités exquises", en "faisant montre d'une technique agile, d'un délicat lyrisme, d'un ton raffiné et d'une beauté complète, très personnelle."9

Denis Havard de la Montagne 10

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1) Albert Lebossé est né à Versailles en 1850 et avait été auparavant organiste de Ste-Elisabeth de Versailles (1866 à 1872) puis maître de chapelle de l'église Notre-Dame de Versailles (1872 à 1891) et enfin titulaire du grand orgue de cette même église (1891 à 1904). En 1904, il démissionnait de son poste pour succéder à Emile Cousin, directeur et fondateur du Conservatoire de Versailles où il enseignait déjà le solfège et assurait les fonctions de bibliothécaire depuis sa création en 1878. Il prit sa retraite le 1er mars 1927 pour raison de santé. On lui doit de la musique de chambre, des pages pour piano et de la musique religieuse (messes, motets...) [ Retour ]

2) Ernest Saint-Ange, dit Cros-Saint-Ange (1855-1919), originaire de Castres, fit ses études musicales aux Conservatoires de Toulouse puis de Marseille avant de les achever à celui de Paris, où il remporta un 1er Prix en 1870 dans la classe de Franchomme. Membre du "Quatuor Alard" et de la "Société des Concerts du Conservatoire", il succédait en 1900 à Jules Delsart comme professeur de violoncelle au Conservatoire de Paris, poste qu'il va occuper jusqu'en 1917. [ Retour ]

3) André Hekking (1866-1925), né à Bordeaux, est issu d'une famille de musiciens originaire des Pays-Bas : il est le fils de Robert (1820-1875), le frère d'Antoine, dit Anton (1856-1935), le neveu de Charles et le cousin de Gérard (1879-1942), tous également violoncellistes! Elève de son père puis de son oncle, il s'installait à Paris en 1909 et enseignait à partir de 1918 au Conservatoire de cette ville, ainsi qu'à l'Ecole Normale de musique et au Conservatoire américain de Fontainebleau. Pierre Fournier compte aussi parmi ses élèves. [ Retour ]

4) D'un premier mariage avec Christiane Alexandre Yves Büsser eut 2 enfants : un fils Roland, établi dans le Midi, et une fille Claude, installée aux Baléares. Sa belle-sœur, Janine Alexandre-Debray (1910-2000), avocate, fit une carrière politique comme conseiller municipal de Paris de 1947 à 1971 et sénateur de Paris (1976-1977). Vice-Présidente des "Amis de Marcel Proust", Présidente d'honneur du Festival international de danse de Paris, Présidente du Festival d'automne et Présidente du jury littéraire des Nouveaux droits de l'homme, elle est également l'auteur d'ouvrages biographiques, dont un sur Haendel. Elle est la mère de l'écrivain et philosophe Régis Debray. [ Retour ]

5) Clara del Valle del Marmol, née à Gijon en Espagne en 1893, morte à l'âge de 100 ans en mars 1994 à La Nouvelle Orléans, avait effectué ses études musicales en France, puis à La Nouvelle Orléans, à Newcomb, où elle s'était installée en 1913. Professeur de musique au Collège de Newcomb, elle fut notamment présidente de l'American Association of Univesity Women, de l'Association des professeurs de musique de La Nouvelle Orléans et fonda le Newman club. On lui doit la création de la chanson Charlie Rutalge de Charles Ives, le 17 janvier 1924 au Newcomb College, avec le baryton Leon Ryder-Maxwell. [ Retour ]

6) Les voitures Hupmobile étaient produites par la compagnie Hupp Motor Cap Cor de Detroit et Cleveland fondée en 1908 par Robert et Louis Hupp. Celle-ci disparut en 1941. Elle produisait notamment en 1925 un véhicule 8 cylindres en ligne de 4 litres et 60 CV. Lucienne Radisse participa aussi à des rallyes automobiles dont le célèbre Paris-Saint-Raphaël, réservé aux femmes, qu'elle remporta à 3 reprises et gagna plusieurs trophées aux grands Prix d'élégance automobile, très en vogue au cours des années 1920-1930. Amie de la couturière Nina Ricci, elle était toujours vêtue avec grand soin. [ Retour ]

7) Le 13 juin 1929, Assolant, Lefèvre et Loti avaient réalisé la première traversée sans escale de l'Atlantique dans le sens ouest, aux commandes d'un avion Bernard 191, baptisé "Oiseau canari" en raison de sa couleur jaune. Ce vol historique de 5 900 km fut effectué en 29h22mns. En 1934, Lucienne Radisse déclarait à un journaliste du The New Orleans Item (édition du 6 février) : " J'aime voler. J'ai déjà volé de France en Angleterre et en Espagne, puis en Afrique du Nord..." [ Retour ]

8) C'est en 1931 que fut tourné High Pressurer par Mervyn LeRoy, avec William Powell ( Gar Envans), Evelyn Brent (Francine Dell) et George Sidney (Colonel Ginsburg). La version française appelée Le Bluffeur fut réalisée en 1932 dans les studios d'Hollywood par Henry Blanke et André Luguet (adaptation et dialogue), avec André Luguet (Gar Evans), Lucienne Radisse (Francine Dell) et Turben Mayer (Colonel Ginsburg). [ Retour ]

9) Jacques Pillois dans Le Courrier musical, Isabelle Debran dans le Journal de Genève, et le San Francisco Examiner. [ Retour ]

10) Nous remercions plus particulièrement M. Jean-Pierre Fannius, fils de Lucienne Radisse, qui nous a ouvert si obligeamment ses archives familiales, Mme Claude Faure-Büsser, fille d'Yves Büsser, ainsi que Mme Nadine Deleury, violoncelliste solo de l'Orchestre de l'Opéra du Michigan à Detroit (U.S.A.), ancienne élève de Lucienne Radisse et d'André Navarra au CNSMP, qui nous ont livré leurs précieux souvenirs. Nous n'oublions pas également de citer ici pour leur documentation Mme Michèle Gallien, altiste à l'Orchestre National, ancienne élève de la classe d'ensemble de Lucienne Radisse, et M. Stephen Sensbach, violoncelliste à l'Orchestre National Symphonique d'Irlande et musicologue. [ Retour ]

Statue en grès d'Henri de Nolhac, 1933
( coll. J.P. Fannius )
Dessin d'Henri de Nolhac, 1932
( coll. J.P. Fannius )

 

 


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