NICOLAS SÉJAN
(1745 – 1819)

Nicolas Séjan (gravure XVIIIe siècle)
Nicolas Séjan
( gravure XVIIIe siècle )

Né le 17 mars 1745 à Paris rue des Cordeliers, au domicile de ses parents Nicolas Séjan et Geneviève Fleury, il est tenu le surlendemain sur les fonds baptismaux de l’église St-Cosme par Nicolas Forqueray, organiste, alors domicilié rue de la Verrerie, paroisse St-Merri, son oncle paternel, et Geneviève Cabit femme de Nicolas Fleury, sa grand-mère maternelle. Il décède le 16 mars 1819 à 6 heures du matin, en son domicile parisien 10 rue de Varennes (obsèques célébrées à St-Thomas-d’Aquin) et est inhumé au cimetière de Montmartre.

Considéré comme l’un des plus grands organistes de son époque, Nicolas Séjan débuta ses études au Collège d’Harcourt, tout comme ses autres frères. Son père, négociant en vins, songeait à en faire son successeur, mais l’influence heureuse qu’eut sur lui son oncle Nicolas Forqueray, alors organiste à St-Merri, aux Sts-Innocents et à St-Laurent, le poussa a étudier la musique. C’est ainsi qu’il devint l’élève de cet oncle et également de l’abbé Louis-Charles Bordier, maître de chapelle des Sts-Innocents, qui lui enseigna la composition. A l’âge de 13 ans, il improvisait un Te Deum à l’orgue de St-Merri qui émerveilla l’assistance. Deux années plus tard, il occupait sa première tribune : celle de St-André-des-Arts, où le titulaire René Drouard de Bousset venait de décéder. Le 24 avril 1764, Séjan débutait au Concert Spirituel par un Concerto pour orgue qui recevait un vif succès. Sa renommée était telle qu’à l’âge de 26 ans il fut reçu l’un des 4 organistes de Notre-Dame avec Balbastre, Armand-Louis Couperin et Claude Luce. On le demanda également aux Cordeliers, où Daquin était resté durant 40 ans, mais il n’y exerça que durant trois années, laissant sa place à André-Augustin Oudin en novembre 1776. C’est lui qui fut appelé à St-Séverin en 1762, afin de succéder à son oncle Forqueray et également à St-Sulpice, où il recueillit la succession de Claude Luce (octobre 1783), ainsi qu’à la Chapelle Royale (décembre 1789), où il succédait aux Couperin, et à St-Louis-des-Invalides (1806). A ces tribunes prestigieuses s’ajouta l’orgue de l’Opéra (1794). Virtuose incontesté, il était aussi expert en facture d’orgues. C’est ainsi qu’on le trouve à la réception des orgues de St-Sulpice (1781) et plus tard à celles de St-Nicolas-des-Champs, St-Jacques-du-Haut-Pas, St-Merri, St-Germain-des-Prés... Il fit partie en outre, avec Balbastre et Miroir, de la Commission Molard, chargée sous la Révolution de dresser l’inventaire des orgues de la capitale.

Professeur réputé de clavecin et de piano-forte, Nicolas Séjan est considéré comme l’un des plus dignes représentants de l’école française préromantique. Ses élèves se recrutent principalement dans la haute société parisienne. Au début des années 1780, Mesdemoiselles de Brissac, de Rochechouart, du Roure, de Custine, de Mansion, de La Boullaye, de Chatenay reçevaiant des leçons de Séjan. Egalement professeur d’orgue à l’Ecole Royale de Chant dès 1789, il devint ensuite le premier titulaire de la classe d’orgue à l’Institut National de Musique (le futur Conservatoire) lors de son ouverture en novembre 1795, jusque 1802. Même s’il a peu écrit de musique d’orgue, on sait, par le témoignage de musiciens tels que Choron, Lasceux ou Félix Clément, que les foules se bousculaient pour venir l’entendre à St-Sulpice. C’était incontestablement l’un des plus prestigieux organistes en cette fin du XVIIIème siècle. Même sous la Révolution, durant laquelle il perdit toutes ses places, sa renommée persista et lui permit d’en recouvrer certaines une fois la tourmente passée : St-Sulpice et la Chapelle Royale notamment.

Une maladie de langueur l’emporta le 16 mars 1819. Guiseppe Gagliardi1 relate la fin de Séjan en ces termes, qui certainement demandent à être nuancés : " ... il était fort gros et habillé comme Louis XVI, je crois même qu’il porta toujours l’épée. Sa fin fut remarquable, il mourut dans l’escalier de son orgue, ayant absolument voulu toucher les vêpres un jour de grande fête, bien qu’il se sentit fort malade, et même qu’il prévit sa fin prochaine ; il avait été merveilleusement inspiré le matin de ce même jour, ses improvisations avaient été réellement sublimes, et tout le monde s’était extasié sur ce beau talent qui ne vieillissait point. " On lui doit 6 sonates pour clavecin et violon, 3 sonates pour le clavecin ou le piano-forte, des quatuors, des airs de ballet, et quelques pièces d’orgue et de piano...

En premières noces, par contrat du 27 juin 1779 il épouse Marie-Louise Convert, née le 3 février 1753 à Nemours (Seine-et-Marne). Morte le 12 octobre 1781 en son domicile parisien de la rue de l’Eperon, ses obsèques seront célébrées le lendemain en l’église St-André-des-Arts. Fille de Louis Convert, maître coutelier à Nemours, et de Louise Rousseau, lors de son mariage elle résidait chez les religieuses de Sainte-Aure, rue Neuve-Sainte-Genevière2, à Paris. Dans l’inventaire après décès de Marie-Louise Convert, dressé le 15 octobre 1781, on remarque au domicile des époux Séjan la présence d’un clavecin à grand ravalement de Bellot3 peint en bleu avec filet d’or et d’un forte piano. En secondes noces, par contrat du 30 mai 1789, Nicolas Séjan épouse Marie-Charlotte Marlé, fille de Jean-Baptiste Marlé, organiste, et de Marie-Elisabeth La Cuisse. Née sans doute aux alentours des années 1760, Marie-Charlotte Marlé s’éteint le 29 janvier 1843 au domicile de sa fille, Madame Cousineau, 103 rue du Faubourg Poissonnière. Par acte du 23 mai 1789 passé devant notaire, sa mère, alors veuve et domiciliée rue Tiquetonne (paroisse St-Eustache), constitue pour son procureur Antoine-Jean Somer, facteurs d’orgues à Paris, en lui donnant tout pouvoir pour la représenter tant à la signature du contrat de mariage de sa fille, qu’à la célébration religieuse. En 1780, Nicolas Séjan habite rue de l’Epéron à Paris, en 1792 rue de Montmorency, une dizaine d’années plus tard 35 rue Traversière-Honoré (actuelle rue Molière) et en 1812, lors de la déclaration de naissance de Jean-Henri Place, 40 rue de Bourgogne. Le 3 décembre1814, Louis XVIII lui remettait en personne la Légion d’honneur et le 22 février 1817 il postulait en vain la succession du fauteuil de Monsigny à l’Académie des Beaux-Arts, se faisant devancer par Catel qui fut élu au 12e tour de scrutin le 1er mars 1817 !

De ses deux mariages Nicolas Séjan eut au moins six enfants parmi lesquels : Geneviève Séjan (1780-1832), mère de Henri Place (1812-1880), banquier, peintre et mécène de Cavaillé-Coll, Louis Séjan (1786-1849), organiste de St-Louis-des-Invalides, de St-Sulpice et de la Chapelle royale, et Amélie Séjan (ca 1797-1890), directrice d’une Institution de jeunes filles, mariée à Jacques-Georges Cousineau, dit " Cousineau fils " (1760-1836), harpiste à l’Opéra et au Concert Spirituel, compositeur, éditeur-marchand de musique4, et luthier à Paris, installé 20 puis 32 rue Dauphine et enfin 44 rue de Clichy, fils de Victoire Regnaud et de Georges Cousineau (1733-1800), maître luthier à Paris, rue des Poulies, paroisse St-Germain-l’Auxerrois, originaire de Meschant (Vendée).

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
Loïc METROPE 5
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1) In Revue et Gazette musicale de Paris, 7 novembre 1839, cité par Jean-Luc Perrot dans La Flûte Harmonique, n° 59/60 (1991), p.33, note 22. [ Retour ]

2) Cette communauté s'établit à cet endroit vers la fin du XVIIème siècle. Guillaume Lasceux touchait l'orgue de la chapelle, en même temps que ceux de St-Etienne-du-Mont, des Mathurins, du séminaire St-Magloire et du collège de Navarre. Les Filles de Sainte Aure tenaient également ici un pensionnat de jeunes filles qui accueillit notamment Jeanne Bécu, future Comtesse du Barry. L'emplacement actuel de ce couvent se situe au numéro 16-18 de la rue Tournefort, dans le cinquième arrondissement. [ Retour ]

3) Pierre I Bellot et ses fils, Pierre II et Louis-Charles, célèbre famille parisienne de facteurs de clavecins de la première moitié du XVIIIème siècle, furent notamment accordeurs de l'Académie Royale de Musique et fournisseurs de l'Opéra. [ Retour ]

4) Le 9 novembre 1822 Jacques-Georges Cousineau vend son fonds de commerce d'éditeur-marchand de musique qu'il exploite 32 rue Dauphine, à François Lemoine, musicien de la Chapelle du roi, et Aimée-Constance Berger, son épouse. Il cède notamment les 2614 planches d'étain sur lesquelles ont été gravés les ouvrages faisant partie du fonds, " huit pianos de location et six guittares ". L'état des planches gravées, annexé au contrat de vente, nous livre les noms des compositeurs édités par Cousineau : Séjan père et Séjan Louis, Dalvimare, Krumpholtz, Piccini, Cousineau, Gelinck, Gatayes, Walker, Mozin, Jadin , etc... Ce François Lemoine, dit Lemoine aîné, était le frère d'Henry Lemoine (1786-1854) à l'origine de la maison " Editions Henry Lemoine ", exploitée de nos jours par Pierre Lemoine, 41 rue Bayen, 75017 Paris, bien connue des musiciens. [ Retour ]

5) Cette notice remaniée est extraite d'une étude inédite portant sur La famille Séjan, parue dans la revue trimestrielle L'Orgue, n° 260, 2002-IV (pp.27-58). [ Retour ]


Généalogie SÉJAN

 


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