Line Zilgien à Nancy


Bulletin paroissial - Église St-Léon IX
Couverture du Bulletin paroissial de l'église Saint-Léon IX de Nancy dans les années 1930
( Nancy, Vagner )

Née en 1906, ancienne élève du Conservatoire de Nancy dans les classes de piano et d’orgue de Louis Thirion, Line Zilgien remporta un premier prix le 24 juin 1925. C’est auprès de Marcel Dupré, au Conservatoire de Paris, qu’elle poursuivit sa formation musicale. Avant de tenir l’orgue de Saint-Louis-en-l’Ile, dans la capitale, elle fut, de 1925 à 1933 titulaire de l’orgue Cavaillé-Coll de l’église Saint-Léon IX de Nancy. Tous les ans, lors de la fête de la Sainte-Cécile, son talent était mis en valeur par un programme choisi. Le bulletin paroissial en faisait un commentaire élogieux sous la plume du critique musical Charles Bohème. 1

Ainsi en 1927 :

" Je ne saurais, sans manquer gravement à la justice... et à la reconnaissance, oublier, dans la distribution des éloges, la part très large qui revient à la jeune et remarquable organiste de Saint-Léon IX, Mlle Zilgien. Elle avait, pour cette solennité, fait un très heureux choix de pièces, où le pittoresque Matin provençal de J. Bonnet voisinait avec le séraphique Cantabile de César Franck et les amples fugues de Bach.

" Mlle Zilgien a traduit toutes ces différences avec une souplesse et une fidélité qui témoignent d’une riche culture et d’une très vive intelligence. Que dire enfin de sa vigoureuse et impeccable virtuosité dans la Fantaisie en sol mineur du vieux Cantor de Leipzig, et de l’aisance merveilleuse avec laquelle elle a détaillé la fugue terminale, si difficile et si complexe ? " 2

En 1928, les louanges pleuvent :

" Si sainte Cécile est la patronne des chanteurs, elle est aussi celle des instrumentistes. Cantantibus organis, ipsa decantabat in corde suo, est-il écrit, si je ne me trompe, dans son office du Bréviaire. Ce serait donc un gros péché d’omission que d’oublier la part de l’orgue dans un compte-rendu de cette fête, et j’ajouterai même un grave manquement à la justice, si l’on songe que l’orgue de Saint-Léon IX est tenu par une jeune artiste, chez laquelle la valeur n’a pas attendu le nombre des années. L’an dernier, déjà, j’ai essayé de dire à quel degré de talent et de virtuosité Mlle Zilgien s’était élevée, grâce à ses précieux dons naturels, à sa culture étendue et à son travail soutenu. Une fois de plus, le 25 novembre 1928, j’ai pu admirer tout ensemble la vérité de son interprétation et la perfection de son mécanisme. Les fugues les plus amples et les plus complexes de Sébastien Bach se débrouillent et se dévident sous ses doigts avec une précision et une netteté impeccables. Son jeu de pédales est d’une correction infaillible et d’une étonnante vélocité. Enfin et surtout, Mlle Zilgien possède l’art exquis et si rare d’accoupler les timbres et d’obtenir ainsi des effets charmants et très divers, qui font de son orgue l’équivalent de tout un orchestre. " [Bulletin paroissial, janvier 1929, p. 2]

En 1929, retenu à Valence pour une fête de famille, Charles Bohème ne put assister aux trois offices solennels de la Sainte-Cécile. En 1930, il reprit son habitude et, comme il l’avait fait pour la Schola, encouragea l’organiste par un hommage marqué :

" La partie instrumentale de la fête fut à la hauteur du chant. Mlle Zilgien tenait les grandes orgues. J’ai déjà dit plus d’une fois en quelle estime je tenais sa sûre virtuosité et son intelligence musicale. Hier, j’ai pu, derechef, admirer la netteté avec laquelle elle sait débrouiller les fugues les plus compliquées des vieux classiques ; mais j’ai de plus vivement goûté le charme exquis et la délicatesse du toucher avec lesquelles elle a interprété deux belles œuvres d’un grand maître actuel, M. Marcel Dupré. " [Bulletin paroissial, décembre 1930, p. 5]

Enfin, en 1932, dans la synthèse de la fête, Ch. Bohème citait une dernière fois l’artiste qui fut remplacée l’année suivante par Gaston Litaize :

" La partie instrumentale de la fête ne le cédait en rien au chant. Mlle Zilgien tenait les orgues, et c’est tout dire... car enfin, je n’ose plus répéter cette vérité dont tous les Nancéiens sont, depuis longtemps, convaincus : à savoir que Mlle Zilgien est une organiste di primo cartello, qui joint à la technique la plus sûre, l’intelligence musicale la plus raffinée, et qui possède le secret de s’adapter à toutes les œuvres et à tous les styles. Qu’il me soit permis du moins de signaler l’aisance avec laquelle elle débrouille les fugues les plus complexes de Bach et les délicieuses combinaisons de timbres qu’elle a réalisées hier, dans le charmant Noël de Claude Daquin. " [Bulletin paroissial, décembre 1932, p. 2]

Conservatoire de Nancy, concerts 1937
Couverture des programmes de la saison 1936-1937 des concerts du Conservatoire de Nancy
( illustration par Victor Prouvé )

Le dimanche 6 décembre 1936, c’est à la salle Poirel de Nancy, sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll que l’organiste se produisit dans le cadre des concerts du Conservatoire, sous la direction d’Alfred Bachelet.

Voici le programme des pièces pour et avec orgue : Sinfonia de la Cantate 146 et Choral Aus tiefer Not de J.-S. Bach, L’Ascension et La Nativité d’Olivier Messiaen, Prélude et fugue en sol mineur de Marcel Dupré. Le choral De profundis de Bach était exécuté suivant la version remaniée par Alexandre Guilmant avec un chœur de trombones.

Les journalistes de L’Eclair de l’Est et de L’Est républicain rendirent compte de leurs impressions :

" La grande attraction de ce concert était le concours de Mlle Line Zilgien, notre compatriote bien connue à Nancy, qui fait si grand honneur à l’enseignement de notre Conservatoire. [...] M. Thirion, son premier maître fut donc, lui aussi, à l’honneur. [...] A quoi bon détailler toutes les qualités de l’artiste. c’est la perfection absolue. Impeccabilité, sûreté merveilleuse, registration chatoyante, style. C’est la grande virtuose à tous points de vue. [...] Avec toutes ces œuvres différentes, Mlle Zilgien a enthousiasmé le public. Et, elle me disait après le concert qu’elle travaillait encore sept heures par jour ! Alors, que nous réserve-t-elle pour l’avenir ? " [L’Eclair de l’Est, 8 décembre 1936]

" Line Zilgien est aujourd’hui l’une des premières organistes de notre temps. Elle a secoué les chaînes qui liaient sa personnalité naissante à ses maîtres et s’est affranchie avec une telle décision qu’elle peut donner une interprétation complète, finie, ayant le souci d’art qui ne doit rien à l’école ni à l’influence la plus respectée. [...] Le public fut remué profondément, et saisi par son talent éblouissant. La clarté de son style, la puissance de ses moyens lui permettant de commander en maître un instrument (auquel tant d’organistes obéissent), ont été les marques essentielles de ses exécutions. Et quelle variété dans ces moyens ! La dextérité impeccable, la virtuosité du jeu de pédalier, scandant sans jamais avoir l’ombre d’une hésitation les rythmes extrêmement rapides. La netteté de frappe de son staccato qui fut admirable de régularité dans la Sinfonia de la 146è Cantate de Bach ; l’étonnante saveur d’une registration et de son emploi unissant toujours le caractère des timbres à celui de l’œuvre. " [L’Est républicain, 8 décembre 1936]

Sa réputation n’était pas surfaite. Il faut dire qu’à l’époque, Line Zilgien, que l’on pouvait entendre régulièrement sur les ondes, avait déjà parcouru l’Europe et avait inauguré de grandes orgues aux îles Canaries sur le buffet desquelles son nom avait été gravé. Elle s’apprêtait à partir en tournée pour plusieurs mois en Amérique et au Canada (New York, Chicago, Baltimore etc.) où lui seraient réservées des soirées triomphales.

Olivier Geoffroy

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1) Née le 20 mai 1906 à Nancy, Line Zilgien est morte en 1954 d'une cruelle maladie, à l'âge de 48 ans. Elle était alors titulaire du grand orgue de Saint-Nicolas-des-Champs où elle avait été nommée en janvier 1947, après Saint-Louis-en-l'Ile. C'est Michel Chapuis qui recueillera sa succession en 1954. L'information musicale du 25 avril 1941, à la suite d'un concert donné à Pâques 1941 en l'église Saint-Louis-en-l'Ile, notait que " Mlle Zilgien fit preuve du goût le plus sûr dans la registration et d'une technique aussi précise qu'élégante. " [note DHM] [ Retour ]

2) « Sainte-Cécile » in : Bulletin paroissial Saint-Léon IX, Nancy, Vagner, décembre 1927, p. 3. [ Retour ]

 


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