HENRI CHALLAN
1910 - 1977


 

Henri Challan
(Coll. Michel Baron. Avec l'aimable autorisation de Mme Jacqueline Challan)
D.R.

 

Frère jumeau de René Challan et son aîné puisque né en premier le 12 décembre 1910 à Asnières (Hauts-de-Seine), Henri-Edmond-Emile Challan, fils d'Emile Challan, employé de banque, et d'Hélène Regnault, petit-fils de Charles Challan, accordeur de pianos en région parisienne, originaire d'Auxerre, et de Jeanne Perreau de Fonterman, est orphelin de père à l'âge de 3 ans. Celui-ci, en effet, alors soldat de 2e classe au 309e Régiment d'infanterie est tué à la guerre, le 24 août 1914 à Wisembach (Vosges). Un an et demi plus tard, son plus jeune frère, Pierre Challan, alors âgé de 20 ans et soldat de 2e classe au 4e Bataillon de Chasseurs à pied, est à son tour mort au Champ d'honneur, tué à l'ennemi le 1er mars 1916 au Fort de Douaumont (Meuse). Le père d'Henri et René étant « mort pour la France » à 28 ans, son nom inscrit sur le monument aux morts du carré militaire du cimetière ancien d'Asnières (Hauts-de-Seine), tous deux sont adoptés par la Nation en vertu d'un jugement du Tribunal civil de la Seine rendu le 25 février 1920. Leur mère, veuve à 31 ans, se remariait en 1921 à Robert Mirot, un ingénieur électricien en aéronautique.

 

Henri Challan effectue toutes ses études musicales au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où il entre à l'âge de 11 ans. En 1922, dans la classe de Mme Paul Vizentini il obtient une 1ère médaille de solfège, puis rejoint les classes d'harmonie de Jean Gallon (1er prix en 1930), de fugue de Noël Gallon (1er prix en 1932), de composition d'Henri Büsser (2ème prix en 1934) et de direction d'orchestre (1er prix en 1935). Parallèlement, dès 1931, avec son frère René, tous deux se présentent au Concours de Rome, mais échouent tout comme Olivier Messiaen qui concourt également cette année. A nouveau candidat en 1933 il reçoit le 2ème Second Grand Prix avec la cantate Idylle funambulesque, sur un poème de Paul Arosa et en 1936 décroche le 1er Second Grand Prix avec la scène lyrique Gisèle, sur des paroles de Marie Maindron. Cette même année, lui est décerné par le Conservatoire le Prix de la Fondation Yvonne de Gouy d'Arcy, aux côtés de Dutilleux, Stern, Boulnois, Lantier et Maillard-Verger, et le Prix Fernand Halphen par le comité de la Société des Compositeurs, pour sa Sonate (en sol) pour violon et piano (1935, Leduc) qui sera notamment exécutée à Paris, salle Chopin, le 16 février 1942 par Jean Fournier et Jean Vigué. Trois années plus tard, en 1939 il reçoit le Prix du Concours International de Composition, organisé par le « Quatuor de violoncelles de Bruxelles », pour sa Sonate intime. Le 5 décembre 1935, au Conservatoire de Paris, au cours d'une séance d’audition de travaux exécutés par des élèves appartenant aux classes de composition musicale, le public peut découvrir l'une de ses premières œuvres, un Quintette pour instruments à cordes et basson. On entend aussi ce jour-là : une Sonate pour piano de Gaston Litaize, Le Moulin, rondeau pour chœur avec accompagnement de piano et deux hautbois de Marcel Stern, un Quatuor à cordes de Robert Planel et Cinq Chansons majorquines de Mme Renée Staelenberg.

 

Une importante collection de 10 recueils abordant séparément et selon une difficulté graduée les divers éléments de l'harmonie classique. Seuls les deux derniers volumes ont vu publiées les réalisations complètes et détaillées
(9c et 10c, en cinq clés).
(Paris, Leduc, 1960, coll. Max Méreaux et Michel Baron) DR.

Rappelé sous les drapeaux au moment de la guerre, fait prisonnier au tout début du conflit et rentré de captivité, en 1941 il reçoit commande d'Etat d'une œuvre symphonique. Celle-ci, la Symphonie en sol majeur (Durand) est exécutée le 17 décembre 1942 par l'Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire dirigé par Jean Guitton, en même temps que le Psaume CXXII pour ténor, chœur et orchestre d'Emile Goué, Le Livre pour Jean de Maurice Thiriet et le Poème symphonique sur un texte de Charles Péguy d'Emile Damais. Entre temps, le 11 juin 1941, à Paris, Salle Debussy de la rue Daru, pour son 140e concert Le Tryptique met à son programme Maurice Fouret et Henri Challan. De ce dernier, le public découvre en 1ère audition à Paris sa Suite intime pour quatuor de violoncelles, interprétée par le « Quatuor Froberger » (R. Loewenguth, P. Labadie, R. Froberger et Dupuis) et une Sonate pour violon et piano, jouée par Jean Fournier et Mme Henri Challan. Cette dernière, née Isabelle Pautot, qu'il avait épousée à Paris en décembre 1934, était également une ancienne élève du Conservatoire de Paris, où elle avait remporté un 1er prix d'harmonie en 1932 (classe de Jean Gallon), un 2ème prix d’accompagnement au piano et le « prix Louise Batigne » de 200 fr. la même année (pas de 1er prix décerné cette année). C'est dans la classe d'harmonie de Jean Gallon qu'ils s’étaient rencontrés.

 

En 1942, Henri Challan est nommé professeur d'harmonie au Conservatoire de Paris, poste qu'il va occuper durant de nombreuses années. Plus tard, il enseignera également l'harmonie au Centre National de Préparation au C.A.E.M. (Paris). Pédagogue réputé, il forme ainsi plusieurs générations de musiciens et dans son enseignement, resté longtemps une référence, c'est lui qui introduit dans les classes d'écriture l'étude des styles. Parmi ses nombreux élèves, il convient de citer le compositeur et Prix de Rome (1960) Jean-Claude Henry, le compositeur et directeur du Conservatoire de Saint-Brieuc Enyss Djemil (alias Francis-Paul Demillac), les chefs d’orchestre Marcel Mule, Yan-Pascal Tortelier et Henri-Claude Fantapie, le flûtiste Roger Bourdin, le clarinettiste André Boutard, les pianistes Maria de La Pau et Abdel Rahman El Bacha, les organistes Pierre Cochereau, Pierre Vidal, Georges Delvallée et Pierre Pincemaille, l'ondiste Françoise Deslogères, sans omettre Michel Baron, professeur honoraire d'écriture au Conservatoire de musique du Québec au Saguenay (Canada), compositeur et webmestre de Musimem. Ses nombreux ouvrages pédagogiques, longtemps d'actualité dans les conservatoires et autres écoles de musique sont encore parfois utilisés : 24 Leçons d'harmonie faciles et progressives (Eschig, 1939), 380 Basses et chants donnés, en dix recueils pour l'étude de l'harmonie, des accords consonants aux leçons libres (21 fascicules, Leduc, 1960), Mélodies instrumentales à harmoniser, dans quelques styles harmoniques caractéristiques, Bach, Mozart, Schumann, Fauré, Debussy, Ravel, préface de Raymond Gallois Montbrun (18 volumes, Leduc, 1980). On lui doit aussi, écrit en collaboration avec Jacques Chailley, une Théorie de la musique, en 2 volumes (1er cycle, 2éme cycle) avec une préface de Claude Delvincourt (95 et 78 pages, Leduc, 1947, 1951 et édition en espagnol par César Aymat : Leduc, 1964), suivie d'un Abrégé de la théorie de la musique (32 pages, Leduc, 1948). Le compositeur Michel Legrand, un autre de ses élèves, écrira un jour de son maître qu'il avait un don extraordinaire : « celui de faire aimer ce qui est beau. Il sait nous éveiller aux subtilités de l'harmonie, c'est-à-dire de l’écriture verticale, à laquelle il a voué sa vie entière. Les enchaînements harmoniques qui règnent sur ma musique sont directement hérités de son enseignement. » (dans son autobiographie Rien n'est grave dans les aigus, 2013)

 

Ses nombreuses activités dans l'enseignement lui laissent peu de temps pour la composition. Néanmoins on lui doit plusieurs œuvres, dont certaines de grande valeur. En dehors de celles précédemment citées, mentionnons des pages pour orchestre : Scherzo et reflets, un Concerto pour piano, un Concerto pour saxophone (Leduc, et réduction pour saxophone en mi bémol et piano), un Concerto pour violon (1942, Choudens, 1957 et réduction pour piano et violon) et de la musique de chambre : Ronde pour violon et piano, 4 pièces faciles (Pierre Noël, 1942/Billaudot), Complainte du chat pour violon et piano (Eschig), Promenade du petit ours à lunettes pour violon et piano (Eschig), Diptyque pour alto et piano, pour le Concours du CNSMP (Leduc, 1961), Ballade pour violoncelle et piano, pour le Concours du CNSMP (Leduc, 1965), Variation romantique pour violoncelle et piano, pour le Concours du CNSMP (Eschig, 1975), Reflets pour contrebasse et piano, pour le Concours du CNSMP (1970, Leduc), Fantaisie pour basson et piano, pour le Concours du CNSMP (1961, Leduc), Suite pour basson et piano : Prélude, Large, Menuet, Scherzo (Selmer, 1935), ces deux dernières œuvres enregistrées en 2013 par Ryan Romine, basson et Sangmi Lim, piano (CD Blue Griffin recording, Lansing, Michigan, USA), Variations pour trompette en ut et piano, pour le Concours du CNSMP (1957, Leduc), Variations pour cor et piano, pour le Concours du CNSMP (Leduc, 1967), Intermezzo pour tuba en ut ou saxhorn basse si bémol et piano, pour le Concours du CNSMP (1969, Leduc) et un Sextuor pour cordes (violon, alto violoncelle) et bois (flûte, clarinette si bémol et basson) achevé en mai 1932 (inédit, manuscrit conservé par ses descendants). Quant au Quintette pour cordes et basson, déjà mentionné (inédit, manuscrit égaré), il a été enregistré en 1950 par Marcel Raynal et Georges Alès (violons), Maurice Vieux (alto), André Navarra (violoncelle) et au basson Fernand Oubradous (collection de l'INA). Mentionnons encore une mélodie pour enfant composée en mai 1935 : Histoire d'un petit ours, Il est petit, bien petit, éditée à Paris, chez Pierre Noël en 1942 (Billaudot), ainsi que des musiques de films pour le court-métrage de fiction Port-Royal de Pierre Mandru, pour lequel il écrit une Suite pour piano (Salabert, 1942), et, en collaboration avec Henri Poussigue, pour le film (drame) Notre-Dame de la Mouise de Robert Péguy, sorti en 1941, avec Edouard Delmont, Odette Joyeux et François Rozet.

 

Sextuor pour cordes et bois, Henri Challan
Sextuor pour cordes et bois, Henri Challan
Premières mesures du manuscrit autographe (conducteur) du Sextuor pour cordes et bois, achevé en mai 1932
( coll. famille Challan-Couderd ) DR.

 

Henri Challan est décédé le 17 février 1977 à Paris. Sa veuve, née Jacqueline Debonnet, professeur de formation musicale au CNSMP à laquelle succédera en 1996, à son départ à la retraite, son assistante Roselyne Masset-Lecocq, est l'auteur d'un ouvrage didactique en 2 volumes, paru à Paris, chez Chapell (1980, 1982) : Lecture de notes : 1. Premier livre de lecture de notes et d'initiation aux intervalles pour les musiciens débutants : clé de sol et clé de fa 4e - 2. Étude des lignes supplémentaires, initiation à l'intonation et aux rythmes, préparation à la dictée musicale par la mémorisation : clé de sol et clé de fa 4e. Sa fille, Hélène Challan (1950), née d'un précédent mariage avec Louise Robin, a épousé le chef d'orchestre Daniel Couderd (1948) : chef de l'Orchestre Symphonique du Campus d'Orsay de 1982 à 1998, puis de l’Orchestre de Chambre Science et Musique, fondateur du Choeur du Campus d'Orsay en 1986 et professeur agrégé de musique, il a notamment été invité par Joachim Havard de la Montagne à se produire dans sa série de concerts « Une Heure de musique à la Madeleine » (Paris 8e), le 17 novembre 1992, avec un « Festival Jean-Sébastien Bach », au cours duquel furent donnés le Concerto Brandebourgeois n° 3, BWV 1048, le motet Komm, Jesu komm, BWV 229 et le Concerto en la mineur pour violon et orchestre, BWV 1041, avec pour soliste la violoniste Anne Couderd-Abichou (1972), petite-fille d'Henri Challan.

 

Denis Havard de la Montagne

(novembre 2017)

 

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