Documents complémentaires
sur l’histoire des orgues des Antilles françaises

(archives paroissiales, archives de manufactures, coupures de presse)


Voir aussi: Les orgues des collectivités et départements français d'Outre-Mer
Voir aussi: Les organistes des Antilles au XIXème et au début du XXème siècles



Cathédrale de Fort-de-France (Martinique)

Orgue Daublaine de 1837

Le numéro du 30 octobre 1837 du Bulletin colonial, supplément à la Revue du XIXè siècle, donne les précisions suivantes au sujet de cet instrument dans sa page 4 :

« L’orgue destiné à La Martinique, dont nous avons eu l’occasion de parler précédemment, vient d’être terminé dans les ateliers de MM. Daublaine et Cie, rue Saint-Maur-Saint-Germain, n°17.

Avant de se faire livrer ce bel instrument, MM. Humberg et Cie, du Havre, chargés de son expédition l’ont fait examiner et éprouver par M. Miné, organiste de Saint-Roch.

De son côté, M. Le préfet apostolique de La Martinique a fait essayer cet instrument par M. Fessy, organiste de l’Assomption, en présence de plusieurs personnes capables d’apprécier son mérite et parmi lesquelles se trouvait M. le comte de Lucotte.

Ces deux épreuves ont été on ne peut plus satisfaisantes, et la facture de cet orgue fait un grand honneur à la maison Daublaine et Cie. »

Il faut signaler ici que le comité de rédaction de la Revue du XIXè siècle s’était mis en rapport avec la maison Daublaine afin de faire bénéficier les paroisses des colonies françaises de tarifs avantageux dans l’achat d’un orgue. Il s’agissait d’un type d’orgues à cylindres perfectionné appelé « orgue simplifié » doté d’un clavier de 46 touches, pour les organistes, et d’un second clavier à chiffres destiné à ceux qui ne connaissaient pas la musique. Les plus petits modèles affichaient les seuls jeux de bourdon 8’ et de prestant 4’ auxquels il était possible d’ajouter une doublette 2’ et un clairon 4’.

On trouve dans le journal Les Antilles (Saint-Pierre, Martinique) du 24 août 1881 une annonce qui indique que « l’orgue de la cathédrale de Fort-de-France est à vendre (s’adresser à M. Thou, trésorier) », afin d’être remplacé par l’orgue Cavaillé-Coll construit cette même année. Mais il est fort probable que l’instrument mentionné dans cette annonce n’était plus l’orgue Daublaine.

Orgue Cavaillé-Coll de 1881

Les archives de la maison Cavaillé-Coll déposées à la BNF (ark:/12148/btv1b85144058 ) nous apprennent que la façade du buffet de chêne était constituée de quatre tourelles et de trois plates faces ornées de tuyaux en montre en étain. L’orgue possédait précisément 2176 tuyaux et la console était dotée de 15 pédales de combinaisons. S’il y avait 32 jeux, l’on trouvait néanmoins 34 registres à la console (destinés à des emprunts ? ou à des tirants de sonnette et/ou de tacet, afin de respecter une certaine symétrie ?).

Le journal « Le Ménestrel » du 1er mai 1881, année 47, n° 22, p. 173, donne des informations concernant la facture de cet orgue qui se trouvait encore dans les ateliers de Cavaillé-Coll :

« La ville de Fort-de-France, à La Martinique, va bientôt posséder l’un des plus parfaits instruments qui soient sortis des ateliers de notre célèbre facteur Cavaillé-Coll, « l’orgue fait homme », a écrit quelque part M. Saint-Saëns, qui s’y connaît. N’est-il pas un peu humiliant pour nous de voir nos colonies s’enrichir des chefs d’œuvres de l’industrie artistique contemporaine, tandis qu’un grand nombre d’orgues de nos superbes basiliques gémissent encore sous les coups de la vieille facture d’il y a cent ans ! Puisse l’exemple profiter… L’orgue de La Martinique se compose de trente-deux jeux effectifs distribués sur trois claviers manuels et un pédalier de trente notes. La disposition des registres est des plus heureuses. : pour la pédale et le grand orgue, les jeux de fonds sont tous placés du même côté et les jeux d’anches du côté opposé. Cette disposition, déjà employée par Cavaillé-Coll à l’église Saint-Vincent-de-Paul, plus tard par M. Barker à Saint-Augustin, et récemment par M. Merklin à Saint-Eustache, permet à l’exécutant de faire promptement connaissance avec son instrument. Les registres des deux autres claviers sont placés au-dessus des registres du clavier principal avec cette particularité que ceux du deuxième clavier (le positif) occupent le côté gauche, tandis que ceux du troisième clavier (le récit) ont été installés à droite, dans le même sens que les deux pédales expressives à pivot qui, fixées au milieu de la console des claviers, peuvent être manœuvrées par chaque pied indifféremment, ce qui est précieux pour l’exécution de la musique moderne d’orgue. Les facteurs d’orgues devraient bien, une fois pour toute, adopter cette disposition tout à fait logique des pédales d’expression car nous ne sommes plus au temps où l’on ne jouait guère du pédalier que très sobrement avec le pied gauche, l’autre pied ne sachant pas faire autre chose qu’ouvrir et fermer, sans repos ni trêve, la boîte expressive : cela s’appelait chez nous, il y a une trentaine d’années, au moment de la fondation de l’école de musique Niedermeyer, toucher brillamment de l’orgue ! Et dire que Sébastien Bach était mort depuis un siècle !... Trop de sentimentalité dans l’inspiration des organistes de cette époque, dont l’ignorance en ce qui concernait les choses les plus élémentaires de leur art, et de l’art en général, était flagrante.

Pour en revenir au nouvel instrument de M. Cavaillé-Coll, nous dirons qu’un nombre suffisant de pédales de combinaisons assure à l’artiste les effets que son imagination peut lui suggérer. Nous ne saurions trop engager tous ceux qu’intéressent les choses d’orgue à faire le pèlerinage de l’Avenue du Maine avant que l’orgue de la Martinique ne parte pour sa résidence lointaine, ce qui aura lieu prochainement ; ils seront ravis de ce très remarquable instrument, de l’idéale perfection de chacun de ses jeux et de sa belle et puissante sonorité.

Aujourd’hui, dimanche, à quatre heures, à la Manufacture Cavaillé-Coll, Avenue du Maine, première audition par M. Ch.-M. Widor, du grand orgue de Fort-de-France (Martinique). »

Le numéro du 8 mai 1881, année 47, n°23, p. 183, relate l’audition faite par Widor :

« La matinée d’orgue donnée dimanche dernier par M. Widor sur l’orgue de La Martinique a tenu, et au-delà, tout ce qu’elle promettait. Après avoir épuisé son très intéressant programme, M. Widor a du recommencer une nouvelle séance à laquelle a pris part Mme Fuchs, qui a chanté avec le charme que les dilettantes savent apprécier, quelques-unes des charmantes mélodies du jeune maître. On a entendu avec un très vif intérêt la remarquable Cinquième Symphonie pour orgue et diverses autres pièces de l’auteur de La Korrigane, plus le Prélude et la Fugue en ré de J.-S. Bach et la Fanfare de Lemmens. M. Widor a déployé cette maestria qui lui est si personnelle et qui fait de lui un virtuose si original et si brillant. Il était d’ailleurs merveilleusement servi par l’instrument qu’il présentait à son auditoire. Le nouvel orgue de Cavaillé-Coll est la perfection même.

Une seconde audition du grand orgue de Fort-de-France (Martinique) aura lieu après-demain, mardi, à quatre heures précises à la Manufacture Cavaillé-Coll, Avenue du Maine. Elle sera donnée par M. Eugène Gigout, avec le concours de M. Diémer et de Mme Vicini-Terrier. M. Gigout fera entendre plusieurs de ses nouvelles compositions pour orgue. Voici d’ailleurs l’intéressant programme de cette séance : 1. Introduction et thème fugué pour orgue d’Eug. Gigout, 2. Andante du Premier Concerto pour piano, Sérénade pour piano et orgue de L. Diémer, 3. Vivace de la Deuxième Sonate pour orgue de J.-S. Bach, Communion d’Eug. Gigout, Air de la Pentecôte de J.-S. Bach, transcrit pour orgue par Eug. Gigout, 4. Air d’Alceste de Gluck, chanté par Mme Vicini, 5. Andante symphonique pour orgue d’Eug. Gigout, 6. Pièces pour piano d’Eug. Gigout, Le rappel des oiseaux de Rameau, Ouverture de La Flûte enchantée de Mozart (transcrite par M. Diémer), par M. Diémer, 7. Improvisation d’orgue par M. Gigout, 8. Cavatine du Barbier de Séville de Rossini, chantée par Mme Vicini, 9. Grand Chœur dialogué pour orgue d’Eug. Gigout. »

Le numéro du 15 mai 1881, année 47, n°24, p. 191, rapporte l’audition d’Eugène Gigout :

« Elégante assistance, nombreuses sommités artistiques et mondaines à la seconde audition de l’orgue de La Martinique donnée mardi dernier dans les ateliers de M. Cavaillé-Coll par M. Gigout. L’éminent artiste a fait entendre avec grand succès ses compositions d’orgue récemment parues. L’Introduction et Thème fugué et le Grand Chœur dialogué ont fait beaucoup d’impression. Ces deux pièces d’un caractère large et solennel, d’une sonorité variée et éclatante, hardies dans leurs modulations et d’une facture serrée sont particulièrement remarquables. Dans la première, le motif initial de l’introduction n’est autre que le thème, ensuite fugué, traité par augmentation et dont la partie supérieure et la pédale font entendre ensemble des fragments différents. La charmante Communion, l’Andante symphonique, avec ses intéressants développements, et la transcription de l’air de la Pentecôte, déjà entendus au Trocadéro, ont produit leur effet accoutumé. Egalement comme improvisateur, M. Gigout a été longuement et chaleureusement applaudi. Ses partenaires, Mme Vicini-Terrier, et M. Diémer, ont eu leur bonne part des bravos de l’assistance. M. Diémer a joué, accompagné par l’orgue, l’Andante de son Premier Concerto et sa Sérénade. Seul, il a fait entendre l’Impromptu et le Capriccio de M. Gigout, le Rappel des oiseaux, de Rameau et sa brillante transcription de l’ouverture de La Flûte enchantée qui lui a valu une ovation très méritée. Mme Vicini a parfaitement dit l’air d’Alceste et vocalisé à ravir l’air du Barbier de Séville ; aussi a-t-elle reçu de vives félicitations. Cette très intéressante séance fait grand honneur au sympathique organiste de Saint-Augustin et à M. Cavaillé-Coll dont le bel instrument a été de nouveau admiré de tous. »

Celui du 25 juin 1881, année 47, n°30, p. 240, narre une nouvelle audition donnée sur l’orgue à la Manufacture Cavaillé-Coll :

« Les ateliers de M. Cavaillé-Coll se sont ouverts de nouveau vendredi 17 juin pour une audition (la troisième) de l’orgue de La Martinique. Cette audition était donnée par les élèves de l’école de musique religieuse, sous la présidence de l’évêque de La Martinique qui était entouré de quelques membres du clergé de Paris. Nous ne reviendrons par sur les sérieuses qualités qui distinguent le talent naissant des élèves de l’Institution que Niedermeyer a fondé sur des bases très larges et avec un programme d’enseignement très élevé et très complet. Contentons-nous de nommer les jeunes Binet, Ballmann, Bouault, Bouichère, Chanaud, Colignon, Lutz et Pallez qui ont exécuté alternativement à l’orgue et au piano des pièces parfois très difficiles de Sébastien Bach, Beethoven, Mendelssohn, Boëly, Widor et Gigout ainsi que l’ouverture à quatre mains de Marie Stuart de Niedermeyer, et celle de Roméo et Juliette de M. Gustave Lefèvre, directeur de l’école. Les organisateurs de cette intéressante séance s’étaient, de plus, assuré le concours de Mme H. Fuchs, dont le beau talent ne cesse de charmer, de M. Berthelier, le remarquable violoniste, et de MM. Loret et Gigout, professeurs à l’école. M. Loret a fait entendre une Marche funèbre et un Andante religioso de sa composition qui ont été très goûtés et M. Gigout a improvisé de manière à impressionner vivement l’assistance qui lui a témoigné son sentiment par des applaudissements réitérés et très chaleureux. En somme, bonne journée pour l’école de musique religieuse et pour le bel orgue de Cavaillé-Coll dont le succès est grand et mérité. »

Celui du 16 avril 1882, année 48, n°20, p. 159, se fait l’écho de l’installation et de l’accueil fait à l’orgue à Fort-de-France :

« On se souvient de l’orgue de La Martinique, que M. Cavaillé-Coll a exposé l’année dernière dans ses ateliers et qu’ont joué avec succès, dans deux séances publiques, MM. Widor et Gigout. Ce magnifique instrument vient d’être inauguré solennellement, en présence du Gouverneur de La Martinique et des autorités civiles et religieuses de la colonie. Les journaux en parlent avec enthousiasme et adressent au célèbre facteur, qu’ils sont bien près de considérer comme un dieu, les éloges les plus mérités. »

Enfin, celui du 23 avril 1882, année 48, n°21, p. 166, évoque l’inauguration de l’instrument à Fort-de-France en ces termes :

« Nous lisons dans le journal des Antilles : L’inauguration des nouvelles orgues de la cathédrale de Fort-de-France a eu lieu dimanche dernier. M. Charles Pornain a fait ressortir, avec son talent habituel les sons vraiment remarquables de ce magnifique instrument. M. Albert de Pichery avait bien aussi voulu prêter, pour la circonstance, le concours de son talent. La foule nombreuse qui remplissait l’église est sortie véritablement émerveillé de ces orgues qui font le plus grand honneur à la maison Cavaillé-Coll et aux deux artistes chargés de leur installation. »

Autre témoignage de Louis Garaud (Trois ans à la Martinique, Paris, 1892, p. 119-120) :

« Je sors de l'église. La cérémonie à laquelle je viens d'assister valait la peine d'être vue. On célébrait la première communion avec grand apparat. Des guirlandes de feuillage, des fleurs naturelles, des bouquets artificiels d'or et d'argent paraient le maître-autel. Il y avait profusion de lumières : les appliques, les candélabres, les lustres de cristal étaient allumés. La voix de l'orgue se faisait douce et lointaine pour répondre aux versets des chantres et des enfants de choeur. […]

Les fidèles, endimanchés, emplissaient les chaises et les bancs dans . les bas-côtés et dans la nef principale jusqu'au fond de l'église, dont le portail béant, sous l'orgue, nous montrait, à travers une trouée de soleil aveuglant, une foule curieuse, entassée, couvrant le porche, le parvis et même les marches du grand escalier extérieur. » 

L’orgue Cavaillé-Coll disparut dans l’incendie qui se déclara à Fort-de-France au mois de juin 1890 :

« En un moment, par la sacristie et la toiture, le feu se communique à la Cathédrale. Bientôt, de ce monument, il ne reste plus que les murs ; toutes les richesses de l’église sont perdues, presque rien n’a été sauvé ; les orgues ont été la proie des flammes, les cloches sont transformées en un canal de bronze bouillonnant. » (Les Tablettes coloniales, organe des possessions françaises d’Outre-Mer, 4 août 1890, p. 3)

Une lettre manuscrite du père Robert Huré, datée du 2 octobre 1952, a été retrouvée au milieu des feuillets composant un recueil de notes de la maison Cavaillé-Coll. Le destinataire en est inconnu. L'absence d'enveloppe et d'adresse ne nous aide pas à l'identifier. Toutefois, il semble qu'il s'agissait du détenteur des archives Cavaillé-Coll au début des années 1950, en l'occurence la Société Cavaillé-Coll Pleyel, alors dirigée par Jean Krug-Basse. Le père Huré cherche à obtenir des renseignements sur l'orgue de 1881 :

«  RP. Huré
Boîte postale 79
Fort-de-France, Martinique

Monsieur,
Ici, à la Martinique, j'ai fait connaissance avec André Roethinger qui m'a dit vous avoir vu récemment avant son départ de France.
C'est lui qui m'a indiqué votre adresse et m'a fait espéré [sic] trouver auprès de vous un renseignement que je cherche depuis plus de 8 ans!
Voici, je suis organiste de la cathédrale de Fort-de-France, titulaire d'un orgue Haerpfer de 51 jeux. J'ai fait l'historique des orgues de Fort-de-France, car l'instrument actuel est le troisième, le second fut un Cavaillé-Coll-Mutin en 1924 [sic, plutôt 1923] qui céda la place en 1936 au 51 jeux actuel. Il se trouve actuellement dans une paroisse voisine et M. Roethinger est en train de le faire revivre. Avant, un 1er instrument fut acheté en 1880 et coûta 60 000 francs à la Fabrique. C'était un pur Cavaillé-Coll. M. Roethinger m'a dit que vous lui en aviez parlé. Or, il a brûlé complètement avec la cathédrale en 1890, dix ans seulement après et je n'ai jamais pu avoir la composition de cet instrument qui devait être "formidable", vu le prix.
Voici donc le but de cette lettre : pourriez-vous me donner des détails sur cet instrument, en consultant les archives de Cavaillé-Coll, notamment le nombre et la composition des jeux.
C'est une lacune énorme dans l'historique des orgues de la Martinique que je serais heureux de connaître grâce à votre bienveillance.
Dans l'espoir de recevoir bientôt les détails désirés depuis si longtemps et vous remerciant à l'avance du dérangement que vous prendrez pour cela, je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de mes meilleurs sentiments.

Robert Huré, C.S.P., organiste cathédrale Fort-de-France »

Dans un autre ouvrage, on retrouve des témoignages sur l'orgue Cavaillé-Coll ("Coeur Créole", 1635-1902, Saint-Pierre, Martinique, Annales des Antilles françaises, Journal et album de la Martinique, Paris, Berger-Levrault, 1905) : 

« Détails relatifs à l'incendie de Fort-de-France, 22 juin 1890. [...] Sont anéantis : l'hospice civil, l'église, son orgue monumental qui venait d'être payé 100 000 francs, ses cloches (30 000 francs), ses riches décorations, ses vitraux. [...] On a vu l'abbé Montout dans la rue [...] essayant de consoler et d'encourager le pauvre M. Pornain, l'organiste, que la désolation a déséquilibré pour un moment, tant il aimait son orgue et se trouvait heureux au service de la cathédrale de Fort-de-France. » (p. 187-189)

« Le tocsin s'est tu, la cathédrale elle-même, cette sentinelle qui veille sous le regard de Dieu a déposé les armes. Un tourbillon de flammes l'enveloppe et l'étreint. Des crépitements sonores éclatent de son sein : c'est l'orgue dont l'étain coule en une nappe argentée. » (p. 196-197)

Orgue Mutin-Cavaillé-Coll de 1922

Au cours d’une session extraordinaire du Conseil général du département de La Martinique, en 1918, il était question du projet d’achat d’un orgue pour la cathédrale (p. 20) :

« Art. 6. – Dépenses éventuelles – Il est certain que l’achat d’une [sic] orgue pour la cathédrale ne pourra pas être réalisé cette année ; aussi bien nous vous demandons d’ajourner à l’année prochaine le paiement de l’annuité de 5 000 francs. – Pas d’objection – Adopté »

On relève également la mention suivante dans le numéro du 6 juin 1922 du périodique Les Annales coloniales (Paris) :

« Inauguration des grandes orgues en la Cathédrale de Fort-de-France, le dimanche 21 mai. »

Le Bulletin de l’Agence générale des colonies (Paris, Melun, 1923) mentionne page 1286 :

« Importation d’un orgue pour la cathédrale de Fort-de-France, valeur 55 000 francs. »

Dans les Annales de la propagation de la foi (Lyon, Rusand) de janvier 1933, page 8, on lit sous la plume du père Le Dortz :

« - Les Saints-Innocents – C’est, à la Martinique, le grand jour de la prime jeunesse. Beaucoup d’enfants se sont réveillés ce matin-là, sans s’en douter. Ils sont légion ceux qui vont être amenés à la messe dite pour eux. […] Il y en a plus d’un millier. […] Et de cette cohue bariolée, de cette mêlée chatoyante de petites robes sortent des cris, des rires, des sons de petites trompettes, des accords d’harmonica, des pleurnichements qui se ressemblent tous. Concert spirituel d’un nouveau genre où se mêleront, durant toute la messe, les plus forts jeux du grand orgue. » (« Les fêtes de Noël à la Martinique »)

Orgue Haerpfer de 1936

Article extrait du journal La Paix (Fort-de-France), no 3203, Samedi 10 octobre 1936.
F-Pn/ MFILM JO-9098 [aimablement communiqué par Anne Delvare]

« À la cathédrale. L’inauguration solennelle des orgues. »

« Il était 5 heures et demie précises, Jeudi soir, lorsque S. Exc. Mgr. l’Evêque, revêtu de la Cappa magna et précédé d’un nombreux clergé, fit son entrée solennelle dans sa cathédrale, remplie d’une foule énorme, tandis que les anciennes orgues, sous les doigts habiles du R. P Baumann, jouaient l’Allegro maestoso en Ut mineur de C Franck. Au trône, où il vint immédiatement s’asseoir, Mgr l’Evêque était assisté de Mgr Boyer, Administrateur du diocèse de la Guadeloupe, et de Mgr Second, vicaire général du Diocèse. En face sur une estrade, M. le Gouverneur Pélicier avait à ses côtés le secrétaire général, le maire de Fort-de-France, le Colonel Commandant supérieur, le Chef de cabinet adjoint et quelques membres du conseil privé.

La cérémonie, qui commença aussitôt, comportait trois parties : le concert d’orgue proprement dit ; le discours ; les chants.

Le Concert d’orgue

Mgr l’Evêque ayant donné aux nouvelles orgues la bénédiction solennelle, le concert commença. Pour analyser convenablement le régal qui nous fut donné au cours de ce concert et notamment du récital, il faudrait être soi-même un artiste, d’autant plus que les morceaux exécutés avaient été choisis parmi les œuvres des plus grands maîtres de la musique : Bach, Haendel, Franck, Widor. Nous n’avons pas cette prétention. Mais nous avons pu cependant apprécier la puissance, la sonorité, la multiplicité des jeux variés (51 jeux) et la souplesse du merveilleux instrument dont est désormais dotée la Cathédrale de Fort-de-France. Menées par l’artiste qu’est M. E. Démont, organiste de St-Pierre et St-Paul de Pointe à Pitre, ancien élève de l’Institution Nationale de Musique de Paris, les orgues vibraient, chantaient, pleines de vie et de mouvement. Et l’impression profonde ressentie était plus émouvante encore chez les auditeurs qui savaient que l’artiste est un aveugle.

Le Discours

On ne pouvait mieux faire, pour célébrer les nouvelles orgues, que de choisir M. le Chanoine Auber. Son style infiniment nuancé, tout à tour léger et grave, simple et solennel, symbolisait parfaitement les diverses variations des orgues.

Il rendit tout d’abord hommage à tous ceux qui de près ou de loin, par leur activité ou leur présence, avaient contribué à l’éclat de cette fête, et notamment : l’éminent artiste venu de la Guadeloupe ; le R. P. Baumann, organiste de la Cathédrale et Maître de Chapelle, ainsi que les instrumentistes du Patronage St-Louis et les chanteuses de l’Ouvroir ; le cher Frère Alban « aussi humble religieux que technicien habile ». C’est lui, en effet, qui exécuta les plans, devis et travaux des nouvelles orgues. Et quand on pense que ces orgues comptent 3.518 tuyaux, on se fait une idée de ce que dût [sic] être son travail.

Puis l’orateur donna un magistral aperçu historique du chant au service de l’Eglise, depuis les Hébreux jusqu’à nos jours. Il évoqua les conversions dues à la grâce de Dieu par le moyen de la musique sacrée. Et dans une péroraison enthousiaste il invita les auditeurs à livrer leurs âmes au rythme des orgues pour monter jusqu’à Dieu et le louer « dans sa gloire et dans sa majesté. »

Les chants

La partie de la cérémonie qui, après le discours, fut la plus goûtée par l’ensemble des assistants fut certainement l’exécution des chants par la chorale des jeunes filles de l’Ouvroir, sous la direction du R. P. Baumann. A l’harmonie des voix parfaitement mesurées et conduites s’ajoutait l’éclat des cuivres de la fanfare du Patronage et la sonorité des orgues. Le Psaume 150 de C. Franck, le Jubilate Deo de Wagner, et, à la fin du salut, La Gloire de Dieu de Beethoven, constituaient une véritable féérie, faite de piété, de puissance et d’harmonie.

Belle manifestation artistique

En résumé cette fête, en tous points réussie, fut une des plus belles manifestations religieuses et artistiques que Fort-de-France aît [sic] jamais connues. Et la population peut exprimer au R. P. Marie, curé-archiprêtre de la Cathédrale, le réalisateur de cette féérie, toutes ses félicitations et sa reconnaissance pour avoir doté la Cathédrale de si belles orgues que la Martinique peut en être légitimement fière. »

[Le curé-archiprêtre de la cathédrale, le R.P. Alfred Marie (1899-1974), cité dans l’article, deviendra par la suite évêque de Cayenne.]

Le périodique martiniquais La Femme dans la cité, dans un numéro de novembre 1948 (p.4) se fait l’écho d’un concert spirituel auquel était associé l’orgue Haerpfer :

« C’est le lundi 15 novembre que se sont fait entendre, dans des œuvres d’une grande beauté, le R.P Huré, maître de chapelle, M. Camille Villette, violoniste, et la chorale de l’Ouvroir. L’éloge du R.P Huré comme exécutant n’est plus à faire. C’est au compositeur que vont nos vifs remerciements pour l’émouvant hommage « Aux morts de la guerre » qu’on ne se lasse pas d’entendre. Le programme, très bien composé, faisait alterner la pureté classique de Bach avec les amples phrases éthérées de Tartini et de Th. Dubois si bien traduites par M. Villette et l’impressionnante interprétations des « Martyrs aux Arènes ».

Une mention particulière au céleste prélude de César Franck. Bonne soirée pour les Cœurs vaillants et pour l’auditoire fervent et silencieux qui remplissait la cathédrale. Le vrai, le grand art.

P. N. »

Un an plus tard, le même journal (1949, p. 6) évoquait un autre concert spirituel donné par le père Huré sur l’orgue de la cathédrale :

« Le concert du mercredi 27 avril donné par le R.P. Huré, organiste et maître de chapelle de la cathédrale au profit des grandes orgues restaurées s’inscrit parmi les manifestations qui concourent le mieux à la formation du goût musical du public martiniquais. Certes, maints auditeurs vont au concert spirituel simplement par devoir ou par esprit de piété, mais parmi les fidèles, très important est le nombre de ceux qu’attirent [sic] l’amour de la musique religieuse, sans compter les incroyants, amateurs de grande musique.

La puissance et la richesse des sonorités des orgues restaurées n’a pas manqué de frapper même les profanes en matière de musique d’Eglise. Grâce à elles, le R.P Huré a pu faire valoir toutes les ressources de son art, en particulier dans la Suite Gothique pour grand orgue de Boëllmann et la Légende de Vierne.

La chorale de la cathédrale, décidément très en progrès, a exécuté avec une étonnante maîtrise le difficile Ave Maria [sic] Stella en trois versets de Nibelle et avec tout l’enthousiasme voulu le Cantate Domino d’Alain. Nous avons bien reconnu la manière du R.P. Huré dans le Je vous salue, Marie et le Regina coeli. Quel dommage que, surchargé de besogne, cet émouvant compositeur n’écrive qu’en cas d’extrême nécessité !

Mlle Cécile Albane, violoniste, nous a ravis en exécutant le Largo et Allegretto de Bach. Cette artiste est douée d’une sonorité exquise. Dans l’Andante de Barrière (1775), nous avons beaucoup aimé ses notes graves. Avec Camille Villette, nous avons là deux remarquables exécutants.

Nos plus sincères compliments au R.P. Huré, prêtre, organiste, maître de chapelle et aumônier de jeunes.

Au cours du concert eut lieu la bénédiction de la nouvelle statue de la « Mère aimable », œuvre du sculpteur Georges Hartmann, qui orne maintenant la façade de la maîtrise, rue de la République. »


L'extrait d'ouvrage suivant nous permet d'apprendre que l'orgue Haerpfer était doté de deux consoles, à l'instar de son homologue de la cathédrale de Pointe-à-Pitre : 

 

« Les précédentes orgues qui comptaient 23 jeux, avaient été inaugurées le 21 mai 1921, le R. P. Janin était curé. 

 Celles actuelles dues à l'initiative du R. P. Marie sont mues par l'électricité et comportent 51 jeux dont un offert par le facteur d'orgues, et 3518 tuyaux, d'un poids de 13.000 kilos. 

 L'instrument, construit par la Manufacture Lorraine des grandes orgues, est sur la tribune latérale, au coin qui domine la chapelle du Sacré-Cœur. 

La console des claviers correspondante est placée sur l'autre tribune latérale, à la partie qui surplombe la chapelle de la Sainte Vierge. Une seconde console de claviers est installée près du chœur. 

 Le buffet, exécuté d'après les plans et dessins du frère Alban, a été construit en bois des colonies dans les ateliers de M. Grant. 

 A ces orgues et à celles qui les ont précédées se rattachent le souvenir de ceux qui en ont doté Fort-de-France et de ceux qui les ont tenues. » (Théodore Baude, Fragments d'histoire ou Hier et aujourd'hui, à la faveur d'une promenade dans les rues et aux environs de Fort-de-France, Fort-de-France, imp. officielle, 1940, p. 51)

 

Voici une dernière évocation de cet orgue sous les doigts du père Huré : 

 

« Le dernier sermon de la station du carême 1950, prêchée par le Révérend-Père Plaisantin associe sa note éloquente à la symphonie des « alléluia » que le Révérend-Père Huré fait monter de nos grandes orgues, ainsi que les volutes vibrantes de je ne sais quel encens sonore et prestigieux.» (Albert Adréa, Conférences, discours, chroniques, 1935 à 1973, Fontenay-le-Comte, imp. Lussaud, 1975 p. 362)

Orgue Roethinger (début des années 1960)

Voici un article intitulé « L’Orgue de la Cathédrale » publié sous la plume du père Huré dans le périodique Aujourd'hui Dimanche, hebdomadaire chrétien de la Martinique, numéro du 17 octobre 1976.
F-Pn/ FOL-JO-15627 [Tolbiac] [aimablement communiqué par Anne Delvare] :

« De nombreux paroissiens de la cathédrale s’inquiètent au sujet de l’orgue, à cause des travaux qui sont commencés et qui vont durer très longtemps. Cette inquiétude est partagée évidemment par le Père Huré, organiste de la cathédrale qui se préoccupe du sort de son instrument depuis de longs mois. » (p. 1)


« On a commencé par donner au P. Huré toute assurance que l’orgue serait protégé par la construction d’une immense caisse en bois qui enfermerait complètement l’orgue. Mais, à la fin du mois d’août, les entrepreneurs ont demandé que l’orgue soit complètement démonté, car ils s’étaient aperçu que les colonnes situées derrière l’orgue étaient complètement rongées par la rouille à la leur base. Il est impossible de les réparer si l’orgue reste en place. Démonter l’orgue et le laisser pendant plusieurs années dans des caisses, c’est le condamner définitivement, comme ce fut le cas il y a plusieurs années, pour l’orgue de Pointe-à-Pitre. La SEULE SOLUTION, puisqu’il faut démonter l’orgue, c’est de le remonter ailleurs. Le P. Gauthier, curé de Bellevue, a bien voulu accepter de prendre l’orgue de la cathédrale pour le mettre dans son église. Ainsi l’orgue sera sauvé. Et quand (?) les travaux de la cathédrale seront terminés, l’orgue reprendra sa place initiale, évidemment ! Certains paroissiens de la cathédrale regretteront, certes, de voir partir leur orgue ailleurs, mais, quand dans une famille un membre risque d’attraper une maladie grave, voire mortelle, on n’hésite pas à s’en séparer pour le sauver… Et on n’en est que plus heureux de le revoir ensuite reprendre sa place au sein de la famille, en excellent état. Certes, la famille qui l’aura accueilli pendant longtemps pour un changement d’air salutaire regrettera son départ, mais elle se réjouira d’avoir pu contribuer à le sauver. C’est ce qui se passera pour les paroissiens de Bellevue qui ne verront pas sans regret l’orgue quitter
leur église pour revenir chez lui à la cathédrale, mais ils seront heureux d’avoir contribué à sauver ce bel instrument d’une valeur de 50 millions d’A.F., et cela, grâce à leur curé, le P. Gauthier.

Voilà la solution envisagée. Se réalisera-t-elle ? Le P. Huré multiplie les démarches auprès de plusieurs facteurs d’orgue afin que deux spécialistes viennent sitôt terminées les Fêtes de Noël et du jour de l’An. Jusqu’ici il n’a reçu de leur part qu’une seule réponse, plutôt favorable. Il n’y a donc encore rien de définitif et vous serez tenus au courant de la suite qui sera donnée à ce projet envisagé.

Père Robert HURE, Organiste de la cathédrale. » (p. 3)

Cet article nous apprend que le transfert de l’orgue Roethinger vers l’église de Bellevue, où il se trouve aujourd’hui encore, n’était au départ que provisoire. Il semble que les paroissiens et le curé de Bellevue se sont attachés à l’orgue et n’ont pas voulu le voir retrouver son emplacement originel. Le père Huré a donc dû saisir l’opportunité d’avoir un orgue plus important, construit par Laval-Thivolle, tel qu’il se présente actuellement dans le chœur de la cathédrale.

Dans le numéro du 14 novembre 1976, page 2, le père Huré revient sur l’histoire des instruments successifs de la cathédrale (article communiqué par Anne Delvare) :


« Les orgues de la Cathédrale de Fort-de-France


Le pluriel est de rigueur, car la cathédrale de Fort-de-France s’est vue doter, au cours de son histoire de plusieurs orgues. En 1855, avec l’autorisation du gouverneur, la fabrique fait l’achat d’un orgue de choeur de 12.000 F (monnaie de l’époque). Le premier organiste fut M. Antzenberger engagé en 1868 au traitement de 2.000 F. 1880 voit l’installation d’un grand orgue, c’était un Cavaillé-Coll. Il avait coûté 60.000 F. Une épidémie de fièvre qui emporta le promoteur, l’abbé Dieudonné, retarda l’installation de l’instrument ; aucun monteur n’acceptait de venir. La maison Cavaillé-Coll dut faire appel à deux étrangers : M. Verkamp, Hollandais et M. Moote, Anglais. Ce grand orgue devait disparaître dans l’incendie de 1890.


En 1895, la nouvelle cathédrale est inaugurée. Un petit orgue de 12 jeux venant de la maison Didier, d’Épinal y est
installé. Il devait fonctionner jusqu’en 1922, date à laquelle on installe un grand orgue (2 claviers, 26 jeux). C’était un Cavaillé-Coll-Mutin. Il coûta la somme de 80.000 F et fut inauguré le 21 mai par M. Griffit, organiste de la cathédrale de Port d’Espagne. En 1926, il subit une restauration complète, à la suite d’une inondation. En 1936, il s’en va aux Terres-Sainville où il finit dans l’abandon ses jours.


Il est remplacé par un orgue de 51 jeux, 3 claviers manuels. Il venait de la maison Haerpher [sic]. Il fut inauguré le 14 août 1936 par M. E. Demont, organiste à Pointe-à-Pitre. Il devait faire une longue carrière, pour être remplacé en 1967 par un instrument de 26 jeux, installé non plus à la tribune, mais au fond du choeur. Il a été inauguré par le R. P. Huré, maître de chapelle et organiste de la cathédrale. C’est celui qui est actuellement en fonction. »

 

Orgues disparus (Martinique)

Eglise Saint-Laurent du Lamentin

Les archives paroissiales font état de la délibération du conseil de fabrique au sujet de cet orgue, le jeudi 18 mai 1887 :

« Monsieur le Président soumet au conseil une proposition relative à l’acquisition d’un orgue destiné à remplacer l’harmonium qui est usé et ne suffit plus aux cérémonies. M. Didier, fabricant d’orgues, offre à la fabrique du Lamentin un instrument très convenable au prix de trois mille francs, payables par annuités et à long délai. Le conseil est unanimement d’avis d’accepter le prix annoncé et de le payer en dix ans et sans intérêts. Le conseil admet que les frais d’emballage et de transport seront à la charge de la fabrique, laissant à M. Didier le soin et les dépenses occasionnés par la mise en place. C’est dans ces conditions que le conseil donne plein pouvoir à M. le Curé pour traiter avec M. Didier. » (http://www.patrimoines-martinique.org/ark:/35569/a011386268759D9JIc6)

Cathédrale de Saint-Pierre (église du Mouillage) Martinique

L’organiste, Jules Honoré Pornain (1821-1868), professeur de piano, était également compositeur. On lui doit notamment des Variations brillantes pour le piano sur une Baracarolle de Weber op. 4 (Paris, Benoît Aîné). L’orgue Cavaillé-Coll avait été remanié par Henri Didier avant sa destruction par l’éruption volcanique de 1902. Si l’on en croit son prospectus publicitaire, le facteur vosgien en avait fait un « grand seize pieds ».

Voici une transcription intégrale de la lettre adressée par Aristide Cavaillé-Coll à Jules Pornain, le 6 novembre 1852, au sujet d’une éventuelle construction d’orgue pour la cathédrale de Saint-Pierre (p. 58-59) :

« M., j’ai l’honneur de vous accuser réception de la lettre que vous avez bien voulu m’écrire le 24 septembre expiré pour m’informer du projet de la fabrique de la cathédrale de votre ville, relatif à l’établissement d’un orgue convenable pour son église et de la mission qu’elle vous a donné d’entrer en arrangement avec un habile facteur.

Je vous remercie, M., de la préférence que vous avez bien voulu donner à notre maison et je vous prie de croire à l’avance que nous ferons tous nos efforts pour nous en rendre dignes si la fabrique veut bien donner son approbation aux plan et devis que nous avons l’honneur de vous soumettre et de vous adresser ci-joints.

Les renseignements très circonstanciés que vous me donnez dans votre lettre, M. me font espérer que nous trouverons en vous un juge parfaitement éclairé et que vous voudrez bien vous charger d’expliquer à la fabrique ce qui n’aurait pu trouver place dans notre devis.

Je me suis renfermé autant que possible dans la composition des jeux que vous avez-vous-même projeté sauf quelques légères modifications que je crois utiles au bon effet de l’orgue ; ainsi j’ai cru devoir donner un peu plus d’importance au clavier de récit et y transporter le jeu de voix humaine que vous aviez placé au grand-orgue. J’ai cru devoir enfin un peu augmenter le plein-jeu du grand-orgue pour le mettre en rapport avec les jeux de fonds.

J’estime cet instrument composé de 30 jeux à 30 000 francs.

Le buffet en chêne poli conforme au plan – 7 000 francs.

Les frais d’emballage soit – 2 500 francs

Ensemble – 39 500 francs

Maintenant si ce chiffre paraissait trop élevé, on pourrait opérer les réductions suivantes, savoir :

  1. Pour la suppression du positif, partie instrumentale d’une valeur de 4 500 francs

  2. Partie instrumentale ou buffet : 2000 francs

  3. Emballage : 700 francs

= 7 000 francs

Ce qui porterait le prix de l’orgue à 32 500 francs

Quant à la reprise de l’ancien orgue ou à son emploi dans la construction du nouvel instrument, je ne pense pas que cet arrangement fut avantageux pour la fabrique, il serait mieux de trouver à placer cet instrument tel qu’il est dans le pays.

Je dois appeler encore votre attention sur un autre point très important et dont vous ne parlez pas dans votre lettre, c’est le montage de l’instrument sur place. Je ne sais pas s’il vous serait possible de le faire monter sous votre direction par les ouvriers du pays, ou s’il faudrait envoyer un ouvrier capable pour montrer et accorder l’instrument, dans ce dernier cas, il faudrait ajouter aux dépenses prévues pour l’orgue, les frais de voyage et de séjour d’un chef ouvrier, plus une indemnité de 10 francs par jour à partir du départ jusqu’à sa rentrée à Paris.

Il est entendu dans tous les cas que nous joindrions à l’emballage un mémoire explicatif et un plan pour reconnaître les différents objets et les monter. Il est également entendu que le bois de chêne serait exclusivement employé dans la construction de cet orgue et que toutes les précautions seraient prises pour éviter les inconvénients que vous nous signalez dans votre lettre d’après l’observation qui vous en a été faite par M. Le Président de la fabrique.

Je remarque que je n’ai pas encore répondu à la demande que vous m’adressez si, en dehors du prix de l’orgue, nous voudrions nous charger de faire établir une tribune en harmonie avec l’orgue pour le recevoir.

Comme il s’agit d’un objet matériel de charpente et de menuiserie que l’on peut faire établir probablement plus économiquement sur les lieux, je pense que la fabrique, qui connaît mieux que nous les ressources locales, pourrait faire établir avec bien moins de frais que nous. Nous pourrions s’il en était besoin vous adresser un plan en harmonie avec le buffet, mais il faudrait pour le bien de la chose que vous puissiez nous transmettre préalablement un plan et une copie de l’emplacement où l’on désire établir cette tribune. En nous adressant ce plan, je pourrais vous dire ce que coûterait l’établissement de cette tribune en bois de chêne, construite à Paris.

Je désire, Monsieur, que vous trouviez dans ma réponse tous les éclaircissements nécessaires. Je regrette seulement qu’un voyage m’ait empêché de vous les transmettre aussitôt que vous me les avez demandés.

Veuillez, je vous prie, M., être notre interprète auprès de M. le Président et de MM. les membres de la fabrique de la cathédrale et vous pouvez les assurer dans le cas où ils voudront bien nos plan et devis que nous ferons tous nos efforts pour justifier leur confiance et la vôtre.

Agréez en même temps, M., mes bien sincères remerciements et les salutations empressées de votre serviteur.

P. S. : Je dois vous faire remarquer que l’horloge figurée dans le plan n’est point comprise dans le prix du devis. Le cadran seul serait figuré ou un autre ornement, si on le préfère.

Je dois ajouter aussi que l’estimation du buffet se rapporte aux ornements les plus simples et que si l’on choisissait le côté où sont indiquées les figures, il faudrait ajouter 500 francs au prix marqué. Je vous prie de soumettre ces observations à la fabrique. »

Il est question de son fils, Charles Pornain (1846-1907), dans un extrait de l'ouvrage de Joseph Rennard, La Martinique, historique des paroisses, des origines à la Séparation (Thonon-les-Bains, 1951, p. 41-42) :

« L'abbé Cudennec […] a ajouté de nouveaux jeux aux anciennes orgues. [...]
De tous mes souvenirs artistiques, écrit Me Percin, le plus tenace, le plus impressionnant que je garde, c'est celui d'une nuit de Noël. Il y avait de passage à Saint-Pierre un merveilleux chanteur. Ce grand artiste, pour complaire à cet autre artiste qu'était l'abbé Simonnet, consentit à chanter le Minuit, chrétiens à la tribune de la cathédrale. Pornain, l'organiste hors pair, de ses doigts agiles plaqua sur les claviers du grand orgue les premiers accords de cette musique, à la fois simple et majestueuse, d'Adolphe Adam. Feitlinger, entonnant le Minuit, chrétiens, c'est l'heure solennelle... emplit le vaste vaisseau des ondes vibrantes et harmonieuses de sa voix puissante et métallique, pure et sans alliage. Lorsqu'il eut terminé la dernière strophe de ce chant immortel, un murmure d'admiration passa sur l'assistance, le frisson sacré parcourut le peuple des fidèles, et dans ce cadre prestigieux, dans ce flot de lumière, dans cette vapeur d'encens, on se sentit comme transporté à travers les espaces éthérés, dans l'immense étendue, vers l'inconnu des cieux. »


Notre-Dame-de-la Délivrandre, Morne-Rouge, premier orgue Didier

Une religieuse clarisse, sœur Séraphine du Cœur de Jésus, a, à la fin du XIXè siècle, rassemblé ses souvenirs relatifs aux catastrophes naturelles subies par La Martinique entre 1891 et 1902 (Une pauvre clarisse, Une Histoire vécue des cataclysmes de la Martinique, Lille, Desclée de Brouwer, 1904) et évoque l’orgue Didier du Morne-Rouge :

« Près du sanctuaire se trouvait le magnifique établissement des Sœurs de la Délivrande. […] Les religieuses avaient la garde du sanctuaire qu’elles ornaient avec un goût exquis. Elles dirigeaient les chants et tenaient l’orgue. » (p. 35)

« Deux mois avant le sinistre, j’allais un jour à l’église de Notre-Dame-de-la-Délivrande m’exercer à l’orgue. Quel n’est pas mon étonnement, en voyant deux photophores (lampes) qui se trouvaient sur l’orgue, vaciller, tressauter, comme s’il allait tomber, tandis que l’autre était immobile. […] J’eus le pressentiment d’un immense malheur… Hélas ! il devait se réaliser… deux mois après, j’apprenais la destruction de la presque totalité de ma famille. » (p. 72)

« Après la destruction du Morne-Rouge [nous sommes en 1903] […] Monseigneur a donné à notre curé [l’abbé Jourdan, curé de Saint-Joseph], l’autel, le beau chemin de croix et l’orgue de l’église du Morne Rouge. L’autel et le chemin de croix sont déjà placés, mais nous ne pouvons encore jouir de l’orgue, car il y a huit tuyaux de montre qui sont brûlés et il faut attendre qu’on en reçoive d’autres de France » (p. 205-206)

« M. Gérodias, vieillard presque octogénaire habitant le Morne Rouge […] était très habile en toute sorte de métier, et malgré son âge se rendait utile par son adresse et son esprit ingénieux. Très souvent on l’employait à l’église pour réparations d’orgue ou autre, car il était apte à tout ce qu’il voulait. » (p. 218)

Un autre ouvrage est source d'informations à propos de l'orgue Didier. Signé par Jean Donatien L'Evesque op. et préfacé par le cardinal Tisserant, il a pour titre «Mère Marie de la Providence, fondatrice des religieuses missionnaires » (Toulouse, Privat, 1968). On peut y lire au troisième chapitre (« 6. Et à la Martinique ? 1885-1890 ») :

« Au Morne-Rouge, le pensionnat prospérait sous la direction de Mère Anselme ; des jeunes filles entraient au noviciat, on avait installé en 1885, dans l'église du Morne-Rouge, un magnifique orgue de 17 jeux et 2 claviers, apporté de Lorraine. Une sœur en avait la charge. »

Et plus loin au quatrième chapitre (« 4. Le cyclone, 18 août 1891 ») :

« Le lendemain de cette terrible catastrophe, le soleil se leva plus radieux que jamais. […] Morne-Rouge, lettre d'août 1891 : « Mes bien chères filles, […] c'est surtout au Morne-Rouge que le fléau destructeur a fait des ravages. Notre pauvre village n'existe pour ainsi dire plus. L'église de Notre-Dame-de-la-Délivrande est à terre : le clocher, la charpente, tout est parti. Les murs sont renversés, les bancs, l'orgue etc. Il ne reste plus de ce beau sanctuaire que des ruines. Notre-Dame-de-la-Délivrande seule est restée debout sur son trône. »

Voici d’autres précisions apportées par J. Rennard dans son ouvrage La Martinique, historique des paroisses, des origines à la Séparation (Thonon-les-Bains, 1951), p. 321 :

« En six mois, l’église fut debout. C’est celle que nous voyons encore aujourd’hui. […] La bénédiction eut lieu le 9 mai 1897 et elle fut consacrée par Mgr de Cormont le 4 mars 1902. Hélas ! Quelques mois après, une autre catastrophe plus terrible encore vint frapper le Morne Rouge. Le volcan, après avoir dévasté Saint-Pierre et les environs, déversa ses cendres incandescentes sur la région du Morne Rouge. […] L’église, bien que couverte en essentes, resta intacte, mais toute la région ayant été évacuée, elle paraissait désormais inutile et elle fut dépouillée de tout ce qu’elle possédait. Les vases sacrés allèrent à Fort-de-France, les cloches à La Redoute, les orgues à Saint-Joseph […] »

Si l’on en juge par les cartes postales publiées après la catastrophe de 1902, l’église du Morne Rouge n’était pas si intacte que cela. On peut constater que les vitraux avaient été soufflés et qu’une partie de la toiture était éventrée. Mais le mobilier intérieur avait effectivement été préservé, pour l’essentiel.

Après le cyclone de 1891, il semble donc qu’un autre orgue avait succédé au premier orgue Didier. Ce nouvel instrument déplacé ensuite à Saint-Joseph aurait été posé grâce à la ténacité de Mgr Carméné :

« Le Morne-Rouge, en particulier, fut sa prédilection. […] Il a conçu le dessein hardi de rebâtir, en l’agrandissant, le Sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Délivrande couché à terre par la tempête. Flèche élancée, élevez-vous plus haut, […] orgues harmonieuses, produisez vos plus riches accords […] » (Un Conflit religieux à la Martinique : justice et vérité, Paris, Picquoin, 1897, p. 6)

Eglise Saint-Etienne du Centre, Saint-Pierre

L’orgue Didier a été béni le 31 janvier 1883 ainsi que le rapporte l’abbé Z. Gosse dans son discours prononcé dans l’église à l’occasion de la fête patronymique de Mgr Julien Carméné, évêque de La Martinique, discours ensuite publié par la Librairie Catholique de l’œuvre de Saint-Paul (Paris, 1883, p. 19).

Cathédrale Notre-Dame de Guadeloupe de Basse-Terre (Guadeloupe)

Un projet d’installation d’orgue « simplifié » de la maison Daublaine à la cathédrale de Basse-Terre a vu le jour en 1836, mais il semble qu’il ne s’est jamais concrétisé car c’est en définitive à la cathédrale de Pointe-à-Pitre qu’un instrument de ce type a été posé l’année suivante, et seul cité par la suite :

« Cet ingénieux instrument qui avait été présenté à l’exposition de 1834, à cause de la simplicité de son procédé, se présente aujourd’hui avec des améliorations considérables, qui ajoutent infiniment à ses avantages. […] C’est une chose dont nous nous sommes convaincus nous-mêmes en visitant l’établissement avec M. de Jabrun, délégué de la Guadeloupe, et M. l’abbé Lacombe, préfet apostolique, de la même colonie. Ces messieurs ont joué différents airs à la première vue et le résultat leur a paru si satisfaisant que […] M. le Préfet a exprimé le vœu que ses paroissiens de la Basse-Terre puissent se déterminer à orner leur église d’un instrument qui ajouterait si efficacement à la pompe des cérémonies. » (Bulletin colonial, 28 juin 1836, p. 3)

Si l’on en croit le prospectus publicitaire d’Henri Didier, un orgue de ce facteur avait été posé à la fin du XIXè siècle dans cette cathédrale. Il avait donc précédé les polyphones de 1921 et 1929.

Henri Didier devait sa notoriété aux anciens ouvriers de Cavaillé-Coll qu’il avait réussi à embaucher, parmi lesquels des harmonistes qui donnaient à ses instruments sensiblement les mêmes timbres que ceux du facteur parisien, ce dont on peut se rendre compte aujourd’hui encore, notamment au travers de ses orgues de Saint-Nicolas de Nancy et de la cathédrale de Laon. Plusieurs orgues des Antilles ont bénéficié du travail desdits ouvriers. L’abbé Edmond Simonet, prêtre à Saint-Pierre de la Martinique puis curé de Neufchâteau dans les Vosges et dévoué à Henri Didier, avait probablement voulu faire du zèle pour aider son protégé à remporter des marchés de constructions d’orgues en insistant de manière excessive sur ce point. Charles Mutin, successeur de Cavaillé-Coll n’a guère apprécié cela et un procès a opposé les deux manufactures ainsi que le rapporte le journal La Croix du jeudi 21 novembre 1901 qui transcrit dans sa page 4 une lettre adressée par Didier à Mutin, ainsi qu’un arrêté de jugement émis par le Tribunal de commerce d’Epinal le 27 août 1901 :

« Messieurs Charles Mutin et Cie,

[…] Pour rendre hommage à la vérité et contrairement aux mentions indiquées à mon insu sur des circulaires portant mon nom […], il n’existe dans mes ateliers d’Epinal aucun des anciens collaborateurs de M. Aristide Cavaillé-Coll, votre prédécesseur et maître. Je vous autorise en outre à faire de ma lettre tel usage que bon vous semblera. Veuillez agréer etc.

H. Didier »

« Etude de M. Viturat, avoué à Epinal. […]

Attendu que si M. Didier a exécuté la partie des conventions intervenues relative au versement d’une indemnité, il y a contrevenu en faisant insérer dans un certain nombre de journaux une note dans laquelle il explique que s’il n’a jamais employé d’anciens collaborateurs de M. Cavaillé-Coll, il a eu à son service d’anciens ouvriers de ce dernier dont il donne les noms.

Attendu que c’est à tort que M. Didier se prétend étranger à la publication de la note ajoutée à sa lettre par l’abbé Simonet ; que l’abbé Simonet a agi au nom et pour le compte de M. Didier et qu’il doit être considéré tout au moins comme son mandataire officieux travaillant à faire prospérer la maison Didier par ses soins et démarches. […]

Le tribunal fait défense à Didier d’employer à l’avenir dans ses prospectus et réclames le nom de Cavaillé-Coll, à peine de 100 francs de dommages-intérêts pour chaque infraction régulièrement constatée. […] »

Cathédrale de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)

Orgue Daublaine de 1837

Cet orgue était un « orgue simplifié » disposant d’un clavier de 46 touches et d’un second clavier destiné à faire jouer l’instrument à partir des cylindres présentant des airs variés.

Voici ce qu’en dit le Bulletin colonial du 19 août 1837 :

« La société Daublaine et Comp. […] a déjà reçu de nombreuses commandes de l’Amérique du nord et des colonies.

L’expédition qu’elle fait en ce moment pour la Pointe-à-Pitre d’un orgue qui a éprouvé deux mois de retard lui a suggéré de faire publier l’avis suivant :

[…] dans les colonies, le moyen le plus prompt et le plus avantageux de se procurer un orgue serait de se charger, au lieu même de la demande, de faire établir tout ce qui a rapport à la menuiserie extérieure, c’est-à-dire le meuble dans lequel est enfermé l’orgue. Afin de prévenir à cet égard toute possibilité d’erreur dans le calcul des proportions, MM. Daublaine, en commençant la confection de l’orgue, en adresseraient le plan avec l’indication rigoureusement exacte des mesures. De cette manière, le meuble et l’instrument s’exécuteraient en même temps, et quand celui-ci débarquerait au lieu de sa destination, on pourrait le monter immédiatement sans la moindre difficulté. Par ce moyen, les commandes venant des colonies seraient plus tôt satisfaites que celles de la Métropole et la société Daublaine, quel que fût le prix de l’orgue demandé, compenserait la valeur du meuble en fournissant un jeu de plus, et en se chargeant de tous les frais d’emballage et de transport jusqu’au Havre […]. »

Le numéro du 9 février 1837 donnait une précision supplémentaire au sujet de l’orgue de Pointe-à-Pitre :

« Nous conseillons aux personnes qui, à l’avenir, auront à nous adresser des commandes d’orgues de la société Daublaine, d’imiter la prévoyance de M. le Vice-Préfet apostolique de la Guadeloupe : cet ecclésiastique a envoyé tout l’acajou nécessaire au buffet de l’orgue, qui se conservera ainsi infiniment mieux qu’en bois de chêne. »

Orgue Cavaillé-Coll (1856)

Voici une mention d'un des organistes qui ont tenu cet instrument :

« Assez souvent déjà, des jeunes gens et des jeunes filles, après avoir achevé leur éducation professionnelle, ont quitté la France pour exercer leur art à l'étranger ou dans les colonies. En 1892, un aveugle aimant les aventures s'embarquait pour les Antilles, se fixait d'abord à la petite île Saint-Martin où un bon curé s'intéressa à lui, puis devint successivement organiste à Saint-Pierre de la Martinique et à la cathédrale de la Pointe-à-Pitre ; il occupe encore ce dernier poste dans une situation florissante, à la tête d'une bonne clientèle d'élèves et d'accordage de pianos. » (M. De La Cizeranne, « Les musiciens et les musiciennes aveugles dans les missions coloniales, in La Réforme sociale, Paris, juillet 1903, p. 447)

En dépit d’une erreur de date, le journal
Les Annales coloniales du 13 février 1930 évoque cet instrument (p.1) :

« Treize cent deux orgues Cavaillé-Coll sont répartis dans le monde entier, dont seize pour les colonies françaises. Il y a quelques cinquante ans, un instrument de cette marque était débarqué à la Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, devant une foule émerveillée à la vue de « l’orchestre du bon Dieu ». »

Orgue Laval-Thivolle actuel

A l’origine, le clavier de positif comptait un jeu de larigot 1 1/3’. Il a été remplacé par la suite par un jeu de septième 1 1/7’.




L'orgue en Martinique dans le journal « Les Antilles »

 

Voici des extraits d'articles de ce journal édité à Saint-Pierre de La Martinique, relatifs aux orgues des Antilles. L'abbé Simonnet, signataire de plusieurs articles, se faisait agent commercial de la manufacture d'Henri Didier.

 

« L’Orgue de l’Eglise de Notre-Dame de la Délivrande (Morne-Rouge)

Il y a quelque vingt-cinq ans, à partir du jour où le pèlerinage de Notre-Dame de la Délivrande a été desservi par les Révérends Pères du Saint-Cœur de Marie, l’auguste Sanctuaire du Morne-Rouge s’est embelli merveilleusement chaque année. Depuis le gracieux et fier clocher qui porte bien haut dans les airs le signe sacré du salut, depuis les riches lambris qui dérobent à la vue la nudité des murailles, depuis les dalles de marbre des parvis du Temple jusqu’aux peintures de ses voûtes, depuis le riche ex-voto, où s’épanouit radieuse et consolante la blanche image de notre bonne mère, jusqu’aux autels avec leurs bronzes précieux et leurs riches ornements, tout a été fait avec le goût le plus exquis par les zélés missionnaires, gardiens de la basilique.

Mais à ce Temple, il manquait une voix, la plus belle, la plus suave comme la plus émouvante de toutes, la voix de l’orgue, qui peut mêler ses chants, ses prières harmonieuses aux chants, aux prières de la foule. Grâce à l’initiative et au zèle du vénéré Père Blampin, l’église du Morne-Rouge va être dotée du royal instrument.

Un orgue, de 17 jeux, à 2 claviers manuels, à console et à pédale indépendante, vient d’être construit en Lorraine pour le Morne-Rouge. Cet instrument, qui est un grand huit pieds en montre, a été établi d’après les règles de l’art moderne et est un petit chef d’œuvre. Comme puissance, il est à peu près la moitié du bel orgue de Fort-de-France et en a toutes tes ressources mécaniques.

 

Voici quelle est sa composition :

 

Au clavier du grand orgue :

1° Flûte de 8 pieds en montre ;

2° Bourdon de 8 pieds ;

3° Bourdon de 16 pieds ;

4° Salicional de 8 pieds ;

5° Prestant de 4 pieds ;

6° Flûte harmonique de 8 pieds ;

7° Trompette harmonique de 8 pieds ;

8° Clairon de 4 pieds ;

 

Au clavier du récit :

9° Bourdon de 8 pieds ;

10° Voix céleste de 8 pieds ;

11° Flûte traversière de 4 pieds ;

12° Cor de chamois de 8 pieds ;

13° Viole de gambe de 8 pieds ;

14° Hautbois et basson de 8 pieds ;

15° Voix humaine de 8 pieds ;

 

Au clavier de pédales :

16° Soubasse de seize, par transmission ;

17° Octave basse de huit, par transmission ;

 

Pédales de combinaisons :

1° Accouplement du récit au grand orgue ;

2° Accouplement du grand-orgue au pédalier ;

3° Accouplement du récit au pédalier \

4° Accouplement à l’octave grave ;

5° Appel des fonds du grand orgue, à double effet ;

6° Appel du grand chœur, à double effet ;

7° Appel des anches du grand orgue, à double effet ;

8° Appel des anches du récit, à double effet ;

9° Pédale d’expression du récit ;

10° Trémolo.

 

Un artiste aussi consciencieux qu’éminent, le digne et savant M. Grosjean, organiste de la cathédrale de Saint-Dié, avait bien voulu suivre les travaux en cours d’exécution et, dans toutes ses lettres, il faisait entrevoir depuis quelques mois un instrument délicieux. Construit spécialement en vue de la grande humidité du Morne-Rouge, cet orgue, dont le mécanisme est tout en fer doux galvanisé de Suède, a été merveilleusement harmonisé, et renferme des timbres d'une beauté rare ; c’est le jugement de M. Grosjean lui-même.

Terminé complètement à la fin du mois d’août, l’instrument a été expertisé dans les ateliers du facteur, le 17 septembre dernier par des artistes aussi consciencieux qu’entendus dans la matière, ce sont : MM. R. Grosjean organiste de la cathédrale de Saint-Dié, le restaurateur de la musique religieuse en France, et compositeur émérite président du jury; C. Justin organiste de la cathédrale de Béziers, homme d’un grand talent ; C. Martin, compositeur, organiste à Charmes, et E. Bernard organiste à Neufchâteau.

Cette expertise fut une audition solennelle : des invitations avaient été lancées, et tous les organistes et professeurs de musique du voisinage auxquels s’étaient joints un très grand nombre de prêtres s’y trouvèrent.

MM Justin et Grosjean firent valoir l’instrument d’une façon supérieure et en tirèrent des combinaisons merveilleuses. Le timbre des gambes et de la flûte harmonique en particulier fut remarqué pour sa finesse et sou mordant. Tous les fonds ont été traités avec art et ont une résonance et une ampleur remarquables, grâce à une habile et ingénieuse disposition, pour les tuyaux des basses, placés sur de petites gravures pneumatiques.

Un jeu nouveau, le « cor de chamois » fit l’admiration des auditeurs. Ce jeu, de la famille des flûtes, se rencontre assez rarement dans les orgues moyennes, il a un timbre ravissant. Un des membres du jury résumait ainsi, avant la réduction du procès-verbal d’expertise, l'impression de tous :

 

« C'est un orgue signé Didier qui, par la perfection de son mécanisme, la beauté et la moelle de ses sons, est en réalité un orgue de Cavaillé-Coll ! »

 

N’est-ce pas le plus bel éloge que l’on puisse en faire ?

Mais il ne sera pas superflu de transcrire ici une partie du procès-verbal de réception :

 

«... Nous soussignés R. Grosjean, organiste de la cathédrale de Saint-Dié des Vosges, C. Justin, organiste de la cathédrale de Béziers, J. E. Bernard, organiste à Neufchâteau, et Martin, organiste à Charmes (Vosges), ayant été invités par M. l’abbé Simonet, curé du Macouba (Martinique), à nous rendre chez M. Henri Didier, facteur d’orgues à Moyenmoutier (Vosges), pour expertiser et essayer un orgue de 17 jeux, construit par ce facteur, pour l’Eglise de N.-D. de la Délivrande du Morne-Rouge (Martinique). Certifions que, le jeudi 17 septembre 1885, nous nous sommes rendus, chez ledit facteur et avons expertisé consciencieusement son travail, jeté un coup d’œil sur le buffet, auquel nous avons trouvé bonne mine, nous avons examiné en détail tous les jeux. Ils ont été trouvés bons et très bien harmonisés. Nous les avons essayés avec pleine satisfaction dans toutes les combinaisons possibles.

Nous avons aussi examiné en détail le mécanisme intérieur, le sommier, la soufflerie et les différentes transmissions de mouvements : tout nous a para fonctionner et avoir été établi solidement avec des matières de premier choix. Enfin, conformément aux conditions du devis, tout est fait et monté avec du bon et beau bois de chêne (sauf les vergettes) et tous les fers que l’on peut apercevoir sont galvanisés. Le métal des tuyaux nous a paru très bien et comme forme et comme qualité.

Les soussignés sont d’avis qu’il y a lieu de recevoir le dit orgue et d’adresser des éloges au facteur sur la bonne construction de l'instrument, qui a été établi très consciencieusement, d’après les règles de l'art moderne.

En foi de quoi nous avons rédigé et signé le présent procès-verbal à Moyenmoutier le 17 Septembre 1885.

 

Signés : R. Grosjean, organiste de la Cathédrale de Saint-Dié ; Justin, organiste de la Cathédrale de Béziers, (Héraut) ; Martin Camille, organiste à Charmes ; E. Bernard, organiste à Neufchâteau.

 

« J'ai aimé la beauté de votre maison, ô mon Dieu, et le sanctuaire qu'habite votre gloire. Enfants aimés de Notre Dame de la-Délivrande, réjouissez-vous en répétant à l'honneur de Notre bonne Mère ces paroles du Prophète Roi !

Vous surtout dont la générosité aura contribué à doter le béni sanctuaire d'un royal instrument qui bientôt, sous les doigts de l’artiste chrétien, chantera avec ses mille et, puissantes voix les grandeurs, les bienfaits et l'amour de Marie, comme, au jour de la pénitence et de la détresse, il redira avec nous les accents du repentir qui appellent la miséricorde et le Pardon !

Soyez remerciés ici de votre généreuse piété ! Le zélé et Saint Missionnaire, qui a fait appel à vos largesses, connaît trop bien votre foi plus grande encore que votre grand cœur, et voilà pourquoi, mendiant, pour l’amour de la Sainte Vierge qu’il aime si ardemment, il vient de nouveau vous tendre la main.

« Donnez, riches, vous dit-il, de la façon la plus aimable que vous lui connaissez, et dont il a si bien le secret de revêtir toutes ses paroles, donnez beaucoup, si vous avez beaucoup, car il nous reste beaucoup à faire et vous ne voudriez pas, j’en suis sûr, mettre au service des harmonies célestes, pour louer et bénir votre bonne mère, un instrument qui n'est pas entièrement payé. Donnez l’obole de votre charité, vous aussi qui possédez peu, donnez tous, et je me porte garant pour vous que Notre bonne Dame de la Délivrande, à qui je ne me suis jamais adressé en vain, Notre Dame dont vous aurez enrichi le sanctuaire et fait chanter les immenses miséricordes et les immortelles grandeurs vous introduira un jour près de son trône pour chanter éternellement votre bonheur et sa gloire. Vénéré et Révérend Père Blampin, vos accents seront entendus ! X.

 

« L’Orgue de la Délivrande

On voit sur les hauteurs de notre Martinique

Un monument d’amour, ex voto magnifique,

Elevé par nos coeurs à la Reine-des cieux

Qui daigne y résider pour combler tous nos voeux,

 

Donc pour le Sanctuaire

De Notre bonne Mère

Montrons-nous tous unis

Comme un peuple d’amis.

 

Dans ce beau monument est-il même une pierre

Qui ne soit pour Marie une ardente prière.

Et n’atteste aux regards du pèlerin pieux

Que ce pays est Cher à la Reine des cieux.

 

Donc pour ce Sanctuaire, etc.

 

Heureux est l’étranger qui passe et qui demande

Une grâce, un sourire à Notre Délivrande,

Il prie un seul instant et se lève ; joyeux

D’avoir obtenu d’elle un nouveau don des cieux.

 

Et nous qui possédons ce noble Sanctuaire

Donnons-y plus de force à notre humble prière

Faisons-y retentir par un orgue puissant

Les sons de notre voix, les cris d’un coeur ardent.

 

Imposez-vous donc pour un léger sacrifice

Pour que notre trésor de vos dons se grossisse.

Et qu’aussi nous puissions rendre plus beau nos chants

Plus dignes de la Mère et plus doux aux enfants. »

(14 octobre 1885)

 

« L’Orgue du Morne-Rouge

Enfin il a été béni et Inauguré, il s’est fait entendre, ce bel instrument dont nous avons maintes fois préconisé la valeur, invitant tous ceux qui tient au cœur le sentiment de l’art ou le goût des choses pieuses de venir en entendre 1es premiers sons ou les premiers chants. Nous ne l’avions pas encore entendu, il est vrai, dans la plénitude de son jeu puissant et doux, mais nous avions, comme base de notre affirmation et de nos hommages prématurés, les certificats d’hommes compétents en matière musicale, entre autres le compte-rendu de l’expertise préalable faite, eu France, par quelques-uns des meilleurs organistes de la Métropole. Nous en connaissions d’ailleurs quelques jeux, écoutés par nous avec charmes lors du montage de cet orgue. Et pour ces divers motifs nous étions sûrs à l’avance que l’essai définitif et solennel répondraient aux espérances préconçues.

La fête d’hier nous a donné raison. On n'en a emporté qu’un regret, c’est que te temps n’ait pas été assez beau pour permettre à une foule plus immense d’y assister. La journée tout entière a été, en effet, mie journée d’hivernage, c’est-à-dire de pluies incessantes et de vent. Néanmoins l’église du Morne-Rouge contenait une belle assistance, un monde choisi et intelligent. On y remarquait beaucoup de familles de Saint-Pierre, et l'élite presque complète do nos meilleurs artistes.

On craignait que Sa Grandeur, en raison de sa santé, ne pût présider cette brillante cérémonie, et jeter, comme gage de long et heureux avenir, sa bénédiction épiscopale sur le nouveau baptisé. Par bonheur, il n’en a pas été ainsi. A neuf heures, Monseigneur Carméné faisait son entrée au chœur de l’Eglise de Notre-Dame de la Délivrande. Un nombreux cortège d’ecclésiastiques l’entourait : Les RR. Pères du Saint-Esprit et les prêtres tant de la ville que de la campagne étaient au nombre de trente-huit.

La bénédiction a été donnée dans l’avant-chœur. Dans la chapelle dite de la Vierge une élégante tribune a été élevée pour contenir l’orgue, la tribune du bas de l'église se trouvant trop étroite pour les vastes dimensions de l'instrument.

L’aspect de la chapelle se trouve peut-être quelque peu altéré par cette construction, mais on ne pouvait y échapper : elle s’imposait. Il s’agissait seulement d’unir la légèreté et la finesse à la solidité du travail : on y a réussi à souhait. La nouvelle tribune repose sur de minces colonnettes de fonte : elle est d’un gracieux dessin ; entourée d’une balustrade à jour délicatement découpée.

L’Eglise était on le devine, aussi magnifiquement parée que possible. De son sanctuaire à son portail, il n’y avait pas un endroit propice à la décoration qui n’eut son ornement ou son atour. Le goût de l’humble religieux qui préside à l’ornementation de l’Eglise du Morne-Rouge, s’est, selon notre annonce, une fois de plus grandiosement manifesté.

Après la bénédiction, ou le baptême de l’orgue, comme l’on voudra, la messe a été solennellement chantée par M. l’abbé Cudennec, vicaire général.

A l’Evangile, M. l’abbé Simonet, organiste de la Cathédrale, est monté eu chaire pour parler de l’orgue en général et de l’orgue de M. Didier en particulier. Nous parlerions imprudemment de l’éloquent discours de M. l’abbé Simonet ; s'il ne nous semblait plus logique de dire auparavant quelques mots sur l'instrument dont nous entendrons tout à l'heure retentir l’éloge. Il faut que l’on sache d’abord quelle raison le prédicateur avait de parler comme il a fait, pour rendre à sa parole tout l'hommage qu'elle mérite.

Avant l’expédition de l’orgue dont il s’agit à la Martinique, une expertise que rions avons citée du moins en partie dans : ce journal, en avait été relatée le 17 septembre dernier, à Moyenmoutier, l'expertise toute d’autorité, d’impartialité, et en même temps tout d’éloges. Nous ne la reproduirons pas. Nous citerons plutôt, comme confirmation et comme complément le contrôle fait de cette expertise par des artistes que nous connaissons. Ils ont reconnu à l’unanimité que les éloges faits par les membres du jury d’expertise qui avait examiné l'instrument en France le 17 septembre dernier sont exacts.

La soufflerie et les sommiers exécutés dans les conditions strictes du devis et construits en bois de chêne de choix ont été l'objet de soins tout particuliers, défient toute humidité. La douceur et la promptitude du mécanisme sont remarquables. L’harmonie générale de l’orgue, traitée d’après les procédés de l’art moderne, est délicieuse. La flûte harmonique, la gambe, le cor de chamois, la voix céleste, la montre ont une incision, un mordant des orgues de Cavaillé-Coll.

Les jeux d’anches ont une ampleur et un brillant qui donnent l’idée d’un orgue beaucoup plus considérable.

Nous avons constaté hier que rien dans cette déclaration ne dépasse la stricte vérité, mais que tout y est marqué au coin de l’exactitude.

L’orgue de M. Didier fait un grand honneur à son facteur : c’est une des plus belles orgues que possèdent les Antilles. Ajoutons que ce facteur est jeune, circonstance qui rehausse encore beaucoup son mérite ; que dans le montage de son œuvre il a fait preuve de la plus grande sagacité et du plus grand amour pour son art ; qu’il est désirable que la Martinique redevienne à un état financier plus prospère pour que les paroisses de la colonie puissent s’approvisionner d’orgues ou d’harmoniums dignes d’elles dans l’atelier de Moyenmoutier. M. Didier, comme l’a dit avec raison M. l’abbé Simonet, aura contribué à favoriser le progrès do la musique religieuse parmi nous, comme les Erhard et les Cavaillé-Coll.

Nous voilà ramené par cette citation comme par une transition toute naturelle à ce prédicateur du jour. Nous devons dire par sentiment de pure justice qu’il a complètement satisfait son auditoire. Dans un langage aussi élevé que poétique, plein d’idées nobles et gracieuses, d’aperçus pittoresques, il a fait ressortir la convenance de la musique dans la religion du Christ-Verbe et Harmonie. L’histoire sous les yeux, il en a constaté effectivement la présence traditionnelle dans le culte biblique et catholique. Puis particularisant son sujet, M. l’abbé Simonet a célébré spécialement l’orgue, roi des instruments. Dans ce sujet fécond mais périlleux, il a su éviter également et l'aridité technique et la profusion des détails sans grandeur. Non moins habile il a été dans ses compliments, matière féconde, disons-nous encore, mais périlleuse. Il a fort bien loué Sa Grandeur, Monseigneur l’Evêque, orgue vivant de la vérité, selon l’expression d’un saint Père dont la Martinique est si heureuse depuis dix ans d’entendre l’éloquente voix et qu’elle entendra, si notre espoir n’est pas déçu, longtemps encore.

Le facteur de l’orgue n’a pas été oublié. M. l’abbé Simonet louait eu lui ou artiste et un compatriote, enfant des Vosges. C’est dire qu’il l’a fait avec double bonheur et double chaleur. Le Révérend Père Blanpin n’a pas été oublié, il ne pouvait l’être, lui le premier facteur de cet orgue, si nous pouvons nous exprimer ainsi, puisque c’est à son initiative qu’il est dû. L’histoire de sa guérison miraculeuse a merveilleusement servi l'orateur, ou plutôt l'orateur s'en est très heureusement servi. Depuis que par un insigne bienfait de la Mère de Dieu il eut recouvré la voix, il n’avait d’autre désir que d'ajouter à son organe, voué plus spécialement à l’amour de sa bienfaitrice, tous les organes capables de la glorifier.

Aujourd’hui, a dit l’orateur, ses vœux doivent être comblés : l’église du Morne-Rouge possède le plus bel orgue qu’elle pût avoir. Le vénérable du R. P. Blanpin semblait se pencher douloureusement sous ces justes éloges. Mais pourquoi, Révérend Père, quand on ne veut pas être loué, se rendre digne de l’être.

Il nous semble qu’avec son orgue, l’église de la Délivrande n’a plus rien à désirer. Cependant qui sait ? Le zèle des pieux Missionnaires qui la dirigent nous réservent peut-être le spectacle d’autres intéressantes innovations. A l'avance, nous les acceptons et même les appelons ».

(11 octobre 1886)

 

« L’Orgue du Centre

C’est lundi dernier, fête de la Toussaint, clôture du Jubilé que l'orgue de l’église Saint-Etienne du Centre, relevé et remis complètement à neuf par M. Henri Didier, a été inauguré. Le jeune et sympathique facteur s’était déjà fait connaître avantageusement par la construction du bel orgue du Morne-Rouge, qui ne cesse de faire l’admiration de tous ceux qui l’entendent.

On n’oubliera pas avec quel soin, quelle délicatesse, cet instrument a été harmonisé, et rien n’est suave, incisif, mélodieux et grave comme l’ensemble de tous ses timbres, que les plus belles orgues de nos grands facteurs.

Mais là où M. Didier s’est révélé plus complètement facteur, si toutefois je puis parler de la sorte, c’est dans la restauration de l’orgue du Centre. Tout le monde sait ici à travers quelles péripéties cet instrument, bon encore à l’époque où il fut cédé au Centre, a passé, et ce qu’il était finalement devenu. Un facteur de Bordeaux, de passage ici, il y a trois ou quatre ans, l’avait condamné sans espoir : tous ses tuyaux n’étaient plus bons qu’à être jetés au creuset pour en sortir eu lingots d’étain.

Mais ce brave et honnête fadeur comptait sans M. Didier.

Après entente préalable et examen d’un devis de réparation complète et d’une augmentation d’une pédale indépendante, notre jeune artiste s’est mis à l’œuvre, et, après quatre mois d’un travail opiniâtre, intelligent et consciencieux, il a réussi à donner le charmant instrument que nous avons entendu hier et aujourd'hui à tous les offices avec tant de plaisir.

Nous n’en revenions pas, nous qui avions entendu, il y a quelque temps les sous faibles, voilés et sans caractère des restes du vieil orgue : l’illusion était complète et nous aurions pu croire qu’un orgue neuf avait été placé à la tribune de notre église. Le jeu do montre, autrefois à peine sensible, tant il était mesquin, jetait ses notes pleines et mordantes qui donnaient l’idée d’un instrument de facture moderne. Que dirons-nous du jeu de salicional, auquel M. Didier a su donner ce mordant, culte incision qui plaisent tant à l’oreille ? Les bourdons ont une moelle et une ampleur qui veloutent singulièrement aussi bien les fonds que le grand chœur. Le récit, dont le sommier avait été, disons le mot, complètement massacré, est devenu délicieux et charmant dans toutes ses combinaisons. La viole et la voix céleste, réharmonisées d’après les mêmes principes que ceux de l’orgue du Morne-Rouge, ont une finesse et une attaque harmonique qui rappellent l’archet d’un artiste sur un violon de maître.

Quant aux trompettes, elles sont devenues aussi brillantes et aussi rondes qu’elles étaient ternes et criardes, grâce au remplacement des anches. De plus, le facteur en a recoupé les corps d’après les données de la plus récente facture, ce qui nous a été une preuve que M. Didier savait travailler son art et se tenait au courant de toutes les découvertes et innovations heureuses qui s’y introduisent journellement.

Le hautbois de récit est délicieux et ressemble fort bien à son homonyme de l’orchestre. Mais l’illusion est complète lorsqu’on entend la voix humaine dont l'harmonie a été traitée, on peut l’affirmer sans crainte, avec un grand savoir et la plus grande distinction. Que dire de cette double pédale indépendante de flûte et de bourdon de seize qui ajoute à l’ensemble de l’harmonie une ampleur douce et profonde tout à la fois.

Une place a été réservée pour un jeu de clarinette que le facteur placera après les travaux considérables d’augmentation et de perfectionnement qu’il doit faire au grand et bel orgue de la Cathédrale de Saint-Pierre.

Nous sommes d’autant plus heureux de ce résultat que depuis près de 40 ans que le Centre est devenu paroisse, c’est la première fois, on peut dire que nous avons entendu un orgue sous les voûtes de sa belle église.

Que M. Henri Didier reçoive ici l’expression de tous nos plus chaudes et nos plus sincères félicitations pour le résultat obtenu. Ajoutons que, par sa modestie, sa douceur, ses bonnes manières et son affabilité, Monsieur Henri Didier laissera parmi nous le meilleur souvenir. Un paroissien. »

(3 novembre 1886)

 

« La Fête de Sa Grandeur […]

Nous ne saurions passer sous silence, dans cet aperçu, si court qu'il soit, l’orgue de la Cathédrale, modifié, amélioré et nous osons dire renouvelé par le jeune et intelligent facteur, M. Didier. Cet orgue, sans doute, ne manquait pas de valeur quand il lui fut confié, mais ce qu’il y a ajouté, en a fait un instrument nouveau, doublé pour le moins et tout à fait remarquable ; au dire de tous ceux qui l’ont entendu hier, il ne laisse rien à envier aux orgues des Cathédrales de France.

Ce nouveau succès confirme la flatteuse réputation que s’était déjà faite M. Didier, et élargit encore la voie de succès dans laquelle il marche.

Décernons de justes félicitations à M. l’abbé Simonet pour la remarquable façon dont il s’est servi de son orgue et pour le plaisir que nous avons eu à l’entendre. »

(16 février 1887)

 

« Le Nouvel Orgue de la Consolation

Dimanche, 29 juillet dernier, avait lieu à l’église de la Consolation, la bénédiction et l'inauguration du grand orgue de tribune construit par le sympathique et intelligent facteur bien connu de tous, M. Henri Didier.

Sa Grandeur Monseigneur l’Evêque, malgré l’expectative d’une longue et fatigante cérémonie de Confirmation, qui devait avoir lieu le soir du même jour à l’église du Centre, avait tenu à présider lui-même celle fête qui, disons-le tout de suite, a été charmante tous les points de vue.

L’église, restaurée avec le goût le plus exquis dans ces dernières années, avait revêtu une parure des plus gracieuses : l’or, la verdure, les fleurs aussi bien que les plus riches draperies conspiraient à l’envi pour la décoration du temple qui, certes, méritait bien celte parole flatteuse, sortie, pour la circonstance, de la bouche de Monseigneur l’Evêque : « Cette église est certainement devenue l’une des plus gracieuses de mon diocèse, »

Après la réception pontificale à la grande porte, Monseigneur a procédé à la bénédiction solennelle de l’instrument, et, aussitôt après, l’orgue était tout heureux de faire entendre ses voix pures et brillantes, emprisonnées jusque-là dans son gracieux buffet de style ogival, dont les proportions et les formes se marient élégamment avec l’ensemble du monument. Il faut le reconnaître, cet instrument a frappé tout d’abord par la finesse et la pureté de ses timbres, aussi bien que par le brillant et l’éclat de son Grand Chœur. A diverses reprises pendant la messe qui a suivi et qui a été célébrée par Sa Grandeur, on a pu juger do l'effet de chacun des jeux comme des grâces de l’ensemble : Toutes les combinaisons en étaient admirables, même au jugement des artistes les plus difficiles sur la matière.

Les Gambes et la Voix céleste, d’une pureté exquise, ont eu même temps une netteté et une promptitude d'attaque surprenante pour des jeux de ce caractère. — Les Bourdons et les Flûtes le Principal partout, ont été traités avec une habileté qui dénote chez M. Didier une science profonde de l’harmonie et une grande science dans sou art.

Les Trompettes, toujours si difficiles à traiter, et qui deviennent souvent l’échec de beaucoup de facteurs, ont dans cet orgue un brillant sans raideur et une sonorité qui rappellent, à s’y méprendre, les jeux d'anches Cavaillé-Coll.

En un mot, cet instrument est un nouveau et important succès pour M. Didier, dont tout le monde, lui excepté, se plaît à reconnaître unanimement le mérite et les aptitudes. Déjà il nous avait habitué à ses beaux timbres, lors de la réharmonie et du complément du grand et admirable orgue de la Cathédrale, où il a fait preuve du plus grand mérite. Eh bien, malgré la splendeur des jeux de ce magnifique orgue, nous avons trouvé parfaits de finesse et de douceur ceux de l’orgue de Notre-Dame de la Consolation.

M. Gustave Borde, le savant et si délicieux chanteur qu’on entend toujours avec un immense plaisir a donné pendant la messe, avec l'âme et l’art que tous se plaisent à lui reconnaître, un Ave Maria et un Adoro te de Maître, qui ont été rehaussés par les délicieux timbres de l’orgue,

L'on a pu voir alors de quelle ressource pouvait être ce bel instrument mis au service de la voix, surtout de la voix d’un artiste comme M. Borde. Que M. Didier reçoive ici, malgré la modestie et l’oubli où il aime à se complaire, les plus sincères compliments pour sou œuvre nouvelle. Puisse-t-elle lui devenir un précieux et fécond encouragement pour l’avenir qui lui sourit.

Ajoutons que les R. R. Pères chargés de la paroisse ont été heureux d’accorder un témoignage authentique de leur plus complète satisfaction à M. Didier. Dans le procès-verbal de réception de l’instrument, procès-verbal qu’a bien voulu revêtir de sa signature Sa Grandeur Monseigneur l’Evêque, les artistes les plus compétents n’ont pas hésité à louer sans réserve le travail et l’artiste.

Il serait injuste de ne pas dire ici que ce bel instrument a été célébré directement par un prédicateur qui, dans la circonstance, a donné un grand et beau discours.

M. le vicaire-général Riou, pendant plus d’une demi-heure, a fait de la façon la plus élevée et la plus intéressante, l’histoire dans le monde de la musique et du chant mis au service de la louange et du culte de Dieu, et a parlé ensuite de l’instrument royal, de celui qui les résume tous, de l’orgue. Il a dit avec beaucoup de science et de justesse ce qu’était l'orgue dans le saint temple et quelle en était la mission. Ce discours a produit la meilleure et la plus profonde impression sur l’auditoire qu’il a si bien instruit des grandes et belles choses de l’orgue. [...] E S. »

(1er août 1888)

 

« Ce jour-là, au Lamentin, la fête a été rehaussée d’une première communion et d’une bénédiction d’orgue. C’est le R. P. Van Heck qui a fait les frais de prédication. Inutile de dire qu’il s’en est admirablement acquitté. A la messe de première communion qui a eu lieu à huit heures, il a fait en tendre aux enfants une superbe parole, à laquelle n’a pas été inférieure celle qu’il a adressée, à la grand-messe, sur la fête du jour. Cette seconde prédication s’est terminée par une allocution très éloquente à l’orgue, très méritée aussi, car M. Didier, qui est le facteur de cet instrument, y a mis l’adresse et le savoir qui le distingue. Cet instrument est digne de la grande et belle paroisse du Lamentin. »

(22 août 1888)

 

« Le navire Intrépide-Corse, attendu depuis de si longs jours est enfin arrivé dans nos eaux, hier vers les 5 heures, il doublait la pointe du Carbet se dirigeant sur Fort-de-France où il a à débarquer les matériaux de fer et autres qui devront servir à l’édification de la nouvelle Cathédrale du Chef-Lieu. Un magnifique orgue pour notre Séminaire-Collège est aussi, comme nous l'avons dit, à son bord.

Ce navire que nous avons pu apercevoir de loin a des avaries dans sa mature : son petit mat de perroquet entre autres paraît bien abîmé. A bientôt de plus amples renseignements. »

(11 octobre 1893)

 

« Samedi dernier, nous n’avons pu, absorbé que nous étions par les circonstances que l’on sait, mentionner la charmante fête qui a eu lieu le jeudi au Séminaire-Collège, en l’honneur du Supérieur. [...]

Dimanche encore il y aura fête, d’un caractère absolument religieux, au Séminaire-Collège. On y bénira le nouvel orgue, récemment arrivé des ateliers de Cavaillé-Coll, et tout-à-fait digne du renom de cette illustre fabrique.

La cérémonie sera présidée par Monseigneur l’Evêque, et commencera à 9 heures. Il y aura Messe en musique. Le nouvel orgue s’en donnera, on le devine, dans l’enthousiasme où il sera des joies de son baptême, et vu le soin que mettra l’artiste, à inaugurer triomphalement son instrument. Le sermon de circonstance sera donné par M. l’abbé Bouyer, vicaire de Fort-de-France. »

(14 décembre 1893)

 

« M. Henri Didier

Un heureux retour parmi nous sera celui de M. Henri Didier, le jeune, habile et intelligent facteur d’orgue fort connu tant en France que de nous. Il a exécuté maints travaux, et des plus importants, dans nos deux villes ; il a construit le bel orgue du Morne-Rouge, que le cyclone a gravement endommagé, et qui, grâce aux réparations qu’y fera prochainement le jeune artiste, recouvrera pleinement sou intégralité matérielle et sa valeur mélodique.

La présence ici de M. Didier sera donc un réel bienfait pour les paroisses. Non seulement on pourra s’entendre avec lui pour la construction d’instruments nouveaux, mais nombre de ceux que possédaient déjà les églises ont été plus ou moins endommagés par la catastrophe de 1891 : l’occasion sera excellente, unique même, de les restaurer. D’autant plus quo M. Henri Didier est homme de bonne entente. Ce qu’il poursuit avant tout, ce n’est pas le lucre opiniâtre, insatiable, mais le succès de son art, le triomphe d’une œuvre qu’il a prise à cœur, tout jeune encore, et que, malgré cette jeunesse, il a su conduire jusqu’ici avec la sagesse du facteur le plus expérimenté. […]

Sans rien enlever du prestige de M. Didier, nous dirons qu’il a avec lui, comme harmoniste-facteur, attaché à sa maison par un contrat de dix ans, un ancien employé (des meilleurs) de la maison Cavaillé, où il a travaillé de 1873 à 1889. C’est lui, ce même M. Delacroix qui, eu 1879 et 1880, a fait tous les jeux de fonds de l’orgue de Fort-de-France, depuis lors brûlé. »

(17 février 1894)

 

« Echos du Morne-Rouge

Belle fête, Mercredi, jour de l'Assomption, à l’église du Morne-Rouge ! Sa Grandeur, Monseigneur Carméné a présidé, dans la chapelle de la Délivrande.

Ce jour-là, après trois ans juste de mutisme, de silence forcé, le bel orgue qu’avait ruiné le cyclone, et que répare en ce moment son habile facteur, M. Henry Didier a fait entendre sa voix, et chanté

l'Alléluia de sa résurrection. Il n’a pas donné tout son timbre, car toutes ses cordes vocales ne sont pas encore mises au diapason, c’est-à-dire tous ses jeux ne sont pas encore pleinement harmonisés. Mais il y en avait déjà sept bien préparés : ils ont admirablement résonné sous les doigts de l’artiste, M. Victor Touroul et célébré dignement ce touchant anniversaire, l’anniversaire de ce dernier chant que l’orgue fit entendre avant le cyclone, de cette dernière Assomption qu’on fêta dans l’église du Morne-Rouge qui devait être si tôt après détruite par le fléau.

Le 15 août 1891 il se taisait, pour ne recouvrer la voix que le 15 août 1894. II sera resté trois ans dans le tombeau ! Ça valait bien un bel alléluia : il l’a très bien fourni ! »

(18 août 1894)

 

« Une belle matinée au Morne-Rouge [...]

L'orgue ancien, c'est à dire le bel orgue de M. Henri Didier, que le cyclone avait abîmé et que le jeune et habile facteur a, pour ainsi dire, refait, trône magistralement sur la tribune. [...] »

(3 juillet 1895)

Collecté par Olivier Geoffroy

(octobre 2021)



Tableau récapitulatif des travaux d'Henri Didier dans les Antilles

 

 

LIEUX

DATES

COMMENTAIRES

Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France (Martinique)

1890

Petit orgue de 4 jeux pour la cathédrale provisoire (valeur 40 000 francs, cédé pour 18 000 francs), a disparu en 1891

Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France (Martinique)

1895

Orgue de chœur de 8 jeux, 2 claviers, pédalier, déplacé en 1922 dans l'église du Morne-Rouge

Eglise Saint-Laurent du Lamentin (Martinique)

1888

Orgue neuf (valeur : 3 000 francs)

Cathédrale du Mouillage, Saint-Pierre (Martinique)

années 1880

Relevage de l'orgue Cavaillé-Coll, réharmonie et complément de deux grands jeux de 16 pieds, détruit le 8 mai 1902

Eglise Saint-Etienne du Centre, Saint-Pierre (Martinique)

1883

Orgue neuf, 2 claviers, pédalier, détruit le 8 mai 1902

Eglise du Fort, Saint-Pierre (Martinique)

année 1888

Relevage et réharmonie d'un orgue préexistant détruit le 8 mai 1902

Eglise Notre-Dame de la Consolation, Saint-Pierre (Martinique)

1888

Orgue neuf, tout expressif, détruit le 8 mai 1902

Eglise Notre-Dame de la Délivrande, Morne-Rouge (Martinique)

1886

Orgue neuf, 2 claviers, pédalier, 17 jeux, endommagé par le cyclone de 1891, déplacé à Saint-Joseph où il a disparu le 8 août 1903.

Cathédrale de Basse-Terre (Guadeloupe)

?

« Grand orgue neuf », a disparu avant 1921 (année de pose d'un polyphone)

Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul, Pointe à Pitre (Guadeloupe)

entre 1885 et 1888

« Grand orgue neuf, seize pieds, 3 claviers, pédale, 31 jeux », en réalité augmentation de l'orgue Cavaillé-Coll

Eglise de la Sainte-Trinité, Lamentin (Guadeloupe)

?

« Grand orgue neuf », a disparu en ou avant 1928


Documentation recueillie par Olivier Geoffroy
(avril 2017, septembre 2020, décembre 2020, dernière mise à jour : décembre 2021)





L'orgue dans les Antilles dans le journal La Paix

 

 

 

Orgue électro-magnétique de l'église Sainte-Thérèse de Fort-de-France

 

« La bénédiction des orgues.

Lundi dernier, dès 18 heures, commençaient à affluer de nombreuses personnes qui venaient assister à la bénédiction et à l’inauguration des nouvelles orgues électro-magnétiques. La grande nef ne tardait pas à se remplir, et ce fut devant une nombreuse assistance que le R, P, Arostéguy présenta, dans un discours de belle envolée, ce magnifique instrument dont on put constater les riches possibilités.

Le programme de choix qui avait été prévu fut exécuté de main de maître par le R. P. Huré La chorale mixte de Ste Thérèse, sous la direction de Sœur Richard fit honneur à sa réputation en interprétant à la perfection les chants variés inscrits au programme. Le R. P. Liénart fit le commentaire des morceaux exécutés. Et l’auditoire fut dans le ravissement en écoutant les jeux, tour à tour doux et puissants de ces orgues construites suivant une nouvelle formule. Après avoir donné sa bénédiction à l’orgue, S. Exc. Mgr l’Evêque bénit également la nouvelle sonnerie électrique des cloches, dont l’installation venait d’être juste terminée. On ne saurait trop féliciter le R. P. Curé de Ste Thérèse pour cette heureuse et double initiative, qui pourrait bien avoir des imitateurs, car, parmi le nombreux clergé qui était venu assister à cette fête, il doit y avoir plus d’un curé qui rêve maintenant de com mander lui aussi une orgue Hammond pour son église. »

(La Paix, 12 février 1949, np)

 

Orgue Mutin de la cathédrale de Fort-de-France (1922)

 

« Le RP Joseph Bruno.

C'est avec une profonde tristesse que nous écrivons ces ligues nécrologiques dans ces mêmes colonnes où, dans notre dernier n°, nous reproduisions encore le beau panégyrique de Ste Jeanne d’Arc, prononcé, dimanche dernier, par le R. P. Bruno. Jeudi matin, son âme de prêtre exaltait à l’orgue ces retours nombreux à la vie chrétienne représentés par des centaines de confirmations et de mariages. A un moment donné, les sons devinrent moins assurés ; l’un de ses confrères, étonné, s'approcha de lui : une foudroyante attaque d’apoplexie venait de frapper le R P. Bruno.

Déjà sans forces, il dut être transporté dans une maison amie, chez Melle Lagoudou. Le médecin, appelé en toute hâte, établit un premier diagnostic laissant encore place à l'espoir. Mais, dans l 'après-midi, le mal empira rapidement, le cher malade, perdait connaissance et à 6h, entouré de ses confrères et de nombreux amis éplorés et priants, il rendait le dernier soupir.

Le RP Bruno a été rappelé à Dieu jeune encore, il n’avait que 49 ans, enlevé à sa tâche qu’il accomplissait avec tant de zèle et de distinction. Presque toute sa carrière s’est écoulée à la Martinique. Né dans le diocèse de Beauvais où se trouve encore sa famille, sa mère et ses soeurs qui sont loin de s'attendre à un deuil aussi soudain, après avoir choisi dès sa jeunesse, la part de Dieu, il entra dans la Congrégation du St-Esprit.

En 1901, il débarquait, jeune prêtre, à St-Pierre. Professeur au Collège, il ne dut qu’à une providentielle protection d’échapper à la catastrophe de 1902 où périrent tant de ses confrères et qui laissa, dans son âme, une impression profonde, ineffaçable.

Après un court séjour au collège de Basse-Terre, il revenait bientôt prendre rang parmi les professeurs du collège de Fort-de-France où il enseigna, avec distinction pendant de longues années. Désireux de se consacrer au ministère plus immédiat des âmes, il fut nommé curé de Grand’ Rivière et quand la Résurrection de St Pierre commencera à se dessiner, c’est lui que l’autorité religieuse désigna pour jeter les fondements de la nouvelle paroisse. A cette œuvre difficile, où tout était à faire, il se consacra avec un zèle et une abnégation auxquels tous les fidèles se plurent à rendre hommage. C’est là que la guerre le surprit. Mobilisé et dirigé sur la métropole, il se dépensa patriotiquement dans les formations sanitaires.

Démobilisé en 1919, il revenait à la Martinique et il était nommé à la cure du Marigot qu’un douloureux et sinistre événement venait de frapper. Il ne la quitta que deux ans après, emportant les regrets de tous. De là, il fut nommé à la Redoute on tous les fidèles conservent le souvenir de ce pasteur aimable et éloquent. Mais les responsabilités du ministère pesant à son âme scrupuleuse, il revenait bientôt prendre place parmi les professeurs du collège. La douleur de ses confrères et celle des élèves disent assez haut les qualités du religieux et ailes de l’éducateur. Il est mort le jour de la fête de St Jean Baptiste de la Salle, modèle et patron de ceux qui se dévouent à l‘œuvre éminente de l’éducation chrétienne de la jeunesse.

Prêtre dévoué, religieux exemplaire, grand et noble cœur que regrettent ses amis, le RP Bruno était aussi un esprit cultivé et un excellent artiste. Ses sermons, d'une forme très soignée, prononcés avec une pénétrante conviction étaient fort goûtés des auditoires les plus difficiles. Ses connaissances musicales l'avaient fait désigner pour tenir les grandes orgues de la Cathédrale et tous les amateurs de musique ont eu l'occasion d’apprécier sa parfaite maîtrise. C’est sur ce grand orgue comme dans une dernière et harmonieuse élévation de son âme vers Dieu, qu’il a été frappé par la mort.

Les funérailles du RP Bruno ont eu lieu hier soir, ses restes mortels seront transportés aujourd’hui, au Morne Rouge pour reposer, dans cette terre bénie, près de ses frères en religion. A sa famille, à sa mère que ce deuil va frapper si cruellement, à sa Grandeur Mgr l'évêque du diocèse, à sa famille religieuse les RRPP du St-Esprit nous présentons l’expression de nos condoléances attristées. »

(La Paix, 17 mai 1924, np)

 

« Le Frère Félix.

Hier, s’est éteint pieusement, à l’âge de 78 ans, le cher Frère Félix, de Congrégation du St-Esprit ancien Professeur des Collèges de St-Pierre et de Fort-de-France. Ce saint et savant religieux a vécu à la Martinique pendant plus d’un demi-siècle au cours duquel il n’a cessé de se rendre utile au pays qu’il aimait tant en enseignant avec conscience et dévouement les mathématiques et les sciences physiques. Professeur à la fois sévère, juste et bon, il a formé plusieurs générations l’élèves qui avaient conservé pour lui une affection profonde et qu’il considérait comme des membres même de sa famille. En lui accordant les palmes académiques l’Administration avait voulu reconnaître les excellents services rendus par ce vétéran de l’Enseignement secondaire à la Martinique. Ce n’est pas sans douleur ni sans regret que nous voyons disparaître celui qui, par ses efforts personnels, avait pu être un des continuateurs de cette lignée de Maîtres éminents qui ont été ici les pionniers de l’Œuvre si difficile et si noble de l’enseignement.

À ses vastes connaissances scientifiques, le frère Félix joignait une aptitude naturelle pour la musique et un talent d’une délicatesse exquise, et les paroissiens de la cathédrale de Fort-de-France n’ont pas oublié avec quel art et quelle compétence il a tenu orgue pendant de nombreuses années.

Ses funérailles ont eu lieu à Fort-de-France, hier à 5 heures. Le cercueil précédé d’une superbe couronne offerte par ses anciens élèves, était suivi de nombreux amis venus pour honorer le vénéré défunt et apporter un témoignage de sympathie à ses confrères, les Révérends Pères du St-Esprit, si cruellement éprouvés. Nous prions S. G. Monseigneur l’Evêque, le supérieur et les Pères de la congrégation du St-Esprit d’agréer l’ex pression de nos condoléances.

Le Frère Félix était né le18 janvier Dingsheim (Bas Rhin). Après 1870, il fut de ces excellents patriotes alsaciens qui optèrent pour la France. Entré jeune dans la Congrégation du St-Esprit, il professa d’abord au collège de Chandernagor (Inde) de 1871 à 1875, au Séminaire-collège de St Pierre de 1875 à 1901 ; au collège d'Epinal de 1901 à 1903 et enfin au collège de Fort-de-France de-France de 1903 à 1928. »

(La Paix, 19 août 1928, np)

 

« Concert Spirituel.

Programme définitif du Concert spirituel qui sera donné, dimanche soir, à 6h, à la cathédrale au profit des sinistrés de la Guadeloupe.

Première partie 1 — Ouverture Orchestre Ste-Cécile

2 — Noël de Mariage de Chondens Mme Charles Josa

3 -1ère Symphonie pour grand Orgue d’Alex. Guilmant a) Andante et Allegro R. P. Ritter

4 — Extase de la Vierge Massenet Mme Yang-Ting

5 — Oratorio de Saint-François d’Assise (d’Edgar Tinel) St-François : Ballade de la Pauvreté. M. Jeanson et la chorale de la cathédrale. Chœurs exécutés par des amateurs.

Allocution et Quête

Deuxième partie 1 — Fantaisie Orchestre Ste-Cécile

2— Procession (C. Franck) J M. Laubé

3 — Symphonie pour Grand Orgue d’Alex. Guilmant Finale Rp. Ritter

4— Souvenez-vous (Massenet) Mlle J. Caffié

5 — Oratorio de Saint-François d’Assise (Chant de l’Amour) M. Jeanson et le chœur à 4 voix de femmes

6— Psaume 150 de C. Frank Chorale de la Cathédrale

7— Sortie Orchestre Ste-Cécile. »

(La Paix, 1er décembre 1928, np)

 

« La messe de Minuit à la cathédrale

La messe de Minuit à la cathédrale est justement renommée. Cette année, elle devait avoir un cachet spécial et une splendeur inaccoutumée car les chants allaient y être exécutés pour la première fois par les choeurs des orphelines de l'Ouvroir. […]

Après les Matines chantées avec un ensemble parfait et une exécution impeccable du psaume « Misericordias Domini » à deux voix égales, le grand orgue préluda au « Minuit Chrétiens » et le jeu de Basson-Hautbois était si fin et nuancé qu’on aurait juré entendre un violon. Le refrain du « Minuit Chrétiens » à 3 voix mixtes fut d’un effet splendide. »

(La Paix, 28 décembre 1932, np)

 

Orgue Haerpfer de la cathédrale de Fort-de-France (1936)

 

« Arrivée.

Hier vendredi, est arrivé, par le Colombie M. Théo Haerpfer, de la manufacture lorraine de Grandes Orgues Fr. Haerpfer, à Boulay (Moselle). Il accompagne le Grand Orgue de la Cathédrale, et procédera avec le Fr. Alban, à l’installation de tout l'instrument. La maison Haerpfer, fondée en 1863, a déjà construit plus de 420 Orgues en Fran ce et dans les colonies, entre autres ceux de la Cathédrale de Metz avec 68 jeux, de l’Eglise St Charles d’Alger avec 48 jeux, de la Cathédrale de Luxembourg avec 42 jeux et de l’Eglise de St Pierre et St Paul de la Pointe à Pitre avec 42 jeux. Nous souhaitons à notre hôte bienvenue et fécond séjour. N’oublions pas que la profession d'organier, pratiquée seulement par quelques centaines d’hommes dans le monde, est de celles qui méritent le plus notre considération par tout ce qu'elle demande de probité, de talent et de science concentrée. »

(La Paix, 6 juin 1936, np)

 

« Nécrologie, M. Théophile HAERPFER.

M. Théophile Haerpfer, facteur d’orgue, venu récemment à Fort-de-France, pour procéder au montage des grandes Orgues de la Cathédrale, est décédé le 14 Août à l’hôpital civil, après cinq semaines de maladie. Dans notre numéro du 6 juin dernier, nous avions annoncé l’arrivée de M. Haerpfer ; nous lui avions souhaité bienvenue et fécond séjour. Nous étions loin de penser que ce jeune homme d’accueil si charmant, plein de santé et de talent, venu dans notre colonie pour installer le plus bel instrument que la manufacture Lorraine ait construit depuis la guerre, nous quitterait après deux mois pour entrer dans son éternité.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareille Les soins les plus dévoués et les plus constants, n'ont pu empêcher les progrès d’un mal implacable qui finalement l’a emporté sur le tempérament robuste du malade et sur la vigueur de ses 25 ans. En attendant le retour au pays natal, le corps a été déposé au caveau colonial, M. le Gouverneur a tenu à venir lui-même assister au transfert du cercueil, de l’hôpital au cimetière. A la famille, si durement éprouvée, aux parents qui n'ont pas eu la consolation de revoir une dernière fois et d’assister leur enfant, au R P. Curé Archiprêtre et à ses Vicaires chez qui il se trouvait comme en famille, au frère Alban son collaborateur, à ses amis, la Paix offre l’expression de ses condoléances respectueuses et assure la famille des prières de tous ses amis. »

(La Paix, 19 août 1936, np)

 

« PAROISSE DE LA CATHÉDRALE DE FORT-DE FRANCE

Jeudi 8 octobre 1936.

Inauguration solennelle des Grandes Orgues Sous la présidence de S. Em, Mon seigneur l'évêque en présence de M. le Gouverneur, des autorités civiles et militaires.

A 5 h. 30 réception de M le Gouverneur — Réception de S Ex. Monseigneur l’Evêque — Entrée du Clergé (Pendant l’entrée) Allegro Maestoso de C. Franck. — Psaume 150 à 4 voix mixtes de C Franck. — Bénédiction des nouvelles Orgues. — Grand Chœur dialogué de Gigout. — Discours de circonstance par M. le Chanoine Auber. RÉCITAL D’ORGUE (six morceaux de maîtres) par M. E. Demont, organiste de Saint Pierre et Paul de Pointe-à Pitre, Ancien élève de l’Ecole Nationale de musique de Paris. SALUT PONTIFICAL Sortie : Toccata de Widor. »

(La Paix, 3 octobre 1936, np)

 

« Les orgues de la cathédrale.

Nous avons dit que les nouvelles orgues de la Cathédrale ont été construites d’après les principes des anciennes orgues des 17è et 18è siècles, les plus aptes à faire de cet instrument un instrument d’église, capable d’élever les âmes dans la prière et la méditation.

Mais les moyens les plus modernes n'en ont pas moins été utilisés au point de vue technique : soufflerie électrique, transmissions électriques...etc..

C’est une maison française de Lorraine, la maison Frédéric Haerpfer, qui a construit les pièces des nouvelles orgues Mais les plans et devis ont été dressés par le Frère Alban, de la Congrégation du Saint-Esprit, qui a lui-même exécuté les travaux de la construction. Ce travail accompli en trois mois, représente un labeur considérable. On s'en rendra mieux compte en songeant que ces orgues de 51 jeux, distribués sur 3 claviers à main et un clavier à pédale, utilisent 3 518 tuyaux, dont le diamètre varie de 1 millimètre pour les plus petits à 28 centimètres pour les plus gros ; leur longueur va de 5 mètres 26 pour les plus grands à 8 millimètres pour les plus courts.

Toutes les transmissions se faisant par l'électricité, ce sont 4 408 contacts électriques qu’il a fallu établir, avec 386 électro-aimants et 15 kilomètres 228 mètres de câbles et fils électriques. La surface totale des orgues mesure 35 mètres carrés et demi et leur volume occupe 177 mètres cubes et demi. Enfin leur poids global est de 13.000 kilos.

Leur apparence extérieure est tout à fait différente de l'aspect que présentaient les anciennes orgues de la Cathédrale. Le buffet d’orgue, judicieusement encadré dans deux arcades de la tribune, s’harmonise parfaitement avec le dessin de ces arcades. Ce buffet, (qui comme on le sait, est l’encadrement des tuyaux de la façade) a été dessiné également par le Frère Alban et exécuté avec beaucoup de soin par la Maison Grant, de Fort de France Il est en joli bois d'acajou de la Guyane, en plusieurs nuances, du plus bel effet.

Les deux inscriptions qu’on peut y lire : Laudate Dominum in chordis et organo (Louez le Seigneur dans les chœurs et par l'orgue), et : Omnis Spiritus Laudet Dominum (Que tout esprit loue le Seigneur) ont été découpées en plein bois. C’est également la Maison Grant qui a exécuté, avec le même goût, les boites expressives et le pupitre du Maître de Chapelle.

En résumé c’est un beau travail qui a été fait là. Et nous ne pouvons que renouveler nos félicitations à tous ceux qui ont contribué à sa réalisation. Outre que la Cathédrale se trouve désormais dotée d’un instrument merveilleux, d'autres églises de la Colonie vont bénéficier de cette heureuse initiative. Les anciennes orgues, en effet, vont être démontées et constitueront trois nouvelles orgues, que le Frère Alban ira reconstruire au Lorrain, aux Terres Sainville et au Morne Rouge. Dans cette dernière paroisse en particulier, elles contribueront puissamment à relever l’éclat des fêtes, lors du grand pèlerinage annuel à Notre Dame de la Délivrande. »

(La Paix, 17 octobre 1936, np)

 

« A la cathédrale - Silence des orgues.

Dimanche dernier, sont arrivés par Katoomba deux spécialistes envoyés par la Maison Haerpfer, en vue de relever les grandes orgues de la cathédrale, montées il y aura bientôt 12 ans par cette Maison. Les travaux dureront un mois et demi ou deux mois. Pendant ce temps-là, les orgues seront muettes. Mais elles chanteront à nouveau pour entonner l'Alléluia de Pâques. »

(La Paix, 12 février 1949, np)

 

« Les orgues de la cathédrale.

Depuis plus de deux mois nos grandes orgues sont muettes. Les travaux se poursuivent activement grâce au travail consciencieux et acharné des deux spécialistes venus de France, MM. Lauffray et Brandmeyer. Il a fallu tout démonter, tout nettoyer, et réparer ce que la pluie, l'humidité et les vers avaient détérioré. Chaque tuyau a dû être nettoyé et réharmonisé.

Quand en sait que cet instrument comprend 3.518 tuyaux, plus de 4000 petits soufflets, 386 électro-aimants, plus de 4.400 contacts électriques, 15.226 mètres de câbles électriques, on juge quel travail ont dû fournir les spécialistes.

Normalement tout sera terminé pour Pâques. De toute façon, l'orgue se fera entendre à nouveau le samedi Saint à l’office du matin pour entonner l'Alléluia pascal. A l’occasion de la Restauration des Grandes Orgues, un programme de choix sera exécuté à la Messe Pontificale de Pâques, et très prochainement un Concert Spirituel permettra à ceux qui aiment entendre le Roi des Instruments d’apprécier la haute compétence avec laquelle nos deux spécialistes ont su mener à bien un tel travail ! »

(La Paix, 9 avril 1949, np)

 

« Le concert d'orgue.

Le plus précieux de la sensibilité et du talent d‘un artiste ou d'un virtuose demeure informulé, échappe à l’analyse. Pourtant au concert spirituel donné Lundi soir à la cathédrale, grâce aux commentaires lus par M. l’Abbé Lefebvre, l’auditoire a pu sentir plus profondément la beauté du programme où la variété des styles alternait avec l’originalité de l’écriture et de l’harmonie, la fraîcheur et l'ingénuité des impressions avec la solidité des sentiments et de la pensée.

Au cours de la première partie consacrée à J. S. BACH, la Toccata et Fugue en Ré mineur mit en lumière l’implacable rigueur rythmique et la merveilleuse volubilité du jeu d’Eliane DUPLAN. L'Art difficile et délicat exigé pour enlever le Concerto, comme l’enlevèrent Melle ALBANE et André BOREL, semble bien être le plus émouvant hommage rendu à J. S- BACH, hommage dont le couronnement fut l’interprétation émue et parfaite par le R. P. HURE de la Fantaisie et Fugue en Sol mineur.

En deuxième partie, E. DUPLAN révéla l’aisance et la finesse de sa prodigieuse technique, et le R. P, HURÉ termina par les Litanies de Jehan ALAlN, irrésistible montée d’un rythme obsédé, d’une harmonie complexe et riche, d'un sentiment où l’on se perd, mais pour se retrouver en Celui qui nous dépasse.

Au R. P. HURE, à son élève Eliane DUPLAN, à Mlle ALBANE et son élève André BOREL, à la Chorale, tous nos remerciements et nos félicitations. »

(La Paix, 18 novembre 1950, np)

 

Orgue Tronchet de l'église de Trinité (1924)

 

« Le grand orgue de Trinité.

Il nous revient que le montage du grand orgue arrivé de France récemment pour l’église de Trinité se poursuit très activement.

La mécanique et le buffet de l’instrument sont terminés et l'accord des différents jeux est déjà bien avancé On pourra, d’ici quelques jours, fixer la date de la Bénédiction et de l’inauguration. Il parait qu’à cette occasion une magnifique audition de musique religieuse, orgue et polyphonie, sera donnée dans l’église de Trinité, grande satisfaction des nombreux amateurs de musique sacrée. Nous tiendrons nos lecteurs au courant de la date et du programme de cette intéressante cérémonie. »

(La Paix, 16 février 1924, np)

 

« Inauguration du grand orgue.

S’il m’a été donné de goûter le vrai charme et la puissance de la musique sacrée, c’est bien dimanche après-midi à l'inauguration des orgues de Trinité. Parfums de fleurs qui ornaient l’autel., assistance nombreuse et distinguée, tout contribuait à donner plus d’éclat à cette cérémonie.

Depuis longtemps, Monsieur le chanoine Yvon désirait pour son église, cet instrument capable de répondre à son âme de musicien. Ce souhait est réalisé. Sa patience, son énergie, son intelligence ont triomphé de tous les obstacles. Fabriqué dans les ateliers de Monsieur l’abbé Tronchet, à Nogent le Rotrou, l'orgue est d’une grande richesse de sonorité et d’expression, véritable merveille de mécanique et de précision.

A 3h1/2 la cérémonie, commence Monseigneur accompagné de Monseigneur Le Camus et de nombreux prêtres du diocèse, fait son entrée. Monsieur le chanoine Yvon remercie les bienfaiteurs de l'œuvre et tous ceux qui ont aidé à la réalisation du grand rêve, parmi lesquels nous relevons les noms ci-après ; Mgr. l’Evêque de Martinique, Mr. l'abbé Tronchet et son neveu, Mr. Tillier directeur général de la Cie générale Transatlantique, M Petit, maire de Trinité, Air. Félix Despointes (Usine Sainte-Marie), Mr. Joseph de Laguarigue (Usine Galion), etc.

Monseigneur bénit ensuite l'instrument. Des flots d'harmonie jaillissent de la tribune. Le RP Ritter exécute avec talent, des morceaux de maîtres : La Marche Pontificale de Widor appropriée, In Memoriam de circonstance, morceau poignant où les plaintes des victimes du « Titanic » sont comprises, entendues, parfois aussi étouffées par le bruit de la houle, joué en mémoire des soldats de Trinité morts au champ d’honneur ; « Toccata et Fugue » de Bach ; « Pastorale » de Springer. »

(La Paix, 22 mars 1924, np)

 

« A l’occasion de l’inauguration du Grand Orgue de Trinité

Laudate Dominum in organo

 

Vous êtes conviés au singulier tournoi

Qui va se dérouler ce soir dans cette église

Et vous prouver à tous d'une façon exquise

Comment, des instruments, l'orgue est toujours le roi.

 

Je ne vous dirai rien des excellents artistes

Qui vont faire briller de merveilleux accords

Les replis de la voûte et de leurs doigts accorts

Nous montrer leur talent de savants mélodistes

 

Vous les connaissez tous : Thierry, Ritter, Yvon

Amis du contrepoint, amateurs de la fugue

Dont le doigté moelleux vous charme et vous subjugue

Et sait faire chanter la flûte et le bourdon.

 

Parlons de l'instrument : Une triple série

De sonores tuyaux, dans un gentil buffet,

En poirier du pays d’un excellent effet.

S'étage artistement dans cette boiserie.

 

Ces multiples tuyaux de bois ou bien d’étain

imitent à ravir les bruits de la nature ;

Leur voix tantôt sonore et tantôt fine et pure

Dans un accord parfait s’échappe de leur sein.

 

Le souffle du zéphir, le fracas de la houle,

Les éclats du tonnerre au milieu de l’antan

Et l'oiseau qui gazouille à l'aube du printemps

L'orgue les fait passer dans les rangs de la foule

 

Il jette avec amour des soupirs merveilleux

Tout comme un être humain, il chante, il prie, il pleure

Le chrétien prosterné dans la sainte demeure

Se croirait, par moment, transporté dans les cieux.

 

Monseigneur, vous allez, en suivant le saint rite

A la gloire de Dieu consacrer l'instrument

Qui fera du lieu saint l'honneur et l'ornement

Quand vous l'aurez couvert d'encens et d'eau bénite.

 

Sa voix mâle et puissante avec sonorité,

Pourra faire monter vers le ciel son cantique,

Faire trembler l’écho de cette église antique,

Et réjouir Là-Haut, la Sainte Trinité.

 

Brise du soir. Trinité, 16 mars 1924 »

(La Paix, 29 mars 1924, np)

 

Orgue Mutin de l'église du Moule (Guadeloupe)

 

« La réparation des églises de la Guadeloupe

Au Moule, l'ouragan avait arraché une partie de la toiture neuve en everite, malgré son poids considérable, puisqu’elle comprenait 150 tôles de 28 kgs. Dès que les ponts furent réparés et que les communications permirent de s’en procurer d’autres, le Maire, M. Romana, fit réparer complètement la toiture et protégea ainsi, avec le mobilier, un bel orgue de Cavalié Kol [sic] presque comparable à celui de la Pointe. C'est grâce à cette diligence que l’orgue du Moule reste le seul en bon état de toute la Colonie. »

(La Paix, 9 mars 1929, np)

Collecte : Olivier Geoffroy

(juin 2022)


 

Relancer la page d'accueil du site MUSICA ET MEMORIA

Droits de reproduction et de diffusion réservés
© MUSICA ET MEMORIA