ODETTE GARTENLAUB
(1922-2014)


Odette Gartenlaub
( coll. Odette Gartenlaub )


Pédagogue de renom, Odette Gartenlaub fait autorité dans ce domaine où elle a consacré une grande partie de sa carrière artistique et a marqué le paysage musical français de son empreinte décisive.

Née à Paris le 13 mars 1922, elle commence l’apprentissage de la musique dès l’âge de 7 ans. Deux ans plus tard elle entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où elle obtient la même année une première médaille de solfège. En 1936, à l’aube de ses 14 ans, un premier prix de piano à l'unanimité lui est décerné dans la classe de Marguerite Long et quelques mois plus tard, le dimanche 14 mars 1937, à la Société des Concerts du Conservatoire alors conduite par Philippe Gaubert, elle joue la Fantaisie de Schubert-Liszt pour piano et orchestre sous la direction de Gustave Cloez.

Lauréate à 15 ans du premier Concours International Gabriel Fauré, elle perfectionne ensuite sa technique pianistique auprès de Lazare Lévy et Yves Nat, poursuit ses études d’écriture avec Olivier Messiaen et Noël Gallon et étudie la composition avec Henri Busser et Darius Milhaud, et l’histoire de la musique auprès de Maurice Emmanuel et Louis Laloy. En octobre 1942, elle est écartée du Conservatoire à la suite d'une décision d'Abel Bonnard, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts, qui, par lettre du 25 septembre adressée au Directeur de cette institution (Claude Delvincourt), prescrit que désormais « il convient de maintenir ou de n'admettre au Conservatoire aucun élève juif. » Elle continue néanmoins de travailler son piano, prend des leçons de fugue avec Noël Gallon et à la Libération, elle réintègre la classe de fugue avant d'entrer dans celle de composition d'Henri Büsser. Ses études sont couronnées par un Premier Grand Prix de Rome obtenu en 1948 avec la mise en musique d’un poème d’une centaine de vers de Charles Clerc à la gloire de Ste-Geneviève. Après trois années passées à la Villa Médicis, alors dirigée par Jacques Ibert, qui lui laisseront " une émotion inoubliable "1, elle rentre à Paris et poursuit une carrière de pianiste et de compositeur. C’est à cette époque qu’elle enregistre pour l'ORTF l'œuvre pour piano de Claude Debussy avec Inghelbrecht et reçoit en 1954 le Grand prix du disque avec la chanteuse Flore Wend. Il n’est pas rare alors de rencontrer couramment son nom en tête des affiches des concerts parisiens. On la verra ainsi se produire avec l’Orchestre de chambre de Maurice Hewitt (Salle Gaveau, 6 juin 1955), avec Fernand Caratge (flûte) et Colette Wyss (chant) à la Comédie des Champs-Elysées (11 juin 1955), dans un récital de piano organisé par l’U.F.P.C. à la Salle Gaveau, au cours duquel elle interprète la Toccata en ré mineur de Bach-Busoni, la Partita en si bémol majeur de Bach, la Fantaisie de Schumann, les Trois Préludes de Noël Gallon, la Toccata de Debussy, les Trois Pièces de Roussel et Trois Préludes de sa composition (27 novembre 1955) ou encore avec l’Orchestre national de la R.T.F., placé sous la direction de D.E. Inghelbrecht, avec lequel elle joue la Symphonie montagnarde de Vincent d’Indy (Théâtre des Champs-Elysées, 15 décembre 1955), et plus tard le Deuxième concerto pour piano de Liszt, le Concerto pour piano de Schumann, la Ballade de Fauré et son Deuxième concerto pour piano...

Soliste des Associations symphoniques et de l’Orchestre national de France, elle est nommée en 1959 professeur de solfège au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Par la suite titulaire de la classe de déchiffrage, puis de celle de pédagogie de la formation musicale, elle signe profondément de son sceau, durant ses trente années d’enseignement, l’apprentissage du solfège qu’elle s’évertue de dispenser avec beaucoup d’autorité, considérant que le solfège n’est pas une fin en soi mais un moyen d’apprendre les bases nécessaires dans " la vraie musique ". Sa renommée dans ce domaine lui vaudra d’ailleurs de nombreuses invitations à des colloques. Plus de 120 de ses anciens élèves après avoir obtenu le Certificat d'Aptitude (concours organisé par la Direction de la musique), enseignent actuellement dans des CRR ou Ecoles de musique en France.

Retraitée du Conservatoire de Paris en 1989, elle se consacre désormais à l’interprétation pianistique et à la composition. Egalement fondatrice et présidente depuis 1984 de l’Association des Professeurs de Formation Musicale (A.P.F.M .), dont le dernier congrès vient de se dérouler à l'Ecole de musique de Villeurbanne, avec pour thème : les musiques actuelles, elle continue d’œuvrer inlassablement et avec la même ardeur que lors de son entrée au CNSM pour l'enseignement approfondi de la formation musicale. Ses pièces de concours pour le Conservatoire de Paris ont été longtemps inscrites aux programmes des concours des prix, notamment sa Sonatine pour basson et piano en 1959, 1963 et 1966 et son Profils pour les mêmes instruments, en 1966 et 1970. Cette dernière œuvre vient d'ailleurs d'être reprise lors du concours du CNSM de Paris en 2000.

Son catalogue n'est pas principalement axé sur des œuvres pour piano, comme on pourrait le penser, mais aussi sur des ouvrages pédagogiques, des pages de musique de chambre, des pièces orchestrales et de la musique vocale. On y trouve cependant des pages de musique de chambre, des pièces orchestrales et de la musique vocale, le tout composé avec beaucoup de rigueur et de sensibilité, sans pour cela dédaigner l’originalité. C’est ainsi, par exemple, qu’on lui doit dans un domaine assez peu populaire une certaine participation au développement du répertoire soliste pour le trombone avec son Essai pour trombone basse, ou son Rite pour trombone et piano. Sa Pièce pour vibraphone, son Jeu et son Prélude pour harpe celtique ou encore son autre Pièce pour viole d’amour démontrent parfaitement sa quête de la nouveauté dans la tradition. Intéressée par toutes formes de musique, Odette Gartenlaub a notamment mis en musique pour chœur mixte et piano La Cassandre d’espoir et la Danse des fous de Jean-Claude Ibert (le fils du compositeur), a illustré pour l'ORTF les célèbres nouvelles de Louis Pergaud, De Goupil à Margot, histoires de bêtes, qui valurent d'ailleurs en 1910 à son auteur le Prix Goncourt, et pour France-Culture une série d'émissions littéraires consacrée à l'œuvre d'Henry James. Elle a également collaboré avec le poète belge de langue française Maurice Carême (1899-1978), dont le chef d’œuvre Mère (1935) remporta un grand succès auprès d’un public de tous âges. Elle mit en effet en musique, tout comme bien d’autres musiciens l’avaient fait avant elle (Darius Milhaud, Francis Poulenc ou encore Carl Orff) deux de ses poèmes : Ophélie et La Prière (pour voix de femmes). Les quelques numéros d’opus de musique vocale d’Odette Gartenlaub démontrent là encore une grande habilité d'écriture de la part du compositeur dans ce domaine. Il faut dire qu’elle dirigea en effet, au début des années soixante, un ensemble de chanteurs à l’époque où elle était chef de chœur à l’Union Libérale Israélite de la rue Copernic (Paris XVI°). Trop prise par ses activités d’enseignante au CNSM, elle dut d’ailleurs se résoudre à abandonner en 1964 cette direction de chœur pour laisser la place à son mari, le clarinettiste Bernard Haultier2, poste qu'il occupera jusqu’en juin 1979. Egalement compositeur, on doit à ce dernier, entre autres œuvres, Six préludes faciles pour guitare (Paris, Hortensia - Leduc, 1974), un Solfège rythmique par structures et dissociation pour le 1er cycle (Paris, Hortensia - Leduc, 1981), des mélodies...

Il est encore un autre domaine ou ce compositeur s’est essayé avec talent : le jazz, pour lequel elle a écrit, en collaboration avec Jack Diéval, surnommé " l’impressionniste du jazz ", actuellement administrateur de la SACEM, un jazz oratorio intitulé Le Chemin. On sait le travail énorme de promotion de ce style de musique que Jack Diéval s’évertue de faire depuis fort longtemps, notamment auprès des jeunes en organisant des concerts, des colloques dans les lycées et universités ou encore en donnant des cours d’improvisation à l’Ecole Normale de Musique. C’est ainsi qu’Odette Gartenlaub, qui a également écrit avec lui deux autres œuvres orchestrales : Metacosme et Le Logos, a notamment enregistré en 1967 chez CBS ses Caractères de la Bruyère pour piano sur un disque présenté par Jack Diéval, comportant aussi bien la Fantaisie impromptu, 3e Etude op. 10, n°3 de Chopin, la Tabatière de Roger Boutry, que des pages d’Ellington (I am beginning to see the light) ou de Jack Diéval lui-même (Dream in Montebello). Quant à ses nombreux ouvrages pédagogiques, au programme des écoles de musique de toute la France, ils couvrent un vaste domaine. Edités chez Rideau Rouge - Carisch ou Hortensia, ils concernent aussi bien le déchiffrage instrumental, que des leçons de solfège à chanter ou encore l’harmonisation au piano.

Commandeur des Arts et des Lettres (1989), excellente musicienne, pédagogue attentive, Odette Gartenlaub est aussi et surtout une personne chaleureuse et affable. Sa modestie naturelle l’a peut être empêchée d’atteindre les plus hauts sommets de la célébrité, mais qu’importe, cette femme de cœur qui a préféré se vouer à l’enseignement plutôt qu’à l’interprétation reste un exemple pour tous ceux qui l’ont approchée de ce que peut être un parfait musicien accompli. Son œuvre restera longtemps aux programmes des conservatoires de musique, n’en doutons pas !

Le Conservatoire de Strasbourg a rendu un hommage à Odette Gartenlaub lors d’un cycle de concerts/conférence du 16 au 21 juin 2004, au cours duquel plusieurs de ses œuvres ont été données. Le 16 juin, Palais des Fêtes à Strasbourg, Chœurs des classes de formation musicale, Ensembles instrumentaux et Orchestre à cordes junior du Conservatoire de Strasbourg : Œuvres pour voix et instruments de Mendelssohn et Schumann transcrites par Odette Gartenlaub, Deux Images pour ensemble instrumental, Leçons à chanter dans le style d’auteurs orchestrées par Odette Gartenlaub ; le 17 juin, bibliothèque du Conservatoire, rencontre avec " Odette Gartenlaub, pianiste, compositrice, pédagogue " ; le 19 juin, auditorium du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg : Composition pour violoncelle et piano, Ponctuations pour guitare, Trois Caractères pour trombone et orchestre à cordes, version avec piano, Étude concertante pour alto solo, Images d’Epinal pour piano, Silhouette pour hautbois et piano, Dialogue pour saxophone et piano, Ophélie et Prière pour voix de femmes (poèmes de Maurice Carême) ; le 20 juin, église Saint-Aloïse à Strasbourg-Neudorf et le 21 juin, Grande Salle de La Laiterie-Artefact à Strasbourg, Orchestre symphonique du Conservatoire de Strasbourg, direction : Julien Masmondet : Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel, Concerto pour flûte et orchestre d’Odette Gartenlaub (Malgorzata Waluga Hlawsa, flûte) et L’Oiseau de feu d’Igor Stravisnky.

Le 20 septembre 2014 à l'Hôpital Cochin (Paris 14°) s'est éteinte Odette Gartenlaub dans sa quatre-vingt-treizième année. Elle a été inhumée au cimetière parisien de Bagneux. La Rédaction de Musica et Memoria présente à sa fille, Mme Pascale Haultier, animatrice de l'Association « Poly-sons » (éveil musical, éveil au piano des jeunes enfants), fondée en 2003 par sa mère (http://www.asso-polysons2003.fr/home/), toutes ses sincères condoléances.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE (octobre 2014)

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1) On lira à ce propos un intéressant article d'Odette Gartenlaub paru dans le numéro 23 ( mars 1953 ) de la revue Le Conservatoire, et reproduit sur notre page de présentation du Prix de Rome. [ Retour ]

2) Son frère, Jacques Haultier, décédé depuis quelques années, était un bassoniste réputé. On lui doit notamment une méthode courante d'enseignement, Le débutant bassoniste, écrite en 1955 et l'enregistrement en 1964, avec l'Orchestre de Chambre de la Sarre, sous la direction de Karl Ristenpart, de la Symphonie concertante pour violon, violoncelle, hautbois, basson et orchestre de Joseph Haydn. [ Retour ]

Plusieurs photos des classes d'Odette Gartenlaub au CNSMP (1963-1988)
Catalogue des oeuvres d'Odette Gartenlaub

 


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