André GEDALGE
(1856 – 1926)

André Gedalge
André Gedalge
( coll. A. Gedalge ) D.R.

" Je n'ai pas pris mes principes dans mes préjugés,
mais dans la nature des choses.
"

Signature d'André Gedalge
extrait de la préface du Traité de la Fugue
English translations

1856 s'achève. Noël est déjà fêté ; on attend le nouvel-an.

Louis-Napoléon est empereur des Français depuis 1852 ; Napoléon III règne d'un pouvoir absolu. Alexandre II est tsar depuis un an ; Victor-Emmanuel est roi d'Italie depuis 1849, Victoria règne sur le Royaume-Uni depuis 1837. François-Joseph, empereur d'Autriche depuis 1848, président de la Confédération germanique, apparaît comme l'arbitre de l'Europe. En Pologne, l'insurrection de Varsovie est sévèrement réprimée et entraîne "la grande émigration" vers l'Occident. Pie IX est chef de l'Eglise catholique depuis 10 ans.

1856, cette année-là, non loin de Düsseldorf, J. C. Fuhlrott découvre le squelette de l'Homme de Neandertal : l'Homo Sapiens.

Le Romantisme est à son déclin, et sera bientôt remplacé par le Naturalisme et le Positivisme sous la double influence de Flaubert et de Taine. L'année qui vient, 1857, verra "un frisson nouveau" avec la parution de l'unique volume de vers de Baudelaire : Les Fleurs du Mal. Madame Bovary, de Flaubert, sera publié également en 1857. Les deux ouvrages seront poursuivis pour immoralité.

Ingres, Delacroix, Courbet, pour la peinture ; Carpeaux, Rodin, pour la sculpture, dominent les arts figuratifs.

1856. Le compositeur allemand Robert Schumann est décédé en juillet ; Adam, l'auteur du Postillon de Longjumeau et de Gisèle, également début mai. Franz Liszt est regardé comme un pianiste génial, et n'a aucun rival en Europe. Wagner n'est pas encore reconnu "le grand compositeur dramatique" du XIXe siècle.

Ernest Guiraud a dix-neuf ans puisqu'il est né en 1837 à la Nouvelle-Orléans. Il ne sait pas encore que ses cours d'harmonie et de composition au Conservatoire seront suivis par Paul Dukas, Claude Debussy et André Gedalge, né effectivement en 1856 ; que ce dernier sera son répétiteur avant d'être celui de Jules Massenet, qui a quatorze ans. Gabriel Fauré, né en 1845, n'est pas encore élève de Niedermeyer et de Saint-Saëns. Gabriel Pierné, futur organiste de Sainte-Clotilde, ne naîtra qu'en 1863. Chef d'orchestre des Concerts Colonne, il créera la 3ème Symphonie d'André Gedalge.

C'est le 27 décembre 1856 que naît André Gedalge. L'acte, enregistré à la Mairie du 7ème arrondissement de Paris, stipule qu'il est le fils de Jonas Elias Gedalge et de Clara Alexandre, son épouse. Il est le quatrième enfant d'une famille qui en comptera sept : un garçon mort trois mois après sa naissance ; Georges, décédé à 23 ans, après une vie dissipée ; Berthe, née 11 mois avant André. Puis vinrent Camille, Lucie et enfin Marguerite, la benjamine, de 11 ans plus jeune qu'André.

Cette famille, à la naissance d'André, est dans une situation modeste. Le père, Elias Jonas, est originaire de Silésie, province prussienne de la Confédération germanique. Fils d'un chantre à la synagogue de Breslau, il était le treizième enfant d'une famille juive. Intelligent, travailleur, il souhaitait être professeur, métier interdit aux juifs. Il choisit d'émigrer vers la France, où l'un de ses frères aînés était établi à Paris ; tenant commerce de chemiserie, il s'intitulait "chemisier de la Cour et de l'Empereur" sous le Second Empire. C'est à pied, porteur d'un maigre pécule qu'il gagne Paris. Mais cet adolescent, n'ayant pas l'argent nécessaire pour poursuivre ses études, décide de vendre des livres destinés à l'enseignement. Habitant rue Chariot, dans le Marais, il remarque une jeune fille, née dans une communauté juive de Remiremont (Vosges) ; elle loge chez sa tante, lingère de profession. Clara Alexandre, issue également d'une famille nombreuse, devint la compagne d'Elias Jonas. Vivant économiquement, amassant peu à peu, ils ouvriront en 1850 une librairie-papeterie : la "Librairie Gedalge jeune".

André fera ses "humanités" au lycée parisien Louis Le Grand, ex lycée Descartes ; également au lycée de Douai pendant l'année scolaire 1873-1874, faculté où il obtiendra le 8 août 1874 son grade de Bachelier ès lettres. Le proviseur du lycée Descartes écrivait : "il est bon d'avoir sa personnalité ; mais quand on est jeune, on profite à écouter les conseils de ses maîtres ; et c'est ce qu'il ne fait pas assez". Il ajoute "Petit garçon capable de faire très bien, s'il se surveille et ne se dissipe pas". Son cahier d'histoire et de philosophie, qu'enseignait Monsieur Dereux, montre un enfant soigné, méthodique, réfléchi. L'écriture est belle, régulière, lisible ; les mots sont liés. Quelques dessins en marge montrent un humour certain. Ainsi que son père Emile, curieux de tout, André acquerra une vaste culture, une érudition solide.

Sous le numéro matricule 12 262 il sera incorporé à compter du 8 novembre 1877 au 54ème Régiment de ligne, comme jeune soldat assimilé aux engagés conditionnels, selon l'article 12 du décret. Caporal le 10 novembre 1878, il passera dans la Réserve de l'Armée active le 1er juillet 1882. Il suivra au 2ème Bataillon des cours d'administration comme en fait foi le cahier de modèles lui appartenant.

A son retour du service armé, André devient "un jeune commis en librairie", car soumis aux volontés de celui qu'il appelait "le roi absolu", il doit courir sous-préfectures et chefs-lieux de canton. Si le goût des choses de l'esprit rapprochait Emile et son fils, celui-ci préférait la musique, alors que Emile voyait en son seul fils vivant, son digne et légitime successeur.

Amélie d'Obigny de Ferrière
Amélie Gedalge, 1865 Paris - 1931 Saint-Egrève
( coll. A. Gedalge ) D.R.

Les goûts musicaux d'André Gedalge s'exprimaient déjà très tôt dans son enfance, lorsqu'il pouvait jouer sur le piano du cours que fréquentaient ses sœurs. Ils montraient des dons musicaux certains. Charles Collin1, hautboïste distingué attaché au lycée Louis Le Grand, lui donne quelques conseils. C'est à Douai qu'il se perfectionne au piano avec Monsieur Demeny. Mais André Gedalge souffre de l'absence de conseils pratiques, obligé qu'il est de courir les routes.

Dix années passeront en luttes intérieures, en affrontements de deux personnalités. Mais la ténacité d'André devait triompher d'une situation qui lui était imposée. En 1884, à la suite d'une audition de Sigurd, il décide d'aller trouver Reyer et se rend rue de La Tour d'Auvergne à Paris. Malgré son caractère rébarbatif, le futur auteur de Salambô écoute André Gedalge qui s'est installé au piano. Sur l'heure il emmène André chez Ernest Guiraud qui demeure rue Pigalle.

La décision est prise : André sera musicien. A 27 ans, sans ressources (son père lui coupe les vivres), il s'installe dans une modeste chambre, rue Jacob. Admis par Ernest Guiraud, alors professeur d'harmonie et de composition, à suivre ses cours au Conservatoire, il aura comme condisciples Dukas et Debussy. Guiraud encouragera, soutiendra cet élève doué. André deviendra son répétiteur ; une sincère amitié les réunira. Pour subsister il lui procurera des leçons.

A la mort d'Ernest Guiraud, en 1892, Jules Massenet s'empresse de prendre André Gedalge comme répétiteur, et lui confie sa classe pendant ses nombreuses absences. L'auteur de Manon et Gedalge se connaissent car, en 1878, le second demanda des conseils au premier. Mais Gedalge père vint supplier l'auteur de Werther de détourner son fils d'une voie qui lui semblait inutile. Voilà pourquoi, aux grands regrets de Massenet, André Gedalge devint l'élève d'Ernest Guiraud. Après avoir obtenu une mention au Concours de Rome en 1885, il reçoit le Second Grand Prix l'année suivante, pour sa cantate La Vision de Saül.

C'est pendant cette période qu'André Gedalge fait la connaissance d'Amélie d'Obigny de Ferrière, élève également dans la classe de Guiraud. Elle est née l'année de la création à Munich de Tristan et Isolde : 1865, le 21 février à Paris. Son père, Henri d'Obigny de Ferrière2 est musicien : ancien élève du Conservatoire de Paris où il avait obtenu un accessit de contrepoint et fugue en 1853, il enseignait le piano et le chant. Né le 25 août 1823 à Paris, il décédera le 26 août 1880 à Chessy (Seine-et-Marne), dans la maison de son beau-père Alexandre Trochu. La mère d'Amélie, Mélanie née Trochu, sera avec sa fille un précieux soutien dans les moments difficiles qu'André traversait. Il sera très affecté par sa mort, à 64 ans, le 20 avril 1908 à Paris. Elle habitait dans la capitale avec son gendre et sa fille ; en effet, Amélie et André se sont mariés le 6 juillet 1887. Amélie, 1ère médaille de solfège (1882) et1er prix d'harmonie (1884) au Conservatoire de Paris, sera toute sa vie un professeur réputé, dont le nom a fait autorité dans les questions pédagogiques. On lui doit des mélodies, des pièces pour piano, un recueil de Leçons de pédagogie musicale et un ouvrage sur Les gloires musicales du monde.

André Gedalge et Amélie d'Obigny de Ferrière
André et Amélie Gedalge, dans leur maison de Chessy
( coll. A. Gedalge ) D.R.

Le couple habitera de préférence dans la grande maison à Chessy-sur-Marne. La vue sur la Marne y est exceptionnelle ; le calme aussi. A Paris, ils logeront dans un pied-à-terre, 130 faubourg Saint-Denis, à quelques pas de la gare de l'Est, non loin du Conservatoire sis dans les bâtiments des anciens Menus-Plaisirs du Roi, rue du Faubourg-Poissonnière, dirigé à l'époque par Ambroise Thomas, et bientôt (1896) par Théodore Dubois. Cinq enfants naîtront de cette union : quatre filles et un garçon. Les aînées Berthe, Henriette et Mélanie verront le jour avant la fin du siècle.

De 1890 à 1900, André Gedalge composera pour le théâtre : certaines oeuvres écrites sur des livrets de Michel Carré seront créées à l'Opéra-Comique, dont le directeur est Léon Carvalho. Ainsi l'opéra-bouffe Pris au Piège aura soixante représentations. Le Petit Savoyard sera créé au Théâtre des Nouveautés en 1891. Mais la plupart resteront inédites, comme le quatuor, daté de 1892, Quatuor "La Pierre de touche du musicien" ainsi qu'il l'affirmera à Honegger. La Première Symphonie date de 1893 ; le Concerto pour piano opus 16, de 1899. Quelques Mélodies, opus 13 et 15, seront datées de 1898. La Première sonate pour piano et violon en sol, opus 12, est de 1897 ; elle est dédiée à Georges Enesco.

Au début de l'année 1904, par décret du Ministre de l'Instruction publique sur proposition du directeur des Beaux-Arts, il est nommé inspecteur de l'enseignement musical en remplacement de Victorien de Joncières, décédé en octobre 1903. Longtemps professeur suppléant, il ne sera cependant titularisé que le 4 novembre 1905 comme "professeur d'une classe de contrepoint et de fugue nouvellement créée au Conservatoire national de musique et de déclamation". Gabriel Fauré en a la direction la même année. Le 8 octobre 1905, il est nommé "Membre du Conseil supérieur de l'Enseignement". Il est enfin récompensé. A lui et à Gabriel Fauré revient l'honneur d'avoir raffermi l'étude de la fugue et du contrepoint.

Lors du contrat avec Enoch, pour le Traité de la Fugue, André Gedalge reçoit 1.000 francs en 1901. La première édition date de 1904. En 1901 Heugel le paie 1.000 francs pour la réduction de Louise. L'Ecole Niedermeyer, installée depuis 1896 dans le boulevard d'Auteuil à Boulogne-Billancourt, revient régulièrement dans la colonne des recettes de son journal. Il y enseignait en effet la composition au début des anées 1900, avant de succéder en 1910 au directeur de l'école, Gustave Lefèvre, dans sa classe de contrepoint et de fugue.

Comme on peut le constater c'est un bourreau de travail, il écrivait le 20 juillet 1903 : "Mon repos, quand j'en prends, est toujours empoisonné par cette idée que je devrais travailler, que je me vole mon temps à moi-même". Entre autres qualités, il admirait chez sa femme sa capacité de travail.

1905, l'année où Debussy compose La Mer, sera endeuillée par la disparition de sa mère à l'âge de 73 ans. Parcourons la lettre qu'André, âgé de 11 ans, écrivait à sa "Maman" pour son 35ème anniversaire, le 31 octobre 1867 : "Que tu sois heureuse le reste de tes jours, ô maman, je le souhaite... Moi qui ai l'âge de raison, je te promets d'être gentil, sage et obéissant à partir de ce jour". Elle aussi, tant que ses forces le lui permettront, travaillera. Elle sera toujours en rapport avec son fils, même après la rupture entre son mari et André. Emile décédera en 1906, âgé de 84 ans. Le père et le fils s'étaient rapprochés puisque dans la colonne recette de son journal André note : 14 décembre 1902, 200 francs de Gedalge Père ; 27 décembre 1902 (André a 46 ans) 200 francs de mon père. Les grands-parents connaîtront à peine Camille, unique fils d'André et d'Amélie, né en novembre 1902, ainsi qu'Alice, la benjamine, née en mai 1905.

Coupure de presse
Nomination d'André Gedalge Inspecteur de l'Enseignement musical, relatée dans la revue Musica, n° 17, février 1904
( coll. D.H.M. )

M. André Gedalge

The minister of Instruction publique and the director of the Beaux Arts have just signed an order according to which composer André Gedalge is promoted to the rank of inspector of musical teaching in succession to deceased Mr. Victorin de Joncières.

This promotion will certainly please all people who care for the good reputation of our musical teaching and also the numerous pupils and friends of André Gedalge who, thanks to his deep science, the high value of his teaching as well as his reliable and artistic taste, has gained an undisputed reputation of admirable teacher. His Traité de la Fugue, which will remain as a model in his Field, will have a considerable influence on today teaching.

A noticeable composer as well as a great educationalist, we can mention his Concerto de piano, the ballet Phoebé and Pris au piège, given at the Opéra-Comique, his two beautiful Sonates de piano et violon, his Vaux de Vire, sung at Colonne, one symphony, numerous melodies etc…. At the moment, André Gédalge is working on a Traité de Contrepoint which will be the worthy complement of his famous Traité de Fugue and he is also finishing a new musical drama.

So it is to be noticed that the choice of the government cannot be more satisfactory.

MUSICA N° 17, February 1904


1902. Création de Pelléas et Mélisande, de Claude Debussy.

1906. Paul Dukas achève Ariane et Barbe Bleue, également sur un texte de Maeterlinck.

Lorsqu'on parcourt ce "Journal quotidien de recettes et de dépenses" de novembre 1900 à février 1905, on voit vivre au jour le jour un être humain. Est-ce rabaisser un auteur, un grand pédagogue que d'essayer de le montrer dans sa vie quotidienne, souvent ordinaire ? Comme si la qualité de la vie devait correspondre à la qualité de l'œuvre, ou inversement ! Est-il entendu que la vie ne peut "expliquer" l'œuvre !

Lorsqu'on parcourt ce "Journal" et qu'on relève la liste des élèves particuliers, on constate que presque chaque jour, trois ou quatre d'entre eux se retrouvent autour du maître qui leur dispense son savoir. Des noms reviennent souvent. Parmi cinquante-quatre noms relevés, citons Ducasse, Ladmirault, Lazare Lévy, Cools, Brussel... Le nom de Jeanne Vieu est à retenir plus particulièrement, car pour elle il écrira une ouverture et un entracte pour l'opérette Prince, présentée au Moulin Rouge ; il en fera également l'orchestration. Mademoiselle Alice Pelliot, sœur du sinologue Paul Pelliot, deviendra sa répétitrice, après avoir été son élève.

Que de noms connus, et pour quelques-uns mondialement, ont bénéficié de ses judicieux conseils : Maurice Ravel, Florent Schmitt, Georges Enesco, Raoul Laparra, Charles Koechlin, Max d'Ollone, André Bloch, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Nadia Boulanger, Bernard Crocé-Spinelli, Jean Wiener...

On ne peut citer, en détail, tout le bien que pensaient ses élèves. Ce petit homme menu, discret, plein d'ordre et de raison, modeste mais sûr de son savoir, ne leur épargnait ni son temps, ni ses peines, ni ses conseils toujours écoutés. Il ouvrait des horizons tout en indiquant les limites permises. "Pensez à la ligne", répétait-il, en gommant une note fautive, "pensez à la ligne", corrigeant "un chant donné", une strette boiteuse.

En juillet 1903, il souligne : "N'oubliez pas de noter toutes idées musicales qui vous viendront, sans en faire la critique. Ce ne sont que des graines ; tant qu'elles n'ont pas été semées, et n'ont pas encore germé, on ne sait ce qu'elles donneront".

Darius Milhaud, qui a dit à un de ses amis "je suis sauvé", lorsque Gedalge l'a pris comme auditeur, après l'avoir rencontré rue du Faubourg Saint-Denis, souligne la grande leçon du maître de considérer la mélodie comme l'essentiel de la musique : "Qu'importe la sauce que vous mettez autour, c'est une question de mode. Ce qui importe c'est la ligne mélodique ; ceci ne varie pas".

Milhaud ajoute : "Ai-je souvent pensé que le fond de son enseignement et le sens de son art musical reposaient dans cette phrase qu'il nous disait souvent : "Faites-moi donc huit mesures qu'on puisse jouer sans accompagnement".

Ravel de son côté témoigne, preuve du rayonnement de son enseignement : "Je suis heureux de dire que je lui dois les plus précieux éléments de mon métier... Ce n'est pas la seule amitié qui m'a fait lui dédier le Trio, l'hommage en va directement au maître".

Georges Enesco "était tranquille quand il avait obtenu l'approbation de Gedalge". "Je resterai jusqu'à ma mort l'élève de Gedalge", a-t-il écrit dans ses souvenirs recueillis par Bernard Gavoty.

Pour cet humaniste les mots ne comptaient pas tant que les faits. Il adorait la vérité ; avait pour elle un tel respect qu'il se préservait de tout dogmatisme. Il respectait les idées (musicales y compris) de chacun, car il était un homme juste et bon. Il croyait en ce qu'il faisait, et se protégeait des faux louangeurs. Ainsi le 7 février 1903, il écrivait : "J'étais si troublé dans mes instincts d'ours et de sauvage à l'idée d'aller me montrer dans le monde et d'écouter ma musique au milieu de gens pour la plupart indifférents, que je ne savais vraiment plus ce que je faisais. Autant j'ai de plaisir à faire entendre mes compositions à des gens que j'aime, autant il m'est pénible de m'exposer à récolter des louanges et les compliments tout faits des gens dits du monde. On ne se refait pas, que voulez-vous ! Et je mets tant de sentiments affectueux dans ma musique, ou, du moins, j'essaie tant d'en mettre, que je voudrais qu'elle ne fut entendue que des gens que j'aime véritablement".

Il s'est débarrassé du travail servile. Pour lui, l'art est l'expression de la beauté idéale sous forme créée. C'est pour cette raison qu'il a aimé J.S. Bach et W.A. Mozart. Il savait que l'oreille entend à la fois verticalement et horizontalement. Cette certitude, il la puisait dans la sûreté de son excellent instinct autant que dans les oeuvres de ces deux musiciens : "Ce n'est pas difficile à faire ; voyez plutôt Bach et Mozart", disait-il souvent. Il s'attachait à l'esprit des oeuvres ; non à la lettre des traités.

Respecté de ses élèves, il avait également l'affection de ses pairs. Quelques mots en date du 13 mai 1888 d'Ernest Guiraud, en voyage à Rodez, attestent l'estime qu'il avait pour son répétiteur : "(1 heure du matin) J'ai trop pensé à vous pendant ce long trajet pour ne pas vous envoyer un mot de souvenirs... Je ne voulais pas me coucher avant d'avoir acquitté cette petite dette de cœur, et croyez-moi votre toujours vieil Ami".

Jules Massenet, le 28 novembre 1897 "embrasse avec affection et reconnaissance l'ami et l'auteur de l'admirable adagio de la sonate pour violon et piano". En mai 1899 "c'est avec émotion et bien chèrement que je vous remercie, mon bon, mon grand ami ! Vous avez des paroles qui ne peuvent être dites et senties que par vous. Mon cœur vous est très vivement reconnaissant autant qu'il vous est resté fidèlement affectueux".

Il est touchant de relire les lettres de Gabriel Pierné ; en particulier, celle où il demande conseil pour la direction de la Symphonie en sol mineur de Mozart qu'il dirigera le 8 mars : "J'ai des hésitations au sujet de l'andante. Faut-il battre à 6 où à 2, et quelle serait selon toi l'exacte valeur métronomique de la noire ? "

La musique pourtant l'a mis à la torture. Ses amours avec Euterpe connurent des déchirements, sans aller jusqu'à la déchirure. "Je suis incapable de penser. J'ai la tête absolument vide de musique et la musique me fait souffrir. Je n'ai même pas voulu aller entendre ma symphonie, dimanche", a-t-il noté le 10 novembre 1915.

Autre conflit avec lui-même : avoir 58 ans lorsque la guerre de 1914/1918 éclate : "Je suis enragé de ne pouvoir comme les plus jeunes ! et je n'ai que des filles". (2 août 1914). "Pour la composition nous verrons plus tard ce que l'imagination donnera. Pour l'instant la guerre a tout tué en moi". (18 septembre 1918), même s'il note "Je suis toujours -comme au début- très optimiste : je l'étais quand les allemands étaient à une lieue de Chessy, et je le suis de plus en plus. Mais je n'ose penser à la longueur de cette terrible épreuve". (20 oct. 1914).

Malgré la guerre, il assurera ses cours au Conservatoire et "voyagera la France" pour inspecter les Ecoles nationales de musique de province. Les saufs-conduits qui précisent que "son signalement est bien connu de nous", sont les témoignages de ses déplacements entre Chessy-sur-Marne et Paris ; également vers Dijon, Lyon, Chambéry, Saint-Étienne, Toulon, Marseille entre autres... Détail quant aux modes de locomotion autorisés : normaux pour le chemin de fer et la voiture ; mais quand il s'agit de la bicyclette, cela devient courtelinesque, pour ceux qui connaissent le trajet Lagny-Chessy, via la côte de Montévrain.

Tout n'est pas sombre dans la vie de ce petit homme. Il prend le temps de composer (paraît-il la nuit, dans son lit ?). 1900 voit la création d'un ballet : Phoebé ; une seconde Sonate pour violon et piano, en la mineur (opus 19) voit le jour. La deuxième Symphonie, datée de 1902, sera créée aux Concerts Colonne en 1912, après avoir été réorchestrée.

1912. La Péri de Paul Dukas est créée au Théâtre du Châtelet.

Le 6 septembre 1911, André Gedalge note au sujet d'un passage du premier mouvement de sa deuxième Symphonie : "II y a là une horreur que je m'efforce en vain de changer depuis plusieurs années, et surtout depuis un mois que j'y pense davantage ; cela n'a l'air de rien, mais, pour moi, c'est beaucoup, parce que cela ne dit pas le nécessaire, et surtout que la ligne mélodique ne se suit pas logiquement et dans son vrai sens expressif. La 3ème Symphonie en fa majeur sera dirigée pour la première fois le 27 février 1910 par son ami Gabriel Pierné ; elle est dédiée à un autre ami, Gabriel Fauré. Pierné la dirigera maintes fois, même à l'étranger. C'est l'œuvre la plus connue (d'un public restreint) !


Gedalge: Le SentierGedalge: Le Sentier
Le Sentier, mélodie extraite du recueil Dans la forêt, musique de André Gedalge, poésie de Maurice Bouchor (Paris, Enoch, 1901)
coll. Max Méreaux, Audio lecteur Windows Media fichier MIDI par Max Méreaux ©

Heugel éditera en 1902 Les Vaux de Vire et Chansons normandes (poésies de Jean Le Houx et d'Olivier Hasselin) mis en musique par André Gedalge. Enoch, en 1903 fera paraître Dans la Forêt (poèmes de Maurice Bouchor) avec des musiques de Gedalge ; il recevra de ses interprètes une carte postale de Vire, avec leurs "Affectueux souvenirs", postée le 29 juillet 1912. Les poèmes de Burns portent la date de 1909. Quatre Préludes et fugues opus 11, Trois Etudes de concert opus 23, diverses pièces faciles (?) et quatre pièces à quatre mains complètent les compositions d'avant 1914.

Lettre d'André Gedalge à Charles Koechlin
(Archives Koechlin)

Chessy près Lagny (Seine-et-Marne)
8 avril 1912

Mon cher ami,

Me voici réfugié à la campagne pour quelques jours et je peux enfin trouver le temps de vous répondre et vous dire combien j'ai été touché de votre lettre qui m'a fait le plus grand plaisir. Je suis heureux quand un de ceux à qui j'ai donné tant d'efforts me conserve un bon souvenir.

Votre article sur ma symphonie est très juste. Je ne puis être rendu responsable de toutes les absurdités que quelque littérateur plus ou moins frotté de musique me prête dans ses élucubrations. Ces gens-là n'ont pas la moindre idée de la façon dont naît, chez le musicien, la pensée musicale. Ils s'imaginent toujours que c'est la traduction d'une parole quelconque, représentative elle-même d'une image extérieure. Il est évident qu'il y a des musiciens qui se font d'abord des représentations d'images plus ou moins nettes et qui se suggèrent à posteriori de la musique. Je ne puis travailler ainsi pour ma part. La pensée musicale naît chez moi et se présente toujours sous une forme "mélodico-rythmique "plus ou moins complexe - j'entends à une ou plusieurs parties - au moment où je m'y attends le moins quelques fois, mais, je m'en rends bien compte, quand je suis sous l'impression d'un sentiment postérieur le plus souvent, car sous la poussée de sentiments trop violents, l'on est absorbé tout entier et tout est confus. C'est quand on s'est repris que les idées viennent - du moins en ce qui me concerne. Et quand je dis que la forme est déterminée par l'idée elle-même, j'entends que le sens critique intervient à ce moment précis où l'on met en oeuvre sa pensée. Mais, jamais, je ne pourrais partir au travail sur des combinaisons de notes ou de sons qui ne représenteraient pour moi aucun sens, si je les entendais autrement qu'en ligne suivie et rythmée intérieurement.

Voilà à peu près ce que j'ai dit à cet idiot de Landormy et ce qu'il a traduit en son jargon de pédant scholastique. Je suis musicien, il est professeur de philosophie. Il y a entre nous un abîme infranchissable, en ce sens que je pourrais à la grande rigueur arriver à le comprendre parfois, au lieu que lui, ne peut saisir ce qui se passe en moi, en nous autres musiciens, quand nous pensons de la musique.

Vous voyez bien que je ne nie pas que, pour d'autres, la musique puisse naître de sensations extérieures traduites musicalement. Mais alors, il me semble, à mon point de vue toujours, qu'ils font ce que j'appelle de la littérature : ils se prêtent des sentiments qu'ils n'éprouveraient pas d'eux mêmes. C'est ce qu'on fait au théâtre. Mais il faut toujours à l'artiste, dans ce cas, un tour d'esprit apte à rendre de certains sentiments, drame plus ou moins noir, plus ou moins triste ou joyeux. Ce que je ferais dans une oeuvre de théâtre, je me sens incapable de le faire dans une oeuvre de musique pure, où tous ces sentiments, ces abstractions de toute objectivation de l'idée musicale sont absents. Mais d'autres peuvent agir différemment, c'est affaire de tempérament.

Mais assez causé de tout cela, la musique seule est encore tout de même plus intéressante.

Rappelez-moi au bon souvenir de Madame Koechlin et croyez-moi votre toujours affectueux.

André Gedalge

A propos de la troisième Symphonie, notons l'exergue : "Ni littérature ni peinture", ainsi que le commentaire du programme du jeudi 14 février 1929 des Concerts Straram : "Par là André Gedalge entendait non point s'insurger à proprement parler contre l'esthétique impressionniste, mais montrer tout bonnement qu'il était possible, même alors, d'écrire de la musique qui portât en elle seule sa raison d'être [...] Tout chante dans son orchestre, et l'on pourrait dire, tant le tracé de chaque ligne est élégant, qu'il ne contient pas de parties secondaires. Mais on remarquera que rien, hormis ce qui pourrait être de mauvais goût, n'est exclu de cette floraison si riche : à la pureté du dessin s'allie une étonnante vivacité rythmique, et l'instrumentation elle-même où apparaît le hautbois d'amour nous montre avec quelle sérénité André Gedalge savait "mépriser le dédain".

La lettre qu'il écrit à Charles Koechlin le 8 avril 1912 est essentielle pour comprendre la pensée, l'écriture de ce musicien qui est resté pour la postérité plus comme un pédagogue qu'un compositeur.

Un prix de 3.000 francs lui sera décerné par l'Académie des Beaux-Arts, le 31 mai 1910, pour la troisième Symphonie. La Société des Grands Concerts de Lyon lui propose de la diriger le 27 novembre 1912. A-t-il accepté cette invitation? Ou préféra-t-il aller à la pêche sur la Marne, près du pont de Chalifer, à quelques hectomètres de Chessy. Il est vraisemblable qu'il alla taquiner le brochet ; qu'il s'abstiendra également d'aller à l'invitation du Président Emile Loubet, puisque "la carte personnelle à remettre en entrant" a été retrouvée dans ses papiers. Il préféra adresser à Abel Combarieu les partitions des deux Sonates pour piano et violon ; après les avoir "lues avec un vif plaisir, en attendant de les jouer avec un violoniste", le Directeur du cabinet du Président de la République le remercie par une petite carte personnelle.

En 1911, le siège du Conservatoire est transféré 14 rue de Madrid ; ne subsiste à l'ancienne adresse que la salle des concerts, réputée pour la perfection de son acoustique.

Le mercredi 3 janvier 1912, l'auteur de Manon adresse à André Gedalge une courte missive : "C'est bien la vérité, Cher Grand Ami, car on ne voit plus... C'est un chagrin dans ma vie... Hélas je suis souffrant et je voudrais rester, une fois guéri, quelques jours avant le départ pour le midi". Ultime (?) témoignage d'une profonde amitié, car 1912 verra la disparition du délicieux et exquis auteur de Thaïs, de Don Quichotte. L'année d'après seront créés le Sacre du Printemps de Stravinsky, Pénélope de Fauré.

Le midi, avec sa chaleur et sa lumière, dont parle Massenet, a inspiré à André Gedalge ces réflexions : "Pour moi, être privé de soleil et de chaleur est le pire des supplices : cela m'empêche de penser". (1902) - "J'ai retrouvé la chaleur et le bon soleil ici : cela a tout de suite modifié mon état général qui s'est fortement amélioré à mon grand soulagement... Si vous voyiez quel beau soleil ! et comme on se sent vivre ; si je pouvais écrire en ce moment avec une pareille lumière ! Hélas ! nous n'en avons pas à Paris, et ici je suis la proie des autres! " (Montpellier juin 1910).

Alors qu'il composait sa Symphonie en ut mineur, tout à coup, comme si une inspiration soudaine lui fût venue, il la mit de côté, ainsi que son Traité de contrepoint, complément naturel du Traité de la Fugue ; il ne s'occupa plus que de l'instruction musicale des enfants de nos écoles, qui aboutira à la Méthode d'enseignement de la musique par l'éducation méthodique de l'oreille.

André Gedalge dans les escaliers de sa maison de Chessy
( coll. A. Gedalge ) D.R.

"Tous les jours je réunis chez moi (à Chessy) des enfants du pays" (14 août-12 septembre 1919). Se basant sur ses expériences, il estime que "l'éducation proprement dite de l'oreille est complète au bout d'une quinzaine d'heures ; à ce moment, l'enfant entend ce qu'il lit, et la conscience qu'il a de ce qu'il a appris l'incite à vouloir apprendre davantage". Il ajoute : "j'ai été amené à reconnaître que musicalement, on peut demander beaucoup aux enfants, à la condition qu'ils comprennent ce qu'on leur dit : tel est le but de ce manuel. Les enfants du village de Chessy m'ont prouvé qu'en deux ans de temps les petits campagnards pouvaient devenir de très bons musiciens, prendre un vif plaisir à la musique". André Gedalge avait obtenu pour les écoles primaires de Chessy "une concession de jeux" du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux Arts, en janvier 1914. Le député Perissoud avait appuyé cette demande.

A propos de la Méthode, il écrira à Charles Koechlin, le 18 septembre 1921 : "ça a été un gros travail pour moi ; j'ai encore de la besogne dessus. Cela m'empêche de composer ; mais c'est bien plus utile que mes compositions, tout au moins pour les autres". Le 20 juin 1921, il avait remercié cet ami "de son affectueuse dédicace qui accompagne le quatuor" ; il se plaint "combien sa classe est vide ; et je suis assez découragé ; donner mon enseignement à des gens pour qui il n'a aucune valeur, du moins les choses me semblent-elles ainsi ; et surtout qui n'en peuvent tirer aucun fruit, faute de nature".

C'est en 1921 que le Manuel sera mis en vente par la maison d'édition familiale. Son édition aura été rigoureusement surveillée par son auteur. Cette même année, il sera nommé Chevalier de la Légion d'Honneur, par décret rendu le 1er février 1921.

En 1925 la "Librairie Gedalge" éditera 10 Livrets de solfège, ainsi que 100 Canons à tous les intervalles, dernières oeuvres du compositeur.

Le Traité de contrepoint restera inachevé. Du contrepoint il donnait la définition suivante : "L'art du contrepoint consiste à faire entendre simultanément deux ou plusieurs mélodies de rythme et de caractères semblables ou différents, de telle façon que de la marche des parties résulte pour l'oreille une harmonie claire, naturelle et correcte".

La quatrième Symphonie en la majeur, ne sera pas terminée elle non plus. Pourtant le 7 septembre 1918, il écrivait : "Je me suis familiarisé avec le thème du final auquel je ne pouvais m'habituer. J'avais peur qu'il ne fût empreint de vulgarité, défaut que je déteste le plus en tout, aussi bien dans les choses que chez les gens".

1918, l'année qui voit le décès de Claude Debussy. 1918 voit le cauchemar de la Grande Guerre terminé, comme l'exprime si bien le compositeur Emile Ratez, dans une carte postale envoyée de Lille où il dirige le Conservatoire : "Après quatre ans de captivité, nous voici enfin délivrés". L'angoisse perpétuelle qui avait arrêté tout travail personnel d'André Gedalge, comme il le notait le 1er juillet 1915, avait pris fin. "En fait de musique il n'avait que "La Marseillaise en tête". (18 septembre 1918).

Henri Rabaud a succédé à Gabriel Fauré (atteint de surdité) depuis 1920, à la direction du Conservatoire. Il propose de nouveaux jours (lundi et vendredi), un nouvel horaire (1 h 1/2) pour les cours qu'assure Gedalge ; il lui est reconnaissant de faire un morceau facile pour le concours de basson.

Gabriel Fauré, retiré depuis 1920, s'éteindra à 79 ans en 1924. Avec Debussy, il a joué un rôle prépondérant dans l'émancipation de la musique française, qu'il a aidée, au lendemain de la crise wagnérienne, à reprendre conscience d'elle-même.

André Gedalge
André Gedalge
( coll. A. Gedalge ) D.R.

"La merveille, ce fut la manière dont s'accordèrent l'enseignement de Gabriel Fauré et celui d'André Gedalge", a écrit Robert Brussel, qui continue : "On peut dire que les élèves de l'un furent aussi les élèves de l'autre. Et l'art du maître de Pénélope s'éclaire d'une lumière nouvelle lorsqu'on découvre cette secrète parenté du génie qui transfigure toute chose et le talent pédagogique fondé sur la conscience artistique, la pureté de la forme et celle du style".

André Gedalge voyage encore beaucoup pour inspecter la province. Il trouve le temps d'écrire le 20 juin 1922, à Charles Koechlin, l'ami fidèle, deux mots entre le retour de Metz et le départ pour Caen. Il est heureux à la pensée d'être débarrassé de ces déplacements "à partir de mardi prochain. Je pourrai me reposer car je suis terriblement fatigué", écrit-il. Il a 66 ans, et ce travailleur acharné ne parle pas de retraite. C'est seulement en 1921 qu'il a fini de payer la maison de Chessy. Il avait toujours l'espoir de s'installer à Chessy pour y trouver enfin la tranquillité nécessaire pour travailler autrement "qu'à bâtons rompus". Il souhaitait certainement y retrouver "ce bon soleil intérieur qui éclaire tout, vivifie et fait sortir toutes les bonnes choses que l'on a en soi".

Décès d'André Gedalge (coupure de presse)
Coupure de presse relatant le décès d'André Gedalge,
probablement dans Le Quotidien, février 1926.
( Coll. J-L. Martinet ) DR

Le 15 décembre 1925, il a la joie de marier son fils Camille. Puis, cet homme secret, usé à l'approche de ses 70 ans, s'est endormi pour l'éternité, discrètement comme il a vécu, dans la nuit du 5 février 1926 à Chessy.

"Le grand humaniste de la musique", comme l'appelait Henri Rabaud, a-t-il eu cette ultime pensée : "Heureusement, quand je pense à la musique, j'ai tout de suite l'âme gaie" ? Est-il mort, en paix avec lui-même, but de toute vie d'homme ? A-t-il, lors du Grand Passage, entendu le choral de Bach BWV 668 Vor deinen Thron tret'ich ou le Requiem de W.A. Mozart, les deux musiciens qui ont été ses guides sa vie durant ?

Lui qui a dit "Si j'étais né catholique, c'est à Solesmes que j'aurais désiré vivre" ; cet apôtre a-t-il trouvé le repos de l'âme ? C'est en mai 1924 qu'il s'était rendu à Solesmes et y avait ressenti une grande émotion à l'écoute des chants grégoriens.

Cet homme aux qualités morales exceptionnelles, désintéressé, bon, "dort" dans le cimetière communal de Chessy. Sa femme l'a rejoint en juillet 1931, elle qui disait "l'amour est plus fort que la mort".

"Un saint laïque vient de mourir ; un saint de la musique ; un de ces hommes entièrement détachés des biens de ce monde, indifférents aux bruits de la terre, pénétrés de la dignité d'une tâche quotidienne, éducateurs par mission providentielle, et qui sont l'honneur d'un pays", a écrit Robert Brussel, le 11 février 1926, dans le journal "Le Figaro".

Georges Enesco a dit dans son hommage : "II était d'un autre âge. Il appartenait à l'époque des maîtres qui ne signaient point leurs oeuvres, mais se contentaient d'en faire l'offrande sur l'autel de la Beauté... Il prodiguait sans compter ses forces pour apporter la lumière dans l'âme de ses disciples, afin qu'ils prennent conscience d'eux-mêmes".

Indifférent à toutes les modes, n'appartenant à aucune chapelle, refusant toute coterie, il s'est battu toute sa vie pour ne dépendre que de lui-même. N'ayant jamais pensé à sa postérité, ou n'en ayant pas pris le temps, malgré un bagage musical touchant tous les domaines (théâtre, orchestre, musique de chambre, piano, oeuvres vocales, oeuvres didactiques), presque 70 ans après sa mort, qui connaît André Gedalge ?

Malgré les tentatives des fidèles, Gabriel Pierné à la tête des Concerts Colonne, Charles Koechlin avec ses articles et ses conférences, Charles Maurat qui dirigeait le 21 juin 1936, l'adagio de la troisième Symphonie, lors de l'inauguration de la salle de concert "André Gedalge" au Conservatoire national de Saint-Etienne... Darius Milhaud tentera maintes fois de prouver aux "officiels de la culture" que la méthode Gedalge était remarquable... La mort et l'oubli se sont unis dans le silence. Et pourtant Henri Rabaud avait écrit : "Grâce à Gedalge, les Français cesseront d'être une nation où il y a des musiciens pour redevenir une nation musicienne".

De ses disciples, Ravel disparaîtra le premier en 1937. Enesco et Honegger la même année en 1955. Florent Schmitt les suivra trois ans après. Milhaud, né la même année (1892) qu'Honegger mourra en 1974. Pierné est mort la même année que Ravel ; l'auteur de The Seven Stars' Symphony, Charles Koechlin nous a quitté le 31 décembre 1950.

L'auteur de ces lignes va souvent se recueillir sur sa tombe à Chessy, (où une rue porte son nom) avec la même ferveur qui l'a guidé pour écrire le "portrait" du grand-père dont il porte à la fois le nom et le prénom.

André Gedalge
Paris, Montagnac d'Auberoche (en Périgord)
Printemps 1995

André Gedalge junior photographié à côté du buste de son illustre grand-père,
le compositeur André Gedalge
( Chessy, mars 2006, photo Mario Hacquard, coll. André Gedalge, avec son aimable autorisation ) DR

NDLR : Nous remercions l'auteur de nous avoir autorisé à publier son texte en y ajoutant des notes et quelques autres éléments nouveaux, découverts à la suite de recherches récentes.

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1) Charles Colin (1832-1881), oncle de Louis Vierne, enseignait le hautbois au Conservatoire de Paris où il avait obtenu autrefois les 1er prix de hautbois, d'harmonie et d'orgue, avant d'être récompensé en 1857 par un Grand Prix de Rome. Il était aussi organiste, notamment à Saint-Denys-du-Saint-Sacrement (Paris). [ Retour ]

2) Hyacinthe d'Obigny de Ferrière, dit Derval (c.1802-1885), père d'Henri et petit-fils d'un Lieutenant-colonel d'un régiment de Picardie, exerça le métier de comédien. Il remporta à l'époque un certain succès au Théâtre du Palais Royal (1831 à 1857) et à celui du Gymnase (1857-1885). On lui doit la création de bon nombre de pièces de Labiche et d'autres auteurs, notamment en 1858 Le Fils naturel d'Alexandre Dumas fils (rôle du Marquis d'Orgebac), qui plus tard tint les cordons du poêle à ses obsèques célébrées le 24 janvier 1885. Il est notamment le père de Mademoiselle Derval, chanteuse à l'Opéra-Comique dans les années 1860.
Hyacinthe-Louise d'Obigny de Ferrières, dite Derval, née le 28 octobre 1854 à Paris, autre petite-fille du comédien, fit également une carrière artistique : élève du Conservatoire de Paris (1ère médaille de solfège en 1867, 3e accessit de piano en 1869), elle enseigna la musique à Paris. Mariée à Alexis Pitron, elle est la mère de Marie-Louise Pitron-Derval, née le 25 octobre 1884 à Paris, qui décrocha en 1897 une 1ère médaille de solfège au Conservatoire de Paris , et d'Alexis Pitron-Derval, dit Paul Derval, né en 1880, décédé à Paris le 14 mai 1966. Comédien et producteur de théâtre, celui-ci dirigea, durant près d'un demi-siècle, les célèbres Folies-Bergère achetées en 1918. [ Retour ]



Le Figaro, 11 février 1926

 

Un saint laïque vient de mourir ; un saint de la musique ; un de ces hommes entièrement détachés des biens de ce monde, indifférents aux bruits de la terre, pénétrés de la dignité d'une tâche quotidienne, éducateurs par mission providentielle, et qui sont l'honneur d'un pays.

Parisien de Paris, André Gedalge était né en 1856, rue des Saints-Pères, où sa famille avait fondé une maison d'édition fort estimée.

M. Gedalge le père avait légué à son fils deux inestimables vertus : le désintéressement et le goût des choses de l'esprit, la première fit de lui une sorte d'apôtre ; la seconde fit de lui un musicien épris de formes pures, de beau style et de savante et sobre écriture.

Des dons, il en possédait dès son enfance. Mais son père, excellent latiniste, dont la forte culture émerveillait sa clientèle, eût préféré que son fils devint commis de librairie plutôt que musicien et, dans l'avenir, son successeur.

Un de mes amis, contemporain de l'auteur des Vaux de Vire, l'a connu en ce temps-là. II entendit un jour, dans une auberge de quelque province éloignée, un piano frémir sous les doigts qui n'étaient point ceux d'un amateur. Qui donc évoquait l'âme de Berlioz dans la salle basse, mieux entraînée aux polkas et aux valses qu'à la scène d'amour de Roméo ? Mon ami, fin connaisseur et curieux de toutes choses, s'informa près de l'hôte. " C'est un jeune commis en librairie qui fait la place" lui répondit-il. C'était André Gedalge qui, soumis aux volontés paternelles, courait les sous-préfectures et les chefs-lieux de canton, mais saisissait chaque occasion d'échapper à la discipline commerciale et de trouver dans sa cbère musique le réconfort et la consolation.

Le destin, cependant accomplissait son œuvre ; selon sa vocation, André Gédalge devait être musicien.

A vingt-huit ans il entrait dans la classe d'Ernest Guiraud au Conservatoire, obtenait, après quelques mois d'études, une mention au concours de Rome et, l'année suivante, la dernière où il pût se présenter à l'épreuve, un second grand prix arec la cantate la Vision de Saül.

Depuis lors, on peut dire que, pratiquement, André Gédalge ne quitta plus la vieille maison où il devait professer avec tant d'éclat.

Bien qu'il fût leur aîné, de six ans pour l'un, de neuf ans pour l'autre, Claude Debussy et Paul Dukas éprouvèrent encore le charme de sa camaraderie lorsqu'ils entrèrent eux-mêmes dans la classe Guiraud où André Gédalge n'était plus élève, n'était pas encore suppléant du maître, mais se préparait déjà à sa mission d'éducateur.

Répétiteur de la classe Massenet, professeur suppléant, un singulier caprice du hasard - aidé peut-être par quelque obscure malveillance - voulut que cet incomparable initiateur ne fût titularisé que bien longtemps après dans la chaire de contrepoint où, théoriquement et idéalement parlant, il ne connut point de rival.

Son enseignement restera fameux. Il y apportait le meilleur de lui-même : le savoir, l'intelligence, l'amour de la musique, la connaissance des hommes et ce don suprême qu'est la bonté. Il suffisait qu'un être fût pauvre et digne du nom de musicien pour qu'il trouvât conseils, leçons et affectueux accueil, non seulement à la classe, mais aussi dans l'intime logis du Faubourg-Saint-Denis où ont été formés les plus remarquables représentants de notre art contemporain.

Mais ce prodigieux enseignement, fondé sur la conscience et le respect de la musique, offrait au regard des élèves pressés de se distinguer par quelque récompense officielle, le grave défaut d'être sérieux, profond, et d'exiger environ cinq années de scrupuleux labeur. Nul n'ignorait le peu de cas qu'André Gédalge faisait des concours et des sanctions - arbitraires au Jugement de l'avenir - qui en sont le couronnement. Faire des musiciens, non pas des Prix de Rome, tel était l'objet supérieur de cette classe sans égale.

La merveille, ce fut la manière dont s'accordèrent l'enseignement de Gabriel Fauré et celui d'André Gedalge. On peut dire que les élèves de 1'un furent aussi les élèves de l'autre. Et l'art du maître de Pénélope s'éclaire d'une lumière nouvelle lorsqu'on découvre cette secrète parenté entre le génie qui transfigure toute chose et le talent pédagogique fondé sur la conscience artistique, la pureté de la forme et celle du style.

Cette recherche de la beauté plastique fait la beauté aussi des leçons que prodigua André Gédalge. C'est à elles que nous devons cette prodigieuse floraison de musiciens capables de concevoir et de réaliser des compositions décoratives, imposantes par leur éclat orchestral, mais qui semblent légères tant elles sont parfaites et ingénieuses dans leur écriture.

On pourrait avancer, sans paradoxe, que tous les musiciens modernes ont été les élèves d'André Gédalge. Presque tous ceux, assurément, qui ont atteint à la maîtrise, et les plus différents par les tendances et le style : Henri Rabaud et Maurice Ravel, Florent Schmitt et Max d'Ollone, Raoul Laparra et Arthur Honegger, Georges Enesco et Darius Milhaud, Charles Koechlin at André Bloch, Paul Ladmirault, comme Nadia Boulanger, Gabriel Grovlez, Roger-Ducasse, Eugène Cools, Raymond Charpentier, Crocé-Spinelli. J'en oublie, et des plus notoires sans doute.

Il avait fixé ses méthodes et ses principes dans un Traité de la Fugue qui demeurera comme un monument de science intelligente, de goût et de discernement. Le Traité de contrepoint, dont cet admirable ouvrage était le complément, n'a jamais paru. André Gédalge, consciencieux a l'extrême, en remaniait sans cesse les chapitres.

Tous les musiciens espèrent cependant que son manuscrit – l'œuvre de sa vie – est en état d'être livré à l'imprimeur.

Grandement préoccupé de faire d'irréprochables techniciens des jeunes musiciens qui recherchaient ses conseils, il s'était de tout temps montré soucieux des conditions dans lesquelles son art était enseigné à l'école primaire. Le sort des petits enfants intéressait doublement ce cœur tendre, cette âme avide de clarté. Il eût, certes, voulu qu'on en fît des hommes capables d'agir, mais aussi de chanter.

Il avait imaginé - et écrit - une merveilleuse méthode intitulée : L'enseignement de la musique par l'éducation méthodique de l'oreille. Grâce à elle, si les principes sur quoi elle reposa étaient soigneusement appliqués, la question du chant choral serait définitivement résolue et la France dotée d'incomparables moyens d'interprétation.

"Ce qui constitue véritablement la qualité musicale de l'intelligence, disait le Maître, c'est l'aptitude à reconnaître à l'audition et à se représenter mentalement les rapports de hauteur créés par la succession des sons musicaux, ou à un degré plus éminent d'entraînement, par leur simultanéité."

Belle et simple définition qui est bien dans la manière d'André Gédalge. Belle et simple méthode aussi qu'ont expérimentée, avec des résultats surprenants, les enfants de l'école primaire de Chessy — où il vivait tout près de Lagny, dans un lumineux et paisible paysage, — tout comme les institutrices de Saint-Etienne, où s'était formée, sous son impulsion, une pépinière de gens de bonne volonté.

Tous les villages de France - et les grandes villes aussi - pourront utilement s'inspirer de ces exemples, en fondant un enseignement musical intelligent d'où peut dépendre le sort de nos sociétés chorales.

Un autre homme qu'André Gédalge eût estimé avoir bien rempli sa mission en professant, en composant, en fixant ses doctrines et sa pensée. Il lui fallait davantage pour que son activité se montrât satisfaite.

L'administration s'était avisée - trop tardivement - de faire appel à ses conseils et l'avait nommé Inspecteur de l'enseignement musical. Il visitait avec un zèle infatigable conservatoires et écoles de province, multipliant les tournées, rédigeant des rapports qui resteront comme des modèles de clairvoyance, de clarté, de conscience, où il excellait à décerner le blâme ou l'éloge, à révéler les talents, à encourager les bons vouloirs, à laisser deviner de flagrantes incapacités.

Il eût fallu, ici, parler plus longuement de son oeuvre de compositeur. Mais cette oeuvre est assez belle pour plaider elle-même sa propre cause. La jouer plus fréquemment qu'on le fait, la lire ou la relire avec une attention que redoublera le plaisir, c'est le devoir de tous ceux qui ont aimé en André Gédalge le pur, le vrai musicien autant que l'homme. Il avait obtenu le Prix Crescent avec Pris au Piège, que joua l'Opéra-Comique, sous la direction Carvalho ; il avait donné sur cette même scène un ravissant ballet, Phoebé, dont Georges Berr avait écrit le scénario ; ses Sonates, son Quatuor, sa Suite d'orchestre avaient séduit tous les musiciens ; mais sa 3e Symphonie, jouée en 1910 et en 1924 par M. Gabriel Pierné, avait justement provoqué leur admiration. On retrouve, en effet, dans cet ouvrage, comme dans les Vaux de Vire, et les adorables Chansons enfantines, les qualités les plus éminentes de Gédalge : la maîtrise de la forme, l'exquise élégance de l'écriture, la fraîcheur des idées, le pouvoir qu'il avait, par les combinaisons et les jeux où se plaisait sa plume légère, de paraître le plus simple et le plus facile des musiciens, lorsqu'il était d'entre eux le plus savant.

Les petits enfants de Chessy pleureront le bon magicien qui avait découvert, à leurs yeux émerveillés, un coin du ciel de la musique. Et ceux à qui il l'a révélé tout entier, ses élèves et tous les musiciens de France conserveront, dans leur cœur reconnaissant, le souvenir fidèle du Maître et de l'homme incomparable.

Robert Brussel



CATALOGUE SOMMAIRE DES ŒUVRES d'André GEDALGE
(PAR GENRE)


 
Opéras, ballets

La Farce du Cadi
(Rémond et Loiseau), 3 actes, 1897, inédit
Hélène, drame lyrique 2 tableaux, 1893, Prix Crescent 1895, inédit
Le Petit Savoyard, pantomime (M. Carré), 4 actes (1891, Paris, Théâtre des Nouveautés) Paris, 1891, Choudens
Phoebé, ballet (Georges Berr), 1 acte (1900, Paris, Palais de l'Elysée, puis Opéra-Comique), Paris, Enoch
Pris au piège, opéra bouffe (M. Carré) imité de La Fontaine, 1 acte (1890 Paris, Opéra-Comique), Paris, Dupont, 1894
Le Rabbin (Sylvain Lévi), 1 acte, opéra-comique
Sita, légende dramatique (Hérold), 3 actes, inédit
Yvette, pantomime, 4 actes, Paris, Choudens

 
Orchestre

1ère Symphonie, ré majeur, 1893, inédit
2ème Symphonie, ut mineur, 1902, réorchestrée 1912 (Paris, Concerts Colonne, 1912), inédit
3ème Symphonie, fa majeur, 4 parties (Paris, Concerts Colonne, 1910), Paris, Enoch, 1910 Réduction pour piano à 4 mains (Paris, Enoch, 1911)
4ème Symphonie, la majeur, inachevée
Concerto pour piano avec accompagnement d'orchestre, opus 16, Paris, Enoch, 1899. Réduction pour 2 pianos (Paris, Enoch, 1899)
Concerto pour violon avec accompagnement d'orchestre, inédit

 
Musique de chambre

Menuet pour 3 cordes, 1873, inédit
Romance sans paroles pour violon et piano, 1880, inédit
Quatuor à cordes, si bémol majeur, 1892, Éditions Musicales Européennes
1ère Sonate piano & violon, sol majeur, opus 12, Paris, Enoch, 1897
2ème Sonate piano & violon, la mineur, opus 19, Paris, Enoch, 1900

 
Piano

Quatre Préludes et fugues, opus 11, Paris, Ricordi, 1896
3 Etudes de concert, opus 23, Paris, Enoch, 1902
3 Valses, Paris, Enoch, 1888
4 Pièces pour piano à 4 mains, opus 18, Paris, Legouix, 1901
Andalouse, Paris, Lacombe
En chasse, Paris, Lacombe
Séguedille, Paris Lacombe, 1884
et plusieurs pièces faciles inédites : Andante, Barcarolle, Bourrée et tambourin, Impromptu, Nocturne, Prélude, Scherzo vivace, Toccata....

 
Oeuvres vocales

I – pour voix et piano :
Chanson de l'Alouette (Victor de Laprade), 1878, inédit
Villanelle (Théophile Gautier), 1878, inédit
Adieu Graziella (Alphonse de Lamartine), 1882, inédit
5 Mélodies, opus 13, Paris, Enoch
6 Mélodies, opus 15, Paris, Ricordi, 1898
Vaux de Vire et Chansons normandes du XVe siècle, Paris, Ménestrel/Heugel, 1895
Dans la Forêt : 15 chansons de printemps (Maurice Bouchor), opus 22. Paris, Enoch, 1902
7 Chansons (Robert Burns), Paris, Enoch, 1909
20 chansons pour les enfants (H. Renaudin), Paris, 1924, Librairie Gedalge
Quand je dors (Victor Hugo), inédit
Soirée en mer (Victor Hugo), 1885, inédit
etc...

Consultation du Traité de contrepoint, en fichier Adobe PDF
Ce traité est édité aux
Éditions Musicales Européennes
127 rue Amelot
75011 PARIS
Tél.: (33) 01 49 23 99 87
Fax : (33) 01 49 23 99 86
www.emepublish.com
II – pour chœurs :
Sarah la baigneuse (Victor Hugo), chœur à 4 voix mixtes et piano
Eté indien (Hérold), chœur à 2 voix de femmes et piano, inédit
L'Heure de la prière (Victor Hugo), pour basse et chœur à 4 voix mixtes et piano, 1885, inédit
Les Reîtres (Victor Hugo), chœur à 4 voix d'hommes et piano, 1885, inédit
Sérénade (Louis Bouilhet), pour ténor et chœur à 4 voix mixtes et orchestre (ou piano),1885, inédit
Requiem, à la mémoire de Jules Delcambre, chœur à 4 voix mixtes et piano, 1886, inédit
Printemps (Hérold), choeur à 3 voix de femmes, a cappella, 1888, inédit
Ecce Fidelis (liturgie latine), chœur à 3 voix égales, orgue et violon, 1916, inédit

 
Oeuvres didactiques

Traité de la Fugue, Paris, Enoch, 1904
Traité de Contrepoint, Paris, Éditions Musicales Européennes, 2008. (Consultation en fichier PDF, 1,2 Mo)
L'Enseignement de la musique par l'éducation méthodique de l'oreille, I - texte, II – exercices, Paris, Librairie Gedalge, 1920
10 Livrets de solfège
Cent canons à tous les intervalles à 2, 3, 4 et 5 parties, réalisés avec accompagnement de piano
, Paris, Librairie Gedalge, 1925
60 leçons d'Harmonie, Paris, Gras, 1936




Liste des élèves d'André Gédalge en cours particuliers,
entre novembre 1900 et février 1905

M. Bâton
Mlle Toutain
Mlle Gnimbach
M. Haoud
Mlle Deparis
M. Svirsky
M. Gay-Lussac
Mlle Abraham
M. Kiesgen
M.Coedes
M. Welsch
M. Durel
M. Mollo
Miss Bridgham
M. Domergue
M. Dolbruck
M. Bardac
M. Reuchsel
Mlle Chazal
Mlle Simon
Mme Herscher
M. Wienawsky
Mlle Arbola
M. Brebant
M. Gompel
M. Chanoine-Davranches
M. Moreau
M. Lévadé
Mlle Lemoine
M. Berthet
Mlle Picot
M. Forest
Mlle Fleury
Mlle Samson
M. Brazensky
Mlle Leblanc
M. Messager
M. Melan
Mme Trêves
Mlle Mohrange
M. Poirson
M. Charpentier
M. Maurat
Mme Leblanc
Mlle Alexandre
Mlle Lehmann
Mlle d'Arango



Le Traité de la Fugue

Le Traité de la Fugue (Enoch & Cie, éditeurs) d'André Gedalge est un monument en la matière. Outre ses qualités didactiques et les nombreux exemples de fugues partielles ou complètes qu'il présente, sa facture est d'une qualité irréprochable, qu'il s'agisse de la qualité du papier, de la précision de la mise en page, de la beauté des polices de caractères, etc.

Notons qu'il s'agit de la 1re partie: De la Fugue d'Ecole, c'est à dire la technique de base, souvent négligée par certains enseignements superficiels, mais indispensable à la formation d'un compositeur sachant écrire. En pages de garde on peut lire: «EN PRÉPARATION: Traité de la Fugue, 2e et 3e parties... 1 vol. Traité du Contrepoint... 1 vol.»

Gedalge: Traité de la Fugue André Gedalge: Traité de la Fugue André Gedalge: Traité de la Fugue

(coll. Michel Baron. Couverture originale (1904): coll. Jean-Louis Martinet) D.R.



André GEDALGE
(1856 – 1926)

 

" I haven’t built my moral standards with preconceived ideas,
but with the basic nature of things."

 

1856 is ending. Christmas is over. The new year is expected.

Louis Napoleon has been the French emperor since 1852, Napoleon III has total power over the country. Alexander II has been a tsar for a year; Victor Emmanuel a king since 1849. Victoria queen since 1837, François Joseph, Austrian emperor since 1848 who is also president of the German Confederation, seems to be the referee of Europe. In Poland the rebellion of Varsovia is severely punished and leads to the great emigration towards the East. Pie IX has been the catholic leader for 10 years.

1856, near Düsseldorf, J.C. Fuhlrott discovers the skeleton of the Neanderthal man : the Homo Sapiens.

Romanticism is on the eve of its decline and will be soon replaced by Naturalism and Positivism under the influence of both Flaubert and Taine. Next year, 1857 will experience a "new thrill" with the publication of Baudelaire’s single poetry : Les Fleurs du mal. Madame Bovary (Flaubert) will also be published in 1857. Both works will be prosecuted because accused of immorality.

Ingres, Delacroix, Courbet (painters) Carpeaux, Rodin (sculpture) are the leaders of representational art.

1856, German composer Robert Schumann dies in July; Adam, the author of Le Postillon de Longjumeau and Gisele, dies in the beginning of May. Franz Liszt is considered as a brilliant pianist and is unrivalled yet. Wagner is not considered as the great dramatic composer of the 19th century yet.

Ernest Guiraud is 19 year old, born in New Orleans. He does not know that his lessons of harmony and composition at the Academy will be attended by Paul Dukas, Claude Debussy, André Gedalge (born in 1856) will be his repetitor before being Jules Massenet’s who is only 14 at that time. Gabriel Fauré (born in 1846) is not Niedermeyer and Saint Saens’s student yet. Gabriel Pierné (who will be the organist in Sainte-Clotilde later) will be born in 1853. Conductor of the Colonne Concerts he will create the 3rd Symphonie of André Gedalge.

On December 27th 1856 André Gedalge was born. The birth certificate of the 7th district of Paris mentions that he is the son of Jonas Elias Gedalge and his wife Clara Alexandre. He is the 4th child out of a family of 7 : a boy died at the age of 3 months, Georges died at 23 after having led a frivolous life, Berthe, born 11 months before André. Then come Camille, Lucie and Marguerite, the youngest (11 years younger than André).

When André was born the family standard of living was modest. The father, Elias Jonas came from Silesia (a Prussian province of the German Confederation), he was the son of a chorister of the Breslau Synagogue and he was the 13th child of a Jewish family. Clever, hardworking, he wanted to be a teacher but this job was forbidden to Jews. So he decided to emigrate to France where one of his elder brothers lived, in Paris. He had a shirt shop named "chemisier de la Cour et de l’Empire" during the Second Empire. With very little money in hand he walked to Paris. But as this teenager could not afford studying he decided to sell books dedicated to teaching. He lived rue Chariot, in the Marais and noticed a young lady from a small Jewish community of Remiremont (Vosges). She lived with her aunt who was a linen maid. Clara Alexandre (also from a large family) became Elias Jonas’s companion. By living frugally and sparing little by little they managed to open a bookshop in 1850 : the "Librairie Gedalge Jeune".

André received a good classical education at the Lycée parisien Louis Le Grand (called Lycée Descartes before). And during the year 1873-1874 he went to the Lycée de Douai where he passed his baccalaureate (art subjects) in August 1874. The Head of the Lycée Descartes wrote : "Having his personality is a good thing ; but when one is young, one should benefit from masters’s advice and this is what he does not do. Young boy capable of doing very well if he controls himself and if he is attentive". Both his history and philosophy copy books show that he is a careful, methodical and serious boy. His writing is beautiful, regular and easy to read. The words are linked. In the margin, some drawings prove that André has a sense of humour. Just like his father Emile, he is interested in everything and he will be soon highly cultured.

With regimental number 12 622, he joins the army on November 8th 1877 in the 54th Regiment of the line as a young soldier ranked as a conditional volunteer (according to law 12). On November 10th 1878 he is a Corporal and then joins the reserve of the regular army on July 1st 1882 . He takes administering courses while he is in the 2nd battalion as one of his copy books testifies.

Back from the army, André becomes "a bookshop young assistant", submitted to the will of the person he named the Absolute Monarch. He has to go to country towns and localities of the district. If Emile and his son have the same taste for spirituality, André prefers music, whereas Emile considers his only child as his legal successor.

André Gedalge's musical tastes expressed themselves during his early childhood when he had the opportunity to play on his sister’s piano, he showed real musical talent. Charles Collin 1, who was an eminent oboe player at the Lycée Louis Le Grand, gave him advice. He improved his piano playing with Mr. Demeny, in Douai. But André Gedalge lacked practise training because he still had to roam the country over.

There will be 10 years of personal inner struggle and opposition between two personalities. But André Gedalge’s tenacity had to get over a situation that had been imposed on him. In 1884, after an audition of Sigurd he decides to meet Reyer and goes to the Tour d’Auvergne in Paris. In spite of his forbidding personality, the author of Salambô listened to André Gedalge playing the piano. He took André to Ernest Guiraud (living rue Pigalle) straightaway.

The decision was taken: André will be a musician. At the age of 27, ruined (his father cut him off supplies), he settles in a small room, rue Jacob. Accepted by Ernest Guiraud (harmony and composition teacher at the time), he can attend his lessons at the Academy of music and meet fellow students such as Dukas and Debussy. Guiraud will encourage and pop up this gifted student. André will become his assistant; a sincere friendship will unite them. Guiraud will provide him with students in order to earn a living.

At Ernest Guiraud’s death in 1882, Jules Massenet lost no time in having André Gedalge as his assistant and entrusts him with his class during his numerous absences. The author of Manon and Gedalge know each other very well because in 1878, the later asked advice to Jules Massenet. But André’s father begged the author of Werther to dissuade his son from such a useless course. That is why Massenet accepted regretfully and Gedalge became Ernest Guiraud’s student. After having obtained a distinction at the Concours de Rome in 1885, he receives the Second Grand Prix the year after, for his cantata La Vision de Saül.

At the same period André Gedalge meets Amélie d’Obigny de Ferrière who was also in Guiraud’s course. She was born the year of the creation in Munich of Tristan and Isold in 1885, February 21st in Paris. Her father, Henri d'Obigny de Ferrière 2 is a musician : a senior boy at the Conservatoire de Paris where he obtained a certificate of merit for counterpoint and fugue in 1853. He was teaching piano and singing. Born on August 25th 1823 in Paris, he will die on August 25th 1880 in Chessy (Seine et Marne) in his father’s in law house, Alexandre Trochu. Amélie’s mother, Mélanie born Trochu, will be with her daughter a precious support in the difficult moments André was going through. He will be very affected by her death at the age of 64, on April 20th 1908 in Paris. She lived in the capital with her daughter and son in law : Amélie and André got married on July 6th 1887. Amélie received a medal for rudiments of music in 1882 and the 1st prize of harmony in 1884 at the Conservatoire de Paris. She will be a well known teacher whose name was famous in pedagogy fields. We owe her melodies, pieces for piano, a selection of Leçons de pédagogie musicale and a work on Les Gloires musicales du monde.

The couple will appreciate living in the big house in Chessy sur Marne. Both view and quietness on the Marne are fantastic. In Paris they will live in a small flat, 130 Faubourg Saint Denis, not far from the Gare de l’Est and the Academy, situated in the buildings of the ex Menus Plaisirs du Roi, Faubourg Poissonnière street. The Academy was directed by Ambroise Thomas at that time and later by Theodore Dubois (in 1896). They will have 5 children : four girls and one boy. the eldest, Berthe, Henriette and Mélanie were born before the end of the century.

From 1890 to 1900 André Gedalge composed for the theater : some masterpieces written on booklets of Michel Carré will be given at the Opéra Comique, directed by Leon Carvalho. As a result the opéra bouffe Pris au piège will be rehearsed 60 times.  Le Petit Savoyard will be created at the Théâtre des nouveautés in 1891. But as he told Honegger, most of the work will not be issued, like the quatuor La Pierre de Touche du Musicien (1892). La Première Symphonie dates from 1893, le Concerto pour piano opus 16, 1899. A few melodies, opus 13 and 15 date from 1896. La 1ère Sonate pour piano et violon en sol, opus 12 was composed in 1897. It is dedicated to Georges Enesco.

In the beginning of 1904, thanks to an edict from the public education minister and on proposal of the director of the Beaux Arts, he is nominated inspector of music teaching in order to replace Victorien de Joncières who died in 1903. He remained as a supply teacher for a long time, he will be confirmed on November 4th 1905 as a teacher of a counterpoint and fugue course newly opened at  The Conservatoire national de musique et de déclamation . The same year Gabriel Fauré is the director. On October 8th 1905 he is nominated Membre du Conseil Supérieur de l’Enseignement. He is finally rewarded. Together with Gabriel Fauré he will have the honour of having reinforced both fugue and counterpoint.

At the time of the agreement with Enoch for the  Traité de la Fugue, André Gedalge receives 1000fr. in 1901. The first issue is in 1904. In 1901 Heugel pays him 1000fr. for the reduced copy of Louise. Niedermeyer school (settled since 1896 in Boulevard d’Auteuil in Boulogne Billancourt), regularly comes in the benefit of his newspaper. There he taught composition in the beginning of the 1900s, before replacing the director of the school, Gustave Lefèvre in 1910 in his class of fugue and counterpoint.

As we can notice he is a glutton for work. On July 20th 1903 he wrote ?«My break, when I have any, is always poisoned by the idea that I should work, that I steal time to myself .» What he admired most among his wife’s qualities was her capacity for work.

The year 1905 (when Debussy composed La Mer ) was plunged into mourning by his mother’s death at the age of 73. Let’s read André’s letter to his mum for her 35th birthday on October 31st 1867 (he was 11 year old at that time) : "Be happy for the rest of your life, my mum, I do wish so... I have come to years of discretion and I promise I will be nice, good and obedient from now on". She too, will work as long as her strength will allow her to do so. She will always get on well with her son even after the quarrel between her husband and André. Emile will die in 1906 at the age of 84. Father and son had reconciled since it is written in the column of benefits of André’s diary : December 14th 1902, 2000fr. from Gedalge senior, December 27th 1902 (André is 42 year old) 200fr. from my father. The grandfather will hardly know Camille, André and Amélie’s only son, born in November 1902 and Alice, the youngest child born in May 1905.

1902. Creation of  Pelleas and Melisande  by Debussy.

1906. Paul Dukas finishes Ariane and Barbe Bleue, a text by Maeterlinck.

When one reads this daily diary of outgoings and incomings from November 1900 until February 1905 one can see a human being living from hand to mouth. Can it be said that pointing out an author, a great educator in his everyday and often ordinary life, means depreciating him? Exhibiting an author, a great educator’s everyday and ordinary life is not necessarily running him down, is it? As if the quality of life had to correspond to the quality of work and vice versa! It is clearly understood that life cannot explain work.

When reading his diary and pointing out the list of private pupils, it is noticed that nearly 3 or 4 are gathered around the master who distribute his knowledge. Some names often come back. Among 54 of them, we have Ducasse, Ladmirault, Lazare Levy, Cools, Brussels... The name Jeanne Vien is to be particularly remembered because he will write (especially for her) an ouverture and a musical interlude for the musical comedy Prince, played at the Moulin Rouge. He will also do the orchestration. Miss Alice Pelliot, sinologist Paul Pelliot’s sister, will become his assistant after having been his pupil.

So many famous names (and worldly known for some of them) have been given the benefit of his sensible advice: Maurice Ravel, Florent Schmitt, Georges Enesco, Raoul Laparra, Charles Koechlin, Max d’Ollone, André Bloch, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Nadia Boulanger, Bernard Crocé-Spinelli, JeanWiener.....

It is impossible to enumerate precisely all the good his students thought of him. This little thin and discreet man who was full of method and wisdom and very humble was sure of his knowledge. He would not spare them his time nor his trouble or his always followed advice. He opened up horizons and showed the limits at the same time. "Remember the line", he said while rubbing a false note, "remember the line", while correcting a  "chant donné", a wrong stretto.

In July 1903 he insists : "Do not forget to write all the musical ideas that will come to your mind without criticising them. They are only the seeds as long as they have not been sowed and sprung up, one never knows what will come out of them."

Darius Milhaud who told one of his friend "I am saved", when Gedalge chose him as a listener, after having met him Faubourg Saint Denis street, underlines the great lesson of the master to consider melody as the main point in music : "Whatever the sauce around, it is a question of fashion. The main point is melody, this never changes."

Milhaud adds : "I Have often meditated upon the fact that the base of his teaching and the sense of his musical art were based on his often repeated sentence : "Give 8 bars we can play unaccompanied."

As a proof of the influence of his teaching Ravel testifies : "I am happy to say that I owe him the most precious elements of my job. Not only friendship made me dedicate him the Trio, but the tribute goes directly to the master."

Georges Enesco "was calmed down each time he obtained Gedalge approval. I will remain Gedalge’s student until my death", he wrote in his souvenirs gathered by Bernard Gavoty.

For this humanist, words were not as important as actions. He loved truth and had such a respect fot it that he refused all dogmatism. He respected everyone’s ideas (even musical ones) because he was a fair and good man. He believed in what he did and protected himself against false flatterers. On February 7th 1903, he wrote : "I was so moved in my wild and surly instincts at the thought of going in the fashionable society and listening to my music among indifferent people for the most part, that I did not know what I was doing. I have as much pleasure in making people I love listen to my compositions as it is hard for me to be exposed to receive praise and compliments from society people or so-called. I cannot change my ways, what else do you expect from me! And I give as much affection in my music, or at least I try to, that I would like it to be heard by people I sincerely love."

He got rid of servile work. For him, art is the expression of ideal and created beauty. That is why he appreciated J.S. Bach and W.A. Mozart. He knew that the ear can hear vertically and horizontally at the same time. He found this certainty in the fact that he was sure of his excellent instinct as well as in these two musician’s work : "It is not very difficult to do, see Bach and Mozart", he often said. He sticked to the spirit of masterpieces, not to the letter of the treaty."

He was respected by his students as well as appreciated by his equals. On May 13th 1888 Ernest Guiraud travelling to Rodez testifies the high regard for his master "(1.am) I have thought of you so much during this trip that I cannot do less than send you a few words of souvenir... I did not want to go to bed before having fulfilled this debt of gratitude, and believe me, I will always be your old friend."

Jules Massenet, on November 28th 1897 "affectionate and grateful kisses to the friend and the author of the fantastic adagio of la sonate pour violon et piano". In May 1899 "I sincerely thank you, my dear and great friend! You have your own words which can only be felt and said by you. My heart is truly grateful and faithful."

Reading Gabriel Pierné’s letters is moving, particularly the one in which he asks for advice concerning the symphony in sol mineur of Mozart that he will conduct on March 8th : "I hesitate concerning the andante. Shall I have to beat time at 6 or 2 and according to you what would be the metronomic value of the black?"

And yet, music tortured him. His love with Euterpe faced heartbreaks without going as far as breaking up. "I cannot think. I am music empty-headed and music is painful. I did not even want to listen to my symphony on Sunday." He wrote this note on November 10th 1915.

Another personal struggle : he is 58 when WWI starts : "I am furious I cannot participate like young men! And I have only daughters (August 2nd 1914). "For composition, we will see later what imagination will bring. For the moment this war has killed everything in me." (September 18th 1918), even if he writes "I am still as optimistic as I was in the beginning I felt the same when the Germans were so closed to Chessy and I am more and more optimistic. But I dare not think about the length of this terrible experience." (October 20th 1914).

In spite of the war he will give lessons at the Academy and will travel through France to inspect the music State schools. The passes which underline that "his outlook is well-known to us" are proofs of his trips to Dijon, Chambéry, Saint-Etienne, Toulon, Marseille... Concerning allowed means of transport, they were normal by train and car, but when by bike, it became really funny (for those who know the distance Lagny-Chessy) via the hill of Montévrain.

But all is not darkness for this humble man’s life. He saves time to compose (at night in bed?) In 1900 creation of a ballet : Phoebé ; a second Sonate pour violon et piano, en la mineur (opus 19) is composed. The deuxième Symphonie (1902) will be composed at Colonne Concerts in 1912 after having been orchestrated again.

1912: La Péri de Paul Dukas is composed at the Théatre du Châtelet.

September 6th 1911, concerning a piece of the first movement of his deuxième Symphonie André Gedalge writes : "I have been vainly trying to correct a horrible mistake for several years and for a month now since I think of it more; it looks like nothing but for me it is a lot because it does not underline that the melody line does not logically follow in its real expressive sense." La troisième Symphonie en fa majeur will be conducted for the first time by his friend Gabriel Pierné on Februry 27th 1910 ; it is dedicated to another friend, Gabriel Fauré. Pierné will conduct it several times, even abroad. It is his best-known work (only by a few listeners).

Letter from André Gedalge to Charles Koechlin
(Koechlin archives)

Chessy near Lagny (Seine et Marne)
April 8th 1912

My dear friend,

Here I am in the country where I found shelter for a few days and I can at last find time to answer you and tell you how I was moved to hear from you, your letter was a great comfort. I am always happy when one of the people I gave so much devotion has pleasant memories of me.

Your article about my symphony is right. I can’t be responsible for all the nonsense attributed to me by some literary man who has a more or less smattering of music. Those people have no idea about the way musical thoughts come into a musician’s mind. They always imagine that it is translation of an ordinary word which is representative of an outside image. It is evident that there are musicians who have more or less clear images first and who imagine the music afterwards. As far as I am concerned I cannot work like this. Musical thought comes into me and always occurs in a “melodic-rhythmic” form which is more or less complex – I mean in one or several parts- and I am not expecting it at all, but I do realize it, when I am under the impression of a posterior feeling most of the time, because under the impulse of too violent emotions, one is completely absorbed and confused. It is when you have pulled yourself together that ideas come-at least that is the way it is for me. And when I say that the form is determined by the idea itself, I mean that the critical examination intervenes at the very moment when you get your thought to work. But I will never start working on combinations of notes or sounds which would not represent any sense to me, if I heard them differently from an inside coherent and rythmed phrase.

This is approximately what I told this idiot Landormy and what he has translated in his jargon of scholastic pedant. I am a musician, he is a philosophy teacher. There is an impassable gulf between us in the fact that I could manage to understand him sometimes if it were really necessary, whereas he cannot get what happens inside me and inside all musicians when we think music.

You can clearly see that I do not deny that for others, music may come from outside sensations which are musically translated after. But then, it seems to me they do what I call literature: they fall in with feelings they would not experience spontaneously by themselves. That is what is done at the theatre. But in that case an artist always needs some wit in order to show feelings, more or less grim sad or merry drama. What I would do in a theatre play, I feel unable to do in a pure musical work where all these feelings, these abstractions are absent from all objectivation of musical idea. But others can act differently, it is a question of temper.

But enough of all this, only music is still more interesting all the same.

Give my regards to Mrs. Koechlin, yours sincerely,

André Gedalge

In 1902 Heugel will publish  Les Vaux de Vire et Chansons normandes (Jean le Houx and Olivier Hasselin’s poems) orchestrated by André Gedalge. In 1903 Enoch will publish Dans la forêt (Maurice Bouchor’s poems) with Gedalge’s music. He will receive a postcard from Vire written by his interpreters on which it can be read : "Affectionate souvenir", sent on July 29th 1912. Burn’s poems are dated from 1909. Quatre Préludes et Fugues opus 11, Trois Etudes de concert opus 23, varied easy works (?) and four pieces for four hands complete these compositions dating from before 1914.

Concerning the troisième Symphonie let’s notice : "No literature nor painting", and the comment of the program of Straram’s concerts on February 14th 1929 : "What André Gedalge meant was not to rebel against aestheticism but simply to show that it was possible to write a music which would bear its "raison d’être" [...] Everything sings in his orchestra and we can say that there are no secondary parts because every line is very elegant. But it will be noticed that nothing, except what could be bad taste, is excluded form this rich blossoming : together with the purity of the drawing, there is a surprising rhythmic alertness and even instruments show how André Gedalge knew how to "despise disdain" with a lot of serenity."

The letter he writes to Charles Koeshlin on April 8th 1912 is essential to understand this musician’s thoughts and writings. For the next generations he has remained more a teacher than a composer.

He will be given a prize of 3000 fr. by the Académie des Beaux-Arts on May 31st 1910 for the troisième Symphonie. La Société des Grands Concerts de Lyon offers him to be the conductor on November 27th 1912. Did he accept this invitation, or did he prefer to go fishing on the Marne near the Chalifer bridge, a few miles away from Chessy? It is probable that he went fishing the pike. He will also refrain from going to President Emile Loubet’s invitation, since the "personal card to be shown at the entrance" was found among his documents. He preferred to send Abel Combarieu the music of the two Sonates pour piano et violon ; after having "read them with real delight, looking forward to playing them with a violonist", the director of the President’s cabinet thanked him with a personal card.

In 1911 the centre of the Academy of music settles 14 rue de Madrid ; only the room for concerts (famous for its perfect acoustics) stays at the address before.

On January the 3rd 1912 the author of Manon sends André Gedalge a short letter : "It is the truth, dear great friend, because we cannot see each other any more... That is the affliction in my life... Alas, I am not well and as soon as I am better I would like to stay a few days before going to the South ." Last (?) testimony of a sincere friendship because in 1912 this charming author of Thais, Don Quichotte will die. The year after, the Sacre du Printemps by Stravinsky, Pénélope by Fauré will be composed.

The south and its light Massenet speaks of, inspired André Gedalge : "For me, no sun and no heat is the worst punishment: it prevents me from thinking. (1902) - I have found heat and sun here: it has immediately modified my state of health which is much better now, to my relief. If you could see how beautiful the sun is! and how you feel you are alive; I wish I could write now with such a light! Alas! We have no light in Paris and here I am a prey for others." (Montpellier June 1910)

As he was composing his Symphonie en ut mineur, he suddenly put it aside as if he had been inspired. He did so with the Traité de Contrepoint, logical complement of the Traité de la fugue. He only kept himself busy in the musical education of children in our schools which will lead him to the Méthode d’enseignement de la musique par l’éducation méthodique de l’oreille.

"Everyday I have a meeting with the children at home in Chessy" (August 14th -September 1919). Taking his experience as a basis, he considered "that the properly so-called education of the ear is complete after about 15 hours ; at this moment the child hears what he reads and the consciousness of what he has learnt prompts him to wish to learn more." He adds : "I was lead to admit that musically speaking, you can ask children a lot provided they understand what they are told: this is the aim of this book. The children of the village of Chessy proved me that in 2 years time a young country child could become a very good musician and have a keen pleasure for music." In January 1914 André Gedalge obtained "une concession de jeux" for the primary schools of Chessy from the Minister of public instruction and Beaux arts. The deputy Perissoud supported this request.

Concerning the Méthode he will write to Charles Koechlin on September 18th 1921 : "It has been hard work for me ; I still have a lot to do on it. It prevents me from composing; but it is much more useful than my compositions, at least for the others." On June 20th 1921, he thanked his friend for "his affectionate inscription which accompanies the quatuor." He complains "how empty his class is" and "I am discouraged ; giving my teaching to people who do not really care, at least, that is how things look to me; and above all, people who cannot benefit from it for lack of nature."

In 1921 the Manuel will be sold by the family publishing house. The author will seriously supervise the issue. The same year, he will receive the Legion d’honneur medal by order of February 1st 1921.

In 1925 the "Librairie Gedalge" will publish 10 Livrets de solfège and 100 Canons à tous les intervalles, last work of the composer.

The Traité de contrepoint will not be finished. His own definition about the counterpoint: "The art of the counterpoint consists in making listeners hear 2 or 3 melodies of the same or different rythm and characteristic, so that the result is a clear, natural and correct harmony for the ear."

The quatrième Symphonie en la majeur will not be finished either. And yet on September 7th 1918 he wrote : "I have mastered with the theme of the final which I could not get used to. I was afraid it might be full of vulgarity, a fault which I hate most in everything as well as in everybody."

1918, year of Claude Debussy’s death. 1918, end of the nightmare of the 2nd WW as composer Emile Ratez says on a postcard sent from Lille where he is the manager of the Academy : "After 4 years of captivity, we are at least liberated." The everlasting distress which had stopped all André Gedalge’s personal work, (as he wrote on July 1st 1915) ended. In music matters he had only the "Marseillaise in mind" (September 18th 1918).

Henri Rabaud replaced Gabriel Fauré (suffering from deafness) in 1920 at the Academy of music. He proposes new days (Mondays and Fridays), a new timing (one hour and a half) for Gedalge’s lessons ; he is grateful to him for having composed an easy piece for the exam of bassoon.

Retired since 1920, Gabriel Fauré will die at the age of 79 in 1924. Debussy and he played a leading part in the emancipation of French music that he helped to regain self consciousness after the Wagnerian crisis.

Robert Brussel wrote : "Gabriel Fauré and André Gedalge teachings were in complete harmony and that is wonderful. It can be said that Fauré’s pupils were also Gedalge’s pupils and vice versa The art of the master of Pénélope is enlightened when we uncover the secret relationship between the genius who transfigures everything and the pedagogical talent based on artistic consciousness and the purity of both style and form."

André Gedalge still travels a lot. He even takes time to write to Charles Koechlin his faithful friend, a short note between Metz and Caen. He is happy to think that he has got rid of his trips "I will be able to rest because I am exhausted." He is 66 and this hardworking man does not think of retiring. It is only in 1921 that his house in Chessy is totally paid. He still hopes he will live in Chessy in order to find the quietness necessary to avoid working without method. He probably wished to find "the good sun within him, which enlightens everything, vitalises and produces all the good inner things."

On December 15th 1925 he is happy with his son’s wedding. Then this discreet tired man of 70 died as discreetly as he lived on February 5th 1926 in Chessy.

Henri Rabaud called him "the great humanist of music". Did he have this last thought : "When I think of music, my soul is immediately cheerful." Did he die peacefully when he breathed his last, did he hear the choral of Bach BWV 668 Vor deinen Thron tret’ich or the Requiem of W.A. Mozart, (both musicians who guided his whole life)?

He said "If I had been born a Catholic, I would have liked to live in Solesmes." Did this apostle find peace of mind? He went to Solesmes in 1924 and felt a strong emotion there when listening to Gregorian songs.

This man who had exceptional moral qualities and who was good and free from all ambition is now resting in the cemetery of Chessy. His wife rejoined him in July 1931. She used to say that "love is stronger than death."

Robert Russel wrote in Le Figaro on February 11th 1926 : "A non religious saint has just died ; a saint of music ; a man was not at all interested in earthly possessions or earthly sounds, he was entirely devoted to the dignity of everyday work, he was teaching thanks to a providential mission, he is the honour of a country."

Georges Enesco rendered homage to him : "He was from another time. He belonged to the time when authors did not sign their masterpieces but were satisfied with offering it on the altar of beauty. He was unsparing of his strength in order to bring light in his disciples's soul so that they could find themselves one day."

He was affected by no kind of fashion, he did not belong to any chapel, he refused any circle, he fought all his life in order to be his own master. He never thought about posterity, or he did not take time to do so, and in spite of a very varied musical knowledge (theatre, orchestra, chamber music, piano, vocal music works, didactic works) who knows André Gedalge 70 years after his death?

In spite of all his faithful friends's attempts (for instance Gabriel Pierné leading concerts in Colonne, Charles Koechlin with his articles and lectures, Charles Maurat who conducted the adagio of the troisième Symphonie the day of the opening of the concert hall André Gedalge in Saint-Etienne, Darius Milhaud who tried to prove to the "officials of culture" that André Gedalge’s method was noteworthy. In spite of all these people, death and oblivion united in silence. And yet, Henri Rabaud wrote : "Thanks to Gedalge, French people will stop being a nation where there are musicians to become a musical nation again."

Among his followers, Ravel will die first in 1937. Enesco and Honegger will die in 1955, and Florent Schmitt 3 years after. Milhaud who was born the same year as Honegger (1892) will die in 1974. Pierné died the same year as Ravel ; the author of The Seven Stars' Symphony, Charles Koechlin, died on December 31st 1950.

The author of this biography often goes to Chessy (where there is a street called André Gedalge street) to meditate on his grave with the same devotion which guided him to write the portrait of a grandfather he is called after.

André Gedalge
Paris, Montagnac d’Auberoche (en Périgord)
Spring 1995

 

traduction : Fabienne Baillot (mai 2007)

 

Writer-editor’s notice : we are grateful to the writer for having let us published his text and adding notes and other new elements that were discovered after recent research.

 

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1) Charles Collin (1832-1881), Louis Vierne’s uncle, taught oboe at the Conservatoire de Paris where he obtained the prizes of oboe, harmony and organ before being awarded with a Grand Prix de Rome in 1857. He was also an organist player at Saint-Denis-du Saint Sacrement (Paris). [ Retour ]

2) Hyacinthe d’Obigny de Ferrière, called Derval (1802-1885), father of Henry and grand-son of a Lieutenant-Colonel of a regiment in Picardie was an actor. At the same time he was famous at the theatre du Palais Royal (1831-1857) and at the theatre du Gymnase (1857-1885). We owe him the creation of several plays of Labiche and of other writers especially Le Fils Naturel by Alexandre Dumas junior in 1858 (playing the part of the Marquis d’Obignac) and later he was a pall-bearer at his funeral on January 24th. He is the father of Mademoiselle Derval, singer at the Opéra Comique in the 1850s. Hyacinthe-Louise de Ferrière , called Derval, born on October 28th 1854 in Paris, another grand-daughter of the actor, also had an artistic career: she was a student at the Conservatoire de Paris (1st medal for rudiments of music in 1867, 3rd certificate of merit for piano in 1869), she taught music in Paris. She married Alexis Pitron and is the mother of Marie-Louise Pitron Derval, born on October 25th 1884 in Paris, who received the 1st medal for rudiments of music at the Conservatoire de Paris in 1897, and the mother of Alexis Pitron-Derval, born in 1880, died in Paris on May 14th 1966. He was a theatre actor and producer and directed the famous Folies-Bergères bought in 1918 for nearly half a century. [ Retour ]


 


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