Le Panthéon des musiciens

De janvier 2004 à juin 2004

Francis BAYER - Sylvie PÉCOT-DOUATTE - Joaquin NIN-CULMELL - Gérard JARRY - François-Louis DESCHAMPS - Gérard SERKOYAN - Dimitri CHORAFAS - Argeo QUADRI - Boris PERGAMENSCHIKOW - Marius CONSTANT - Nicolaï GHIAUROV - Iona BROWN - Roger MATTON - Jocelyne TAILLON - Aline BELLIN - Jean BOYER

 

Gravement malade depuis des années, le compositeur et musicologue Francis BAYER est décédé le 2 janvier 2004, des suites d’un cancer à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpétrière ; il était âgé de 65 ans. Orienté vers la philosophie par tradition familiale, il était venu assez tard à la musique, par vocation personnelle, qu’il avait notamment étudiée auprès d’Henri Dutilleux. Il avait enseigné durant une trentaine d’années l’analyse, l’esthétique musicale et l’orchestration à l’Université Paris-VIII. Sa " recherche compositionnelle prioritairement axée sur ce que l’on pourrait appeler une poétique du timbre ", particulièrement visible dans ses 8 Propositions pour ensembles vocaux et instrumentaux, est assurément due à sa formation philosophique qui l’a conduit, à l’instar de Gaston Bachelard et de son ouvrage " La poétique de l’espace " (PUF, 1957), à définir que l’image poétique possède un dynamisme propre. D’où l’idée, qu’il indique lui-même, " qu’une œuvre musicale ne doit pas être imposée mais seulement proposée à des auditeurs qui demeurent toujours libres de l’intégrer ou non à leur paysage personnel. "

Signature de Francis Bayer
Signature autographe, 1981
( coll. Thérèse Brenet )

Né le 11 juillet 1938 à Villerville (Calvados), là même où Fauré composa en 1881 sa Messe des pêcheurs de Villerville, Francis Bayer entreprit en premier lieu des études supérieures de philosophie à l’Université de Paris qui le menèrent au doctorat. Ayant quelque goût pour la musique il étudiait parallèlement, en cours particuliers, l’harmonie avec Mme de Raucourt et le contrepoint et la fugue avec Thérèse Brenet. Cette dernière, avec laquelle il conserva toute sa vie des liens d’amitié, le présenta à Henri Dutilleux qui l’accepta immédiatement dans sa classe de composition à l’Ecole Normale de Musique de Paris et d’où il sortit en 1970 une licence en poche. Il décidait alors de se consacrer uniquement à la musique et se lança dans la composition. Ses principales œuvres ont été écrites entre 1969 et 2001. Parmi elles citons la dernière : Prélude au silence pour un percussionniste et bande (2001), ainsi que Cinq essais : Antagonique, Fluide, Mystérieux, Cristallin, Mobile pour piano, flûte et violoncelle (1969-70, Eschig), composés au moment où l’auteur se trouvait dans la classe d’Henri Dutilleux, Triptyque : Intonation, Vocalise, Psalmodie pour voix de soprano et ondes Martenot (1971-77, Eschig), Episode, pour 2 pianos, marimba et vibraphone, conçu et traité comme un quatuor de claviers (1989, Schott), Perspectives pour violoncelle solo (1991, Eschig), ces 4 dernières œuvres enregistrées en 1996 par Pierre Vérany (PV 796093), et surtout son imposante partition Propositions composée entre 1972 et 1989. Constituées en huit parties de 15 minutes, ces Propositions " tentent, chacune à leur manière, d’explorer un territoire sonore qualitativement différent " et sont écrites successivement pour : 24 instruments à cordes, 22 instruments à vent, 6 groupes d’instruments à percussion, 12 voix mixtes solistes, 28 instruments extra-européens, 19 instruments anciens, pour sons électroniques, pour sons concrets. Elles ont été enregistrées en 1990 chez Erato (coffret double CD, 2292-4556-2) par Jean-Louis Forestier à la tête d’un ensemble vocal et de plusieurs formations instrumentales, ainsi que par les Percussions de Strasbourg. Son " attachement à la matière sonore et aux sonorités instrumentales ou vocales effectives sont l’indispensable aliment de son imagination musicale, aliment sans lequel toute musique serait impossible ". Ce commentaire écrit par Francis Bayer lui-même parlant de Maurice Ohana [in la revue " Esprit " de mars 1985], caractérise bien également son œuvre personnelle.

Outre ses activités de compositeur, Francis Bayer a professé à partir de 1971 à l’Université de Paris VIII, où il était maître de conférence. Durant plus de 30 ans, jusqu’à l’automne 2003, il a ainsi enseigné à ces nombreux étudiants la réalité du langage musical contemporain, où chaque œuvre recèle en elle " un potentiel irréductible de mystère ", faisant que la musique " apparaît fondamentalement comme une aventure humaine privilégiée. " Il est aussi l’auteur d’un ouvrage rédigé après la soutenance de sa thèse : De Schönberg à Cage, essai sur la notion d’espace sonore dans la musique contemporaine, paru en 1981 aux Editions Klincksieck, qui est une réflexion esthétique portant sur les principaux éléments du langage musical au XXe siècle - dans lequel il constate si justement que " la musique est toujours au-delà de tout ce qu’on en peut dire. " On lui doit encore la traduction, présentation et annotation avec Nicolas Zourabichvili de la Correspondance de Moussorgski parue en 2001 chez Fayard (526 pages), ainsi que de plusieurs autres études publiées dans des revues spécialisées. Dans son dernier ouvrage écrit en 2002, un essai intitulé Instantanés : Douze regards sur la musique [suivis de Les cohérences aventureuses de la pensée et de la musique de Francis Bayer par Pierre Albert Castanet] (Editions de Millénaire III, Paris 2003, 304 p. + 1 CD), Francis Bayer réaffirme dans l’avant-propos que " …chacun des regards que l’on porte sur elle [la musique], ne peut rendre compte que d’une façon nécessairement ponctuelle et parcellaire… "

Les obsèques de Francis Bayer ont eu lieu le 9 janvier 2004 en la basilique Sainte-Clotilde à Paris, suivie de l’inhumation au cimetière du Père-Lachaise.

D.H.M.

Sylvie Pécot-Douatte
Sylvie Pécot-Douatte
( photo aimablement communiquée par Calliope )
La claveciniste Sylvie PECOT-DOUATTE s’est éteinte le 11 janvier 2004, à l’âge de 46 ans, des suites d’une longue maladie. Claveciniste et pianofortiste, professeur des Ecoles de la Ville de Paris, professeur au Conservatoire de musique de Compiègne, après avoir entrepris des études de piano, elle avait obtenu un prix de clavecin dans les classes de Robert Veyron-Lacroix et Laurence Boulay au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, et une licence de musicologie à l’Université de Paris-Sorbonne. Elle s’était ensuite perfectionnée auprès de Kenneth Gilbert, William Christie et Ton Koopman.

Ses recherches musicologiques l’avaient rapidement conduite à s’intéresser de près à un musicien méconnu, Jean-Frédéric Edelmann, au destin tragique : né en 1749, claveciniste, pianiste et compositeur strasbourgeois, professeur à Paris de Jean-Louis Adam et d’Etienne Méhul, il adhère à la cause révolutionnaire et finit par être guillotiné place du Trône à Paris le 17 juillet 1794 ! Passionnée par ce personnage, Sylvie Pécot-Douatte s’était attachée non seulement à le faire revivre à travers une biographie détaillée de 219 pages : "  A la recherche d’Edelmann, le musicien guillotiné " (L’Harmattan, 2001), mais surtout à redécouvrir ses œuvres musicales qu’elle interprétait souvent en concerts. On lui doit également l’enregistrement à partir de 1998, au clavecin et au pianoforte, chez Calliope (CAL 9236, 9237 et 9296), de 3 CD de Sonates de ce compositeur. Télérama écrira à ce propos : " Sylvie Pécot-Douatte s'inscrit dans la grande lignée des clavecinistes français qui ont toujours aimé l'aventure et l'exploration des terres vierges. "

Mais ses activités musicales ne se sont pas cantonnées uniquement à l’étude d’Edelmann, car Sylvie Pécot-Douatte s’intéressait aussi à toute la musique pour clavier de la fin du XVIIIème siècle, sa période de prédilection. C’est ainsi qu’elle fit revivre à travers leurs œuvres, entre autres compositeurs, le chevalier de Saint-George dont elle a créa, avec Ruggero Capranico, la Sonate pour clavecin avec violon le 30 avril 2000 au Salon de la Musique, Jean-François Tapray avec sa Sonate op. 1 n° 2 (France Musiques, 7 avril 2003), Antoine Riggieri avec sa Sonate pour mandoline (Christian Schneider) et clavecin n° 6 en ré mineur (id.), Hélène de Montgeroult avec sa Sonate op. 5 n° 1 (id.), ainsi que des pièces de Claude-Bénigne Balbastre, Johann Schobert, Armand-Louis Couperin ou encore Michel Corrette et Jacques Duphly. Elle se produisait en soliste et parfois avec " Les Archets de Paris ", formation de chambre constituée d’une douzaine de musiciens de l’Opéra, spécialisés dans le répertoire baroque. En dehors de ses CD consacrés à Edelmann, Sylvie Pécot a enregistré 3 autres disques : l’un, " Musique à la Cour de Marie-Antoinette " (Studio SM), contient des pièces pour clavecin de Balbastre, Duphly, Schobert, Séjan, Royer, Eckard…, un autre, en première mondiale, les " 7 Sonates pour pianoforte " de Jean-François Tapray (Calliope, CAL 9288) et le troisième, " Mandoline galante. Maîtres napolitains au XVIIIe siècle " (Calliope, CAL 9274) , comporte 8 œuvres pour mandoline et clavecin de Verdone, Riggieri, Denis, Fargere, Corrette, Gervasio, Leone, avec Christian Schneider (mandoline).

Les obsèques de Sylvie Pécot-Jouatte se sont déroulées le 16 janvier 2004 en l’église de Viarmes (Val-d’Oise) suivie de l’inhumation au cimetière de cette ville. La veille, France-Musiques diffusait sur ses ondes la Sonate en la, op. 5 n° 1, pour pianoforte de Jean-Frédéric Edelmann qu’elle avait enregistrée en 1999 pour Calliope.

D.H.M.

Joaquim Nin-Culmell, © Patricia Dietzi / Editions Durand, Paris
Joaquim Nin-Culmell
( © Patricia Dietzi / Editions Durand, Paris )

Pianiste, compositeur, professeur émérite de l’Université de Californie à Berkeley, Joaquin NIN-CULMELL, américain d’origine cubaine, s’est éteint à l’âge de 85 ans le 14 janvier 2004 à Oakland (Californie, USA). Ancien élève de Manuel de Falla et de Paul Dukas, auteur d’une musique raffinée, écrite dans un style impressionniste pour ce qui concerne ses œuvres symphoniques, il s’inspirait largement du folklore espagnol qu’il avait longuement étudié et composa également plusieurs œuvres sacrées parmi lesquelles un Te Deum pour chœur, cymbales et orgue qui fut interprété en 2000 au Festival de Comminges. Sa sœur, la femme de lettres Anaïs Nin (1903-1977), auteur d’un célèbre et volumineux Journal intime, considérée par Henry Miller comme " un écrivain au génie indéniable ", le surnommait " L’ange Joaquin " en raison de la noblesse de ses sentiments et de sa générosité. Ils étaient tous deux enfants du compositeur espagnol Joaquin Nin (1879-1949) qui avait notamment étudié la composition à la Schola Cantorum (Paris) auprès de Vincent d’Indy, et de la chanteuse Rosa Culmell ; cette dernière, fille de Thorvald Culmell consul du Danemark à La Havane, était issue d’une mère française Anaïs Vaurigaud.

Né à Berlin le 5 septembre 1908, où son père avait été appelé pour ses activités musicales après avoir enseigné le piano à la Schola Cantorum de Paris durant 4 ans (1905-1908), Joaquin Maria Nin-Culmell reçut ses premières leçons de musique de ses parents, puis les débuta réellement à Barcelone en 1913 auprès de la soprano Conchita Badia, une ancienne élève de Granados, dont Montserrat Caballé sera plus tard l’élève la plus célèbre. Après la séparation de ses parents, suivie d’un long séjour à New-York, il put parachever ses études musicales au début des années trente à Grenade, auprès de Manuel de Falla et à Paris (Schola Cantorum et Conservatoire) avec Paul Braud (piano) et Paul Dukas (composition), tout en perfectionnant sa technique pianistique auprès d’Alfred Cortot et de Ricardo Vines. En 1936, Joaquin Nin-Culmell jouait en première audition Pour le tombeau de Paul Dukas, composé l’année précédente par de Falla, rendant ainsi hommage à ses deux professeurs de composition. Trois années plus tard il émigrait aux Etats-Unis où il se fixera définitivement. Il enseignait la musique tout d’abord au Williams College de Williamstown (Massachussetts) entre 1940 et 1950, puis à partir de 1950 à l’Université de Californie à Berkeley qu’il quittera en 1974 pour prendre sa retraite. Son activité dans cet établissement supérieur ne s’arrêtait pas seulement au professorat, s’étendant largement à la propagation et la diffusion de la musique sous toutes ses formes, notamment en conduisant régulièrement l’Orchestre symphonique de l’université et en se produisant au piano dans des concerts de musique de chambre.

Comme compositeur, Joaquin Nin-Culmell a écrit une œuvre abondante et variée, dont l’une des premières pages fut un hommage à l’un de ses maîtres sous le titre de Hommage to Falla pour orchestre (1933, Eschig). La culture espagnole et cubaine, héritée de son père, lui a inspiré bon nombre de pages parmi lesquelles : Trois danses espagnoles pour piano (Eschig, 1939), 48 Tonadas pour piano (1956-1961), Douze chansons populaires de Catalogne pour chant et piano (Eschig, 1955-58), Deux Poèmes de Jeorge Manrique pour soprano et quartette à cordes (Eschig, 1961), Quatre chansons populaires d’Andalousie pour chant et piano (Eschig, 1964), Cinq chansons traditionnelles espagnoles pour chant et piano (Eschig, 1973), Douze danses cubaines pour piano (Eschig, 1989), Deux chansons populaires cubaines pour voix et piano (Eschig, 1992)… Il faut également citer sa musique pour la scène dans laquelle on trouve 3 ballets (Don Juan, LeTrompeur de Séville, Le Rêve de Cyrano) et un opéra La Celestina (1965), ses pièces pour orchestre dont un Concerto pour piano et orchestre qu’il créa en décembre 1946 à Williamstown avec l’Orchestre philharmonique de Rochester, Treize pièces antiques espagnoles pour orchestre (Eschig, 1960) et un Concerto pour violoncelle pour violoncelle et orchestre d’après un concerto pour basson et orchestre du Padre Anselmo Viola (Eschig, 1965), sa musique de chambre (Trio, Quintette, pages pour guitare) et surtout son œuvre sacrée à laquelle il attachait une grande importance. Parmi celle-ci notons plus particulièrement, en dehors du Te Deum cité supra, une Missa in honorem Sanctae Rosae pour chœur et cuivres (1963), une Cantate pour mezzo-soprano et cordes (1965), une Dedication Mass pour chœur mixte et orgue écrite pour la consécration de la cathédrale St Mary de San Francisco (Cincinnati, World library of sacred music, 1970) et en 1992 une Symphonie des Mystères pour orgue et chant grégorien ad libitum (Eschig, 1997). Ses Tonadas, courtes pièces bien connues des pianistes, ont été plusieurs fois enregistrées notamment par Alicia de Larrocha (Decca) au début des années 1980 et plus tard (1993) par Maria Luisa Cantos (CD Marco Polo 8223534). Plus récemment, en 2001 l’organiste Hervé Désarbre a enregistré au grand orgue de l’église de la Madeleine (Paris VIII°) 3 pièces extraites des Tonadas : Jota extremena, Ball d’Arta et Seguidilla murciana (" L’orgue et la danse ", CD Mandala/Harmonia Mundi). La Bibliothèque Nationale possède une collection de 392 lettres autographes de Joaquin Nin-Culmell adressées entre 1933 et 1984 au compositeur français d’origine allemande, Louis Saguer (1907-1991), avec lequel il entretint une longue amitié, tout comme avec le poète d’origine cubaine Armand Godoy (1880-1964), auquel il rendait hommage dès 1929 dans la " Revue Méditerranéa ".

Son éditeur Gérald Hugon, directeur des Editions Max Eschig (Paris) a écrit récemment ces quelques lignes de souvenirs qui résument habilement la personnalité et l'œuvre de Joaquin Nin-Culmell : " … magnifique exemple de ce mélange fécond entre l'ancien monde et le nouveau, il possédait à la fois ce charme tranquille des temps passés et ce pragmatisme de l'universitaire américain, efficace, rapide, toujours dans l'urgence. Son arrivée dans mon bureau, lorsqu'il passait par Paris, était toujours un moment chaleureux de bonheur. Puisse sa musique si raffinée être mieux connue. Ses nombreux recueils de mélodies, ses Danses cubaines, sa Symphonie des Mystères constituent des points de repère saillants d'une œuvre délicate et sincère. "

D.H.M.

Gérard Jarry
Gérard Jarry, Nice, années 1980
( photo Éliane Berteaux-Jarry, aimablement communiquée par Thérèse Jarry )

Super soliste de l’Orchestre national d’Ile-de-France, professeur au Conservatoire national de musique de Paris, Gérard JARRY s’est éteint le 18 janvier 2004 à Saint-Eliph (Eure-et-Loir) à l’âge de 67 ans. On devait à ce musicien, sobre et raffiné, le premier enregistrement de l’intégral des Six Concertos pour violon et cordes de Jean-Marie Leclair réalisé en 1977 avec l’Orchestre de Chambre Jean-François Paillard, dont il a fait partie durant une trentaine d’années (Erato STU 71.093). La musique contemporaine lui était également chère puisqu’il avait créé, entre autres œuvres, Etats pour violon et 6 percussions de Betsy Jolas en 1969 au Festival des Arts à Shiraz-Persépolis (Iran), avec les Percussions de Strasbourg, et Ikhoor de Iannis Xenakis le 2 avril 1978 à l’Opéra de Paris, avec le " Trio à cordes Français ", autre formation à laquelle il appartint durant 33 ans.

Gérard Jarry
Gérard Jarry
( coll. Thérèse Jarry, avec son aimable autorisation )

Né le 6 juin 1936 à Châtellerault (Vienne), Gérard Jarry débute ses études musicales dans sa ville natale avec André Profit avant de les achever au Conservatoire de Paris dans la classe de violon de Joseph Benvenutti ainsi que dans celle de musique de chambre de René Benedetti. En 1950 il ressort de cet établissement après avoir remporté un brillant 1er prix de violon doublé d’un prix d’honneur et l’année suivante il remporte le 1er prix de violon au 4e Concours international Marguerite - Long Jacques Thibaud. Commençe alors pour lui une carrière de soliste qui le mène à travers toute la France et en tournées mondiales, notamment au Canada en 1955 avec les J.M.F. Mais c’est surtout avec le " Trio à cordes Français ", fondé en 1959 avec Serge Collot (alto) et Michel Tournus (violoncelle), que le succès est au rendez-vous. Principalement attaché à présenter et à défendre les œuvres des musiciens contemporains cette formation joue bon nombre de pièces inédites de compositeurs modernes : Betsy Jolas (Quatuor II avec Mady Mesplé, 1966 ; Trois rencontres avec l’Orchestre Radio symphonique et Roger Albin, 1974), Josep Maria Mestres Quadreny (Trio, 1968), Charles Chaynes (4 Poèmes de Sappho avec Mady Mesplé, 1968), Arnold Schoenberg (Trio à cordes op. 45, 1969), Alain Bancquart (Une et désunie, 1970), Claude Lefebvre (Naissances pour 4 joueurs avec Lucien Debray, 1971), Camillo Togni (Trio d’archi, 1978)… Cependant, elle ne se cantonne pas dans la musique du XXe siècle et interprète également des auteurs plus classiques, tels Mozart (Adagio et Fugue en ré mineur d'après Bach, K. 404 a), Gardini (Trio en ut majeur op. 20 n° 4), Beethoven (Trio à cordes en mi bémol majeur op. 3), Onslow (Quatuor à cordes op. 8 n° 1 et Quintette à cordes op. 78 n° 1), Schubert (Quintette pour piano et cordes), Saint-Saëns (Carnaval des animaux, Septuor) entre autres. Il crée par ailleurs, Etats pour violon et 6 percussions de Betsy Jolas en 1969 au Festival des Arts à Shiraz-Persépolis (Iran), avec les Percussions de Strasbourg, et Ikhoor de Iannis Xenakis le 2 avril 1978 à l'Opéra de Paris.

Parallèlement à ses activités au sein du " Trio à cordes Français ", Gérard Jarry occupe plusieurs postes éminents de violon super soliste dans de grands orchestres, notamment celui de l'Opéra Comique de Paris de 1960 à 1970, l'orchestre National de Lorraine sous la direction d'Emmanuel Krivine, l'orchestre d'Ile de France avec Jacques Mercier et surtout (violon solo) l’Orchestre de Chambre Jean-François Paillard. On connaît le rôle important qu’à joué ce chef d’orchestre dans la remise au goût du jour de la musique des XVIIe et XVIIIe siècles au cours des années 1950-1960, bien avant la mode des baroqueux. Avec lui, il a enregistré plusieurs disques parmi lesquels les Concertos de Leclair, les Concertos pour violon op. 3 n° 1, 4, 9 et 10 (Erato STU 70.641), et op. 8 n° 1 à 4 (Erato EPR 15.520) de Vivaldi, ceux en ut majeur, la majeur et sol majeur de Joseph Haydn (Erato STU 70.770), des Concertos pour violon de Telemann (Erato ECD 88.006), les Concertos grossos op. 6 de Corelli (Erato EFM 8085), d’autres Concertos pour violon BWV 1041, 1042 et 1043 de Bach (Erato STU 71.794)... On doit également à Gérard Jarry les enregistrements de la Sonate pour violon et piano de Ravel avec Georges Pludermacher (VSM C 181-14.128/29), du Grand duo pour violon, contrebasse et orchestre de Bottesini avec l’Orchestre de Radio-France (ARION ARN 38.227), du Trio pour violon, violoncelle et piano de Chausson (Centre Culturel de Valprivas 1016), ainsi que de la Sonate en duo violon, violoncelle de Ravel (EMI, VSM C06311348) et du Quintette « la truite » de Schubert (ces 2 derniers ont obtenu un prix du disque). Avec son ami Jean Pierre Rampal il a également enregistré le Trio sérénade op. 8 de Beethoven, Aspen sérénade pour neuf instruments de Darius Milhaud (Adès 15503), 6 Quatuors de Joseph Haydn et 6 Quintettes de Jean Chrétien Bach. En 1985, Gérard Jarry rejoignait l’Orchestre national d’Ile-de-France en tant que super soliste, formation qu’il n’avait quittée que récemment pour prendre sa retraite. Si Gérard Jarry a eu une longue carrière d’interprète, ce fut également un pédagogue attentif qui exerça entre 1971 et 2001 au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Là, il a formé toute une génération de violonistes talentueux, parmi lesquels: Raphaël Oleg, Bernadette Jarry, Gilles Henry, Serge Pataud, Laurent Le Flécher, François Gilles, Nicolas Miribel, Roland Muller, Vincent Bernardon, Laurence Kétels-Dufour, Frédéric Laroque, Dominique Barbier, Luc Marie Aguerra, David Lefèvre, Geoffroy Schied, Thierry Bautz, Nicolas Delclaud, Suzanne Marie, Marie Laure Goodenoef, Nicolas Gros, Michel Berrier, Christophe Ladrette...

Gérard Jarry a été inhumé dans le petit cimetière de Saint-Eliph (Eure-et-Loir), où il résidait depuis plusieurs années. Il laisse une fille Bernadette Jarry-Guillamot, violoniste à l'Orchestre national d'Ile-de-France, un fils Alexandre Jarry, dernier du nom, et une petite-fille Coline Guillamot. Ses belles-filles Yannick Hoeltgen-Marcoul et Florence Le Gallo sont respectivement violoncelliste co-soliste de l'Orchestre Provence-Alpes-Côte d'Azur (depuis 1991) et directrice de l'Harmonie de Brest (depuis 1998). En mai 2000, la disparition de son gendre, René Guillamot, hautbois solo de l’Orchestre de Paris, emporté à l’âge de 38 ans par un cancer foudroyant, l’avait profondément affecté.

D.H.M.

François-Louis Deschamps
François-Louis Deschamps
( coll. Claude-Pascal Perna )

Le 20 janvier 2004 à Walhain (Belgique) est décédé l’artiste lyrique et concertiste belge François-Louis DESCHAMPS, chevalier de l’Ordre de la Couronne. Il était né à Braine-l'Alleud le 26 mai 1919. D’abord ténor léger au Théâtre Royal de la Monnaie, il se spécialise ensuite dans l’opérette et paraît sur les principales scènes lyriques du pays, surtout à Namur. A la Monnaie, François Deschamps est le créateur d’Angélique (de Jacques Ibert), de Fansou (de Jean Absil), de Blanche-Neige (de Franz Schubert), d’Un drame sous Philippe II (d'Albert Dupuis) et de la version française du Tabarro de Giacomo Puccini (La Houppelande), lors des saisons 1946-1948. Le ténor sera Belmonte de L'Enlèvement au sérail avec pour partenaire la célèbre soprano belge Clara Clairbert dans le rôle de Constance (saison 1946-1947.) Ce sera volontairement et dans un souci de renouveler son répertoire en abordant l'opérette que le ténor quittera la première scène lyrique de Belgique. Il deviendra alors pensionnaire de l’INR (RTBF, l'actuelle 'Radio Télévision Belge Francophone') en tant que soliste concertiste et premier choriste, de 1953 jusqu'en 1980. A la Radio, il créera et interprètera un vaste répertoire allant du baroque, au classique en passant par le contemporain, comprenant des oeuvres de compositeurs belges et français. Il paraîtra régulièrement à la Télévision belge, notamment avec l'exquise soprano léger belge Lise Rollan (devenue vedette internationale du disque dans le répertoire de la variété.)

Une récente réédition de l’intégrale de 1952 de Mignon d'Ambroise Thomas vient de paraître chez Preiser (Réf. 20019), en un coffret de 2 CDs, avec pour partenaires, des têtes d'affiche de premier plan tels que : Geneviève Moizan, Janine Micheau, Libero De Luca ou encore, René Bianco. Le Choeur du Théâtre Royal de la Monnaie et l'Orchestre National de Belgique sont placés sous la baguette de Georges Sebastian. Un autre CD, paru sous label privé, offre un petit éventail de l'art de François Deschamps.

Claude-Pascal Perna

Le 8 février 2004 à La Cadière-d’Azur, non loin de Toulon, s’est éteint Gérard SERKOYAN à l’âge de 81 ans, basse française de l’Opéra de Paris, qui brilla longtemps dans le rôle de Sarastro de La Flûte enchantée (Mozart). En 1972, il avait quitté les théâtres parisiens pour se produire à travers toute la France, notamment à Avignon (Samson et Dalila de Saint- Saëns, Manon de Massenet), Marseille (Roméo et Juliette de Gounod), Montpellier (Manon), Nancy (Le Roi d’Ys de Lalo), Nice (Le Barbier de Séville de Rossini), Lille (Samson et Dalila)…

Gérard Serkoyan
Gérard Serkoyan
( coll. David Roubaud, avec son aimable autorisation )
Le Site des Basses

D’origine arménienne, né le 14 juillet 1922 à Istanbul, Gérard Serkoyan arriva à Paris peu après sa naissance où son père, Nechane Serkoyan, auteur de messes et de chœurs, devint maître de chapelle de l’église arménienne catholique Saint-Jean-Baptiste de la rue Jean-Goujon et créa l’ensemble vocal Komitas. Cette formation fusionnera plus tard (octobre 1936) avec la chorale Sipan pour prendre le nom de "Chœur mixte arménien de Paris - SIPAN-KOMITAS" et, entre autres nombreux concerts qu’elle donnera fut invitée à se produire, en 1978 puis en 1982, par Joachim Havard de la Montagne à l’église de La Madeleine (Paris VIII°)… Après des études de dentiste, encouragé par son père il se tournait définitivement vers le chant, se perfectionnait à l’Ecole Normale de Musique de Paris, et en 1949 fit ses premiers débuts sur la scène à Nice. En 1950, il décrochait un engagement à Lyon puis à Strasbourg avant d’être engagé à l’Opéra de Paris en 1952 où il débutait dans Rigoletto de Verdi. Mais c’est dans La Flûte enchantée, puis dans Tannhäuser (Wagner), Fidelio (Beethoven), Don Carlos (Verdi), Turandot (Puccini), Pelléas et Mélisande (Debussy), Les Contes d’Hoffmann (Offenbach) et dans le Faust (Méphistophélès) de Gounod qu’il acquit une certaine renommée. Après ses succès parisiens, il fit une seconde carrière artistique en province et se produisit à l’étranger, notamment en Arménie, en Russie, en Amérique du Nord, ainsi qu’en Belgique, en Suisse et en Italie. Il quitta définitivement la scène au début des années 1990 et se consacra encore quelque temps à l’enseignement. Parmi sa discographie, signalons plus particulièrement l’enregistrement de larges fragments de La Juive d’Halévy en 1962 avec les Chœurs et l’Orchestre de l’Opéra de Karlsruhe sous la direction de Marcel Couraud (33 tours, Philips L02336L), La Reine de Saba de Gounod en 1970 avec Michel Plasson à la tête des Chœurs et de l’Orchestre du Capitole de Toulouse (réédité en CD sous le label Gala : GL 100734) et l’intégrale de Thaïs de Massenet en 1961 (rôle de Palémon) avec Renée Doria, Robert Massard, Janine Collard et Michel Sénéchal, sous la direction de Jésus Etcheverry (coffret 3 disques 33 tours, Véga VEG VAL 22, tout récemment ressorti en CD chez Universal Musica SA).

Le 13 février 2004, Gérard Serkoyan a été inhumé au cimetière de La Cadière-d’Azur, petit village typiquement provençal perché sur une colline, où il s’était retiré depuis plusieurs années. Il laisse un fils spirituel, le baryton Maurice Xiberras, créateur du Festival de Musique Sacrée de Marseille (1996) et co-ordinateur artistique de l’Opéra de Marseille (octobre 2001).

D.H.M.

Le chef d’orchestre grec Dimitri CHORAFAS est décédé le 2 mars 2004 à Versailles (Yvelines). Agé de 87 ans, il avait fait en France une grande partie de sa carrière débutée comme violoniste à la fin des années trente. L’Opéra du Rhin de Strasbourg et le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles l’ont souvent accueilli à la tête de leur orchestre. Il avait également dirigé l’Orchestre national de l’Opéra de Monte-Carlo, l’Orchestre symphonique RTL, l’Orchestre des Concerts Lamoureux et l’Orchestre national de l’ORTF avec lesquels il avait enregistré notamment Mozart, Mendelssohn, Bruch, Nigg, Jolivet.

Dimitri Chorafas
Dimitri Chorafas
( coll. Mme Artemis Chorafas,
avec son aimable autorisation )

Né le 23 octobre 1916 à Athènes (Grèce), d'une famille originaire de Svozonata (Céphalonie), Dimitri Chorafas débutait l’étude du violon au Conservatoire d’Athènes avant de venir se perfectionner à Paris en 1936 auprès d’André Touret, qui avait été, avant la première guerre mondiale, second violon au sein du célèbre " Quatuor Capet ". En 1939, il regagnait son pays natal, enseignait le violon au Conservatoire d’Athènes, puis revenait à Paris à la fin des années quarante pour étudier la direction d’orchestre auprès d’André Cluytens et de Louis Forestier. Premier prix du CNSM en 1951, il entama alors une carrière de chef à Paris, Strasbourg, Luxembourg et Bruxelles et fut invité à conduire de nombreux orchestres, notamment l’Orchestre Radio-Lyrique de la R.T.F., avec lequel il dirigea plusieurs spectacles de Maurice Béjart. Parmi ceux-ci figure l’opéra-ballet Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach donné en avril 1963 au Théâtre des Champs-Elysées dont la critique ne fut pas toujours très favorable ! Si cette nouvelle version de Béjart et Henri Pousseur déplaisait fortement à certains, tout le monde cependant s’accordait pour souligner " l’excellent chef Dimitri Chorafas, dont la qualité majeure est la souplesse… " Au cours des années 1960-1970 il réalisa également de nombreux enregistrements sur disques, entre autre le 1er Concerto op. 26 pour violon et orchestre de Max Bruch et le 2ème Concerto op. 64 de Mendelssohn, avec Jean-Pierre Wallez et l’Orchestre symphonique de RTL (Forlane, UM 3537), les 7ème Concerto (K 242) pour 3 pianos et 10ème Concerto (K 365) pour 2 pianos et orchestre de Mozart, avec Pierre Sancan, Jean-Bernard Pommier, Catherine Silié et l’Orchestre des Concerts Lamoureux (Musidisc CRC20), la Jérôme Bosch Symphonie de Serge Nigg, avec l’Orchestre national de l’ORTF (Chant du Monde, CM480, LDX78690), le 5ème Concerto " L’Empereur " op. 73 pour piano et orchestre de Beethoven, avec Jean-Bernard Pommier et l’Orchestre des Concerts Lamoureux (Musidisc RC833). On lui doit aussi plusieurs créations d’œuvres contemporaines, comme par exemple en 1962 le Premier concerto pour violoncelle (André Navarra) et orchestre d’André Jolivet. En 1975, Dimitri Chorafas était retourné dans son pays d’origine pour assurer la direction de la musique à l’Opéra d’Athènes, avant de prendre sa retraite en France quelques années plus tard… Ses obsèques ont été célébrées le 6 mars 2004 en l’église orthodoxe grecque St-Stéphane (Paris XVIe).

D.H.M.

Le 14 avril 2004 à son domicile de Milan est mort le chef d’orchestre italien Argeo QUADRI à l’âge de 93 ans. C’est principalement à l’Opéra de Vienne, où il avait dirigé durant une vingtaine d’années, qu’il se fit connaître du grand public, bien que sa carrière l’ait amené à conduire bon nombre d’orchestres prestigieux à travers le monde entier, de Londres à Tokyo, en passant par Milan, Buenos Aires et New-York. Chef lyrique renommé, il aimait plus particulièrement les grands compositeurs italiens, parmi lesquels Puccini (La Tosca, Manon Lescaut) et Verdi dont il avait enregistré dès 1951 Otello avec l’Orchestre Symphonique de Milan et quelques dix années plus tard Rigoletto à la tête de l’Orchestre et des Chœurs du Théâtre Colon.

Argeo Quadri
Argeo Quadri
( © Tokyo Philharmonic Orchestra )

Né le 23 mars 1911 à Côme (Italie), Argeo Quadri avait effectué ses études musicales (piano, composition, direction d’orchestre) au Conservatoire de Milan d’où il était ressorti en 1933, avant d’entamer une carrière de chef à travers toute l’Italie, notamment à la Scala de Milan. Convié en 1956 à diriger au Covent Garden de Londres, il fut ensuite régulièrement invité à l’Opéra de Vienne entre 1957 et 1975, effectua plusieurs tournées en Amérique du Sud et dirigea au Met de New York. On lui doit de nombreux enregistrements lyriques réalisés dès le début des années cinquante, parmi lesquels on peut souligner La Tosca avec l’Orchestre de l’Opéra de Vienne (Ducretet-Thomson), Le Maître de chapelle de Cimarosa avec l’orchestre du Covent Garden (Decca), Les Puritains de Bellini avec l’orchestre de la RAI (Fonit Cetra, "Archivio RAI "), sans négliger pour autant la musique orchestrale dont il a gravé les 12 Concerti grossi, op. 6, de Corelli, avec l’English Baroque Orchestra (Westminster), L’Apprenti Sorcier de Dukas, avec le Philharmonic Symphony Orchestra de Londres (Westminster), Les Fontaines de Rome et Les Pins de Rome de Respighi, avec l’Orchestre de l’Opéra de Vienne (Ducretet-Thomson) et la Suite symphonique Schéhérazade de Rimsky-Korsakov, avec le même orchestre (Véga). Argeo Quadri a également travaillé avec bon nombre de grands chanteurs et cantatrices, entre autres Maria Callas, Graziela Sciutti, Mirella Freni, Gwyneth Jones, Leyla Gencer, Fedora Barbieri, Birgit Nilsson, Mario del Monaco, Luciano Pavarotti, Tom Krause, Hans Hotter, Gino Bechi, Mario Filippeschi… L’enregistrement live du Rigoletto de Verdi, effectué le 24 juin 1961 au Théâtre Colon de Buenos Aires, avec Leyla Gencer (Gilda), Gianni Raimondi (Il Duca), Cornell MacNeil (Rigoletto), Carmen Burello (Maddalena), Jorge Algorta (Sparafucile) et Juan Zanin (Monterone) a été récemment réédité (2000) en CD (Myto Records, 2 MCD 003.225).

Les obsèques d’Argeo Quadri ont été célébrées le vendredi 16 avril 2004 à Milan.

D.H.M.

Boris Pergamenschikow
Boris Pergamenschikow
( © Archiv der Hochschule für Musik Hanns Eisler Berlin )

Le violoncelliste russe Boris PERGAMENSCHIKOW installé en Allemagne est décédé le 30 avril 2004 à Berlin à l’âge de 55 ans, emporté par un cancer. Fondateur de l’Association européenne de musique de chambre, professeur de violoncelle à l’Académie de musique Hanns Eisler de Berlin, il s’était produit plusieurs fois en France, notamment le 3 décembre 2001 à l’Opéra théâtre d’Avignon avec François-René Duchable (piano) dans des œuvres de Chopin, Schubert et Strauss, et en mai 2003 lors des XIème Rencontres d’ensembles de violoncelles de Beauvais,où il assurait également une master-classe.

Né en Russie à Leningrad (Saint-Petersburg) le 24 août 1948, au sein d’une famille de musiciens, Boris Pergamenschikow débute très jeune à l’âge de 6 ans des études de violoncelle auprès d’Emanuel Fischmann au Conservatoire de sa ville natale, complétées par des cours de composition et de piano. Lauréat du Concours national soviétique de violoncelle et 1er Prix du Concours international de violoncelle de Pragues en 1970, il remporte la médaille d’or du Concours Tchaikovsky de Moscou 4 années plus tard. Commence alors pour lui dans les pays de l’Est une carrière de concertiste, mais en 1977 il quitte la Russie pour s’installer en Allemagne de l’Ouest, enseigne au Conservatoire de Cologne (1980 à 1994) puis à l’Académie de musique Hanns Eisler de Berlin (à partir de 1998) et participe à de nombreuses master-classes à travers l’Europe (Allemagne, Autriche, France, Suisse, Angleterre), ainsi qu’au Japon et en Amérique du Sud. Sa carrière de concertiste prend également de l’ampleur et on le voit se produire notamment à New-York en 1984. Reconnu rapidement par ses pairs comme un violoncelliste de grande classe, il joue en compagnie des artistes les plus renommés, de Claudio Abbado à Wolfang Schneiderhan, en passant par Henri Dutilleux, Gidon Kremer, Yehudi Ménuhin et Mstilslav Rostropovitch et se produit dans les festivals de Salzburg, Vienne, Edinburgh, Tokyo… De 1990 à 1995 il est directeur artistique du Festival de musique de chambre de Cologne, l’année suivante il fonde the European Chamber Music Association (l’Association européenne de musique de chambre) destinée à faciliter les échanges entre les musiciens des pays de l’Est et de l’Ouest, et en 2002, à l’occasion du centenaire de l’anniversaire du violoncelliste autrichien Emanuel Feuermann, mort à l’âge de 39 ans en 1942, il crée, en compagnie de son collègue le violoniste berlinois Wolfgang Boettcher, le Grand Prix Emmanuel Feuermann. La première édition de ce prix quadriennal, présidée par Daniel Barenboim, eut lieu à Berlin du 17 au 22 novembre 2002 et fut remporté par Danjulo Ishizaka, l’un de ses élèves.

Le répertoire de Boris Pergamenschikow couvrait un vaste domaine et si l’un de ses derniers concerts à Varsovie (décembre 2003) était consacré aux Concertos de Penderecki, il jouait avec tout autant de bonheur les Suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach. Il a gravé sur disques de nombreuses œuvres aussi bien comme chambriste que comme concertiste. Parmi sa discographie, on peut citer le Concerto pour violoncelle " Tout un monde lointain " de Dutilleux, enregistré en 1997 avec le BBC Philharmonic Orchestra dirigé par Yan Pascal Tortelier (Chandos), les Suites pour violoncelle seul BWV 1007 à 1012 (1999, Hänssler Classic), le Trio, op.114, pour piano, clarinette et violoncelle, enregistré en 1992 avec Mikhaïl Rudy et Michel Portal (EMI classic), le Concerto n° 2 pour violoncelle et orchestre " No queda mas que el silencio " de Critobal Halffter, avec le Frankfurt Radio Symphony Orchestre placé sous la direction de l’auteur (1998, Disques Montaigne), le Concerto n° 2 pour violoncelle et orchestre de Krzysztof Penderecki, avec l’orchestre du Bamberg Symphony Chorus dirigé par l’auteur (1993, Orfeo) et le Trio op.120, pour clarinette, violon et violoncelle de Gabriel Fauré, avec Eduard Brunner et Vassily Lobanov (1999, Tudor)… Musicien complet et dévoué, il laisse un fils, Daniel Pergamenschikow, violoniste, qui a notamment déjà enregistré en 1997 chez Amiata Records le Quintette "la Truite" D.667 et l’Adagio et Rondo concertant D.487 pour piano et cordes, de Schubert, en compagnie de Paul Badura-Skoda, (piano), Tatjana Mazurenko (alto), Claudio Bohorquez, (violoncelle) et Bernhard Ziegler, (contrebasse).

D.H.M.


Marius Constant (photo: Académie des Beaux-Arts)
Marius Constant
( ©, avec l'aimable autorisation de
l'Académie des Beaux Arts, Institut de France )

Membre de l’Académie des Beaux-Arts, le chef d’orchestre et compositeur français d’origine roumaine Marius CONSTANT est mort le 15 mai 2004 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), à l’âge de 79 ans. Co-fondateur et directeur de l’actuelle radio France-Musiques en 1954, directeur musical des Ballets de Paris de Roland Petit (1956 à 1963), directeur musical de la danse à l’Opéra de Paris (1973 à 1978), professeur d’instrumentation et d’orchestration au Conservatoire national supérieur de musique de Paris (1979 à 1988), fondateur en 1963 de l’ensemble " Ars Nova " spécialisé dans l’interprétation de la musique contemporaine, ce fut également un compositeur abondant plus particulièrement attaché à la scène. Curieux de sonorités nouvelles, refusant tout dogmatisme, Marius Constant se voulait libre utilisant parfois l’aléatoire dans ses partitions en laissant une large place à l’improvisation. Il avait fait sien ce mot de son compatriote Emil Michel Cioran (Précis de décomposition, 1949, Gallimard) : " Celui qui parle au nom des autres est toujours un imposteur. Politiques, réformateurs et tous ceux qui se réclament d’un prétexte collectif sont des tricheurs. Il n’y a que l’artiste dont le mensonge ne soit pas total, car il n’invente que soi ". L’une de ses œuvres majeures, les Chants de Maldoror sur un poème de Lautréamont, pour récitant, danseur-chef d’orchestre, 23 instrumentistes solistes qui improvisent et 10 violoncelles (1962), spectacle littéraire, visuel et musical, sera qualifié par Clarendon, d’ " hallucinant, unique dans son genre " qui " vous prend, vous envoûte et ne vous lâche plus. C’est à la fois insolite et remarquable. "

Né le 7 février 1925 à Bucarest (Roumanie), d’un père français, Marius Constant, élève au lycée français, effectue ses études musicales au Conservatoire de sa ville natale et remporte en 1943 le prix Georges-Enesco. Au lendemain de la guerre il arrive à Paris et entre au Conservatoire de musique et de déclamation et à l’Ecole normale de musique. Ses professeurs ont pour noms Olivier Messiaen, Nadia Boulanger, Tony Aubin, Jean Fournet et Arthur Honegger. 1er prix de composition et d’analyse en 1949, il rejoint le Club d’Essai de la Radio de Pierre Schaeffer et Pierre Henry où il explore le domaine de l’électro-acoustique, puis entre 1954 et 1966 participe activement au sein de l’ORTF à la fondation et à la direction de ce qui va devenir plus tard France-Musiques. Parallèlement, il dirige l’orchestre des ballets de Roland Petit (1956 à 1966) et est nommé en 1973 par Rolf Liebermann directeur de la musique de ballet à l’Opéra de Paris. Durant cette période il écrit une quinzaine de musiques chorégraphiques, notamment Contrepointe (1952), Le Joueur de flûte (1952, Prix Italia), Haut Voltage (1958), Cyrano de Bergerac (1959), Préludes (1959), Le Violon (1962), Eloge de la Folie (1966), Septentrion (1975) et Nana (1976). La particularité de ces œuvres est qu’elles précèdent la chorégraphie et non l’inverse. Au cours de ces années, il écrit également bon nombre de musiques pour le cinéma et la télévision, parmi lesquelles il convient de citer Eugénie Grandet (téléfilm, 1956), La Mort de Pompée (téléfilm, 1961), Eugène Delacroix (documentaire, 1962), Leningrad (documentaire, 1967), Si j’étais vous (téléfilm, 1971)... Dans ce même domaine, plus récemment en 1992 il réécrit la musique du célèbre Napoléon d’Abel Gance composée originellement en 1927 par Arthur Honegger. A la tête de sa formation Ars Nova, qu’il fonde en 1963 et dirige jusqu’en 1971, Marius Constant, bien qu’il ait toujours réfuté l’appellation de spécialiste de la musique contemporaine, créé un grand nombre d’œuvres de compositeurs du XXe siècle : Xénakis, Jolivet, Eloy, Dao, Mâche ou encore Ballif. Il mène également une carrière de pédagogue, tout d’abord à l’Université de Standford en 1967, puis à celle d’Hilversum en 1970 où il enseigne la composition et l’analyse, avant d’être nommé en 1979 au CNSM de Paris.

En tant que compositeur, Marius Constant a été révélé au public en 1958 avec ses 24 Préludes pour orchestre créés par Léonard Bernstein. Viendront par la suite d’autres partitions pour orchestre qui lui vaudront quelque notoriété : Turner (1961), Chaconne et marche militaire (1968), Symphonie pour vents (1978), Pelléas et Mélisande (1983), Texas Twilight (1986) et Brevissima (1992). On lui doit également de la musique concertante, dont Strings pour guitare électrique (1969) et un Concerto pour orgue de barbarie (1988), des pièces pour instrument seul, des pages de musique de chambre, des opéras (Imagerie Saint-Michel, Impressions de Pelléas, La Tragédie de Carmen, Le Jeu de Sainte-Agnès, Le Souper) et des oratorios, notamment le Chant de retour (1995) qui est l’une de ses œuvres ultimes. En 1993, il avait été élu à l’Institut de France au fauteuil de son maître Olivier Messiaen, dont il a enregistré à la tête de l’Orchestre philharmonique de l’ORTF Les Offrandes oubliées et l’Hymne au Saint Sacrement (Erato 4509-91707-2). Prix Italia à deux reprises (1952 et 1987), Grand Prix du disque (1956), Prix Koussewitsky (1962), Prix Marzotto (1968), Grand Prix national de la musique (1969), Grand Prix musical de la Ville de Paris (1984), Victoire de la musique (meilleure création de musique contemporaine) en 1991, commandeur de la Légion d’honneur, grand-officier de l’Ordre national du mérite, commandeur des Arts et Lettres, Marius Constant, musicien éclectique, libre, nageant volontiers à contre-courant, cherchant à explorer tous les chemins de l’expressionnisme au sérialisme, laisse une œuvre dans laquelle on perçoit sa volonté d’allier la musique aux autres arts.

D.H.M.

Article : Marius Constant, musique en Armagnac, une expérience en Pays Gascon, par France Ferran.
 

Le 2 juin 2004, à la clinique Hesperia Hospital de Modène (Italie), est décédée la basse bulgare Nicolaï GHIAUROV à l’âge de 74 ans, des suites d’une broncho-pneumonie. Considéré comme l’une des plus grandes basses chantantes des années 1960-1970, il s’est produit sur toutes les grandes scènes mondiales du Met de New York au Bolchoï de Moscou, en passant par la Scala de Milan, le Covent Garden de Londres et l’Opéra de Paris. Les parisiens se souviennent certainement encore de sa voix grave et puissante dans Don Quichotte de Massenet (janvier 1974), Faust de Gounod (juin 1975) et surtout dans le Couronnement de Poppée (Sénèque) de Monteverdi (mars 1978) où d’aucuns dirent que ce fut le plus beau rôle de sa carrière. Mais c’est surtout avec les opéras de Verdi à la Scala qu’il trouva la gloire (Attila, Aïda, Don Carlos, Macbeth, Simon Boccanegra). Dans la lignée de son illustre compatriote Boris Christoff, le timbre de sa voix évoquait irrésistiblement " le glas des coupoles d’Orient " bénéficiant en outre d’une tessiture très étendue acquise par la fréquentation assidue du répertoire italien.

Nacolaï Ghiaurov
Nicolaï Ghiaurov, oeuvres diverses, collection "Grandi Voci", 1996, Decca.

Né le 13 septembre 1929 en Bulgarie, dans le petit village de Ludzhene (rattaché en 1948 à Velingrad), situé dans les montagnes du Rhodopes, Nicolaï Ghiaurov chante très jeune au sein de la chorale de l’église où son père est sacristain. C’est là qu’il acquiert sa première formation musicale et étudie le violon, le piano et la clarinette. Remarqué par le compositeur et pianiste Petko Stainov, il entre à l’Académie de musique de Sofia où il travaille avec Christo Brambarov puis, en 1950, au Conservatoire de Moscou. Cinq ans plus tard, il débute à l’Opéra de Sofia dans Le Barbier de Séville (Basile) et la même année est primé au Concours international de chant de Paris. Dès lors s’ouvre pour lui une carrière internationale avec Boris Godounov de Moussorgski (rôles de Pimène, de Varlaam et surtout de Boris) qui va le faire connaître du public : Vienne (Opéra, 1957), Moscou (Bolchoï, 1957), Milan (Scala, 1959). C’est ensuite Faust de Gounod (Méphistophélès), Eugène Onéguine de Tchaïkovski (Le Prince Grémine), La Khovanstchina de Moussorgski (Ivan Khovanski), Le Barbier de Séville, Pelléas et Mélisande, La Norma, Don Giovanni… et bien d’autres opéras encore, dont tout le répertoire verdien, qu’il va interpréter à Londres (Covent Garden, 1962), Paris (Opéra Garnier, 1964), New York (Metropolitan Opera, 1965), Chicago (Opéra), le Festival de Salzburg et l’Opéra de Paris. Il restera longtemps l’une des principales vedettes de la Scala et de l’Opéra de Sofia. Karajan, Solti, Abbado, Prêtre, Plasson, Muti, Lévine l’ont dirigé aux côtés d’autres éminents artistes lyriques parmi lesquels la soprano italienne Mirella Freni qu’il avait épousée en secondes noces, après la pianiste Zlatina Mishakova. Installé en Italie en 1959, il se produisit durant plusieurs décennies sur toutes les plus grandes scènes ce pays : Rome, Turin, Milan, Bologne ainsi qu’au Teatro Malibran de Venise où, en janvier dernier, il chantait encore Basile du Barbier de Séville, rôle avec lequel il avait débuté un demi-siècle auparavant ! La beauté de sa voix et son talent de tragédien font dire par certains que Nicolaï Ghiaudrov a été l’une des plus grandes basses de la seconde moitié du XXe siècle et sans doute deviendra-t-il un chanteur de légende, rappelant ainsi Chaliapine, autre grand chanteur-acteur qui avait brillé lui aussi dans Boris Godounov. On doit à Nicolas Ghiaurov un grand nombre d’enregistrements réalisés tout au cours de sa longue carrière, dont certains ont été réédités ces dernières années, chez Emi, Decca et Deutsche Gramophon. Plusieurs ont fait date ; parmi aux citons plus particulièrement le Requiem de Verdi avec Elisabeth Schwarzkopf, Christa Ludwig, Nicolaï Gedda et Carlo-Maria Giulini à la tête du Chœur et de l’Orchestre Philarmonia (1965, Angel CAN 133/4), La Bohème avec Mirella Freni qu’il épousera par la suite, Luciano Pavarotti, Elisabeth Harwood, Rolando Paneraï, Giani Maffeo et Karajan dirigeant le Chœur de l’Opéra de Berlin et l’Orchestre Philharmonique de Berlin (1973, Decca 390.032, réédité en CD en 1989), Boris Goudounov avec Ludovic Spiess, Anton Diakov, Alexei Maslennikov, Galina Vichnievskaia, Martti Talvela, les Chœurs de la Radio de Sofia et de l’Opéra de Vienne, l’Orchestre philharmonique de Vienne et Karajan (1970, Decca 390.019), Don Carlos avec Carlo Bergonzi, Renata Tebaldi, Dietrich Fischer-Diskau, Grace Bumbry, Martti Talvela, les Chœurs et l’Orchestre du Covent Garden placés sous la baguette de Sir Georg Solti (1966, Decca 390.052), Simon Boccanegra avec Piero Cappuccilli, Mirella Freni, José Carreras, José Van Dam, les Chœurs et l’Orchestre de la Scala dirigés par Claudio Abbado (1977, DG 2709.071) et Macbeth avec Piero Cappuccilli, Shirley Verrett, Placido Domingo, Antonio Savastano, les Chœurs et l’Orchestre de la Scala dirigés par Claudio Abbado (1976, DG 2709.062, réédité en CD en 1996). Avec sa première épouse Zlatina au piano il a enregistré des mélodies russes (Tchaikovsky, Borodine, Glinka, Dargomizhsky et airs traditionnels) dans lesquelles il sait faire preuve de beaucoup de douceur et de finesse (1994, Decca). Son fils, Vladimir Ghiaurov, né à Sofia, élève du Conservatoire de Milan et de l’Académie de musique de Vienne, est depuis 1987 chef d’orchestre du Plovdiv Philharmonic Orchestra (Bulgarie) et sa fille, Elena Ghiaurov, actrice de cinéma en Italie.

D.H.M.

La violoniste et chef d’orchestre anglaise Iona BROWN est morte le 5 juin 2004 à Bowerchalke, non loin de Salisbury (Wiltshire) sa ville natale, à l’âge de 63 ans, des suites d’un cancer. C’était l’une des rares femmes chefs d’orchestre a avoir réussi à faire carrière dans ce domaine singulièrement masculin, après s’être imposée comme violoniste. On lui doit notamment d’avoir porté à un haut niveau l’Orchestre de chambre de Norvège à Oslo, dont elle prit la direction en 1981 sur recommandation de Rostropovitch. En 1997 elle était nommée chef principal du Sonderyllands Symfoniorkester (Danemark) mais avait dû abandonner la direction en 2002 en raison de sa maladie.

Iona Brown
Iona Brown et l'Orchestre de chambre de Norvège, oeuvres de Britten, Tchaikovski et Mozart
( CD SIMAX )

Elisabeth Iona Brown est née le 7 janvier 1941 à Salisbury au sein d’une famille de musiciens : son père Antony est organiste, sa mère Fiona violoniste dans le Bournemouth Symphony Orchestra, et ses trois frères et sœur Tim, Sally et Ian seront respectivement cor à l’orchestre symphonique de la BBC, altiste et pianiste. Il n’est guère étonnant qu’à l’âge de 5 ans elle apprenait déjà la musique, débutait le violon, et à l’adolescence intégrait le National Youth Orchestra of Great Britain formé de jeunes musiciens âgés de 13 à 19 ans. Après avoir étudié le violon à Londres auprès d’Hugh Maguire puis s’être perfectionnée au début des années soixante à Rome avec Remy Principe, à Bruxelles avec Carlo van Neste et à Paris auprès d’Henryk Szeryng, elle est engagée en 1963 par le Philharmonia Orchestra de Londres où elle joue notamment sous la direction d’Otto Klemperer. L’année suivante Sir Neville Marriner la fait entrer dans son Academy of Saint Martin in the Fields comme violon solo et dix années plus tard elle en prend la direction musicale. Avec ce célèbre orchestre de chambre, fondé à Londres en 1956 et composé d’une vingtaine de cordes, elle effectue de nombreuses tournées et réalise plusieurs enregistrements notamment en 1972 la romance pour violon et orchestre The Lark Ascending de Vaughan Williams qui fit date (Decca), à partir de 1973 plusieurs Concertos pour violon de Vivaldi (Argo) et en 1975 La Belle au bois dormant de Tchaikovski (Voix de son Maître). A la même époque elle est second violon au sein du Quatuor Cremona avec son maître Hugh Maguire (1er violon), Cecil Aronowitz (alto) et Terence Weil (violoncelle). En 1981, elle dirige l’Orchestre de chambre de Norvège jusqu’en 2001, en 1987 celui de Los Angeles et en 1997 le Sonderyllands Symfoniorkester. Elle est aussi régulièrement invitée par Simon Rattle à l’Orchestre de Birmingham entre 1985 et 1989, et dirige bon nombre d’autres orchestres de par le monde : le San Fransico Symphony, le San Diego Symphony, le St Paul Chamber Orchestra, le Stuttgart Chamber Orchestre, le Stockholm Sinfonietta et le Nieuw Sinfonetta Amsterdam. Mais de l’arthrite aux poignets l’oblige à abandonner sa carrière de violoniste en 1998, année où elle interpréte pour la dernière fois à Tokyo The Lark Ascending de Vaughan Williams, et doit se résoudre à se vendre son Stradivarius de 1716, le " Booth ", à la Nippon Music Foundation. Elle ne renonce pas pour autant à tenir la baguette de chef jusqu’en mai 2002, date à laquelle elle se produit pour la dernière fois en public à la cathédrale de Salisbury conduisant l’Orchestre philharmonique de Londres… Iona Brown laisse de nombreux enregistrements comme violoniste ou chef d’orchestre, réalisés principalement avec l’Académie de Saint Martin in the Fields (œuvres d’Albinoni, Haëndel, Haydn, Mozart et Vivaldi) et l’Orchestre de chambre de Norvège (Haydn, Britten, Schubert, Schoenberg, Bartok, Janacek, Strauss, Tchaikovski, Grieg, Nielsen) mais encore avec l’Orchestre philharmonique du Danemark, notamment des œuvres du compositeur danois Niels Gade (Hamlet, Marietta, Capriccio pour violon...) Ses obsèques on eut lieu le 15 juin en l’église de la Sainte-Trinité de Salisbury.

D.H.M.

Le 7 juin 2004 mourait à Québec à l'âge de 75 ans, dans un oubli quasi total, le compositeur Roger MATTON. Pour beaucoup de mélomanes canadiens, ce nom évoque quelques œuvres pour orchestre, un grand Te Deum, un concerto pour deux pianos et une importante contribution aux Archives de folklore de l'Université Laval.

Roger Matton
Roger Matton
( Photo Centre de Musique Canadienne )

Né le 18 mai 1929 à Granby (Province de Québec), Roger Matton est attiré dès sa plus tendre enfance par la musique, chaque membre de sa famille jouant d'un instrument, pour le plaisir. Initié de la sorte au domaine classique et au jazz, il était capable, m'avait-il dit en 1975 (Compositeurs canadiens contemporains, p. 227) de comprendre le langage des sons avant de connaître l'alphabet. Entré à treize ans au Conservatoire de musique de Montréal récemment fondé, il y aura pour maîtres Arthur Letondal pour le piano et, entre 1945 et 1948, Claude Champagne, dont il sera un des premiers élèves de composition, aux côtés de Pierre Mercure et de François Morel. Parmi ses oeuvres d'étudiant figurent une délicate Berceuse pour piano et une vigoureuse Danse brésilienne pour deux pianos.

Au terme de ses études, Matton part pour Paris et se perfectionne auprès de Nadia Boulanger, d'Andrée Vaurabourg-Honegger et d'Olivier Messiaen, dont il suivra le célèbre cours d'analyse au Conservatoire. Deux œuvres importantes voient alors le jour : la Suite de Pâques pour orgue (1950-52) très marquée par l'esprit français et le chant grégorien, et le Concerto pour deux pianos et percussion (1955) dont la formation reprend celle de Bartók.

De retour au pays, après un bref détour par Montréal, Matton s'établit définitivement à Québec. Un stage à Ottawa avec Marius Barbeau le plonge dans le domaine du folklore, auquel il avait déjà été sensibilisé par Claude Champagne. Il entre en 1956 aux Archives de folklore de l'Université Laval et travaille aux côtés de Luc Lacoursière et de Monseigneur Félix-Antoine Savard à faire des relevés, des transcriptions et des enregistrements de chants canadiens-français. Parmi sa contribution à la mise en lumière du folklore acadien figure le recueil des Chansons de Shippagan (1975). À l'Université Laval, il enseignera quelque temps la composition, ayant notamment pour élève Alain Gagnon.

Partagé entre l'enseignement, la recherche ethnomusicologique et la composition, Matton se forge un langage personnel et aborde un répertoire qui sort des sentiers battus : point de symphonies ni d'ouvertures, mais quatre Mouvements symphoniques (1960-1974) explorant la riche palette de l'orchestre, et destinés à l'OSM et à l'OSQ ; une légende acadienne lui fournit l'argument d'un ballet, l'Horoscope, tandis qu'un Te Deum, qui peut être considéré comme sa plus grande oeuvre, unit le grégorien à un poème de Félix-Antoine Savard. Créée en 1967 par Françoys Bernier dans le cadre du 65ème anniversaire de l'Orchestre symphonique de Québec, l'œuvre sera présentée au public parisien qui lui fera en 1969 un accueil chaleureux (j'y étais!). Les duettistes québécois Victor Bouchard et Renée Morisset assureront à son concerto pour deux pianos et orchestre (1964) un rayonnement international. L'enregistrement qu'ils en feront remportera le Prix du disque Pierre Mercure (1966). Enfin, pour la visite du pape Jean-Paul II à Québec (1984), Roger Matton revient à l'orgue avec Tu es Petrus, une œuvre jouée par Claude Lagacé à la basilique Notre-Dame de Québec en présence du souverain pontife. Ce sera sa dernière composition. La mort, deux ans plus tôt, de Félix-Antoine Savard, qu'il considérait comme son deuxième père, le plonge dans un désarroi total. Ayant pris sa retraite à l'université en 1989, Matton disparaît peu à peu de la scène musicale : s'il a des projets plein la tête, pas une commande pour lui donner la force d'aller au bout de ses idées. Celui qui me confiait en 1977 (La Scène musicale, n°279, p. 13) : « Je suis d'abord un compositeur. C'est là ma raison de vivre », se replie peu à peu sur lui-même et se retrouve pratiquement seul, n'ayant plus aucune famille. C'est sur un lit d'hôpital de longue durée, qu'après des mois de souffrance, il quitte ce monde.

D'abord fortement imprégné de Bartók et de Stravinski, il a parfois intégré des éléments folkloriques dans ses œuvres, démontrant notamment dans son Escaouette (1958) qu'il aurait pu, s'il l'avait voulu, exploiter davantage ce filon qui puise autant dans la thématique acadienne que dans les modes anciens. Peu attiré par le sérialisme et ses dérivés, effleurant à peine l'électroacoustique, ne recherchant pas les " effets " et les jeux complexes d'une notation avant-gardiste pour le simple plaisir d'étonner ou d'innover, Matton s'est forgé un langage personnel, plein de couleur, de rythme et de lyrisme, se définissant à une certaine époque comme un " romantique impressionniste ". Son solide métier en a fait un des compositeurs dominants du Québec de l'après-guerre, aux côtés de Pierre Mercure, de Jean Papineau-Couture, de Clermont Pépin, de François Morel et de Gilles Tremblay. Cela lui a valu de nombreuses distinctions : le Prix de la Création musicale (1965), le Prix Calixa-Lavallée (1969) et, en 1984, l'Ordre du Canada. Quant à la Société Radio-Canada, elle lui a consacré un coffret de 5 microsillons (ACM 29) regroupant douze des quatorze œuvres qu'il a conservées à son catalogue, ainsi qu'une entrevue.

Le 8 juillet 2004, grâce à une généreuse initiative de ses amis de Québec Victor Bouchard et Monique Plamondon, le monde de la musique lui a rendu un dernier hommage lors d'une émouvante cérémonie religieuse qui a rassemblé aux Saints-Martyrs-Canadiens des amis compositeurs (Clermont Pépin, François Morel, Jacques Hétu), des collègues de l'Université Laval et de nombreux admirateurs. La messe a été célébrée par l'abbé Antoine Bouchard (organiste réputé), tandis que François Morel et Jean Duberger, des Archives de folklore, ont souligné sa contribution à la composition et au rayonnement du patrimoine traditionnel. Des témoignages de Son Excellence Adrienne Clarkson et de la ministre de la Culture et des Communications Line Beauchamp se sont ajoutés à un fraternel adieu de Gilles Tremblay. L'organiste montréalais Gaston Arel a joué avec ferveur et émotion deux chorals de Bach et la grandiose Suite de Pâques de Matton, qui a été une véritable découverte pour beaucoup d'auditeurs. Faut-il mourir pour être apprécié ?

Irène Brisson
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Roger Matton : biographie, catalogue (sélection) et bibliographie sur le site de l'Encyclopédie de la musique au Canada.


Cantatrice dans la plus pure tradition de l’Ecole de chant française avec une voix de contralto colorée et chaude, comédienne expérimentée, Jocelyne TAILLON est décédée le 10 juin 2004 d’une crise cardiaque à Rouen, où elle résidait depuis plusieurs années. Elle était âgée de 63 ans. Excellente Dame Marthe dans Faust de Gounod, Arnalta dans Le Couronnement de Poppée de Monteverdi ou encore Geneviève dans Pelléas et Mélisande de Debussy à l’Opéra de Paris, au temps de Libermann, elle s’illustra ainsi souvent dans des rôles secondaires qu’elle savait mettre en relief grâce à son talent naturel.

Jocelybe Taillon
Jocelyne Taillon, Geneviève dans Pelléas et Mélisande, 1977
( photo X... )

Née en Normandie, à Doudeville (Seine-Maritime), le 19 mai 1941, Jocelyne Taillon entre en 1954 au Conservatoire de Grenoble, où elle suit notamment la classe de chant de la soprano Suzanne Balguerie. Normande également, celle-ci avait remporté dans les années 1920-1930 quelques succès à l’Opéra-Comique et à l’Opéra avant de se retirer à Grenoble pour enseigner son art. Elle présente en août 1956 sa jeune élève au Festival national de la voix de Luchon, organisé par Francis Cover et Lys Gauty, et celle-ci reçoit un prix qui fait dire à Stéphane Wolff  que la Voix d’or " la plus remarquable fut certainement celle de cette jeune fille de 16 ans, Mlle Jocelyne Taillon, qui nous a révélé un contralto sensationnel. " Commence alors pour elle une carrière de concertiste, récompensée en 1966 par un 1er prix de chant au Concours de Monte-Carlo, tout en se perfectionnant durant plusieurs années à Paris auprès de Germaine Lubin, en son temps (1938) première cantatrice française (soprano dramatique) à chanter au festival de Bayreuth, qui compte parmi ses élèves également Régine Crespin et Nadine Denize. En 1968, Jocelyne Taillon chante dans Ariane et Barbe-bleue de Dukas à l’Opéra de Bordeaux et l’année suivante interprète Geneviève dans Pelléas et Mélisande au Festival de Glyndebourne, puis au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, au Met de New York et à l’Opéra de Genève. C’est à cette même époque qu’elle brille aussi dans le rôle de Dame Marguerite du Faust de Gounod, le chantant en province (Nantes, Marseille) et à Rome. Mais c’est à partir de 1973, lorsque Rolf Liebermann l’engage dans sa troupe de l’Opéra de Paris, que la carrière de Jocelyn Taillon prend un réel essor. S’illustrant plus particulièrement dans le répertoire italien et allemand, on la voit apparaître dans les rôles d’Inés (Le Trouvère, Verdi), une Malade (Moïse et Aaron, Schoenberg), Voix d’en haut (Parsifal, Wagner), Curra (La Force du destin, Verdi), Schwertleite (La Walkyrie, Wagner), Erda (L’Or du Rhin, Wagner), Suzuki (Madame Butterfly, Puccini), Mrs Quickly (Falstaff, Verdi), ne dédaignant pas pour autant d’autres grands classiques du répertoire lyrique avec les opéras La Flûte enchantée (Mozart), Roméo et Juliette (rôle de Gertrude, Gounod), Boris Godounov (Moussorgski), L’Enfant et les sortilèges (Ravel), Peter Grimes (Britten)… A l’Opéra-comique elle se produit dans Le Comte Ory (Rossini), Le Médecin malgré lui (Gounod), Le Libertin (Stravinski) et on peut aussi l’entendre au Festival de Salzbourg dans Les Contes d’Hoffmann dirigés par Karajan ou encore dans Les Noces de Figaro (Mozart), La Gioconda (Ponchielli) et Les Troyens (Berlioz) à New York, Falstaff à Buenos Ayres, L’Or du Rhin à San Francisco. Egalement ardente défenseuse du chant français, on lui doit notamment d’avoir chanté Pénélope de Fauré, Le Rapt de Perséphone d’André Bon et bien autres ouvrages de Berlioz, Gounod, Ravel et Debussy, ainsi que des polyphonies sacrées de la Renaissance (1975, Harmonia Mundi). Ses enregistrements sur disques de Faust avec Montserrat Caballé, Giacomo Aragall, Paul Plishka, par Alain Lombard (1976, Erato) et avec Placido Domingo, Mirella Freni et Nicolaï Ghiaurov (décédé 8 jours avant elle !) dirigé par Georges Prêtre (1984, EMI), Roméo et Juliette avec Michel Plasson (1983, EMI), Pelléas et Mélisande dirigé par Armin Jordan (1981, Erato) et plus tard par Serge Baudo (1988, BMG France), Les Contes d’Hoffmann sous la baguette de Sylvain Cambreling (1989, EMI) sont épuisés depuis longtemps, mais son Pénélope conduit par Charles Dutoit en 1982 (avec Jessy Norman, Alain Vanzo et José Van Dam) a été heureusement réédité en CD en 2001 (Erato). Il est également possible de l’écouter en compagnie de Barbara Hendricks, l’Orchestre de Paris et Barenboïm dans La Demoiselle élue, pour soprano, mezzo-soprano, chœur de femmes et orchestre, de Debussy (DG) et dans " Mes chères sœurs " extrait de l’opéra Domino noir d’Auber, avec Sumi Jo et l’Orchestre de chambre anglais dirigé par Richard Bonynge (Decca). Officier dans l’Ordre National du Mérite, officier des Arts et des Lettres, Jocelyne Taillon-Skander était également présidente d’honneur de l’Association " Les amis de Sacchini " et de son ensemble instrumental " Les musiciens du Trianon " et avait fondé un " Prix pour une voix grave de femme " décerné par l’UFAM (degré honneur).

D.H.M.

Le 11 juin 2004 à Bruxelles s'en est allée la soprano Aline BELLIN, ex-pensionnaire (1935-1938) du Théâtre Royal de Liège.

Aline Bellin
Aline Bellin dans La Tosca
( photo Jean Werres [détail], coll. C.P. Perna )

Née à Bruxelles en 1911, de son vrai nom Wilhelmina Van Bellinghen, Aline Bellin, musicienne précoce, sera une élève assidue des cours de piano et de solfège dispensés par Théo Charlier à l’Académie de musique de Schaerbeek, sa commune natale. Puis, elle suivra des cours de chant avec Mme Claes-Nordier, ex-pensionnaire de la Monnaie. Au Conservatoire de Musique de Bruxelles, Aline Bellin obtiendra son diplôme de chant (classe de Mme Thys.) après avoir suivi un perfectionnement en classe d’art lyrique chez M. Swolfs. Soprano lyrique demi-caractère, elle obtiendra un 2ème prix d’interprétation au Concours d’Art Lyrique du Théâtre Flamand d’Anvers en abordant précocement le rôle-titre d’Aida (1934). La même année, c’est en interprétant Quo Vadis ? qu’elle remportera un 2ème prix du Conservatoire et en 1935, elle sera récompensée d’un 1er Prix avec distinction (art lyrique.) Recrutée par Corneil de Thoran, qui l’avait découverte lors du Concours Kufferath-Guidé, elle débutera à la Monnaie lors de la saison 1935-1936 où elle interprétera régulièrement ce qui allait devenir son répertoire : Marguerite (Faust), Eva (Die Meistersinger von Nürnberg), Micaela (Carmen), Desdemona (Otello), Mimí (La Bohème), Rita (Herbergprinses), Tosca, Nedda (I Pagliacci), Madame Buttefly, Antonia (Les Contes d’Hoffmann), etc. Elle participera notamment aux créations à la Monnaie de l’opéra en trois actes de Caspar Neber sur une musique de Rudolf Wagner-Régeny Le Favori ou Les derniers jours du Seigneur Fabiano (rôle de Jeanne), sous la baguette de Corneil de Thoran en 1936, et en 1937 de Sulamith dans La Reine de Saba (opéra en quatre actes de Karl Goldmark), sous la direction de Léon Molle. Elle ne sera pensionnaire de la Monnaie que jusqu’en 1938, puis elle deviendra premier soprano résident au Théâtre Royal de Liège, où elle élargira son répertoire avec succès. Jusqu’à l’avènement de la seconde guerre mondiale, Aline Bellin paraîtra sur les meilleures scènes lyriques de Belgique (Verviers, Namur, Anvers, Mons) et chantera en France, notamment à Paris au Théâtre des Champs-Elysées et à l’Opéra Comique (Faust, I Pagliacci, Hérodiade.)

En 1942, elle épousera Antoine Rikal, directeur du Théâtre Royal de Liège, puis désirant se consacrer à sa famille et à ses enfants, elle quittera la scène. Très appréciée pour ses dons d’actrice et le soin qu’elle apportait à ses costumes, elle reçut un jour, le 3 mars 1939, ces mots d'un admirateur liégeois au terme d’une reprise de Louise : " Je vous adresse de chaleureuses félicitations pour le grand souffle d’humanité dont vous avez animé votre personnage. Tout, dans votre jeu, dans vos attitudes, dans l’éclat de vos yeux, révélait l’ardeur des sentiments qui se disputaient votre cœur. " [Lettre de Joseph Fischer, archives de la famille Van Bellinghen]. Aline Bellin laisse le souvenir d’une artiste versatile qu’une carrière volontairement courte aura tenue écartée d’une carrière internationale de tout premier plan.

Claude-Pascal PERNA

Jean Boyer en 1997. Cliquez pour voir un grand format.
Jean Boyer, 1997
( Photo © Académie de l'Orgue de Saint-Dié des Vosges, avec son aimable autorisation ). Plus grand format

Organiste, professeur d’orgue au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon, Jean BOYER, officier des Arts et Lettres, est mort le 28 juin 2004 à l’hôpital de Lille (Nord). Souffrant d’un cancer depuis plusieurs mois, il a été emporté par une hémorragie cérébrale à l’âge de 56 ans. Concertiste international, se produisant fréquemment aux Etats-Unis et au Japon, il donnait néanmoins beaucoup d’importance à ses fonctions d’organiste liturgiste, très attaché au répertoire sacré. Passionné par la facture d’orgue, préférant les instruments qui ont du caractère, enrichissant ainsi ceux qui les touchent, il s’intéressait plus particulièrement aux orgues du Sud-Ouest de la France et aux compositeurs du début du XVIIe siècle (Titelouze, Frescobaldi, Sweelinck, Correa de Arauxo) considérant que ce fut l’âge d’or des polyphonies écrites pour l’orgue.

Jean Boyer en 1996
Jean Boyer, 1996
( Photo © Académie de l'Orgue de Saint-Dié des Vosges, avec son aimable autorisation )

Né à Sidi-Bel-Abbès (Algérie) le 4 octobre 1948, où son père Noël Boyer, ancien élève d’André Marchal et de Jean Langlais, tenait l’orgue de la cathédrale Saint-Vincent et enseignait le piano et le violon au Conservatoire de cette ville, Jean Boyer reçut ses premières leçons de musique de la part de ses parents, sa mère étant également organiste. Désirant très jeune devenir organiste à l’image de ses père et mère, il étudia l’orgue en autodidacte puis, après son baccalauréat, entra en 1967 dans la classe d’orgue de Xavier Darasse au Conservatoire de Toulouse où il obtint un 1er prix deux années plus tard. En 1972, il succédait à Michel Chapuis au grand orgue de l’église Saint-Nicolas-des-Champs (Paris, IIIe), poste qu’il abandonnait en décembre 1995 au profit de Vincent Genvrin, l’un de ses élèves. A partir de 1975, il sera également, à la suite d’André Isoir, cotitulaire de Saint-Séverin (Paris Ve) avec Jacques Marichal, Francis Chapelet et Michel Chapuis (jusqu’en 1988). Lauréat du concours international d’Arnhem-Nimègue des Pays-Bas en 1978, comme organiste d’église il avait la faculté de savoir adapter son jeu en fonction de l’esprit du lieu, du type d’instrument, de l’assistante présente et des habitudes liturgiques particulières à chaque paroisse. Accordant également une grande importance à l’enseignement, Jean Boyer considérait notamment qu’il était très formateur pour le professeur et qu’il " exige l’attention, l’observation, l’imagination, la patience et bien d’autres qualités qui ne peuvent qu’enrichir le musicien et sa relation à la musique et à l’instrument "  [Préludes, n° 6, avril 1994]. Il a ainsi professé en premier lieu au Conservatoire de Bayonne puis, entre 1980 et 1982, à celui de Brest et à la Schola Cantorum de Paris avant de succéder à Jeanne Joulain au CNR de Lille (1982-1992) et surtout en 1992 à son maître Xavier Darasse dans la classe d’orgue du CNSM de Lyon. Il était aussi invité permanent au Sweelinck Conservatorium d’Amsterdam où il enseignait depuis 1998 et durant de nombreuses années a donné des master-classes à l’Académie de l’orgue de Sémur-en-Auxois (Côte-d’Or). Il a ainsi formé plusieurs générations d’organistes dont l’une des principales caractéristiques est de s’attacher à présenter la littérature d’orgue dans son ensemble, sans esprit partisan. Parmi eux citons Elise Rollin, Yves Lafargue, Nicolas Bucher, Arnaud Pumir, Dong-ill Shin, Jean-Luc Perrot, Damien Simon, Aude Schumacher, Francis Jacob, Bruno Beaufils, Brice Montagnoux, Dominique Chevalier, Laurent Bouis, Sylvain Heili, Lionel Avot, Andrés Cea Galan, Willy Ippolito, Jérôme Mondesert, Aude Heurtematte, Michel Jézo, Régis Rousseau...

La discographie de Jean Boyer est peu importante, car il préférait de loin se produire en concert et surtout considérait que l’industrie du disque était devenue trop commerciale favorisant ainsi la médiocrité. On lui doit cependant quelques enregistrements, dont le premier (Stil 2103S71) réalisé en 1971 à l’orgue Schmit (1772) de Gimont (Gers) avec des pièces françaises, flamandes et espagnoles des XVIIe et XVIIIe siècles, lui valut l’année suivante le Grand Prix du Disque et qui fut qualifié par certains de " poésie à l’état pur ", ainsi que, toujours pour la maison de disques Stil, des pièces de Boëly à l’orgue François-Henri Clicquot de Notre-Dame-des-Champs (1405S73), l’intégrale des œuvres pour orgue de Brahms sur l’orgue historique Friedrich Becker à Wechold (0605S76), le Premier Livre d’orgue et les Hymnes de Nicolas Grigny à l’orgue Boisseau de la collégiale Saint-Sylvain de Levroux (2604S79), les Chorals de Leipzig de Bach à l’orgue de Porrentruy (0607S88 et 1007S88) et chez Emi (5617772), l’œuvre pour orgue de Louis-Nicolas-Clérambault à l’orgue de Saint-Michel-en-Thiérache. En tant que musicologue Jean Boyer a publié plusieurs articles sur l’orgue, notamment " La Grande Pièce symphonique de C. Franck " et " L’évolution du legato dans la musique d’orgue en France " dans la revue suédoise Proceedings of the Göteborg Organ Academy (1994 et 1996), " Johannes Brahms et l’orgue " dans le Japan Organist (1997) et " Nuances dynamiques dans la musique d’orgue de J.-S. Bach ", actes du colloque de l’Académie de l’orgue de Saint-Dié-des-Vosges (1998). Du 6 au 16 juillet 2004, il devait d’ailleurs animer en tant que président la 37ème édition de cette Académie sur le thème du choral.

D.H.M.

 


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