Le Panthéon des musiciens

De janvier 2026 à décembre 2026

 

Arsène Bedois - Michel Cocheril - Jean-Bernard Pommier - Michel Merlet - Thérèse Brenet - Francine Guiberteau - Jean Galard - Philippe Morin - Philippe Bachet




Arsène Bedois
(photo X...) DR.

Le 8 janvier 2026 à Menthon-Saint-Bernard (Haute-Savoie) s’est éteint Arsène BEDOIS à l’âge de 91 ans, ancien organiste et maître de chapelle de l’église Saint-Thomas d’Aquin (Paris VIIe). Né le 8 septembre 1934 en Vendée, à Saint-Georges-de-Montaigu, il fut en premier élève de Félix Moreau, alors organiste à la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, avant de se rendre à Paris pour poursuivre ses études musicales à la fin des années cinquante. Fréquentant les cours dispensés à l’Institut grégorien de l’Institut catholique, à l’Ecole César Franck et au Conservatoire national supérieur de musique, il a pour professeurs Marcel Bitsch (fugue), Daniel Lesur (contrepoint), Edouard Souberbielle (orgue, improvisation, harmonie), dom Michel Huglo et dom Eugène Cardine (chant grégorien, sémiologie grégorienne, paléographie musicale), Henri Potiron (modalité, accompagnement du chant grégorien), Jacques Chailley (musique médiévale). L’orchestration et la direction de chœur seront également étudiées. Pour l’orgue, il se perfectionne aussi auprès de l’organiste et claveciniste allemand Helmut Walcha, de l’organiste et chef d’orchestre néerlandais Gustav Léonhardt et de l’organiste catalan Josep-Maria Mas i Bonet (musique baroque ibérique). Plus tard, lors des académies d’été en 1988 et 1989 au Centre Acanthes de musique contemporaine de Villeneuve-lès-Avignon, il étudie « la direction d’orchestre et musique contemporaine » avec Pierre Boulez et Luigi Nono.

 

Avec un tel bagage, ses passions pour la recherche musicologique autour du chant grégorien, la musique médiévale et encore pour les musiques de la Renaissance et baroque, font rapidement de lui un spécialiste de l’interprétation de la musique ancienne à l’époque du renouveau baroque durant les années 1960. C’est ainsi qu’il fonde en 1973 l’"Ensemble vocal et instrumental Guillaume Dufay" qu’il dirige jusqu’en 1986, et en 1983 l’"Ensemble vocal et instrumental Antiqua". Parallèlement, il succède en 1963 à l’abbé Anatole Levergeois, un ancien élève de Vierne, aux postes d’organiste du grand orgue et de maître de chapelle de l’église Saint-Thomas-d’Aquin (Paris VII°). A cette époque, cet instrument Cliquot (1769), Dallery (1802), reconstruit en 1861 par Cavaillé-Coll et reçu l’année suivante par Saint-Saëns, touché précédemment par Edouard Mignan puis Paul Bédouin, fut à nouveau reconstruit peu après, en 1968-1971, par Schwenkedel et sera restauré en 2000 par Muhleisen (4 claviers et pédalier, 49 jeux). En octobre 2003, il laissera les claviers à Jean-Marc Leblanc et Vincent Genvrin. Egalement pédagogue, il enseigne dans le Conservatoire parisien du 7ème arrondissement, dirige le Conservatoire Pascal-de-l’Estocart de Noyon (Oise) entre 1986 et 1989, puis celui de Cholet (Maine-et-Loire) de 1989 à 1994. Dès 1963, il adhère à l’Union des Maîtres de Chapelle et Organistes (UMCO) alors dirigée par Henri Busser, puis en 1999 il est élu président du « Syndicat National Professionnel des Artistes Musiciens des Cultes ». Celui-ci avait été fondé en novembre 1963 par Albert Faverais (président), ancien élève d’orgue de Marcel Dupré et organiste de Saint-Louis de Villemomble et Edouard Souberbielle (vice-président), professeur d’orgue à l’Institut catholique et organiste de Saint-Joseph des Carmes, avec la collaboration de Maurice Duruflé, organiste de Saint-Etienne-du-Mont. En 2015, ce syndicat sera renommé « Syndicat National des Artistes et du Personnel d’Eglise ». Au titre de président, le 28 novembre 2000 il est l’un des signataires de la « Chartre des organistes ».

 

A son départ de Saint-Thomas-d’Aquin dont il reste organiste émérite, Arsène Bedois se retire dans la maison de famille de Menthon-Saint-Bernard, sur les bords du Lac d’Annecy (Haute-Savoie), où sont installés trois orgues à tuyaux de petite taille. Cette maison ("Domaine de Taine" à Boringe) appartient aux descendants, dont Bénédicte Riche, dernière épouse d’Arsène Bedois, de l’historien et philosophe Hippolyte Taine (1828-1893) qui l’avait acquise en 1874. Il devient alors titulaire des orgues Quoirin (2 claviers et pédalier, 10 jeux) de l’église Saint-Maurice de Veyrier-du-Lac, du Schwenkedel (3 claviers et pédalier, 26 jeux) de Saint-Louis d’Annecy (Novel) et du Hartmann (3 claviers et pédalier, 40 jeux) de Saint-Joseph d’Annecy (Les-Fins).

 

En tant que compositeur, on lui doit notamment des pièces diverses pour son instrument, parmi lesquelles Tonalea (1989) ou pour orgue et chœur avec une Messe pour le temps de l’Avent (1988) et une Messe du Poisson (1988), ainsi qu’un oratorio Vendée 93 pour solistes, chœur, ensemble instrumental et deux orgues, créé à l’occasion du bicentenaire de la Bataille de Cholet 1793.

 

Conférencier aussi, ses communications sont fort appréciées, entre autres « Le grégorien », « La musique médiévale », « Le Planctus de Pierre Abélard », « Henry Dumont », « Aristide ou la musique d’église de 1825 à 1830 », « Jean-Sébastien Bach, musicien théologien », « Les critères d’interprétation de la musique baroque » donnée à la Sorbonne. En tant que spécialiste de la musique ancienne, il est invité à participer à des stages d’interprétation de la musique française médiévale et de grégorien, notamment au Festival de Pagani, près de Naples, et à jouer tant en Europe qu’en Amérique latine (Uruguay, Brésil, Argentine, Paraguay).

 

Arsène Bedois laisse aussi une importante discographie. C’est ainsi qu’il il a enregistré des oeuvres françaises et portugaises des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles avec son Ensemble vocal Guillaume Dufay : « Les Maîtres de l'Ars Nova », Manuscrit d'Apt et Messe polyphonique de l'école de Florence, 1976 (Arion, ARN 31.950), « Chant grégorien au temps de Guillaume de Machaut », Office rythmique de Saint-Juvénal, 1978 (Erato, STU 71.143), « Pierre de Corbeil », Office des Fous et Messe de l'âne, 1980 (Erato, STU 71.285), « Anonyme du XlVe siècle », Messe de Tournai et « Guillaume de Machaut », Messe de Nostre Dame, avec Les Saqueboutiers de Toulouse, 1981 (Erato, STU 71.488), « Musiques au temps de Philippe Auguste » avec Les Saqueboutiers de Toulouse, 1982 (Erato, STU 71.488), Grand Prix du disque de l'Académie du disque français, et en récital à l’orgue de Saint-Thomas-d’Aquin : « Les Maîtres portugais des XVIe et XVIIe siècles », 1975 (Arion, ARN 34.284), « Les Orgues de Paris » de Couperin à Messiaen, 1992 (Erato 2292-45867-2), « L'orgue de Saint-Thomas d'Aquin » en live, concert du 12 novembre 1998 (Live, SoReal-Mélodie, 66404-2), « La dynastie des Couperin », 2003 (Ligia Digital, lidi 0109128-03). Mentionnons encore à l’orgue « Sur les traces de Pétrarque et la virtuosité de la musique spirituelle des XVIe et XVIIe siècles », avec Nella Anfuso (soprano) et Guy Robert (luth et théorbe), 1980 (Arion, ARN 38.532, ainsi que « L’orgue de Dauphin », église Saint-Martin à Dauphin (Alpes de-Haute-Provence), 1978 (Association des Amis de l’Orgue de Dauphin, SP 0014 – Harmonia Mundi), ainsi que sa participation pour la musique aux téléfilms Asinaria festa à la Radio-télévision de Lugano (Festival de Locarno) et Héloïse et Abélard à ce même média.

 

Ses derniers concerts en 2003 à l’orgue de Saint-Thomas-d’Aquin eurent pour thèmes de « Roberday et Bach à Gounod et Franck, en passant par Haendel, Vivaldi et Rossini » avec la mezzo-soprano Gemma Coma-Alabert (dimanche 18 mai) et « La dynastie des Couperin » : Louis Couperin, François Couperin le Grand, Gervais-François Couperin (dimanche 7 décembre).

 

Les obsèques d’Arsène Bedois ont été célébrées le 14 janvier 2026 à 14 heures en l’église Saint-Bernard de Menthon-Saint-Bernard.

Denis Havard de la Montagne


Le 28 janvier 2026 à Saint-Martin-des-Champs (Finistère) s’est éteint à l’âge de 80 ans Michel COCHERIL, spécialiste reconnu des orgues de Bretagne. Né le 15 mai 1945 à Rennes, il étudiait le piano dès l’âge de 6 ans, et plus tard, se tournant vers l’orgue devenait élève de Jean Boyer et Michel Bouvard à l’Ecole Nationale de Musique de Brest y décrochant en 1983 une médaille d’or. Egalement docteur d’Etat en musicologie avec une thèse portant sur « Les facteurs d’orgues en Bretagne de 1600 à 1900 » soutenue en 1992 à l’université de Rennes 2, ancien responsable technique de la Commission des orgues auprès du Conseil général du Finistère, président honoraire de l’Association des Amis de l’orgue de Morlaix et sa région, il fut encore, dans les années 1980-1990, professeur agrégé d’anglais à l’Institut national des sciences appliquées de Rennes.

Michel Cocheril en 2015 (DR.)
Autres illustrations

 

En premier lieu organiste de Saint-Aubin de Rennes dans les années 1960, il est ensuite en 1973 nommé organiste de Saint-Mathieu de Morlaix (orgue Jules Heyer, 1872), poste qu’il occupe durant plusieurs décennies et en 1989, il devient aussi organiste de Saint-Miliau de Guimiliau (Finistère). C’est grâce à son action dans cette dernière église, « perle des enclos paroissiaux du Haut-Léon », que l’orgue de Thomas Dallam, daté de 1677, a pu être restauré en 1989 par le facteur Gérard Guillemin ; il l’inaugura le 1er octobre de cette année aux côtés de Jean-Albert Villard et Jan-Willem Jansen.

 

Ses importantes recherches entreprises au fil des années lui ont permis de publier, entre autres, deux précieuses études dactylographiées : Les orgues du Finistère (l’auteur, 1982), Dictionnaire des facteurs d’orgues ayant travaillé en Bretagne (l’auteur, 1983) et un ouvrage sur Les orgues de Bretagne (éditions Ouest-France, 1981). On lui doit également plusieurs enregistrements de bombarde et orgue avec Claude Mérer ou Bernard Pichard, et avec le Quatuor vocal du Léon et la Chorale Saint-Mathieu des chants et cantiques bretons. A l’orgue, il réalise aussi plusieurs enregistrements : « Orgue de Guimiliau », œuvres de Jean Denis, Couperin, Nivers, Guilain, Sweelinck, Scheidemann, Frescobaldi, Stanley, etc… (cassette audio, éditions Sarabande, Nantes, « Les Amis de l’Enclos ») ; « Les orgues historiques de Morlaix »,  avec des pièces de Muffat, Widor, Hesse, Grimont, Bach, Saint-Saëns, Vivaldi, Mozart et une page de son cru intitulée Variations sur un cantique breton (CD, Association des Amis de l’orgue de Morlaix, 1996) ; « Les orgues de l’Enclos » : Haendel, Couperin, Stanford, Wesley, Franck…, enregistré sur quatre instruments différents sur les orgues de Sizun, Guimiliau, Lampaul-Guimiliau et Saint-Thégonnec (CD, 2016).

 

Laissons maintenant la parole à Eric Cordé, organiste de la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne depuis 2011, et de l’église anglo-américaine de Dinard à partir de 2015, directeur artistique du festival estival « La clé des orgues », qui lui a rendu récemment hommage en ces termes :

 

[… ] il a effectué un travail de fond remarquable et exemplaire pour les orgues du Finistère dès les années 60, via des recherches, des articles, ouvrages et enregistrements, à une époque où la région Bretagne était totalement ignorée des grands pontes de l'orgue et faisaient fi de la richesse organistique de cette région. Que n'ai-je lu et écouté des ouvrages et enregistrements de Michel Cocheril, lorsque tout jeune garçon j'étais avide de connaissances, d'informations et de découvertes sur les orgues bretons, à une époque où trouver une simple composition d'orgue relevait de l'exploit et où l'ordinateur et internet n'allaient pas encore de soi !

Je lui serais toujours reconnaissant de son aide, sa simplicité, sa disponibilité et sa gentillesse lorsqu'en tant qu'étudiant à Rennes 2, j'effectuais mon master sur les buffets d'orgues bretons. Il mit à ma disposition le fruit de toutes ses longues et patientes recherches (étalée sur plus de quarante ans) sur les orgues bretons, via notamment sa remarquable thèse doctorale revue et augmentée sur les "Facteurs d'orgues Bretons de 1600 à 1900", tout cela avec beaucoup de générosité. Je fus heureux de pouvoir rencontrer pour la première fois, à Morlaix, ce monsieur dont j'avais tant lu de fois le nom.

Ces dernières années, il prit une certaine distance avec l'orgue, de part des problèmes auditifs notamment qui l'affectèrent beaucoup, il me semblait même poindre un certain découragement et de tristesse/amertume, lui qui avait pourtant tant donné pour les orgues bretons et chérissait tant l'orgue dont il était titulaire à Guimiliau. "C'est le plus bel orgue, j'en suis le titulaire !" disait-il.

Quoique certains aient pu dire, au fil des années/décennies, il fait partie des noms indubitablement liés à l'orgue en Bretagne, et mérite en cela notre respect et notre considération […]

 

Michel Cocheril fut aussi durant quelques années conseiller municipal, adjoint au Maire de Saint-Martin-des-Champs et bénévole à la médiathèque de cette commune. Ses obsèques ont été célébrées le 3 février 2026 à 15h au Centre funéraire du Launay.

Denis Havard de la Montagne

 

photo X... (DR.)

Le 23 avril 2026 à la polyclinique Saint-Privat de Boujan-sur-Libron (Hérault) est décédé d’une longue maladie le pianiste et chef d’orchestre Jean-Bernard POMMIER à l’âge de 81 ans. En octobre 2025, il présidait encore en tant que directeur artistique le 13e Festival Piano Prestige de Cazouls-les-Béziers et y dirigeait le Concerto pour piano en si bémol majeur, op. 19, de Beethoven avec Philippe Cassard au piano, et la Symphonie n° 1 en ré majeur de Haydn.

 

Né le 17 août 1944 à Béziers, il est tout jeune initié à la musique par son père Robert Pommier (1904-1968), professeur de musique, directeur artistique de Radio-Béziers, qui est également, au fil du temps, organiste à Béziers de Saint-Jacques, maître de chapelle de la cathédrale Saint-Nazaire, puis de Sainte-Madeleine durant plusieurs décennies. Très jeune, son père lui fait prendre des leçons auprès de la pianiste russe Mina Kosloff alors résidant à Béziers, mère du violoniste Marc Kosloff. A la veille de ses 9 ans, la radio Paris-Inter diffuse sur ses ondes le samedi 15 août 1953 à 11h10, dans son émission « Petites étoiles à tous les firmaments », Jean-Bernard Pommier interprétant à l’orgue des Préludes de Bach. Le jeudi de l’Ascension 27 mars 1954, lors de la séance solennelle de distribution des prix de la « Société d’archéologie, scientifique et littéraire de Béziers », il joue au piano la Fantaisie en ré mineur de Mozart et avec son oncle maternel, le flûtiste Emile Roquefort (1896-1956) ancien élève du Conservatoire de Toulouse, l’Andante du même compositeur.

 

Cette même année 1954 Jean-Bernard Pommier donne son premier concert dans la capitale et entre pensionnaire à la Maîtrise de Notre-Dame de Paris. Quelques années plus tard, après avoir complété son éducation pianistique en privé avec Yves Nat, il est accepté au Conservatoire de Paris. Dans cet établissement, il fréquente, entre autres classes, celle de piano de Pierre Sancan où il obtient en 1961 un 1er prix à 16 ans et celle de direction d’orchestre d’Eugène Bigot, puis se perfectionne auprès du pianiste newyorkais Eugène Istomin. Premier prix en 1960 du Concours international des Jeunesses musicales à Berlin, il remporte la même année le prix de la Guilde des artistes solistes français. Deux années plus tard, en 1962, il est le plus jeune finaliste du Concours international Tchaïkovski récompensé par un premier diplôme d’honneur avec félicitations du jury. Cette même année, le critique Clarendon dans Le Figaro du 29 juin commentant un concert parisien écrit : […] le jeune disciple de Pierre Sancan a reçu du ciel un don qu’on trouve rarement dans un berceau : la simplicité. D’autres l’acquièrent à force de travail, de réflexion, d’épurement ; celui-ci en bénéficie d’emblée. Dès son premier « solo » dans le Concerto en la nous étions fixés : il joue le texte sans rien ajouter - ou, plus exactement, en feignant de n’y rien mettre de lui, alors qu’en fait, clarté, transparence, pudeur sont, en matière d’art, des artifices invisibles. Toujours est-il qu’il a cette sonorité d’ange, cette diction sans emphase, cette retenue qui s’accordent si bien au sublime larghetto en fa dièse mineur, à la fois limpide et mystérieux : tout n’est-il pas mystère dans la musique de Mozart, dont Louis Aguettant dit avec bonheur : « Quand les auteurs clairs ont du génie, ce sont les grands impénétrables. Les secrets gardés par la lumière sont, de tous, les mieux défendus. » […] Dix années plus tard, en 1972, ce même critique note : « […] Il y a quelques années que je n’avais entendu Jean-Bernard Pommier : quel saut en avant il a accompli ! D’éblouissant virtuose, le voilà promu poète sensible, doté d’une palette sonore merveilleusement riche et souple. En énonçant les premières mesures de la Sonate de Brahms, il a fait s’élever, du fastueux Bösendorfer placé sous ses doigts, de ces rumeurs profondes comme le vent en arrache aux vieux grands arbres, souverains majestueux de nos forêts. […] » A la même époque, dans Le Guide musical du 6 février 1971, on peut aussi lire : « Pour illustrer son concert du 23 janvier dernier, l’Orchestre de Paris [sous la direction de Georges Prêtre] avait fait appel au jeune pianiste J.-B. Pommier, dont les promesses sont devenues des réalités indiscutables. Une grande aisance, une assise rythmique parfaite et une légèreté de toucher que seuls peuvent obtenir des doigts d’acier sont les qualités majeures et indispensables qui présidèrent à l’audition du troisième concerto de Bela Bartok. »

 

Une carrière de concertiste international s’ouvre à lui durant une vingtaine d’années, au cours de laquelle il joue, entre autres, avec, Samson François et Pablo Casals et sous les baguettes d’Herbert von Karajan, Daniel Barenboïm, Georges Prêtre, Pierre Boulez, Ricardo Mutti, Zubin Mehta… En formation de chambre on le rencontre avec Isaac Stern, David Oistrakh, Paul Tortelier et Itzhak Perlmann, ainsi qu’avec les quatuors Guarneri, Bernède et Vermeer. Puis, au début des années 1980, il entame une seconde carrière de chef d’orchestre. Il va ainsi diriger au fil des années l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, l’Orchestre de Paris, l’Orchestre National de France, le Philharmonia Orchestra de Londres, l’Orchestre symphonique de San Francisco, le Chicago Symphony Orchestra, le Concertgebouw, le Northern Sinfonia, le Scottish Chamber Orchestra, l’English Chamber Orchestra, l’Orchestra Filarmonica de Turin, l’Orchestre symphonique de Liège. Parallèlement, dès les années 1967 il est le directeur les concerts « Renaissances » de Narbonne et de l’abbaye de Fontfroide (Aude) durant une vingtaine d’années et plus tard, en 2006, du Festival de musique de Menton, avant de succéder en 2011 à Jérôme Savary en tant que directeur du Théâtre des Franciscains de Béziers. Cette même année, dans cette même ville, a lieu la première édition du Festival Piano Prestige, auquel il va collaborer jusqu’en 2025. Egalement grand voyageur, en dehors de l’Europe qu’il parcourt fréquemment, il se rend notamment invité au Japon ainsi qu’en Australie, où il est nommé directeur du festival d’été en 1990 et donne des master-classes à Londres, Chicago et Tokyo. Il avait aussi fondé en 2011 à Bédarieux (Hérault) l’« Ensemble International Musiké » réunissant les meilleurs jeunes musiciens internationaux pour explorer toutes les formes : solistes, formations de chambre et symphonique du répertoire (30 à 40 jeunes professionnels venant de toute l’Europe) en déclarant « Il faut donner la possibilité de se produire devant un public, parce qu’il faut du courage pour l’affronter. Et leur apprendre que jouer, c’est physique et qu’il faut avoir de solides abdos. » Quelques mois avant sa disparition, il dirigeait toujours cette Académie.

 

Au sein de son importante discographie, on peut retenir plus particulièrement l’intégrale des 7 Toccatas pour clavier de Bach (La Voix de son Maître, 1975), les 15 Inventions à 2 et 3 voix BWV 787-801 de Bach (EMI, 1977), l’intégrale des Sonates pour piano de Mozart (M&C Records, 1982), les 32 Sonates pour piano de Beethoven (Erato puis Warner, 1998), le Concerto pour 2 pianos de Francis Poulenc, avec Anne Quéffec et le City of London Sinfonia dirigé par Richard Hickox (EMI, 1996). Et, en tant que chef d’orchestre : « Chefs-d’œuvre de la musique française, Satie, Fauré, Massenet…, avec l’English Chamber Orchestra (EMI, 2007), les Concertos pour piano n° 25 et 26 avec le Philharmonia Orchestra (Erato puis Warner, 1994), n° 21 et 23 avec le Sinfonia Varsovia (Virgin France, 1989)

 

Résidant depuis 2004 dans une maison vigneronne à Cazouls-les-Béziers, sa région natale, où trônent deux pianos, les obsèques de Jean-Bernard Pommier, chevalier de la Légion d’honneur, ont été célébrées le lundi 26 avril à 15 heures en la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers suivie de la crémation au crématorium de Pech Bleu de cette même ville. Il laisse 2 filles (Marie-Cécile et Magdalena) nées d’un premier mariage avec Irena Podleska, et une veuve, Olga Martinova. Cette dernière, violoniste internationale, née dans une famille de musiciens à Leningrad, a émigré en Occident en 1979 et parcouru le monde dans des tournées de concerts et autres festivals (Europe, Etats-Unis, canada, Mexique, Israël, Japon…)

 

Denis Havard de la Montagne


(photo X...) DR.



Michel MERLET (1939-2026)

Thérèse BRENET (1935-2026)   Cliquez pour afficher en grand format
(photo X…, vers 2011 (DR.)

Francine GUIBERTEAU (1941-2026)




Jean Galard - (Photo X... DR.)

Le 9 septembre 2026 à Paris, s’est éteint l’organiste Jean GALARD. Né le 19 février 1949 à Vincennes, ancien élève de Noëlie Pierront, puis au CNSMP de Rolande Falcinelli et de son assistante Suzanne Chaisemartin (1er prix d'orgue en 1975), il avait enseigné l’orgue et l’improvisation dans les conservatoires parisiens des 6e et 14e arrondissements (1979), à la Schola cantorum (1980-1990) et au Conservatoire de Beauvais (1982). En premier lieu organiste à Paris du Collège des Jésuites (1967), il fut nommé en 1973 organiste de l’église parisienne Saint-Médard (tout d'abord un temps cotitulaire avec Jean-Louis Gil), et en 1979 titulaire de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais (successeur de Jean Wargnier). En 1985, il avait concouru pour la place d’organiste de Notre-Dame de Paris à la suite du décès de Pierre Cochereau. Lauréat du Concours Tournemire des Amis de l’orgue en 1970, lauréat du Concours international d’improvisation de Lyon en 1974, prix d’improvisation du Concours Maurice Duruflé des Amis de l’orgue en 1979, prix Charles Oulmont de la Fondation de France en 1998, il était également membre de la Commission des orgues de la Ville de Paris (1990).

 

Aussi compositeur on lui doit des messes, un Magnificat pour solistes, chœurs, trompette et orgue, créé en mai 1987 à Saint-Roch par l’Ensemble vocal Jean-Pierre Loré, un Te Deum pour 3 orgues, 3 chœurs et 3 solistes donné en création mondiale à Saint-Roch en juin 1984 par Jean-Pierre Loré, des pages pour orgue : Lucet Stella pour 2 voix égales et orgue (Delatour, DLT0097), Deux Instantanés pour orgue composés en 1978 (Combre, 1987), Danses d’Apollon et regard de Diane (Combre, 1981) et dont certaines restent inédites (Sept colorations, 1974, Six variations sur le « Victimae Paschali laudes », 1980, Atalanta Fugiens, 1987…), des pièces de musique instrumentale parmi lesquelles Les Trompettes de Poestum pour trompette et orgue, ainsi que la musique pour solistes, choeur et orgue de l’opéra Madame Elisabeth [guillotinée en 1794], sur un livret de Dominique Sabourdin-Perrin (2023), donné à Paris (église Saint-Roch) le 26 janvier 2024 et à Versailles (cathédrale Saint-Louis) le surlendemain avec le chœur « Canta Oraque » dirigé par Jacques Cochard (création mondiale), puis en 2025 à Rome (basilique San Lorenzo in Lucina).

 

Ses obsèques ont lieu le 17 septembre à 14h30 à Saint-Médard, où il a été titulaire durant plus de 50 ans. Son épouse Brigitte de Leersnyder, brillante musicologue, avait soutenu au CNSMP en novembre 1977 son mémoire de plus de 1000 pages consacré à la vaste correspondance de Louis Vierne.

 

Jean Galard a beaucoup enregistré, permettant ainsi de conserver la mémoire de son jeu particulièrement travaillé. Parmi ses disques, signalons : « Mozart, Requiem », choeurs d’enfants et l’Orchestre Paul Kuentz dirigés par Francis Bardot, Notre-Dame de Paris, 1978 (disque Solstice, SOL 2), « Œuvres inédites de Dynam-Victor Fumet et Raphaël Fumet », cathédrale de Chartres, 1979 (disque Solstice, FR 780928), « Récital à la cathédrale de Beauvais », 1979 (disque Quantum, QM 7051), « Œuvres de Otto Barblan et Julius Reubke, cathédrale de Beauvais, 1980 (disque Solstice, SOL 16), « Franz et Ferdinand Schubert, musiques funèbres Requiem » avec l’Ensemble vocal et l’Orchestre de chambre L’Oratorio, sous la direction de Jean-Pierre Loré, 1981 (disque Erol 7415), « Trois siècles d’orgue à la cathédrale de Beauvais », 1986 (disque FRK 861214), « Intégrale des œuvres d’orgue de Jacques Chailley » à la cathédrale Saint-Bertrand de Comminges, enregistré en septembre 1987, distribué en 1991 (disque Cybelia, CY 872), « 7 Sonates d’église pour flûte et basse continue », Haendel, avec Gabriel Fumet, enregistrement à l’Eglise évangélique allemande de Paris (Studio SM P 1997), « Noëls de Dandrieu, Balbastre, Corrette à la cathédrale de Beauvais », avec les solistes des Petits Chanteurs de Chaillot, 1998 (disque DQM 7002/SM), « Bruckner, organ works », 2005 (disque ORG 7217.2), « Johan Sebastian Bach, Die Kunst der Fugue BWV 1080 », avec l’Ensemble de cuivres Pascal Vigneron, cathédrale Saint-Bertrand de Comminges, 2006 (disque Quantum, QM 7035). « Koechlin, L’Abbaye pour chœur et orgue », avec l’Ensemble Vocal Français dirigé par Gilbert Martin-Bouyer, 2013, église Saint-Médard (disque Skarbo, P 2004).

 

On lui doit aussi quelques écrits, entre autres : « Sur les traces du grand Charles [Tournemire] » (L’Orgue, n° 159, 1976, p. 67), « Rolande Falcinelli, l’improvisateur » (Cahiers et Mémoires de L’Orgue, n° 26, 1981, p. 23-27), « Evolution technique et esthétique de l’orgue, 1900-1980 » (Les Orgues de Paris, Délégation à l’action artistique de la ville de Paris, Paris 1992, p. 84-101) et dans une nouvelle édition mise à jour et augmentée de 2005 « Evolution technique et esthétique de l’orgue de 1900 à 2005 » (p. 78-90).

 

Véritable artiste, homme courtois, chaleureux et discret, rendons-lui ici un ultime hommage en rappelant les mots qu’il écrivait en 2011 sur Suzanne Chaisemartin qui peuvent lui être intégralement retournés : « Dans ses programmes de concerts et dans ses disques, on ne s’ennuie jamais. (Elle) [il] sait impulser vie et variété dans ses programmes. » (L’Orgue, n° 294, p. 62).

Denis Havard de la Montagne

Philippe Morin
(photo Frédéric Gaussin) DR.

Le 17 septembre 2026 à Montluçon (Allier) est décédé Philippe MORIN, médecin, mélomane passionné et producteur d’émissions. Né à Paris en 1942, il avait effectué des études de médecine dans la capitale et obtenu son doctorat avec une thèse intitulée « Les problèmes posées par la tétanie chronique constitutionnelle normocalcémique du grand enfant », présentée et soutenue le 21 mai 1969. Médecin pédiatre, il consacra par la suite une grande partie de son temps à sa passion, la musique. C’est ainsi qu’il devint un spécialiste mondial de discographie historique et en particulier des 78 et 33 tours. Egalement très au courant des interprètes français et des orchestres, il détenait une importante documentation et une collection monumentale de disques. Il fut aussi producteur à France Musique pendant une vingtaine d'années, animant des émissions telles que "Les Vieilles cires" (1976-1977), "Les Pêcheurs de perles" (à partir de 1982) et "Laser" (1989) consacrées aux enregistrements rares, à l’histoire de l’interprétation et à l’actualité du disque. Georges Liébert, l’invita régulièrement dans cette radio pour participer à son émission "L’après-midi de l’orchestre" (1980) puis "Les Matinées de l’Orchestre", concernant la musique symphonique et les grands ensembles. Dans les émissions emblématiques "Le Matin des musiciens", lancée en 1978 par Denys Lémery, consacrée à l’analyse d’œuvres musicales et à la pédagogie par les artistes eux-mêmes, et Le "Carrefour de Lodéon" produite par Frédéric Lodéon à partir de 1992 (sur France Inter, puis à partir de 2014 sur France Musique) on pouvait entendre aussi sa voix. L’une des dernières émissions, si ce n’est la dernière, dans laquelle on put l’entendre, a été sur la radio du Web « Metaclassique » de David Christoffel, le 8 mai 2024 avec pour thème "Quand l’Opéra entre en Résistance : les personnels de la Réunion des théâtres lyriques nationaux sous Vichy et l’Occupation" (Metaclassique#275).

 

Mais encore, producteur de disques et d’enregistrements historiques, on lui doit à ce titre, notamment, en 2002, trois coffrets Maurice Ravel chez le label Cascavelle. Comme discographe, on fit appel à lui lors de la réédition en 1982 (chez Pluriel) du livre de Josep Maria Corredor Conversations avec Pablo Casals qui était paru chez Albin Michel en 1954. En 2010, il fut sollicité par « Musica et Memoria » pour dresser la discographie 78 t/mm de l’Orchestre des Concerts Straram, entre 1929 et 1931. Plus récemment, il apportait son aide pour la révision de la discographie historique de Maurice Ravel par Jean Touzelet (1ère version de 1975) en annexe de l’édition par Manuel Cornejo en 2 volumes de Maurice Ravel, correspondance, écrits et entretiens (Gallimard, 2025).

 

Ses obsèques se sont déroulées lors d’une cérémonie civile le jeudi 24 septembre 2026 à 14 heures au Crématorium de Montluçon-Domérat. Souhaitons que son importante collection de plusieurs milliers de disques, conservée dans son appartement du troisième arrondissement parisien, ne soit pas dispersée (ce serait une grande perte), mais regagne une bibliothèque ou un organisme d’état spécialisé.

Denis Havard de la Montagne


Philippe Bachet vers 1995
(photo X...) DR.

Le 26 septembre 2026, à Toulouse, s’est éteint le père Philippe BACHET à l’âge de 85 ans. Né le 6 juillet 1941 à Annecy (Haute-Savoie), il était entré dans l’ordre des Capucins (religieux de l’ordre de Saint François d’Assise) en 1961, ordonné prêtre en 1969, docteur en théologie (Institut catholique de Toulouse) en 1977 avec une thèse intitulée « Essai d’une approche esthétique de la foi ». Elève au Conservatoire de la ville rose entre 1966 et 1971, il y fréquente, entre autres, la classe d’orgue de Xavier Darasse (médaille d’or en 1971). Aumônier du Lycée Berthelo (1971 à 1977) et du Conservatoire de Toulouse, il est plus tard celui du monastère des Clarisses de cette ville. En 1978, il fonde l’Institut de musique sacrée de Toulouse, le dirigeant et y enseignant l’orgue durant plusieurs années. Parallèlement, dès 1971 il supplée Renée Darasse-Laroyenne (mère de Xavier Darasse) au grand orgue de la cathédrale de Toulouse et à la retraite de celle-ci en 1986 est nommé titulaire. Fin 2003, il quitte Toulouse étant appelé curé de l’église Saint-Michel de Villemur-sur-Tarn, non loin de Toulouse, en charge également des 10 clochers du canton ; poste qu’il occupe jusqu’en 2016, année de sa retraite. C’est lui qui, en 1981 avait publié le premier inventaire des orgues d’une région, celle de Midi-Pyrénées, après avoir fondé en 1978 la revue « Orgues Méridionales ». Il fut aussi un temps technicien-conseil pour les orgues historiques à partir de 1989 et reçu en 2005 chevalier des Arts et des Lettres. Ses obsèques sont célébrées le 1er octobre dans la chapelle des Clarisses de Toulouse, suivies de son inhumation au cimetière de Terre Cabade de cette ville.

DHM



 


Relancer la page d'accueil du site MUSICA ET MEMORIA

Droits de reproduction et de diffusion réservés
© MUSICA ET MEMORIA

Web Analytics