Joseph CHARLOT - Napoléon MOHRANGE dit ALKAN - Aristide HIGNARD - Alfred DELÉHELLE - Léonce COHEN - Ferdinand POISE - Charles GALIBERT - Émile DURAND - Adrien BARTHE - Victor DELANNOY - Eugène VAST - Jean CONTE - Victor CHÉRI - Eugène LACHEURIÉ - Georges BIZET - Charles COLIN - FAUBERT - Samuel DAVID - Edmond CHEROUVRIER - Jules PILLEVESSE - Ernest GUIRAUD
1850
Joseph CHARLOT (1827-1871)
Accompagnateur, puis chef du chant à l’Opéra-Comique, Joseph Charlot, malgré de réelles dispositions pour la musique, n’eut guère la possibilité de les faire connaître au public. Il ne parvint jamais, au cours de sa courte vie, à trouver un littérateur ou un poète acceptant de lui livrer un livret afin de le mettre en musique. Le théâtre était son plus grand espoir, mais il ne put y accéder ! Et pourtant on ne peut mettre en doute un seul instant ses capacités, car ce musicien est certainement l’un des plus jeunes lauréats du Conservatoire de Paris : à l’âge de 11 ans il reçut un 1er prix de solfège et un accessit de piano !
Né le 21 janvier 1827 à Nancy, Joseph-Auguste Charlot montra très tôt de sérieuses prédispositions pour la musique, ce qui le fit admettre au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris tout juste âgé de 10 ans ! Son palmarès dans cet établissement est des plus brillants : 1er prix de solfège et accessit de piano en 1838, 2ème prix de piano en 1839, 1er prix en 1841, 2ème prix d’harmonie et accompagnement en 1841, 1er prix en 1842... Elève de piano de Zimmermann, puis de composition de Carafa, Joseph Charlot se présenta la première fois au Concours de Rome en 1846 ; il n’avait pas encore atteint sa vingtième année. Cette année là seuls un premier Grand Prix et une mention furent décernés pour la composition d’une cantate intitulée Velasquez, sur des paroles de Camille Doucet. Le 8 août l’Institut, sur les six ouvrages en lisse, récompensait uniquement ceux de Léon Gastinel (Grand Prix) et de Joseph Charlot (mention). L’année suivante il recevait un deuxième Second Grand Prix avec la cantate L’Ange et Tobie, et en 1850 le premier Grand Prix lui était enfin décerné pour son ouvrage Emma et Eginhard, écrit sur un texte de M. Bignan.
Après avoir effectué le traditionnel séjour à la Villa Médicis, Joseph Charlot regagnait Paris plein d’espoir. Souhaitant ardemment écrire pour la scène, il sollicita en vain durant bon nombre d’années un auteur capable de lui écrire un texte pour le mettre en musique. Il n’y parvint jamais, et finalement se résigna à entrer à l’Opéra-Comique comme simple accompagnateur, puis chef du chant afin de gagner sa vie. Le 28 octobre 1866, il était également reçu sociétaire des Concerts du Conservatoire en tant que chef du chant, en remplacement d’Eugène Vauthrot. C’est Théodore Dubois qui le remplacera à ce poste en 1871 lors de son décès arrivé à l’âge de 44 ans, dans le courant du mois d’août 1871 à Sèvres.
Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens, indique que la plupart de ses œuvres sont restées à l’état de manuscrit et qu’on lui connaît que peu de compositions d’importance, seulement quelques mélodies vocales et des chœurs orphéoniques. L’éditeur Hartmann a publié après sa mort un recueil de Dix mélodies qui nous font découvrir un compositeur distingué. Celle intitulée le Géant, écrite sur des vers de Victor Hugo, est d’une " inspiration large, mâle et puissante " (Fétis dixit).
Michel Villedieu
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Napoléon Alkan, vers 1870 ( photo N. Robe, Paris, coll. BNF Richelieu )
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Napoléon MOHRANGE dit ALKAN (1826–1906)
Admis au Conservatoire de Paris à l’âge de 9 ans, où il enseignera le solfège durant plus d’un demi-siècle, auteur de pièces pour le piano, officier d’Académie (1878), officier de l’Instruction publique (1889), chevalier de la Légion d’honneur (1895), Napoléon Alkan n’a cependant jamais pu atteindre à la notoriété de son frère aîné Charles Valentin, dit " Alkan aîné ", dont la renommée est encore perceptible de nos jours. Celui-ci, considéré par Liszt comme l’un des plus grands pianistes de son temps, auteur d’une œuvre pianistique abondante et fort riche, lui avait d’ailleurs dédié son opus 24 (1844) intitulé Gigue et air de ballet dans le style ancien (Billaudot).
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Emma Liernut et sa fille Dora, vers 1890 ( BNF Richelieu )
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Né le 2 février 1826 à Paris, fils d’Alkan Mohrange et de Julie Abraham, Napoléon Alexandre Mohrange avec ses frères et sœur adoptèrent pour nom de famille le prénom de leur père. Directeur d’un pensionnat pour enfants dans le quartier parisien du Marais, où la musique tenait une place importante, ce dernier encouragea vivement les dispositions révélées chez chacun de ses six enfants. Tous, musiciens dans l’âme, fréquentèrent le Conservatoire de Paris : Céleste [Mme Mayer-Marix] (1812-1897), Charles Valentin (1813-1888), Ernest (1816-1876), Maxime (1818-1891), Napoléon et Gustave (1827-1882). Napoléon entra comme élève au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris en 1835, alors qu’il n’avait pas atteint ses 10 ans, et n’en ressortit que 61 années plus tard, après y avoir longtemps enseigné ! Second prix de solfège en 1836, 1er prix l’année suivante, il travailla ensuite le piano dans la classe de Zimmermann et remporta un nouveau 1er prix en 1843. Elève également de François Benoist pour l’orgue, et d’Adolphe Adam pour le contrepoint et la fugue (1er prix en 1849), il concourut en 1850 au Concours de Rome et obtint un Premier Second Grand Prix avec la scène à 3 voix Emma et Eginhard sur un poème d’Anne Bignan.
Dès février 1845, tout en étudiant la musique au Conservatoire, il y était nommé répétiteur de solfège. En juin 1857, devenu professeur, il enseignait dans la classe des élèves militaires, puis à partir d’avril 1866 était titularisé comme professeur agrégé de solfège. Il professa jusqu’au 1er octobre 1896, moment où il prit sa retraite à l’âge de 70 ans. Dix années plus tard, en 1906, il décédait à Paris, laissant une fille : Mme Emma Liernut.
Excellent pianiste, Napoléon Alkan aurait pu aisément mener une carrière de concertiste, mais il avait préféré vouer sa vie à l’enseignement, n’ayant ainsi que peu de loisirs pour se consacrer à la composition. On lui connaît cependant quelques œuvres pour le piano, notamment 6 Airs de danse (Paris, Richault), Marche militaire (id.), Marche Religieuse (id.), Musette (édité par son beau-frère Mayer-Marix, industriel parisien installé rue de Montmartre, fabricant sous la marque " Mayermarix " des instruments de musique mécaniques, entre autres des boites à musique et des harmoniums portables connus sous le nom d’harmoniflûte), des transcriptions de classiques (Mozart, Haydn) et une Etude fuguée sur " le Prophète " de Meyeerber (Paris, Brandus).
D.H.M.
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Aristide Hignard vers 1880. Photo dédicacée A mes bons amis A. et H. Lionnet, souvenir affectueux et reconnaissant. ( BNF Richelieu )
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Aristide HIGNARD (1822-1898)
Aristide Hignard (Nantes, 1822 - Vernon, 1898), fils d'un armateur nantais, élève d'Halévy au CNSM de Paris, obtint un deuxième Second Grand Prix de Rome en 1850 avec sa cantate Emma et Eginhard, derrière Napoléon Mohrange dit Alkan et Joseph Charlot. Installé à Paris, il enseigna l'écriture musicale et compte parmi ses élèves Emmanuel Chabrier. On lui doit des opéras-comiques : Le Visionnaire (Nantes, 18 janvier 1851), Colin-Maillard (Paris, Théâtre Lyrique, 1853), Les Compagnons de la Marjolaine (Paris, Théâtre Lyrique, 1855), Monsieur de Chimpanzé (Paris, Théâtre des Bouffes-Parisiens, 1858) sur un livret de Jules Verne, Les Musiciens de l'orchestre écrit en collaboration avec Léo Delibes et Camille Erlanger, L'Auberge des Ardennes (1860) et Le Nouveau Pourceaugnac (1860); des pièces pour piano : Valses concertantes, Valses romantiques; et un opéra en 5 actes : Hamlet (1856), sur un livret du poète nantais Pierre de Garal. Il mit également en musique quelques textes de son ami Jules Verne, son compatriote et ami d'enfance avec lequel il fit quelques voyages dans les pays nordiques.
D.H.M. (notes provisoires)
1851
Alfred DELÉHELLE (1826-1893)
Trois œuvres seulement de ce musicien sont parvenues jusqu'à nous : une opérette en un acte sur des paroles de Dulocle, l’Ile d’Amour, (Paris, Bouffes-Parisiens, 8 juin 1859), un opéra-comique en deux actes, Monsieur Polichinelle (Paris, Athénée, 15 janvier 1873) et un autre opéra-comique en trois actes, Don Spavento sur des paroles de Léon Morand et Gustave Wattier (Théâtre-Royal de La Haye, 12 janvier 1883).
D’après Fétis, Jean-Charles-Alfred Deléhelle est né le 12 janvier 1826 à Paris et a effectué toute sa formation musicale au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, notamment dans les classes d’Hippolyte Colet (harmonie) et Adolphe Adam (composition). En 1851, Deléhelle se présentait au Concours de Rome avec la cantate Le Prisonnier, pour laquelle l’Institut lui décerna le Premier Grand Prix. L’année suivante il partait à la Villa Médicis pour y effectuer le traditionnel séjour, suivi d’un voyage à Naples puis de la visite des principales villes d’Allemagne.
De retour à Paris en 1856 Deléhelle se lançait dans la musique de scène, sans toutefois parvenir à se faire jouer dans les Théâtres nationaux. Ses compositions étaient pourtant de qualité; Fétis, à propos de Monsieur Polichinelle, donné à l’Athénée en 1873, écrivait que c’est un " ouvrage charmant, plein de grâce, de verve, de fraîcheur, et empreint d’un vrai sentiment scénique, dont le succès, partout ailleurs qu’en France, lui aurait immédiatement facilité l’accès à une scène plus relevée ". Sa première production théâtrale l’Ile d’Amour, créée en 1859 aux Bouffes-Parisiens au moment où ce théâtre prenait ses quartiers d’été dans la salle des Champs-Elysées, avait déjà attiré l’attention des critiques musicaux, même si elle avait été un peu éclipsée par l’opérette l’Omelette à la Follembuche de Léo Delibes, interprétée au cours de cette même soirée du 8 juin !
Le journal hebdomadaire L’Univers musical du 16 juin 1859, parlant de ces deux opérettes, notaient : " ...joyeuses folies qui ont été très applaudies et que la troupe des Bouffes enlève avec un entrain sans égal ". A. Armand, dans La France musicale du 12 juin, précisait que " L’opérette est chantée par M. Marchand (Criquet), M. Jean Paul (Perdreau), Mlle Chabert (Chloé), et Mme Marie Berger (Mme Benjoin), qui, tous, y mettent du bon vouloir et de l’entrain, et se font applaudir. Au surplus, la musique, sauf quelques imitations, est gaie et facile à retenir... ", et de résumer l’action en quelques lignes :
" Criquet, étudiant de n’importe quelle année, s’est épris de sa voisine Chloé, une ingénue quelconque, affligée d’une tante qui ferait peur à un régiment de Croates. Il n’a pas osé déclarer ce que l’on appelle sa flamme, sous prétexte que la jeune fille doit épouser Perdreau, le fils de l’épicier. Plutôt que de la disputer à son rival, il se jette à l’eau ; mais, comme il sait nager, il a soin de se repêcher, et aborde à l’Ile d’Amour. Tout ceci est précédé d’un brin d’ouverture, où se faufile une mélodie moitié pastorale, moitié barcarolle, qui finit en queue de scherzo vif et pétulant. Suit l’air dudit Criquet, air-chansonnette, comme il y en a mille. Mais voici que Perdreau, la jeune Chloé et la tante Benjoin arrivent dans un bateau, pour une partie de plaisir. Criquet se cache pour donner le temps à ces dames et à ce monsieur de chanter une charmante petite barcarolle en trio. Puis la tante prend le bras du futur et laisse Chloé seule, afin qu’elle chante à son tour un petit air. Criquet pourrait se jeter à ses pieds, mais il n’a garde de se montrer, pour ne pas lui faire marquer son air :
Aussitôt que je m’éveille, je soulève mon rideau, etc.
" Le morceau achevé, il vole dans ses bras : duo. La petite Chloé s’attendrit en voyant son amoureux transi, et comme il grelotte, elle va chercher dans le panier aux provisions, resté dans le bateau, une bouteille de vin de Madère et un gobelet, et lui verse à boire en lui disant :
Vous avez, pour l’amour de moi,
Bu beaucoup d’eau dans la rivière, etc.
" C’est au moins juste qu’il boive un peu de vin. Ils sont au mieux quand Perdreau arrive ; Chloé se sauve, Criquet se blottit dans le bateau, pour ne pas déranger son rival qui doit, lui aussi, chanter son air, un air très piquant, mais fort peu galant :
Les femmes ne sont sur terre
Que pour nous faire enrager.
" Puis il disparaît avec la barque et, qui pis est, avec les provisions. Voilà une singulière partie de plaisir! La tante a faim, Perdreau chancelle, Chloé pâlit. Pas le moindre biscuit! Que faire? Mme Benjoin s’en va pour laisser chanter un trio à Criquet, à Perdreau et à Chloé, trio qui a pour but de sauver la vie au fils de l’épicier, au moyen d’un biscuit et d’un verre de vin, mais à la condition qu’il renonce à sa fiancée. Comme chez Ugolin, la faim l’emporte sur la douleur ; le lâche fait taire son cœur et parler son estomac! Reste la tante, dont le consentement est indispensable. Criquet lui offre un pâté tout entier, le pâté de perdreau (le calembour est de l’auteur du livret!); si bien que Criquet épouse Chloé, et le pauvre Perdreau, qui a promis à son père de se marier, épousera la tante. Que voulez-vous que nous y fassions? "
Alfred Deléhelle est mort en 1893.
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
1852
Léonce COHEN (1829-1901)
" Il faut savoir gré à un jeune artiste, que ses fortes études et ses tendances semblaient porter vers un autre ordre de travaux, de consacrer à des œuvres didactiques son savoir, son expérience et les premiers jets de son imagination. " Cet extrait du rapport très favorable de l’Institut de France, section musique, concernant l’Ecole du musicien, ou solfège théorique et pratique, avec accompagnement de piano de Léonce Cohen, publié en 1862 (grand in-folio, 3 volumes, 332 planches, Paris, chez Margueritat, éditeur de musique, 21 boulevard Bonne-Nouvelle), démontre que cet ouvrage, dédié à Ambroise Thomas, contribua à l’époque " à asseoir la réputation naissante de son jeune et laborieux auteur ", alors âgé de 33 ans. Le rapport du Comité des études du Conservatoire impérial de musique louait dans les mêmes termes cet excellent solfège. Antoine Elwart dans L’Univers musical écrivait quant à lui : " M. Léonce Cohen, tourmenté du désir bien naturel d’écrire de la mélodie, en a mis partout, et souvent l’inspiration la plus vraie, la plus poétique l’a secondé dans son dessein. Les accompagnements de piano de toutes les leçons offrent également un grand intérêt. Ils sont élégants, bien rythmés, et d’une difficulté accessible à tous les amateurs qui connaissent le clavier. " Et pourtant, ce musicien a complètement disparu de nos mémoires !
Léonce Cohen, né le 12 février 1829 à Paris, est issu par sa mère, née Merline Weil (1804-1875), d’une famille de porcelainiers originaires d’Alsace, installés à Fontainebleau puis à Paris au début du XIXème siècle1. C’est son bisaïeul, Lazare Weil, né vers 1742 à Hitterenheim, qui est le fondateur de cette dynastie de commerçants. Son père, Benoist Cohen (1798-1856), hérita en 1829, du magasin de porcelaine de la rue Bondy, à Paris, à la mort de son beau-père Baruch Weil. Président du Comité consistorial de secours et d’encouragement des israélites de Paris, il fut plus tard, en avril 1852, le premier directeur de l’hôpital Rothschild de la rue de Picpus. Né à Amsterdam, il s’était établi jeune à Paris et sa mort fut regrettée de tous par son action qu’il mena durant plusieurs décennies en faveur des pauvres. Les Weil étaient également une puissante famille très estimée au sein de la communauté israélite parisienne. Merline Weil, la mère de Léonce, était la sœur de l’écrivain Godchaux Weil (1806-1878), plus connu sous le nom de " Ben-Lévy ", une grande tante d’Henri Bergson et Marcel Proust, et une cousine par alliance d’Adolphe Crémieux. En dehors de Léonce, elle avait donné le jour en 1825 à un autre garçon prenommé Maurice. Ingénieur en chef des ponts et chaussées, celui-ci est décédé le 3 novembre 1883 à Cahors.
C’est au sein de ce monde des affaires et de la charité publique que Léonce grandit à Paris. Ses dispositions naturelles pour la musique décidèrent ses parents à le faire entrer au Conservatoire de musique et de déclamation à l’âge de 13 ans. C’est dans cet établissement qu’il fit toutes ses études musicales et dès les premiers temps décrocha un 1er prix de solfège en 1842. Il se spécialisa dans l’étude du violon, à l’époque où les classes du Conservatoire de Paris étaient tenues par d’éminents artistes : Habeneck, Massart et Alard, et entra également dans la classe d’orgue de François Benoist2. Là, il obtint un 1er accessit en 1849, derrière Edouard Silas3 (1er prix) et Camille Saint-Saëns (2ème prix) qui n’avait pas encore atteint ses 14 ans. Leborne l’accueillit aussi dans sa classe de composition, et en 1851 Léonce Cohen montait en loge pour le Concours de Rome. La cantate Le Prisonnier ne l’inspira pas outre mesure et son œuvre ne reçut qu’un deuxième Second Prix. Sans se décourager il récidiva l’année suivante. Le Retour de Virginie de Rollet lui valut l’ultime récompense décernée par l’Institut. Saint-Saëns, qui concourrait également, ne fut même pas nommé ! Déconvenu, celui-ci attendra douze ans avant de se représenter en 1864. Cette seconde et dernière tentative ne fut pas plus heureuse, en raison d’une cabale dont Berlioz lui révéla les dessous par la suite! La cantate de Cohen fut exécutée à l’Institut le 2 octobre 1852, lors de la traditionnelle séance publique annuelle.
Pour effectuer son séjour à la Villa Médicis Léonce Cohen dut abandonner quelque temps l’orchestre du Théâtre-Italien où il avait été engagé comme altiste encore étudiant au Conservatoire. C’est à ce titre d’ailleurs qu’il figure parmi la liste des souscripteurs des Vingt-quatre Préludes pour l’alto-viola de Casimir Ney4, édités vers 1849 à Paris, chez l’auteur. Parmi les envois de Rome qu’il était tenu de faire, sa Messe solennelle attira plus particulièrement l’attention d’Halévy, professeur de composition au Conservatoire et membre de l’académie des Beaux-Arts, qui, même s’il regrettait un peu que son style ne fut pas aussi élevé que le sujet le demandait, soulignait cependant son imagination et sa chaleur. Revenu à Paris en 1855, Léonce Cohen réintégra l’orchestre des Italiens et joua également au sein de celui du Théâtre du Vaudeville alors installé depuis 1840 rue Vivienne. Il fut aussi durant une dizaine d’années altiste à la Société des Concerts du Conservatoire, à partir de 1875.
En 1858, le 17 février, Léonce Cohen parvint à faire jouer aux Bouffes-Parisiens une opérette en un acte de sa composition, Mam’zelle Jeanne, et plus tard, le 11 juin 1866 aux Fantaisies-Parisiennes une autre opérette, Bettina, mais ces deux essais furent à chaque fois sans lendemain. Le succès ne fut jamais de la partie ! Auteur d’opérettes, Léonce Cohen a assurément dû écrire quelques œuvres pour son instrument de prédilection, le violon, mais celles-ci, probablement restées à l’état de manuscrits, ont à tout jamais disparu. C’est surtout dans l’enseignement, et non comme compositeur, que Cohen fut apprécié en son temps, notamment avec la parution de son ouvrage théorique de solfège, habilement divisé en trois parties (1 - théorie complète de la musique, 2 - lecture musicale, et 3 - étude particulière de toutes les clefs à leurs différentes positions, avec des leçons à changement de clefs) susceptibles d’être achetées séparément.
Léonce Cohen, resté célibataire, est décédé le 26 février 1901 à Paris VIe, à l’âge de 72 ans.
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
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1) Les personnes désireuses d'en savoir davantage sur la famille Weil peuvent utilement se reporter à l'article très complet de Frédéric Viey : Des juifs à Fontainebleau, en ligne sur le site de l'Alliance française : http://www.alliancefr.com/culture/fontaine. La plupart des renseignements d'ordre généalogique figurant dans notre étude proviennent des recherches de M. Viey que tenons à remercier ici pour sa précieuse collaboration.
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2) Léonce Cohen ne doit pas être confondu avec son homonyme Jules Cohen qui fréquentait également à la même époque la classe d'orgue de Benoist, et décéda la même année que lui ! Né le 2 novembre 1830 à Marseille, mort le 13 janvier 1901 à Paris, Jules Cohen, s'installait à Paris en 1846, entrait au CNSM, où il décrochait plusieurs premiers prix : solfège (1847), piano (1850), orgue 1852, contrepoint et fugue (1854). Il fut nommé professeur de la classe d'étude du pensionnat du Conservatoire, et de la classe d'ensemble vocal (1855), chef de chœur à l'Opéra (1877). Il est l'auteur de romances, chansons, de nombreuses pièces pour harmonium et de musique religieuse qui était exécutée à l'époque dans la plupart des églises parisiennes. Ami de Saint-Saëns qu'il avait connu sur les bancs du Conservatoire, celui-ci lui laissera plus tard occasionnellement les claviers de l'orgue de St-Merry, où il avait été nommé dès 1853.
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3) Edouard Silas (1827-1909), organiste, pédagogue et compositeur néerlandais, après ses études musicales parisiennes avec Kalbrenner, Benoist et Halévy, s'installa à Londres en 1850. Organiste de la chapelle catholique de Kingston upon Thames et professeur d'harmonie à la Guildhall School of Music, on lui doit des symphonies, concertos pour piano, quatuors à cordes, ainsi qu'un oratorio Joash (1863) et de la musique religieuse. Saint-Saëns lui dédia en 1871 sa Gavotte en ut mineur, op.23.
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4) Voir sur cette publication l'excellent article de Frédéric Lainé dans le site des Amis de l'alto : « Un exemple de l'alto virtuose en France au XIXe siècle : Les Vingt-quatre Préludes de Casimir-Ney » http://assoc.wanadoo.fr/amis.alto/B99/CasimirNey.htm
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Ferdinand POISE
1853
Charles GALIBERT (1826-1858)
Si le destin en avait décidé autrement, le nom de Charles Galibert ne serait certainement pas tombé dans l’oubli : il est mort à la veille de ses 32 ans, alors que son premier opéra venait de remporter un beau succès auprès des critiques et du public ! Compositeur délicat, il n’eut qu’un seul et unique succès et l’annonce de sa mort arracha des larmes à bon nombre de ses amis.
Ce montagnard originaire de Salins-les-Bains (Jura), jolie station thermale de renom fondée par M. de Grimaldi en 1858, patrie également du grammairien Pierre-Joseph d’Olivet (1682-1768) et de l’homme politique Victor Considérant (1808-1893), vint au monde le 8 août 1826 avec les prénoms de Pierre-Christophe-Charles. Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens, qui le fait naître par erreur à Perpignan, prétend que Galibert fit ses premières études musicales dans cette ville avant de monter à Paris. Ce qui est certain c’est qu’en mars 1845 il intégrait le Conservatoire de musique et de déclamation, où il aura plus tard pour condisciple Camille Saint-Saëns. Elève notamment de Bazin et Elwart pour l’harmonie, et d’Halévy pour la composition, il se présentait une première fois en 1851 au concours de composition musicale de l’Institut. Le sujet de la cantate, Le Prisonnier, ne lui permit pas de montrer au mieux la fraîcheur et l’expression éloquente de son imagination. Il n’obtenait qu’un Second Prix. Deux années plus tard, après avoir étudié d’arrache-pied, Charles Galibert montait à nouveau en loge avec la cantate Les rochers d’Appenzell, sur un texte d’Edouard Monnais, ancien gestionnaire de l’Opéra avec Léon Pillet. Cette fois là le jury lui décerna le Grand Prix et la Villa Médicis l’accueillait de février 1854 à décembre 1855. Après ces deux années passées à Rome comme le voulait la tradition, il voyagea dans toute l’Italie et en Allemagne, puis regagna Paris en 1857. L’année suivante, il composait son premier et unique ouvrage pour le théâtre, un opéra intitulé Après l’orage, écrit sur un poème d’Henri Boisseaux. Représenté aux Bouffes-Parisiens le succès fut immédiat ; le public et la critique applaudissaient cette œuvre et encensaient ce jeune talent prometteur. Déjà quelques mois auparavant, il avait attiré les faveurs de la presse lors de l’inauguration de l’établissement thermal de Salins-les-Bains, où le Tout-Paris s’était précipité. Enfant du pays, c’est lui qui avait été choisi pour diriger l’orchestre; son talent impressionna tout le monde tant son art était subtil et noble. Hélas, la mort le surprit dans les premiers jours du mois d’août 1858, à la veille de l’anniversaire de ses 32 ans. L’espérance et les promesses qu’il avait suscitées par son talent et son travail s’écroulaient à tout jamais. Comble de l’ironie, son nom n’apparaît même plus de nos jours dans les ouvrages spécialisés !
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
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Charles Galibert
Aldino Aldini
La France Musicale, 15 août 1858
Il n’y a pas encore trois mois, à l’inauguration de l’établissement de Salins, ce joli nid de verdure, ce charmant paysage moitié suisse, moitié italien, et français tout entier, français de par la géographie et l’horizon qui l’encadre de loin ; il n’y a pas trois mois, disons-nous, c’était fête à Salins. Tout le monde était dans les rues, aux abords de l’établissement fondé par M. de Grimaldi, ou dans les salles. On s’y était rendu de paris et de toutes les villes environnantes. L’orchestre mêlait sa voix multiple et harmonieusement solennelle à celle des chanteurs. Un chœur d’une expression délicieux éclatait en gerbes mélancoliques aux applaudissements d’un auditoire enthousiaste. On demandait le nom du musicien. C’était Charles Galibert, l’enfant de Salins, le jeune montagnard du Jura, un garçon épris de son art, noble cœur, âme croyante, imagination vive volonté ferme et persévérante, esprit droit ; la plus belle, la plus large et la plus poétique image de l’artiste.
Il aurait pu être tout ce qu’il eût voulu. Il décida d’être compositeur ; il travailla, il concourut, il réussit. L’Institut lui décerna le grand prix de Rome ; le jeune lauréat s’en alla puiser dans ce beau pays de la mélodie et de la poésie les inspirations les plus suaves et les plus virginales. Il nous revint quelques années après ; et que de fois en nous parlant des merveilles au milieu desquelles notre enfance avait été bercée, une larme vint mouiller nos yeux, nos yeux qui regardaient le nouvel arrivé et qui voyaient les collines fleurissantes de la Toscane, les majestueuses ruines romaines, les jardins ensoleillés de Naples, les crêtes abruptes de l’Apennin, échancrant un ciel de l’azur le plus pur ! Et nous lui rendions grâce de cette sympathie, peut-être sans qu’il eût compris pourquoi nous étions si émus !
Plus tard, l’artiste voulut essayer son talent dans une petite salle lyrique. Il demanda à son ami, à notre excellent confrère, M. Henri Boisseaux, un poème qu’il obtint facilement, car il méritait toute confiance comme camarade et comme artiste, comme frère et comme musicien. Et ce fut son premier succès. Son premier hélas ! son dernier, son unique succès.
On comprenait aisément que ce jeune talent nous arrivait d’Italie. C’étaient des mélodies d’une fraîcheur et d’une grâce qu’on rencontre rarement ici, de ces mélodies qu’on entend s’épanouir dans une atmosphère embaumée, pendant les nuits éloquentes, mystérieuses, brillamment étoilées, sur les bords de la Thyrrénéenne. L’orchestre les soutenait délicatement, comme s’il eût craint d’en froisser les ailes diaphanes ; il les entourait comme le feuillage entoure la fleur, comme les cils soyeux entourent la prunelle. Et tout le monde, amis et indifférents, que dis-je indifférents ! amis et captivés, d’applaudir autour de ce berceau qui promettait un monde.
Un coup de faux, et tout est renversé : espérances, promesses, avenir, volonté de fer, études consciencieuses, inspirations célestes, rêves de gloire, travail, talent, jeunesse, tout ! Une tombe s’est ouverte ; quelques amis ont accompagné le pauvre mort au cimetière ; on l’a descendu dans la fosse ; on a écrit quelques lignes trempées de larmes dans les journaux de la semaine ; puis le livre du pauvre Charles Galibert s’est fermé, et personne ne pensera plus à l’ouvrir pour en tourner les pages brusquement interrompues.
Non, pauvre et généreux ami, ne crains pas ; ceux qui t’ont connu ne t’oublieront jamais, ceux qui ont entendu tes premiers chants se souviendront de toi ; ils ont pleuré sur ta tombe, ils pleureront à la nouvelle de ta mort. Et quand ces lignes iront en Italie, que les amis que tu as laissés là-bas, à Rome, sauront que tu n’es plus, ils seront douloureusement surpris, et se demanderont, tristes et soucieux, pourquoi faut-il que l’arbrisseau couvert de fleurs tombe foudroyé, quand le sombre et mortel mancenillier brave la colère du ciel ?
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Émile DURAND (1830-1903)
Quel curieux personnage un peu déroutant que ce musicien : professeur d’harmonie au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, sa nature très scolastique et conservatrice lui fait critiquer son élève Claude Debussy pour son esprit novateur, alors que lui-même a écrit autrefois une aimable chansonnette intitulée Le Biniou, qui eut un grand succès populaire !
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Premières mesures de la chanson Le Biniou d'Émile Durand ( coll. DHM )
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Né en Bretagne, à Saint-Brieuc, le 16 février 1830, il reçut de son père, bon musicien amateur, ses premières leçons de musique. Après un séjour à Montpellier où sa famille s’était installée, il gagna la capitale en 1845 et fut admis au Conservatoire. Elève de Napoléon Alkan pour le solfège, de François Bazin pour l’harmonie, et de Fromental Halévy pour la composition, il décrochait en 1847 un 1er prix de solfège et un 1er prix d’harmonie et accompagnement en 1851, avant de se présenter au concours de l’Institut l’année suivante. Il sera reçu premier Second Grand Prix, derrière Charles Galibert, pour sa cantate Le Rocher d’Appenzell, sur des paroles d’Edouard Monnais.
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Claude Debussy (en 1884)
élève d'harmonie d'Émile Durand contre lequel il se rebella, d'après le portrait de Marcel Baschet. ( paru en 1932 dans L'Illustration, BNF Richelieu )
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Il se consacre ensuite entièrement à l’enseignement. Déjà nommé en 1850 professeur d’une classe de solfège au Conservatoire, alors qu’il était encore élève pour la composition, il conserve ce poste et en 1871 succède à Bazin dans sa classe d’harmonie et accompagnement. Le jeune Debussy, alors âgé d’une quinzaine d’années suivit durant trois années consécutives (1877-1880) la classe d’harmonie d’Emile Durand. Même s’il ne remporta aucune récompense dans cette discipline, malgré trois présentations successives au concours annuel, et s’il a été quelque peu critiqué par son professeur qui lui reprochait notamment son côté fantaisiste, Claude Debussy en conserva tout de même un bon souvenir puisqu’il l’a rendu dédicataire de son Trio pour piano, violon et violoncelle. On aurait pu craindre cependant que les deux musiciens se seraient définitivement brouillés, tant la rébellion du futur auteur de Pélléas et Mélisande contre l’enseignement de son professeur fut parfois violente et dura même toute sa vie. C’est ainsi qu’en 1902, il déclarait : Ce qu’on pourrait souhaiter de mieux à la musique française c’est de voir supprimer l’étude de l’harmonie telle qu’on la pratique à l’école et qui est bien la façon la plus solennellement ridicule d’assembler des sons. Elle a, de plus, le grave défaut d’unifier l’écriture à un tel point que tous les musiciens, à quelques exceptions près, harmonisent de la même manière. Le vieux Bach, qui contient toute la musique, se moquait, croyez-le bien, des formules harmoniques. Il leur préférait le jeu libre des sonorités, dont les courbes, parallèles ou contrariées, préparaient l’épanouissement inespéré qui orne d’impérissable beauté le moindre de ses innombrables cahiers...1
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Le Pont-Neuf vu de la berge (Paris). Eau-forte par Ch. Pinet ( Coll. D.H.M. )
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En 1856, Emile Durand écrivit la chanson Le Biniou, sur des paroles d’Hippolyte Guérin. Elle obtint un immense succès qui obligea l’auteur à la transcrire pour différents instruments. Celle-ci est toujours rééditée de nos jours chez Salabert ! Sa mélodie Comme à 20 ans, sur des paroles d’Emile Barateau, écrite deux ans plus tard, obtiendra également un succès populaire et prolongé. S’il a écrit beaucoup de mélodies et de chansons, dont une bonne partie sur des paroles de son compatriote Théodore Botrel, il est également l’auteur d’un opéra-comique en un acte : L’Elexir de Cornelius (Fantaisies-Parisiennes, 3 février 1868), d’une pochade musicale en un acte : L’Astronome du Pont-neuf (Théâtre des Variétés, 18 février 1869) et d’une fantaisie pour hautbois, violon et clarinette avec accompagnement de piano : Sourires de Bretagne (1888).
On a reproché à Emile Durand de privilégier la technique aux dépens de l’art et de faire preuve de trop de sévérité envers ses élèves. Sans doute est-ce en partie exact, mais à sa décharge il faut reconnaître que ce fut un pédagogue appliqué, très soucieux de transmettre son savoir à ses jeunes élèves.
En tant que pédagogue, on lui doit un Traité d’harmonie théorique et pratique (2 volumes, Leduc, Paris, 1881), un Traité d’accompagnement pratique au piano (Leduc, 1884), un Traité de composition musicale (Leduc, 1899) et quelques autres ouvrages de la même veine : un Solfège élémentaire, un Solfège mélodique, un Traité de transposition... Tous ses ouvrages ont longtemps fait autorité dans les écoles de musique.
Emile Durand a pris sa retraite du Conservatoire en 1883 et s’est retiré dans sa maison de Neuilly-sur-Seine où il est décédé le 7 mai 1903.
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE 2
La Bibliothèque nationale du Québec propose en ligne deux enregistrements anciens de la mélodie d'Émile Durand Comme à vingt ans : http://www4.bnquebec.ca/musique_78trs/mc119.htm
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1) Paru dans le premier numéro (octobre 1902) de la revue Musica, en réponse à une enquête de Charles Joly portant sur la possibilité de prévoir la musique de demain...
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2) Absent des principaux dictionnaires de musique, on trouve cependant quelques informations sur Emile Durand dans la Biographie universelle des musiciens... de Fétis et dans le Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne de Véfa de Bellaing (Ouest éditions, 1992).
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1854
Adrien BARTHE (1828-1898)
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Adrien Barthe, vers 1875 ( Photo Truchelut, Paris, BNF Richelieu )
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Mme Adrien Barthe-Bandelari, vers 1860 ( lithographie d'Adrien Lemoine, d'après une photographie d'Eugène Hallier, BNF Richelieu )
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Grat-Norbert, dit Adrien Barthe, né à Bayonne, le 7 juin 1828, mort à Asnières, le 13 août 1898, a fait ses études musicales au Conservatoire de Paris, notamment dans la classe de composition de Leborne. Premier Grand Prix de Rome en 1854, avec sa cantate Francesca de Rimini, il a ensuite enseigné l'harmonie au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, à partir de 1878 et s'est livré à la composition. On lui doit notamment deux opéras : Don Carlos et La Fiancée d'Abydos, et un oratorio intitulé Judith.
D.H.M.
Victor DELANNOY (1825 – 1887)
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Victor Delannoy par J. Darcourt ( aimablement communiqué par l'École nationale de musique de Roubaix )
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Humble professeur de violon au conservatoire de Lille et directeur de celui de Roubaix (Nord), Victor Delannoy, lauréat du Prix de Rome de composition musicale, fait partie de cette race d'artistes qui consacrent leur vie, non pas à courir derrière les honneurs et autres titres honorifiques, mais à transmettre aux autres leur science musicale et leur passion pour cet art si difficile. Il a laissé peu de souvenirs dans la mémoire collective, mais néanmoins on conserve de lui une oeuvre qui n'est pas dénuée d'intérêt.
Né à Lille le 25 septembre 1825, Victor-Alphonse Delannoy fréquente en premier lieu le Conservatoire de sa ville natale où il est l'élève de violon de Muller. Dans cette classe, Edouard Lalo, son aîné de deux années, l'avait précédé de quelques mois. En 1849, il est engagé pour la saison comme premier violon à l'orchestre du Grand Théâtre de Lille, alors dirigé par Prilleux et peu après gagne Paris afin d'achever ses études musicales au Conservatoire. Là, il travaille la composition avec Halévy qui le mène au concours du Prix de Rome et en 1854 remporte le 1er Second Grand Prix, derrière Adrien Barthe, avec la cantate Francesca da Rimini, sur des paroles d'Emile Baunaure.
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École de musique de Roubaix au début du XXe siècle. ( DR )
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Après l'obtention de son prix de Rome, Victor Delannoy regagne sa région natale et se livre à l'enseignement. C'est ainsi qu'il entre au Conservatoire de Lille, devenu depuis 1826 l'une des deux succursales (avec Toulouse) de celui de Paris, pour y professer le violon. En 1858, une classe d'harmonie est ouverte et c'est à lui qu'elle est confiée. A cette époque, cet établissement comportant une quinzaine de classes recevait environ 400 élèves. En 1875, il quitte son poste lillois, le laissant à Henri Bénard par ailleurs chef d'orchestre de la Société des concerts du Cercle du Nord et de celui du Grand Théâtre de Lille, pour s'installer définitivement à Roubaix. Dans cette ville il se consacre alors pleinement à la direction de l'Ecole de musique, qu'il assure déjà depuis 1857, tout en dirigeant la "Grande Harmonie". C'est d'ailleurs à l'intention de cette formation qu'il compose ses pièces pour orchestre d'harmonie, publiées principalement chez l'éditeur parisien G. Goumas : Ouverture, Air varié, Grande Fantaisie, Grande marche triomphale, Grande ouverture, Marche aux flambeaux, Marche triomphale... A sa tête, il avait eu l'occasion de se produire devant Léopold II de Belgique, ainsi que devant l'Empereur Napoléon III lors de sa visite à Roubaix en 1863. Auparavant, lorsqu'il était à Lille, Victor Delannoy avait dirigé durant quelque temps la "Musique des Canonniers sédentaires".
Ses activités d'enseignant et artistiques lui valent les palmes d'Officier d'Académie en 1878, puis de l'Instruction publique en 1886, mais il s'éteint l'année suivante, le 26 octobre 1887, à Roubaix, quelques mois après avoir pris sa retraite de l'Ecole de musique. Parmi ses élèves, citons Clément Broutin qui, après avoir rejoint le Conservatoire de Paris, sera Grand Prix de Rome en 1878.
En dehors des pages pour orchestre d'harmonie déjà citées, Victor Delannoy a composé quelques oeuvres de musique de chambre, entre autres une Elégie pour violoncelle et piano, (S. Lévy), des mélodies : La Fauvette captive, Nid et berceau (Langlet) et surtout des pièces pour piano, parmi lesquelles : L'Entraînant, Le Retour, Le Ruisseau, Babillarde, Rêve de jeune fille... Sous le Second Empire ses compositions jouirent de quelques succès dans les salons parisiens et certains de ses thèmes furent repris par d'autres compositeurs, notamment par Pierre Adam qui, en 1852 à Paris (E. Challiot), publia Gaité champêtre, quadrille sur des motifs de Théophile Semet et Victor Delannoy pour piano, flûte, tambourin, violon.
Bien ce que patronyme Delannoy se rencontre assez couramment dans le Nord, il n'est pas impossible que notre compositeur ait certaines attaches familiales avec Louis Delannoy, né et mort à Lille (début XIX° - février 1894), qui fut violoncelliste à l'orchestre du Grand Théâtre de Lille durant un demi-siècle et professeur de solfège au Conservatoire de cette même ville.
D.H.M.
Eugène VAST (1835-1911)
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L'église Saint-Germain l'Auxerrois lors de la procession de la Fête-Dieu en 1830, quelques années avant la nomination d'Eugène Vast aux grandes-orgues.
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" Homme de belle prestance, grand, droit, mais sans rien de pompeux ; moustaches et cheveux blancs ; des joues bien roses, signes d’une excellente santé et des yeux d’un bleu le plus éclatant. Sa voix ressemble à celle d’un moine prononçant des paroles de réconfort..., musicien accompli, écrivain, lecteur, penseur, excellent causeur... ", ainsi s’exprimait Fannie Edgar Thomas, critique musical du journal The Musical Courier de New-York dans son article du 30 mai 1894, parlant d’Eugène Vast qu’elle avait rencontré à Paris dans sa tribune de Saint-Germain-l’Auxerrois.
Normand de naissance, puisque né à Fontaine-la-Soret (Eure) le 4 juillet 1835, où le gendre de Mme Récamier recevait les célébrités littéraires et politiques de l’époque dans son prieuré St-Eloi qu’il avait acquis, Eugène-Antoine Vast eut sans doute l’occasion de croiser quelques notabilités dans sa tendre enfance avant de gagner la maîtrise de Notre-Dame de Paris dès l’âge de 9 ans. Il bénéficia là de l’enseignement d’Alexandre Boëly, alors professeur de piano, et de celui de Félix Danjou qui tenait la classe d’orgue. Peu de temps avant son arrivée à Notre-Dame, un chœur de 700 orphéonistes dirigés par Joseph Hubert avait chanté le 25 décembre 1842 la Messe pontificale en plain-chant à quatre parties. Cette formation de haut niveau lui permit d’intégrer facilement le Conservatoire de Paris où il obtenait notamment un 1er prix d’orgue en 1853, dans la classe de François Benoist. L’année suivante un deuxième second Grand Prix de Rome lui était décerné pour sa cantate Francesca da Rimini. Son maître Alexandre Boëly l’avait choisi, alors qu’il était âgé d’une quinzaine d’années, pour le suppléer aux claviers des grandes orgues de Saint-Germain-l’Auxerrois qu’il touchait depuis août 1840. L’instrument, était celui de la Sainte-Chapelle du Palais, acheté par la paroisse lors de sa fermeture en 1791. Construit en 1771 par François-Henry Clicquot et Pierre Dallery, il fut remonté à St-Germain-l’Auxerrois par Claude-François Clicquot et François Dallery, les successeurs respectifs des facteurs précédents. A l’époque où il était joué par Eugène Vast, après plusieurs interventions des Dallery, cet orgue comprenait alors 37 jeux répartis sur 3 claviers et un pédalier. En octobre 1851 lorsque Alexandre Boëly bien que considéré à cette époque comme l’un des plus grands organistes français, fut licencié par un curé sectaire qui l’accusait tout bonnement de jouer une " musique trop grave, trop religieuse et pas assez divertissante ", c’est Eugène Vast qui était choisi pour lui succéder. Il restera à cette tribune durant près de 60 ans, jusque 1909 !
Esprit curieux, Eugène Vast possédait dans son appartement une belle bibliothèque qui contenait notamment des livres de voyages dans le monde entier. Fannie Thomas, la journaliste américaine qui l’avait rencontré en 1894, ajoutait même que ce normand de Paris connaissait beaucoup plus de choses qu’elle sur l’Amérique ! Professeur de chant dans une école municipale de Paris, au sein d’une société chorale, autrement appelée orphéon, il prenait un réel plaisir à enseigner ainsi la musique aux jeunes élèves des écoles publiques. Rappelons que c’est à Bocquillon-Willhem en 1818 que l’on doit l’introduction de l’enseignement du chant dans les écoles municipales. Charles Gounod en personne fut même un temps, en 1852, directeur général de tous les orphéons de Paris , poste qui sera occupé plus tard par François Bazin (1873) et Adolphe Danhauser (1878).
Si Eugène Vast a composé, c’est surtout dans le domaine de la musique religieuse qu’il s’est exercé. Ses ouvrages n’ont pas réussi à traverser les siècles, seules quelques pièces, parmi lesquelles un Largo religioso pour harpe, violon et violoncelle, destiné aux cérémonies de mariage, nous sont parvenues. Il est mort à Paris le 21 février 1911.
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE