Premier prix de piano en 1867, ce musicien, oublié de nos jours, a eu autrefois son heure de gloire comme auteur de cours de musique et pédagogue. Durant longtemps, tous les jeunes élèves des classes élémentaires ont en effet étudié au cours de leur scolarité ses ouvrages La Première année de musique, solfège et chants, à l’usage de l’enseignement élémentaire (Paris, Librairie Armand Colin,1886, in-8, 144 pages) et La Deuxième année de musique, solfège et chants, chœurs à l’unisson et à deux et trois parties (Paris, Librairie Armand Colin, 1890, in-8, 340 pages). Réédité à de très nombreuses reprises (70e édition en 1931), le premier recueil, comportant des " leçons, résumés, 154 exercices, 55 chœurs à l’unisson ou à deux parties, 50 devoirs, questionnaires et lexique ", arborait fièrement en page de garde cette devise de l’auteur " Crier n’est pas chanter " et ce mot de Saint-Saëns : " Les solfèges les plus simples sont les meilleurs. " Parmi les nombreuses élèves que Marmontel forma dans sa classe de piano pour femmes au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, entre 1901 et 1907, l’une d’elle a plus particulièrement marqué l’histoire du piano. Magda Tagliaferro (1894-1986), ambassadrice de la musique française aux Etats-Unis, puis au Brésil, dont les cours publics à la salle Cortot de l’Ecole normale de musique étaient très prisés dans les années cinquante, avait en effet obtenu son 1er prix de piano dans sa classe.
Né à Paris le 24 novembre 1850, Antonin-Emile-Louis Corbaz-Marmontel reçut ses premières leçons de piano auprès son père Antoine-François Marmontel, brillant pianiste et pédagogue qui compte parmi ses plus illustres élèves Georges Bizet, Vincent d’Indy, Francis Planté, Louis Diémer, Emile Paladilhe, Albert Lavignac et Marguerite Long. Il avait vu le jour le 18 juillet 1816 à Clermont-Ferrand. Elevé par son grand-père, neveu et filleul du littérateur Jean-François Marmontel1, c’est lui qui l’avait conduit en 1828 au Conservatoire de Paris, suivant les conseils d’Onslow. Entré dans la classe de piano de Zimmerman, auquel il succédera en 1848, il avait obtenu un 1er prix en 1832. Dans cette classe qu’il occupa jusqu’en 1887 et qui devint rapidement la plus renommée de Paris, fut formée toute l’élite des pianistes français de la seconde moitié du XIXe siècle. Décédé le 15 janvier 1898 à Paris, Antoine-François Marmontel, à l’époque où il donnait des leçons particulières, compta parmi ses toutes premières élèves Léopoldine Hugo2, alors âgée d’une dizaine d’années...
Antonin, précocement doué pour la musique, entra au Conservatoire à l’âge de 10 ans et dès 1862 obtenait une 1ère médaille de solfège. Peu après il retrouvait son père dans sa classe de piano et décrochait le 1er prix en 1867 avec l’interprétation 1er solo du 2e Concerto en fa mineur de Chopin. Deux années plus tard il recevait un 1er prix d’harmonie et accompagnement, et l’année suivante, un 2ème prix de contrepoint et fugue dans la classe de François Bazin. En 1873 il se présentait au Concours de Rome avec la scène lyrique à trois voix Mazeppa de Thémines de Lauzières ; le jury lui décernait une mention honorable. Il ne fut pas plus chanceux aux Concours de 1874 avec la cantate Acis et Galatée d’Adenis, et de 1875 avec Clytemnestre de Roger Ballu car ses ouvrages ne furent même pas récompensés !
Une fois ses études achevées, Marmontel restait au Conservatoire comme professeur où il fut nommé en février 1875 répétiteur de solfège ; poste dont il démissionna en 1881. Il se consacrait ensuite à ses activités de second chef des chœurs de l’Opéra (1878 à 1889), tout en étant membre du comité d’examen de solfège, de piano et harpe du Conservatoire à partir de décembre 1896. En 1901 il succédait à Raoul Pugno dans sa classe de piano (femmes) du Conservatoire.
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La Première année de Musique... ( coll. D.H.M. )
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Compositeur fécond, l’œuvre pianistique d’Antoine Marmontel n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Ses quelques 150 pièces, même si elles sont habilement écrites comme le soulignait Georges Humbert en 1913, ne sont guère plus jouées de nos jours. Parmi celles-ci, notons chez Lemoine : Angélus, Caprice, En chasse, Impromptu, Intermezzo et Scherzetto, L’Enchanteresse, Novelette, Valse lente, Valse Mazurka et une Sonate pour piano, op. 13 ; et chez Heugel : Arabesques, Autrefois, Balancelle, Barcarolle, Courante, Feuillet d’album, Le Long chemin, Le Ruisseau, Prélude, Toccata, Valse sérénade… On lui doit également quelques mélodies : Fleur de l’Onde (Durand), Sérénade (Le Ménestrel), Sylvie (Avocat), mais ce sont surtout ses ouvrages didactiques qui le firent connaître. En dehors de La Première année de musique et La Deuxième année de musique, qui reçurent l’approbation de ses pairs, notamment Ambroise Thomas, Jules Massenet, Camille Saint-Saëns, Charles Gounod, Léo Delibes, Ernest Reyer qui écrivaient en juin 1886 : " M. A. Marmontel a su éviter la sécheresse inhérente aux traités élémentaires ; il a su allier tout à la fois les exigences de la pédagogie et de l’art, en donnant comme application des principes un choix de morceaux à la portée de ses jeunes lecteurs, et empruntés surtout au répertoire moderne, ce qui n’avait pas encore été fait jusqu’à présent ", Antonin Marmontel a écrit des Exercices de première année de musique, solfège et chants…à l’usage de l’enseignement élémentaire (Paris, Librairie Armand Colin, in-8, 144 pages), complément de La Première année de musique dont ils suivent pas à pas l’ordre et les divisions ; deux méthodes : Enseignement progressif et rationnel du piano (Heugel) et Le Mécanisme du piano (Heugel) ; et des pages destinées aux jeunes pianistes : L’Art de déchiffrer comportant 100 Etudes (Heugel), L’Art de déchiffrer à 4 mains, 50 Etudes (Heugel), Petites Etudes mélodiques de mécanisme (Heugel)…
Officier de l’Instruction publique (1889), chevalier de la Légion d’honneur, Antonin Marmontel est mort subitement le 23 juillet 1907, à l’âge de 56 ans, dans son appartement parisien 4 rue des Calais, des suites d'une attaque d'apoplexie. Reconnu par ses pairs, il fut dédicataire de nombreuses œuvres, notamment la Mascarade pour piano d’Emile Artaud (O’Kelly, 1879), le Prélude pour piano de René Baillot (dans 26 Menus propos, op. 37, Richault, 1880), les Valse n° 6 et Valse n° 9 de Reynaldo Hahn (Le Ménestrel, 1898), et le Prélude en la bémol majeur pour piano de Mel Bonis (Leduc, 1901).
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
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1) Jean-François Marmontel, né le 11 juillet 1723 à Bort-les-Orgues (Corrèze), décédé d'apoplexie le 31 décembre 1799 au hameau d'Habloville, commune de Saint-Aubin-de-Gaillon (Eure), protégé de Voltaire, directeur du Mercure de France (1758), historiographe de France (1771), secrétaire perpétuel de l'Académie Française (1783), s'il est connu pour ses activités d'écrivain et de polémiste (Contes moraux, Bélisaire, les Incas...), avait également quelques goûts prononcés pour la musique. On lui doit en effet de nombreux livrets d'opéras de Rameau (Lysis et Délie, La Guirlande, Les Sybarites), Philidor (Persée), Grétry (Le Huron, Lucile, L'Ami de la maison, Zémire et Azor) Cherubini (Démophon), Piccini (Didon, Roland, Le Dormeur éveillé, Pénélope)..., un Essai sur les révolutions de la musique en France (1777) et des articles sur la musique rédigés pour la célèbre Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751-1772). Il avait épousé Marie-Adélaïde de Montigny, nièce de l'abbé Morellet, philosophe et écrivain, qui lui donna 3 enfants.
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2) Fille aînée de Victor Hugo, Léopoldine, née le 28 août 1824 de son union avec Adèle Foucher, est tragiquement morte noyée dans la Seine, le 4 septembre 1843 à Villequier (Normandie), en même temps que son jeune mari Charles Vacquerie qu'elle avait épousé 6 mois auparavant; elle n'avait pas atteint sa vingtième année. Ce drame va inspirer à Victor Hugo quelques uns de ses poèmes les plus poignants, notamment Demain, dès l'aube... (Les Contemplations - Livre IV - XIV 3 septembre 1847) :
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
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1874
Léon EHRHART (1854-1875)
Triste destinée encore que celle de ce brillant Prix de Rome : considéré comme un musicien de grand avenir par son professeur de composition au Conservatoire de Paris, la mort le fauchait à l’âge de 21 ans durant son séjour en Italie.
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Alexis Chauvet (1837-1871), organiste et compositeur, professeur d'orgue de Léon Ehrhart ( photo Braun )
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Alsacien de naissance, puisqu’il vint au monde à Mulhouse le 11 mai 1854 (fils de Valentin Ehrhart, instituteur), il apprit la musique dans sa ville natale auprès de Joseph Heyberger, futur professeur de solfège au CNSM (1872) et chef de chant à la Société des Concerts du Conservatoire (1874). Il gagnait ensuite la capitale et devint l’élève particulier de l’excellent organiste Alexis Chauvet au moment où celui-ci quittait St-Merry pour prendre possession du grand Cavaillé-Coll de la Trinité. Il rejoignait également le Conservatoire de Paris, où l’avait d’ailleurs précédé quelques décennies auparavant son homonyme Charles Ehrhart, originaire de Colmar, qui avait obtenu un 2e prix de cor en 1825 et qui fit carrière dans les variétés. A l’âge de 16 ans, Léon Ehrhart obtenait un 2e accessit de contrepoint et de fugue en 1870 et la même année un 1er prix d’orgue dans la classe de François Benoist. Henri Reber, son professeur de fugue et de composition au CNSM, alsacien originaire également de Mulhouse, membre de l’Institut, inspecteur des conservatoires, qui avait succédé à Halévy en 1862 dans sa classe de composition, le mena au Concours de composition de l’Institut, où il se présentait la première fois en 1872, tout juste âgé de 18ans. La cantate Calypso, sur un texte de M. Roussy lui valut un second Prix. Il concourrait à nouveau vainement l’année suivante, avec la cantate Mazeppa et en 1874 cette fois-ci le sujet proposé, Acis et Galatée, sur des paroles d’Eugène Adenis lui permettait de remporter le 1er Grand Prix. A cette époque il écrivait un prologue musical La Muse populaire pour l’inauguration du Théâtre du Châtelet transformé en Théâtre lyrique. Le 28 janvier 1875, Léon Ehrhart arrivait dans la ville éternelle, où il travaillait ardemment à la composition d’un grand oratorio, et surtout d’un opéra-comique intitulé Maître Martin. Alors qu’il achevait l’écriture de cette œuvre, il décida de quitter Rome durant quelque temps pour des raisons de santé..., mais laissons à présent la parole à l’un de ses rares biographes au XIXe siècle, Arthur Pougin, qui rapporte sa mort tragique dans le supplément (1878-1880) de sa Biographie universelle des musiciens de Fétis :
Vers le mois de septembre 1875, craignant, vu sa complexion délicate, d'être exposé aux fièvres qui sévissent souvent à Rome pendant l'automne, il s’éloigna de cette ville et se rendit à Venise. L’infortuné n’avait fui un danger que pour tomber dans un autre; à peine était-il installé à Venise, qu'il y fut pris par les fièvres des lagunes. Ne voulant pas rester, seul et malade, dans une ville ou il ne connaissait personne et où il ne saurait comment se faire soigner, Ehrhart, malgré son état de souffrance, prit le chemin de fer pour retourner à Rome. Hélas ! il n’eut même pas le temps d’y arriver. Pendant ce court voyage, le mal fit des progrès d’une rapidité effroyable, des progrès tels qu’Ehrhart fut obligé de s'arrêter à Porretta, petit pays situé près de Florence, et qu’il mourut là, à l'âge de 21 ans, le lundi 4 octobre1875.
Il n’est pas besoin de rajouter que Léon Ehrhart, musicien si doué à l’avenir prometteur, est totalement retombé dans l’oubli et que son nom même est inconnu des biographes du XXe siècle ! Néanmoins, rendons grâce au professeur Paul-Philippe Meyer qui a entrepris récemment de nouvelles recherches afin de tenter de faire revivre son œuvre.
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
La mort de Léon EHRHART
L'annonce du décès d'un pensionnaire de l'Académie de France à Rome va susciter une nombreuse correspondance pour son directeur, le peintre Eugène Lenepveu6 . A cette occasion, nous dit l'historien François Fossier1, "il apporta beaucoup de sollicitude au rapatriement du corps du pensionnaire musicien Ehrhart, mort d’une rupture d’anévrisme en Émilie."
Dans le certificat officiel en date du 12 février 1876, transmis à la Villa Médicis, le docteur Roberto Magnanelli, qui constata le décès, déclare que "la maladie dont souffrait le pensionnaire était un anévrisme à la paroi postérieure de l'arc de l'aorte, et dont la rupture fut l'unique et indubitable cause de la mort, survenue le soir du 4 octobre dans cette gare ferroviaire de Porretta." Station thermale réputée sur la commune de Casio Casola, Porretta se situe aux alentours de Vergato, province de Bologne en Emilie, et à quelque 200 km de Venise d'où s'était embarqué, déjà souffrant, le malheureux musicien. Léon Ehrhart a donc succombé à une hémorragie interne fatale.
S'est associé spontanément au deuil qui vient de frapper la Villa Médicis, l'Ambassadeur de France auprès du Saint-Siège ; il aura la délicate attention d'ordonner un service à la paroisse française de Rome, Saint-Louis-des-Français. Initiative qui entraîne la protestation de la paroisse Sant' Andrea delle Fratte dont dépend la Villa. Courtoisement, le directeur Lenepveu s'empresse de préciser qu'à Saint-Louis, n'a été célébré qu'un service du souvenir à la seule initiative de notre Ambassadeur auprès du Saint-Siège et qu'en fait, les obsèques avaient eu lieu à Porretta, là où la mort avait frappé le jeune pensionnaire.
Comme Lenepveu l'avait promis à Madame Ehrhart, le souvenir de son fils sera préservé en cette église même de Saint-Louis-des-Français par un monument, qui se réduira en fait à une plaque commémorative3.
Au-delà des condoléances officielles, il y a l'émotion sincère - la correspondance en fait foi - devant cet événement douloureux, mais déjà survenu avec les décès à Rome des pensionnaires Maréchal (1847) et Bonnardel (1856), tous deux sculpteurs, la disparition brutale d'un jeune artiste qui "avait déjà fourni des preuves d'un talent réel" comme l'écrit le ministre H. Wallon. Entendant satisfaire à la demande de Mme Thérèse Ehrhart, soucieuse du retour en France du corps de son fils, le ministère va charger Lenepveu d'organiser ce rapatriement. Selon un arrêté de Paris en date du 20 mars 1876, un mandat ordonnancé en son nom viendra rembourser les frais globaux s'élevant à 2124 Francs.
Hommage parisien
C'est ainsi qu'après avoir été inhumée provisoirement en Emilie, au cimetière de Porreta, la dépouille de Léon Ehrhart effectuera son ultime voyage "dans un cercueil de zinc et de bois", nous dit-on, vers la France où l'attend, quelque six mois après son décès, l'hommage du Ministère des Beaux-Arts, lequel tient à faire savoir publiquement et très précisément son rôle:
"Vous êtes prié d'assister aux Convoi, Service et Enterrement de Monsieur Léon Ehrhart, pensionnaire de l'Académie de France à Rome, mort subitement à Poretta, près de Florence, le 4 octobre 1875 dans sa 21ème année et dont les restes mortels ont été transportés en France par les soins et aux frais du Ministère des Beaux-Arts.
Les obsèques auront lieu en l'église de la Madeleine le jeudi 23 mars 1876 à 11 h très précises. On se réunira à l'église.
De Profundis.
De la part de Madame Vve Ehrhart, sa mère, de sa famille et de tous ses Amis.
Paris, le 17 mars 1876."
Ce faire-part, rédigé au nom de sa mère, Mme Veuve Ehrhart, a pris place dans les archives retrouvées par les soins du professeur Paul-Philippe Meyer4, directeur de l'orchestre de l'Université de Haute-Alsace. Alors que la trace d'Ehrhart semblait s'être à jamais effacée dans sa ville natale de Mulhouse, le 10 novembre 2007, le chœur de l'U.H.A sous sa direction a fait entendre avec succès au Temple Saint-Etienne Pendant la Tempête et Printemps. Il s'agit là des cantates d'essai au Prix de Rome, auquel Léon Ehrhart s'était présenté à plusieurs reprises avant son obtention en 1874 ; elles font parties des manuscrits que le professeur Meyer a été amené à découvrir à la Bibliothèque Nationale de France5.
Au cours de ce concert, où l'on a pu entendre pour la première fois les oeuvres d'Ehrhart, était également au programme l'oratorio Gallia de Charles Gounod, membre de l'Académie des Beaux-Arts sous le directorat de Lenepveu. Composé pour l'ouverture de l'Exposition Internationale de 1871 à Londres, Gallia été donné une première fois à Mulhouse le 23 novembre 1889. Saluons au passage ce bel acte de courage de la part de Gounod qui osa faire entendre, dans une Alsace allemande, son texte français évoquant clairement les événements de 1870 et leurs conséquences !
Au XXe siècle, le compositeur et maître de chapelle de la Madeleine, Joachim Havard de la Montagne, fut l'un des premiers à redonner en concert Gallia. C'était le 22 mars 1983 à l'église de la Madeleine, là même où avaient été célébrées en 1876 les obsèques françaises6 de Léon Ehrhart.
France Ferran
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1) Eugène Lenepveu (1819-1898) directeur de la Villa Médicis de 1873 à 1878, Grand Prix de Rome de peinture en 1847. Sa plus belle réalisation est le plafond de l'Opéra Garnier qui dut céder sa place en 1964 à celui de Chagall.
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2) On doit à François Fossier, professeur d'Histoire de l'Art contemporain à l'Université Lyon 2, l'édition de la correspondance des Directeurs de l'Académie de France à Rome, mise en ligne depuis mars 2007, celle de J.E. Lenepveu, constituant le tome XI.
(http://www.bibliotheque-institutdefrance.fr/actualites/Corr.dir.Villa.Medicis.html) [ Retour ]
3) Rapporté dans un article du Dr M.Mutterer, consacré à Ehrhart, in le "Bulletin du Musée Historique de Mulhouse", année 1929 : A l'église Saint-Louis des Français de Rome, dans la cinquième chapelle de droite, faisant face à celle où se trouvent les fresques célèbres du Caravage représentant des scènes de la vie de Saint Matthieu, on voit dans le mur une plaque de marbre portant l'inscription suivante : " A la mémoire de Léon Ehrhart, musicien-compositeur, Grand Prix 1874, né à Mulhouse en 1854, mort à Porretta le 4 octobre1875".
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4) Paul-Philippe Meyer, professeur agrégé en musicologie et histoire culturelle, directeur de l'Orchestre et du Chœur de l'UHA, membre du CRESAT (Centre de Recherches sur les Economies, les Sociétés, les Arts et les Techniques), laboratoire de recherches basé à l'UHA à qui nous devons de précieuses informations sur Ehrhart.
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5) Relevés détaillés dus à Paul-Philippe Meyer, concernant les manuscrits, conservés à la BNF, rue de Louvois, Paris :
MS 7066 : regroupe la Cantate Pendant la tempête pour chœur mixte et orchestre, datée du 23 mai 1872, et Calypso, datée du 21 juin 1872.
MS 6378 : Suite d'orchestre : n°1 Prélude (80 mesures) - n°2 Intermezzo (env. 180 mesures), datée du 10 janvier 1874.
MS 7065 : en première page, le faire-part des obsèques parisiennes (voir infra). Puis, la Fugue à 4 parties, datée du 20 mai 1872, la cantate Printemps pour chœur mixte et orchestre, datée du 21 mai 1874, et enfin Acis et Galatée (210 pages), datée du 24 juin 1874.
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6) Dans le faire-part de décès, il est question d'assister également à l'enterrement qui dut se faire dans un cimetière parisien. C'était, nous précise P.P. Meyer, peu de temps après les événements de la guerre de 1870, l'Allemagne avait laissé aux Alsaciens jusqu'en 1872 le choix de garder la nationalité française et de quitter le territoire alsacien ou de rester en Alsace et devenir allemand. Ceci n'a pas empêché certains Français de rester en Alsace avec des autorisations, notamment des industriels. Dans le cas de Léon Ehrhart, il n'avait pas trop le choix. En effet pour devenir Prix de Rome, il fallait être français, d'autre part il échappait aux obligations du Service militaire à effectuer sous le drapeau allemand.
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1875
André WORMSER
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André Wormser (1851-1926), élève de Marmontel et de Bazin au Conservatoire de Paris, Grand Prix de Rome en 1875 avec la cantate Clytemnestre. Son plus grand succès fut la pantomine L'Enfant prodigue, donnée à Paris le 14 juin 1890. On lui doit également d'autres oeuvres scéniques (ballets, opérettes, vaudevilles...), des symphonies, des choeurs, des mélodies et des pages pour piano. Photographié ici en 1903 lors du premier Concours Diémer. ( photo X..., Musica, mai 1912 )
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1876
Paul HILLEMACHER
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Paul Véronge de la Nux au début des années 1900 ( photo X... )
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Paul VÉRONGE DE LA NUX (1853- ap.1911)
Né en 1853 dans l’Ile de la Réunion, Paul Véronge de la Nux est issu d’une vieille famille française du Languedoc, les Desricourt de Lanux, qui s’installérent autrefois dans l’Ile Bourbon. Arrivé en métropole très tôt, il rejoignit le Conservatoire national supérieur de musique de Paris à l’époque où Ambroise Thomas venait de succéder à François Auber à la tête de ce vénérable établissement. Théodore Dubois et Emile Pessard y enseignaient alors l’harmonie, Marmontel le piano, Victor Massé et François Bazin, la composition. Après avoir obtenu des Prix d’écriture et de piano, il se présenta en 1874 au concours de composition de l’Institut (Prix de Rome) et fut récompensé par un premier Second Grand Prix, derrière Léon Ehrhart, avec la cantate Acis et Galatée sur des paroles d’Eugène Adanis. Deux ans plus tard il décrochait un deuxième Premier Grand Prix, derrière Paul Hillemacher, avec la cantate Judith, après s'être vainement présenté en 1875 avec la scène lyrique Clytemnestre...
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Signature autographe de Paul Véronge de la Nux, mai 1904 ( Coll. D.H.M. )
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Paul de La Nux fut notamment chef de chant au Théâtre de la Renaissance. Situé au numéro 20 du boulevard Saint-Martin, à Paris, il avait été construit en 1873 par l’architecte Lalande. On y donnait des petites opérettes de Charles Lecocq: Giroflé-Girofla (11 novembre 1874), La Petite Mariée (21 décembre 1875), La Marjolaine (3 février 1877), Le Petit Duc (20 novembre 1878) ou d’Offenbach : Belle Lurette (1880). Sarah Bernhardt en assura la direction de 1893 à 1899, puis Lucien Guitry à partir de 1903. C’est là que furent créés Crainquebille d’Anatole France, Lorenzaccio d’Alfred de Musset et la Ville Morte de d’Annunzio.
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Fragment d'une Berceuse de Paul Véronge de la Nux, paroles de A. Brohan, publiée dans La Première année de musique, solfège et chants de A. Marmontel destinée aux élèves des cours élémentaires (Paris, Librairie Armand Colin, 1906) ( Coll. D.H.M. )
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Si notre Prix de Rome est surtout connu pour ses cycles de mélodies, on lui doit également au moins une Ouverture symphonique (envoi de Rome, 1878), et trois opéras : David Rissio sur un livret italien (envoi de Rome, 1878), Lucrèce et surtout Zaïre, en 2 actes, sur un livret de MM. Edouard Blau et Louise Besson, joué à 10 reprises à l'Opéra de Paris. Lors de la première le 28 mai 1890, la critique ne fut pas très emballée. Si l'on félicita les librettistes d'avoir bien collé à l'action de la tragédie de Voltaire, on reprocha au compositeur une certaine banalité de sa musique, avec l'emploi de "formules rythmiques, mélodiques ou instrumentales les plus familières...", et "de tournures gauches et gênées, dans l'embarras d'une déclamation pénible..." [Camille Bellaigue]. On mit d'ailleurs cela sur le compte de l'inexpérience et la jeunesse de Véronge, mais on reconnut cependant certaines qualités dans cette œuvre laissant apparaître un talent à venir, notamment la puissance de son orchestration, comme par exemple dans la marche bien développée du second acte, et certains passages émouvants : effet pathétique de la déclamation de Lusignan dans le 1er acte, première entrée de Zaïre après un chœur oriental agréable, duo de Zaïre et Fatime... La soprano Emma Eames, la rivale de Nelly Melba à Londres, et le baryton-basse Jean-François Delmas, créateur en France de plusieurs opéras de Wagner, tenaient les deux rôles principaux.
Véronge de la Nux a écrit aussi des morceaux de concours, notamment pour clarinette et pour trombone, qui ont connu un certain succès en leur temps. La Maison de disques REM a enregistré récemment une mélodie pour clarinette et piano de ce compositeur, intitulée Morceau de concours, avec Hervé Cligniez à la clarinette et Cyril Goujon au piano1.
Chevalier de la Légion d’honneur (1903), Paul Véronge de la Nux est décédé après 1911.
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
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1) Disque REM 311300 XCD intitulé Le Chant du pâtre, œuvres pour clarinette et piano. Autres morceaux : Louis Ganne : Le Chant du Pâtre, Léon Delcroix : Sérénade, Ernest Fanelli : Humoresque n° 1, Gabriel Pierné : Canzonetta - Sérénade, Paul Ladmirault : Sonate pour clarinette et piano, Rhapsodie gaélique (extraits) et Georges Marty : Première Fantaisie.
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Amédée DUTACQ (1848-1929)
Article et illustrations sur cette page.
1877
Pas de premier prix
Claudius BLANC (1854-1900)
On possède peu de renseignements sur ce compositeur totalement oublié de nos jours et l’on ignore même ce qu’il advint après avoir concouru à cinq reprises pour le Prix de Rome ! On sait cependant que les Concerts Colonne donnaient à Paris en 1877 un Andante et scherzo, extrait d’un quatuor de sa composition et en 1885, en première audition, une de ses œuvres intitulée Orientale. On sait également qu’il eut pour élève Edouard Destenay, compositeur originaire d’Alger auquel on doit une Symphonie romantique, pour piano et orchestre, et des Trios, Quatuors et Quintettes écrits principalement pour piano et cordes.
Né à Lyon le 20 mars 1854, Claudius Blanc est entré au Conservatoire de Paris dans les classes de Jules Duprato (harmonie et accompagnement) et de François Bazin, puis de Jules Massenet (composition) et obtient en 1874 un premier accessit d’harmonie et accompagnement, et le premier prix l’année suivante. En 1877, avec treize autres candidats il se présente à l’épreuve préparatoire du Concours de Rome devant un jury composé d’Ambroise Thomas, Henri Reber, Charles Gounod, Victor Massé, François Bazin, Ernest Reyer, tous membres de l’Institut, assistés de Théodore Dubois, Ernest Guiraud et Théophile Semet, jurés suppléants. Avec cinq autres il est admis à l’épreuve définitive ; celle-ci a pour sujet Rebecca à la fontaine, une scène lyrique à trois voix de Pierre Barbier, le fils de Jules Barbier, librettiste et dramaturge, auquel on doit notamment les livrets de Faust et de Roméo et Juliette. Interprétée par Mlle Mendès, élève du Conservatoire, MM. Manoury et Furst sa cantate obtient par 18 voix sur 27 votants un Second Prix. Cela se passe le 30 juin et cette année-là , c’est la plus haute récompense décernée ! Le journaliste et musicien Armand Gouzien, ami de Victor Hugo, écrit dans son Journal de musique du samedi 27 octobre 1877, relatant la séance publique annuelle de l'Académie des Beaux-Arts qui s'est tenue le 20 courant : « Aucun premier grand prix n'avait été décerné cette année pour la musique ; un second prix avait été seul accordé, et l'audition de la cantate de M. Claude Blanc a prouvé que le jury a bien jugé ; il y a certes du savoir dans cette œuvre, et parfois même des échappées d'imagination mélodique et harmonique ; mais il n'y a encore ni pondération dans les forces orchestrales et vocales, ni logique dans la suite des idées mélodiques. M. Blanc n'a que vingt-trois ans encore ; il y a dans son œuvre assez de qualité pour qu'il puisse espérer de conquérir encore le premier prix qui lui a échappé cette année. »
L’année suivante Claudius Blanc concoure à nouveau, espérant sans doute décrocher le Grand Prix. Le jury est composé des mêmes personnes, moins Victor Massé, absent, assisté cette fois de Ernest Boulanger, Léo Delibes et Jules Massenet. Cinq candidats sont admis à l’épreuve définitive sur huit sélectionnés au concours préparatoire. La scène à trois voix imposée, La Fille de Jephté d’Edouard Guinand, hélas n’inspire guère notre musicien et aucune récompense lui est décernée par les membres de l’Académie des Beaux-Arts réunis le 30 juin 1878 : Clément Broutin et Samuel Rousseau reçoivent un Grand Prix, Georges Hue et Henri Dallier une mention honorable, mais l’ouvrage de Claudius Blanc n’est même pas primé! En 1879, même déception, la cantate Médée ne lui rapporte aucune récompense. Georges Hue, Lucien Hillemacher et Georges Marty sont les seuls primés.
Persévérant dans sa quête de l’ultime récompense, Claudius Blanc se présente pour la quatrième fois au concours de 1880. Le sujet imposé cette année est Fingal, de Charles Darcours (Charles Réty). Cinq autres candidats sont en compétition : Edmond Missa, Georges Marty, Lucien Hillemacher, Alfred Bruneau et Emile Ratez. Son ouvrage est exécuté en dernière position par Mlle Julien, MM. Furst et Manoury. L’Académie décerne alors le Grand Prix à la cantate de M. Hillemacher, le deuxième Grand Prix à celle de M. Marty, et la mention honorable à l’œuvre de M. Bruneau; rien à celui de M. Blanc !
1881 : c’est la dernière année où Claudius Blanc peut se présenter, chaque candidat n’étant autorisé qu’à concourir cinq fois maximum. A présent élève de composition de Jules Massenet, il est en concurrence avec quatre autres élèves du même maître : Edmond Missa, Georges Marty, Paul Vidal et Alfred Bruneau. Deux autres ont déjà été boutés, le 15 mai, lors de l’épreuve préparatoire par un jury, composé de : Ambroise Thomas, Ernest Reyer, Jules Massenet, Camille Saint-Saëns, tous membres de l’Institut, assistés de MM. Dupatro, Membrée et Paladilhe, jurés adjoints. Le sujet imposé est une scène lyrique de E. Guinand, Geneviève. Le 25 juin une première audition a lieu en présence des membres de la section musique de l’Académie des Beaux-Arts, et le lendemain, comme il est de coutume, cette Institution réunie au grand complet assiste à la seconde exécution. La cantate de Blanc est interprétée en dernier par Mlle P. Lévy, MM. Furst et Manoury. Une délibération de deux heures, due en partie à un grave dissentiment survenu dans le sein même de l’Académie, est nécessaire. En effet, la section musique ne souhaite pas qu’il soit délivré de premier prix, estimant qu’il n’y a rien de génial dans les cinq partitions narrant l’histoire de sainte Geneviève amoureuse d’un jeune pâtre. Gounod, approuvé par Saint-Saëns, Reyer, Membrée et Duprato pense même que " Tout cela manque de vérité et de sincérité. Ces jeunes gens parlent pour ne rien dire, et ne disant pas, la plupart du temps, ce qu’ils veulent dire. Cela sent son Massenet. O Mozart, où es-tu ? " L’ensemble des Beaux-Arts finit par suivre les recommandations de la section musique : aucun Grand Prix n’est décerné cette année. L’ouvrage de Claudius Blanc, dont le trio final a pourtant produit un grand effet, jugé savant et tourmenté, n’est même pas récompensé ! Alfred Bruneau remporte le Second Prix, Vidal le deuxième Second Prix, Missa la mention honorable et Marty est écarté pour des raisons obscures, même si sa cantate est pour certains tout à fait digne du Prix de Rome!
Une vingtaine d’années plus tard, à l’aube du XXe siècle, au cours de l’année 1900, Claudius Blanc rend l’âme à l’âge de 46 ans.
D.H.M.
1878
Clément BROUTIN (1851-1889)
Né le 4 mai 1851 à Orchies (Nord), Clément-Jules Broutin n’a pas vécu assez longtemps pour marquer de son empreinte l’Histoire de la musique. Peu de renseignements sur cet artiste nous sont parvenus. Son nom et son œuvre sont même inconnus des dictionnaires de musique !
Initié à la musique dès sa plus tendre enfance par son père, Jules Broutin, qui l’enseignait à Orchies, il fut un temps, à partir de 1871, élève d'harmonie de Victor Delannoy (Prix de Rome 1854) au Conservatoire de Lille (1er Prix 1873), avant d'entrer ensuite au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris. Là, il suivit notamment les classes d’harmonie et accompagnement d’Emile Durand, d’orgue de César Franck, et de composition de Victor Massé. Ses études furent récompensées par plusieurs premiers prix : harmonie et accompagnement lors du concours du 14 juillet 1875 de fugue, fugue en en 1876 et orgue la même année. Admis à l’épreuve définitive du concours de composition musicale du prix de Rome en 1877, en même temps que cinq autres candidats (Amédée Dutacq, Samuel Rousseau, Claude Blanc, Henri Dallier et Pop-Méarani) l’Académie des Beaux-Arts lui décernait une mention honorable. Cette année là seules deux récompenses furent distribuées : un Second Prix à Claude Blanc et une mention à Broutin. Le sujet de la cantate était Rebecca à la fontaine, scène à trois voix de Pierre Barbier, le fils du célèbre auteur dramatique Jules Barbier.
L’année suivante, Clément Broutin se présentait à nouveau au Concours de Rome : cinq candidats furent admis à l’épreuve finale (Henri Dallier, Samuel Rousseau, Claude Blanc, Clément Broutin et Georges Hue). Le sujet, une scène à trois voix, était cette fois ci La fille de Jephté d’Edouard Guinand, sous-chef au Ministère de la marine. Le 29 juin 1878 le jury de l’Académie des Beaux-Arts, après avoir entendu les cantates des concurrents parmi lesquelles celle de Broutin interprétée par Mlle Mézeray, MM. Talazac et Lorrain, lui décernait à l’unanimité le premier Grand Prix . Lors d’une nouvelle interprétation à la séance annuelle de l’Académie des Beaux-Arts, son œuvre fut vivement applaudie.
Il passait ensuite deux années à la Villa Médicis, en 1879 et 1880. Parmi ses envois de Rome à l’Institut, auxquels rappelons-le étaient tenus les pensionnaires, Clément Broutin adressait un poème symphonique intitulé Sinaï. Le 22 décembre 1881 dans la salle du Conservatoire eut lieu l’audition publique de cet ouvrage, écrit pour chœur, orchestre et solistes (Melle Mézeray et MM. Lorrain et Jourdain). Le sujet difficile de ce drame biblique fit qu’il fut accueilli assez froidement, bien que la critique d’alors reconnaissait une partition de grande valeur " qui décèle chez son auteur d’excellentes qualités de composition, et surtout un sentiment élevé et une grande intelligence de son sujet."1. Voici ce qu’écrivaient Edouard Noël et Edmond Stoullig , utilisant parfois des termes un peu trop sévères à notre goût :
" L’œuvre de M. Clément Broutin débute par un prélude instrumental attaqué largement par le quatuor. Cette première partie a quelque chose de vague, d’indécis, qui peint bien le Mont Sinaï, l’inconnu. Les hébreux arrivent lentement, épuisés et découragés par trois mois d’exil. Le compositeur a montré dans un chœur un peu faible qu’il savait se servir des voix ; mais il a tort d’employer constamment le même procédé : tous ses chœurs sont écrits en canon. L’air d’Aaron est un des plus beaux morceaux de l’œuvre. Il est soutenu par une belle phrase des violoncelles qui a enlevé les applaudissements de l’auditoire. Nous aimons moins l’air de marie, dont la première partie est cherchée, tourmentée. Marie console Aaron. Il fallait une mélodie simple. M. Broutin a mieux compris son sujet dans la deuxième partie du morceau où se dessine un joli trait de violons. Le duo qui suit : Après tant de souffrances... est bien écrit. La reprise par la soprano de la phrase du ténor est amenée par une rentrée originale. Le mouvement rapide du finale forme un contraste heureux avant l’arrivée de Moïse, qui montre le Sinaï aux Hébreux. Ce morceau et le chœur Chantons l’Eternel sont d’un beau style, large, élevé, accompagnés à grands coups d’archet par les instruments à cordes et à plaine voix par les cuivres. Enfin, voici la dernière scène ; la montagne se couvre d’ombres ; l’orage gronde, des voix célestes appellent Moïse, qui monte au Sinaï au milieu d’éléments déchaînés. M. Broutin n’a pas pu le suivre ; il s’est arrêté à mi-chemin ; on sent que le souffle lui manquait. Il s’est alors contenté d’indiquer ce qu’il voulait faire. La scène se termine par le retour du calme et quelques mesures de musique céleste d’un heureux effet. "
Comble de malchance l’orchestre, faute de répétitions suffisantes, dénaturait la pensée de l’auteur en prenant un mouvement infiniment trop vite !
On ignore ce qu’advint exactement par la suite notre lauréat du Prix de Rome, mais l’on sait qu’il continua de composer. On lui connaît en effet des mélodies : Connais-tu l’heure enchanteresse (1881), Berceuse, Chanson de Printemps (Lemoine, 1883), une Mazurka lente pour piano (1883), 2 Pièces pour violon et piano datées de 1886, une Suite pour orchestre (Lemoine) et une Ouverture triomphale (Lemoine). Son catalogue comporte encore une Danse israélite pour orchestre (Lemoine), une Fantaisie militaire pour orchestre d’harmonie (Evette), ainsi que d’autres mélodies (Barcarolle, Vision, 4 Poèmes du Page, Premier souvenir), dont certaines parues chez Leduc, et des pièces pour piano (10 Pièces familières, Lemoine)...
Onze ans après l’obtention de son Premier Grand Prix, la mort de Clément Broutin était annoncée. C’était en 1889, le 27 mai à Roubaix (Nord), il n’avait que 38 ans ! La Ville d’Orchies il y a bien longtemps, lui a rendu hommage en donnant son nom à l’une de ses rues, mais la plupart de ses quelques 8000 habitants ne savent plus aujourd’hui qu’un des leurs fut un jour couronné par l’Institut de France !
Denis Havard de la Montagne
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1) Edouard Noël et Edmond Stoullig in Les Annales du théâtre et de la musique, septième année, 1881, p. 507 (Paris, 1882, G. Charpentier, éditeur)
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Samuel ROUSSEAU (1853-1904)
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Samuel Rousseau (1853-1904) ( photo P. Petit )
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" Grand, droit, l’aspect d’un athlète, les joues rouges, les yeux brillants, les cheveux gommés, étonnamment courts pour un musicien, M. Rousseau appartient à cette jeune école de musiciens parisiens, qui savent goûter beaucoup de choses en dehors de la salle d’étude ", ainsi s’exprimait la journaliste Fannie Edgar Thomas1 lorsqu’elle rencontrait Samuel Rousseau à Ste-Clotilde en 1894. Maître de chapelle dans cette église depuis plusieurs années, à l’époque où César Franck, puis Gabriel Pierné tenaient le grand-orgue, il venait également, dans un tout autre genre, d’être nommé chef d’orchestre du Théâtre-Lyrique et élu chef des chœurs à la Société des Concerts du Conservatoire. Amoureux de l’art sous toutes ses formes (musique, peinture, sculpture), qu’il percevait même dans la nature parmi les parfums et les coloris infinis des fleurs, ce musicien distingué, longtemps collaborateur de César Franck, offre le rare exemple d’un atavisme artistique encore représenté de nos jours. Celui-ci débuta en effet avec son père au début du dix-neuvième siècle et se continua avec son fils Marcel Samuel-Rousseau et sa petite-fille Eveline Plicque-Andréani. Cas unique dans toute l’histoire des Prix de Rome de composition musicale, trois générations successives de cette famille ont obtenu un Grand Prix (1878, 1905 et 1950) !
C’est dans la Thiérache et dans la petite commune de Neuve-Maison (Aisne) à peine peuplée d’un millier d’âmes, que Samuel-Alexandre Rousseau vint au monde le 11 juin 1853, tout juste quelque mois après la proclamation de l’Empire par Napoléon III. Son père s’était lancé dans la facture d’harmoniums, instrument à anches libres métalliques mis au point en 1842 par François Debain, et équipait les paroisses les plus pauvres n’ayant pas les moyens de se payer un véritable orgue à tuyaux. De nombreux musiciens ont d’ailleurs composé par la suite des pièces spécialement adaptées pour cet instrument : Berlioz, Franck, Saint-Saëns, Boëllmann, Gigout... Initié à la musique par son père, qu’il accompagnait parfois dans les églises et qui lui donna ce goût pour la musique religieuse, Samuel Rousseau montait à Paris dès l’âge de 14 ans et ne tardait pas à intégrer le Conservatoire, alors installé rue Bergère. Avec Paul Wachs et François Thomé, il fut l’un des tout premiers élèves d’orgue de César Franck lorsque celui-ci succéda en janvier 1872 à François Benoist. A cette époque Marmontel y enseignait le piano et Duprato l’harmonie. Récompensé par un second accessit d’orgue en 1872, il obtiendra finalement un premier prix cinq ans plus tard. Egalement élève de composition de François Bazin durant plusieurs années, il se présenta une première fois en 1876 au Concours de composition de l’Institut avec la cantate Judith. Celle-ci ne lui porta guère chance et il n’obtint que le deuxième Second Grand Prix. A nouveau admis à concourir en 1878, cette fois-ci le sujet l’inspira davantage : La Fille de Jephté d’après un texte d’Edouard Guinand2. Il remporta un Grand Prix, juste derrière Clément Broutin, premier nommé. Il partit ainsi effectuer à la Villa Médicis à Rome le traditionnel séjour de 3 années aux frais de l’Institut, comme c’était la coutume pour tous les lauréats du premier Grand Prix. L’année où il regagnait la Ville éternelle (1879) il se voyait à nouveau récompenser par l’Académie des Beaux-Arts avec l’attribution du Prix Cressent pour son opéra comique en un acte Dianora. Le 22 décembre cet ouvrage était représenté à l’Opéra-Comique et il était donné ensuite à 4 reprises. Ses envois de Rome, Sabinus (1880), Kaddir (1881) et La Florentine (1882) furent également exécutés avec succès au Conservatoire3. Revenu à Paris au tout début de l’année 1882, il reprenait son poste d’organiste-accompagnateur à la basilique Ste-Clotilde où il avait été nommé au commencement des années soixante-dix sur recommandation du titulaire du grand orgue, César Franck lui-même, son professeur d’orgue au Conservatoire. L’orgue de chœur Merklin n’était pas encore installé, il ne le sera qu’en 1888 et Samuel Rousseau participera à son inauguration le 20 février, avec Franck, Dubois et Verschneider. A cette époque il accompagnait les offices sur un gros harmonium Mustel et parfois suppléait son maître à la tribune du grand orgue. C’était un instrument tout neuf que Cavaillé-Coll avait placé en 1859 dans cette toute nouvelle église construite rue Las-Cases par les architectes Gau et Ballu entre 1845 et 1857. Pastiche du style ogival du XIVe siècle, elle fut inaugurée le 30 novembre 1857 et consacrée en 1865. César Franck fut le premier titulaire de ce grand orgue de 46 jeux répartis sur 3 claviers et un pédalier. A sa mort c’est Gabriel Pierné, Grand Prix de Rome également, qui lui succédait en 1890 et quelques années plus tard (1898) Charles Tournemire en devenait à son tour titulaire; tous deux étaient aussi d’anciens élèves de Franck. Au bout de quelques années Samuel Rousseau recueillit la succession du maître de chapelle Alexandre Georges parti à Saint-Vincent-de-Paul et laissait sa place d’organiste-accompagnateur à Victor Fumet, puis à Léon Cazajus. C’est à cette époque qu’il rencontrait la journaliste américaine qui notait en outre que l’on " peut difficilement s’imaginer où Samuel Rousseau peut trouver le temps de s’occuper de l’église, de l’enseignement, de la participation à de nombreuses organisations musicales, tout en écrivant toutes les œuvres toutes contemporaines, qui de surcroît sont importantes et destinées à durer. " Il est vrai que ses activités dans cette paroisse, où il avait pu notamment jouer de l’harmonium, instrument qu’il aimait beaucoup et pour lequel il ne cessera jamais d’écrire, lui inspireront nombre de pages religieuses, entre autres une Messe de Pâques pour soli et chœurs avec violon, violoncelle, harpe et orgue (Lebeau), une Messe de Noël pour soli, chœurs et orchestre, un Requiem, un magnifique Libera me Domine qui sera notamment joué, avec Mme Mathieu et M. Delpouget comme solistes et Paul Taffanel à la direction, par la Société des Concerts du Conservatoire lors de deux concerts spirituels les Vendredi et Samedi Saints 16 et 17 avril 1897, en même temps que la 3e Symphonie en ut mineur de Saint-Saëns, le Requiem de Mozart, le 3e Concerto pour violon de Max Bruch et l’ouverture de Léonore de Beethoven. On lui doit également dans ce domaine une quantité de motets, ainsi qu’un recueil de 12 pièces pour grand orgue, un autre de 15 pièces (Leduc) parmi lesquelles la numéro 3, Echo, est dédicacée à Saint-Saëns, 2 volumes pour orgue ou harmonium intitulés Echos Sacrés (Leduc) et L’harmonium gradué : 50 morceaux pour toutes les combinaisons en 10 séries (Heugel). Alexandre Guilmant lui-même, lors de ses célèbres récitals d’orgue qu’il donnait au Palais du Trocadéro dans les années 1890, interpréta un jour une Cantabile en la bémol et une Berceuse de Samuel Rousseau.
La musique religieuse ne fut pas la seule activité de Samuel Rousseau, loin s’en faut ! En 1892, il succédait en effet à la fois à Joseph Heyberger comme chef des chœurs à la Société des Concerts du Conservatoire, alors dirigée par Taffanel et qui, rappelons-le, était l’une des institutions de concerts les plus cotées de Paris, et était engagé par le Théâtre-Lyrique pour diriger son orchestre. Installée depuis 1875 dans le Théâtre de la Gaité-Lyrique, rue Réaumur, cette salle de spectacle de 1100 places programmait des opérettes et opéras-comiques légers : la Fille de Mme Angot, Ordre de l’Empereur, les Saltimbanques, les Mousquetaires au couvent... Aux Concerts du Conservatoire on pouvait par contre entendre une musique un peu plus académique avec bien entendu les œuvres des grands classiques (Palestrina, Bach, Mozart, Beethoven, Schumann, Liszt...) mais également des ouvrages des contemporains (Bizet, Franck, Delibes, lalo, Gounod) et ceux de la jeune école alors inconnus : d’Indy, Dukas, Duparc...
En 1892, son opéra Mérowig reçut le Prix de la Ville de Paris et était créé le 12 décembre par le Grand Théâtre de Paris. Le 8 juin 1898 l’Opéra donnait en première représentation l’un de ses drames lyriques, La Cloche du Rhin qui obtenait un réel succès, mais pour des raisons qui échappent à l’art il ne fut programmé qu’à 7 reprises. Il faut dire que Les Maîtres chanteurs de Wagner étaient également à l’affiche ! En 1904, c’est l’Opéra-Comique qui montait son drame musical Milia, et quelques années plus tard, son auteur étant décédé, un autre drame Léone (7 mars 1910). Si son écriture est souvent de construction classique, tout en appartenant à son temps, cela n’empêche pas le compositeur de produire de la musique dans laquelle son harmonie, que l’on peut qualifier de légère, est exempte de tout pédantisme. C’est sans doute pour ces raisons qu’avec d’Indy, de Bréville, Chausson et Coquard, tous anciens disciples de Franck comme lui, lui fut confié la délicate tâche d’achever l’orchestration de Ghiselle, un drame lyrique en 4 actes (Choudens), sur un poème de Gilbert-Augustin Thierry, que l’auteur des Béatitudes surpris par la mort n’avait pu terminer : les trois premiers se partagèrent le second acte, Samuel Rousseau réalisa seul le troisième et Coquard le quatrième. Créé à Monte-Carlo le 7 avril 1896, sous la direction de Raoul Gunsbourg, le compositeur et critique Ernest Reyer4 soulignait alors le travail effectué par quelques-uns des meilleurs disciples de Franck : " Et partout le même tissu symphonique très serré, la même richesse de modulations et d’harmonie. "
Organiste, chef d’orchestre, compositeur fécond auquel on doit, en plus de toutes les œuvres précédemment citées de nombreux chœurs profanes, des morceaux de piano à 2 ou 4 mains, des pièces pour piano et violon et des pages pour petit orchestre, Samuel Rousseau trouvait encore le temps d’écrire des articles musicologiques, notamment pour L’Eclair et de collaborer à la revue Le Maître de chapelle5, et surtout d’enseigner l’harmonie à une classe de femmes au Conservatoire de Paris à partir de 1898. Mais notre musicien, officier de l’Instruction publique (1897), officier d’Académie (1899) et chevalier de la Légion d’honneur (1900), n’a pas eu le temps de poursuive plus en avant son œuvre : le 1er octobre 1904 à l’âge de 51 ans il disparaissait à Paris, au moment où il venait d’être nommé président de la Société des Compositeurs de musique, laissant un fils Marcel Samuel-Rousseau, qui l’année suivante allait obtenir à son tour un Grand Prix de Rome, avant de diriger bien plus tard l’Opéra de Paris. Celui-ci, pensant certainement aux ouvrages de son père déclarait un jour6 : " Le succès au théâtre est fonction de hasard et d’impondérables. L’insuccès aussi bien. Ainsi en est-il d’injustes, et je connais quelques partitions d’entre 1870 et 1914 pour lesquelles la postérité devrait bien réviser son jugement...7 "
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
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1) The Musical Courier, 6 juin 1894. Fannie Edgar Thomas, née à Chicago en 1848, a habité Paris durant 7 ans à partir d'octobre 1893. Elle a écrit de nombreux articles sur les organistes parisiens qu'elle envoyait à son journal The Musical Courier de New-York. Une trentaine d'entre eux ont été traduits de l'américain par Claude Maisonnat et publiés en français, avec une présentation et des annotations par Agnes Amstrong, dans la revue La Flûte harmonique, publication de l'Association Aristide Cavaillé-Coll, numéros 53/54 (1990), 55/56 (1990), 57/58 (1991) et 75/76 (1998).
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2) L'œuvre d'Edouard Guinant a été mise en musique par bien d'autres compositeurs, notamment Adolphe Dietrich avec son opéra en 3 actes et 4 tableaux, Le Tintoret (Théâtre de Dijon, 10 février 1887), Charles Lefebvre avec son poème lyrique Sainte Cécile (Paris, Dupont, 1896) et surtout Claude Debussy avec la cantate L'Enfant prodigue (1884).
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3) Dictionnaire de musique, Hugo Riemann, deuxième édition française remaniée par Georges Humbert, Lausanne, Librairie Payot & Cie, 1913, p. 878.
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4) Journal des Débats, 12 avril 1896.
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5) Le premier numéro de la revue bimensuelle Le Maître de chapelle, bulletin des Organistes et de la Musique religieuse parut le 15 mars 1888. Elle comptait alors pour principaux collaborateurs : Maurice Bouchor, Jules Faure, César Franck, Alexandre Georges, Eugène Gigout, Alexandre Guilmant, Gustave Lefèvre, Raoul Pugno, Samuel Rousseau, Camille Saint-Saëns et Paul Viardot.
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6) L'Information musicale, n° 44, 31 octobre 1941, p. 239.
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7) La Ville de Paris a rendu hommage à Samuel Rousseau en donnant son nom à un square amenagé devant la basilique Sainte-Clotilde. Créé en 1857, au moment de la construction de l'édifdice, ce square d'une supérficie de 1746 m2 est situé sur un ancien enclos du couvent des chanoinesses augustines du Saint-Sépulcre, dites Dames de Bellechasse.
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Henri Dallier, église de la Madeleine (Paris), juin 1931. Photographie ayant appartenu à Charles Chapuis, organiste de l'église Saint-Georges de Vesoul (Haute-Saône), puis à Paul Paray qui a par la suite crayonné "Henri Dallier à qui je dois tant". ( Coll. Jean Cabon )
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Henri DALLIER (1849-1934)
Auteur de pages de musique de chambre, de mélodies et de pièces pour orgue, Henri Dallier est surtout connu comme organiste, réputé pour ses talents d’improvisateur et d’exécutant. On se bousculait parfois avant guerre pour aller l’entendre aux claviers du Cavaillé-Coll de l’église de la Madeleine, à Paris, qu’il toucha durant près d’une trentaine d’années.
Né le 20 mars 1849 à Reims, Henri-Edmond Dallier reçut sans doute quelques précieux conseils à la Maîtrise de cette ville, alors dirigée par Louis Fanart, puis M. Robert. A l’âge de 16 ans, il était nommé organiste de chœur de la cathédrale Notre-Dame de sa ville natale, à l’époque où Jules Grison tenait le grand orgue. Peu de temps après, en 1867, il écrivait sa Première Sonate pour orgue. En 1870, sans avoir encore jamais fréquenté quelques grandes écoles supérieures de musique, Henri Dallier tentait le Concours de Rome, mais était recalé dès l’épreuve préparatoire. En 1872, une nouvelle tentative lui permettait cette fois d’être admis parmi les logistes de l’ultime épreuve de composition, mais la cantate Calypso, sur des paroles de Roussy, ne l’inspira guère et il n’obtint aucune récompense. Cette même année il laissait sa place d’organiste accompagnateur à Reims au tout jeune Edmond Missa, tout comme lui futur lauréat du Prix de Rome. Quelque temps plus tard Dallier rejoignait la capitale et entrait au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris afin de parfaire son éducation musicale, notamment dans l’étude de l’orgue et de la composition. C’est ainsi qu’il fréquenta les classes de César Franck et de François Bazin. En 1877, à nouveau logiste, sa cantate Rebecca à la fontaine, écrite sur des paroles de Pierre Barbier, dont la première audition devant les membres de la section musique de l’Académie des Beaux-Arts eut lieu le 29 juin, ne lui valut encore par le moindre prix.
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Grand orgue de St-Eustache, reconstruit en 1877-78 par Merklin, dont Henri Dallier fut le 1er titulaire en 1878.
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Elle était interprétée ce jour-là par Mlle Daram, MM. Bosquin et Boudouresque. L’année suivante, Henri Dallier concourait une fois de plus pour le Prix de Rome : huit candidats s’étaient présentés à l’épreuve préparatoire dont cinq étaient admis au concours définitif : Dallier, Rousseau, Blanc, tous trois élèves de François Bazin, Broutin, élève de Victor Massé, et Hue, élève de Reber. Le sujet imposé, une scène à trois voix d’Edouard Guinand, intitulée La Fille de Jephté, après son audition le 30 juin à l’Institut par Mme Moreau-Sainti, MM. Bosquin et Boudouresque lui rapporta seulement une mention honorable. Ultime consolation, quelques jours plus tard le concours d’orgue du Conservatoire lui valait un premier prix, devant Mlle Marie-Anna Papot ! C’est sans doute ce qui décida le clergé de l’église St-Eustache à lui donner la place de titulaire du grand orgue, celle-ci étant vacante depuis le décès d’Edouard Batiste arrivé en novembre 1876.
L’instrument de St-Eustache était alors en pleine reconstruction par le facteur Joseph Merklin, à la suite des importants dégâts qu’il avait subis sous la Commune. Il datait de 1854 et provenait des ateliers de Ducroquet. Le tout nouvel orgue de 72 jeux (4 claviers et pédalier)fut inauguré le 21 mars 1879 par Franck, Dubois, Gigout et son jeune titulaire Dallier. Ce dernier occupera cette tribune jusqu’en 1905, laissant alors brièvement les claviers à Albert Périlhou, avant que soit nommé le 23 mars 1906 Joseph Bonnet. Durant son passage à St-Eustache, Henri Dallier composait notamment pour l’orgue Six grands préludes pour la Toussaint (1891) et l’Offertoire O Filii et Filiae (1896).
La réputation d’organiste talentueux de Dallier se fit rapidement et il fut reconnu par ses pairs comme un spécialiste et un interprète de premier ordre. En 1885, le 11 février, il était demandé, avec Widor, pour inaugurer l’orgue Cavaillé-Coll de Notre-Dame d’Auteuil (32 jeux) et en mai 1889, c’est lui qui eut l’honneur d’ouvrir la série de concerts d’orgue au Trocadéro, lors de l’Exposition Universelle. Il interprétait ce jour-là des pages de Bach, Mendelssohn, Schumann, Saint-Saëns, Franck, ainsi que quelques pièces de sa composition. Saint-Saëns lui dédiait en 1898 son troisième Prélude et fugue, op. 109 (Durand)...
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La Madeleine (ca 1900) : Eglise de La Madeleine à l'époque où Henri Dallier succéda à Fauré en 1905 ( coll. D.H.M. )
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Le 15 juin 1905 Gabriel Fauré succédait à Théodore Dubois à la direction du Conservatoire de musique et de déclamation de Paris. Il fut alors obligé de résilier son poste de titulaire des grandes orgues de l’église de la Madeleine qu’il occupait depuis 1896. Le 1er octobre, Henri Dallier prenait possession de cette nouvelle tribune où trônait alors un instrument Cavaillé-Coll de 48 jeux (4 claviers manuels de 54 notes et pédalier de 25 notes), installé dans un magnifique buffet dû à l’architecte Huvé (1846). Saint-Saëns lui-même avait déjà touché ces même claviers entre 1857 et 1877. C’est de cette tribune qu’Henri Dallier " a charmé pendant près de trente ans les auditeurs français et étrangers attirés par la célébrité de l’organiste, séduits et retenus par son incomparable talent d’exécutant et d’improvisateur. "
En octobre 1912, au moment de la création de l’Union des Maîtres de Chapelle et Organistes de France par Henri Van Lysbeth et Max Georges, dont à l’origine la mission principale était de s’occuper de tout ce qui intéresse la musique sacrée avant de devenir plus tard une association corporatiste, Dallier était sollicité pour figurer parmi les membres d’honneur du comité, avec Gigout (organiste du grand-orgue de Saint Augustin), d’Indy (directeur de la Schola Cantorum), Guy-Ropartz (directeur du conservatoire de Nancy) et le chanoine Perruchot (maître de chapelle de la cathédrale de Monaco). A ce titre, il prêtat son concours à la cérémonie religieuse avec Salut solennel, sous la présidence du cardinal Dubois, archevêque de Paris, au profit de la Caisse de secours de l’U.M.C.O., organisée le 25 février 1928 à la Madeleine. Le musicologue Amédée Gastoué écrivait à cette occasion : " ...la virtuosité de H. Dallier fit merveille - peut-être un peu trop rapide pour le vaste local - dans la fugue et la fantaisie, et dans les versets de Magnificat que l’organiste titulaire se plut à improviser à la manière des précédentes habitudes parisiennes, destinées à mettre en lumière les ressources infinies de l’instrument. " Cette même année d’ailleurs, le 11 avril, il offrait aux congressistes de la Gilde Sainte-Cécile un récital d’orgue au cours duquel il faisait découvrir ses Cinq Invocations qui fut pour beaucoup d’assistants " une révélation de virtuosité et de charme prenant. "
Dans cette église de la Madeleine, paroisse de l’Elysée, où il a toujours été de bon ton pour les notables et autres célébrités de tout bord d’y faire célébrer les cérémonies de la vie courante, Henri Dallier eut le privilège d’y jouer les obsèques de Saint-Saëns, le 22 décembre 1921, puis celles de Fauré, le 8 novembre 1924 au cours desquelles il improvisait habilement sur le thème de l’Elégie pour violoncelle et piano, op. 24, que l’auteur du Cantique de Racine avait composé en 1880. Et pourtant, malgré ses nombreux succès et sa notoriété grandissante au fil des années Henri Dallier est toujours resté un homme aimable, modeste, sage et même parfois spirituel. Son ami Georges Renard, maître de chapelle de St-Germain-l’Auxerrois, disait de lui qu’il " jugeait son siècle sans acrimonie, se contentant de ce que ce temps lui avait donné de notoriété et la musique, de consolation. "
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Henri Dallier en 1911, avec dédicace de sa main: "à mon cher, jeune
mais illustre ami P. Paray, son Christophe Colomb. H Dallier octobre 1911" ( coll. Jean Cabon )
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Si Dallier fut un virtuose de l’orgue, doublé d’un excellent pianiste, il consacrait aussi beaucoup de son énergie à l’enseignement, tout d’abord à l’Ecole Niedermeyer, où au début du XXème siècle il compta parmi ses élèves un certain Joseph Noyon, puis au Conservatoire de Paris à partir de 1908. Dans cet établissement il professa l’harmonie durant 20 ans, avant de prendre sa retraite en 1928.
Le catalogue d’œuvres musicales de Henri Dallier est plus divers que nombreux, et celles-ci nous montrent une écriture d’une fine musicalité. En plus des pièces déjà citées, mentionnons ses pages pour piano : Scherzettino (Heugel), Mazurka héroïque, Cantilène, Brises marines, La Charmeuse, Treize morceaux (Lemoine)... ; sa musique de chambre : Contemplation (violon et harpe, Leduc), Sous les cieux (violon et piano, Lemoine), Pensée du soir (id.), Fantaisie-caprice (hautbois et piano), un Quatuor à cordes, un Quintette avec piano; sa musique vocale : Les vendanges de Champagne (chœur à 5 voix, Leduc), Mélodies (Heugel, Jobert) ; une Symphonie en fa majeur(1908, Jobert) et ses pages pour orgue parmi lesquelles : Deux offertoires pour orgue ou harmonium, pour Noël et Pâques, dont celui sur l'O Filli et Filia de 1896 et l'Offertoire "sur de vieux Noëls" (Librairie de l’art catholique, 1914), des Paraphrases liturgiques et surtout ses Cinq Invocations pour grand orgue, terminées en 1925 et éditées chez Lemoine. Universellement connues, écrites sur des textes latins en l’honneur de la Sainte Vierge, elles sont destinées à mettre en valeur les nombreuses possibilités d’un instrument tel que le grand Cavaillé-Coll de la Madeleine. La première des Invocations est la plus connue et encore jouée parfois de nos jours : Stella matutina. Elle a d'ailleurs ultérieurement fait l'objet d'un arrangement pour choeur mixte, quintette à cordes, hautbois et orgue sous le nouveau titre de Pastorale pour Noël (Lemoine, 1928). Elle est suivie de O Clemens, extrait du Salve Regina, Monstra te esse matrem, Pulchra ut luna et enfin, Electa ut sol, cette dernière étant construite en forme de toccata concluant admirablement bien l’œuvre. On lui doit également, avec Joseph Jongen et Eugène Wagner, la réalisation des basses chiffrées de l’Ecole du violon aux XVIIe et XVIIIe siècles (collection Joseph Debroux, M. Sénart, 1913-1914, 5 volumes) et un Recueil de pièces anciennes pour violon et piano (Lemoine, 1925).
L’avant-veille de Noël 1934, le 23 décembre, Henri Dallier était emporté par " une maladie insidieuse, pénible dans sa forme et dans sa progression lente ". Il habitait alors, et ce depuis de nombreuses années, au numéro 7 du boulevard Péreire, dans le dix-septième arrondissement parisien. Depuis plusieurs années, ses forces l’abandonnant, il avait dû peu à peu se retirer du monde musical, laissant souvent ses chers claviers de la Madeleine à son futur successeur et lauréat du Prix de Rome, Edouard Mignan. " La lutte fut longue ; elle favorisa cette retraite progressive qui contribua à développer autour de l’artiste une atmosphère d’oubli. En ce monde où tout va si vite, où il faut se rappeler souvent à l’attention de ses contemporains par quelque action d’éclat, le silence s’établit bientôt sur les mérites et sur le nom même de celui qui ne se résigne plus à paraître. " C’est ainsi que Henri Dallier, longtemps adulé par les foules, termina sa vie dans l’oublie et l’indifférence, laissant une œuvre seulement encore connue des spécialistes.
Comme nul n’est prophète dans son pays, surtout en France !, aucun enregistrement d’œuvres de Henri Dallier n’est disponible de nos jours sur le marché français. Par contre, les personnes désireuses de découvrir sa musique peuvent se procurer en Angleterre ou aux Etats-Unis ses Cinq Invocations pour orgue, enregistrées en janvier 1998 par Gérard Brooks à l’orgue St-Ouen de Rouen, en même temps qu’un Scherzo d’Edouard Commette, la Marche funèbre et chant séraphique d’Alexandre Guilmant, les Trois pièces de Jacques Ibert et la Toccata et fugue en la mineur d’Achille Philip (Priory Records PRCD558), et sa Fantaisie-caprice pour hautbois et piano, jouée par Jean de Maeyer et Godelieve Verstraelen (Arcobaleno AAOC93282, enregistré en novembre 1994). Sur ce CD intitulé " French romantic chamber music ", on découvre également d’autres trésors musicaux méconnus pour hautbois et piano de compositeurs français, notamment la Sonate, en ré majeur, op. 166, de Saint-Saëns, l’Introduction et Polonaise du Prix de Rome Adolphe Deslandres et les Scènes écossaises, op. 138, de Benjamin Godard...
Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Vient de paraître (2005) :
DETROIT CHAMBER TRIO
Eduard Perrone (piano) – Velda Kelly (violon) – Nadine Deleury (violoncelle)
Henri DALLIER : Trio en do mineur (1898)
Louis VIERNE : Sonate en si mineur, pour violoncelle et piano, op. 27 (1910)
Joseph ERMEND-BONNAL : Sonate pour piano et violon (1899)
1 CD Award Audio, St. Clair Shores, Michigan, U.S.A.
AA-05001
Distribution Amériques, Canada : www.awardaudio.com ou www.cdbaby.com
Pour la France : contacter rédaction@musimem.com
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1879
Georges HÜE (1858-1948)
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Georges Hüe (1858-1948), Grand Prix de Rome 1879, compositeur, élu à l'Académie des Beaux-Arts au fauteuil de Saint-Saëns en 1922 ( photo X..., 1875, Musica n° 82 )
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