Prix de Rome 1810-1819

Désiré BEAULIEU - Hippolyte CHÉLARD - Ferdinand HÉROLD - Félix CAZOT - Auguste PANSERON - Pierre ROLL - François BENOIST - Désiré-Alexandre BATTON - Fromental HALÉVY - Jean MASSIN dit TURINA - Toussaint POISSON - Benoît DEFRANCE

Désiré Beaulieu
Désiré Martin, dit Martin-Beaulieu
( avec l'aimable autorisation de la la Médiathèque d'agglomération de Niort )
1810

Désiré BEAULIEU

Notice biographique sur cette page.


1811

Hippolyte CHÉLARD (1789-1861)

Hippolyte Chélard (1789-1861),
Grand Prix de Rome 1811, en 1860 et fac-similé de sa signature.
( Eau-forte et burin de W. Müller, Weimar, BNF Richelieu )
Si Chélard n’obtint que peu de succès en France, c’est en Allemagne où il devint le maître de chapelle du roi de Bavière, qu’il bénéficia d’une certaine notoriété avec sa tragédie lyrique Macbeth écrite en 1827.

Né à Paris, le 1er février 1789, d’un clarinettiste de l’Opéra, Hippolyte Chélard commença par étudier le solfège auprès de François-Joseph Fétis dès l’âge de 11 ans. En 1803, il regagnait le Conservatoire de Paris où il étudiait tout d’abord le violon avec Kreutzer, avant de rentrer dans les classes d’harmonie de Dourlen et de composition de Gossec. Le Premier Grand Prix de Rome lui était décerné en 1811 et le séjour à la Villa Médicis qui s’ensuivit lui permettait de recevoir des conseils auprès de l’abbé Baini, Zingarelli et Paisiello. Revenu en France, il rentrait en 1816 à l’orchestre de l’Opéra comme violoniste et parvenait à y faire représenter son Macbeth le 29 juin 1827 (Rouget de Lisle et A. Hix, d’après l’œuvre de Shakespeare). Devant le peu d’enthousiasme que remporta cette composition, Chélard partit en Allemagne où il connut le succès tant à Munich que dans plusieurs autres grandes villes. Cette notoriété lui valut sa nomination de maître de chapelle du roi de Bavière. Revenu à Paris en 1829, il crut pouvoir s’essayer à une nouvelle production avec l’opéra-comique La Table et le Logement, mais à nouveau le succès se fit attendre, l’ouvrage manquant visiblement d’inspiration! Abandonnant provisoirement la composition, il voulut se lancer dans le commerce de la musique mais la Révolution de 1830 le ruina au bout de quelques jours !

Même s’il connut des satisfactions avec la direction des concerts de l’Athénée musical dès sa fondation en 1829, où il put également donner certaines de ces œuvres, comme son Chant grec et sa cantate avec accompagnement d’orgue et harpe, ou encore avec sa Messe solennelle, créée le 30 mai 1830 à l’église Saint-Roch sous la direction de Wilhem à la tête de 130 exécutants, Chélard ne put s’en contenter et retournait en 1831 se fixer à Munich. Là il fit représenter son opéra en trois actes Minuit, traduit en allemand sous le nom de Mitternacht, qui recueillit quelques suffrages, tout en restant inférieur à son Macbeth. Son opérette la Table et le Logement, jouée autrefois à Paris, entièrement refondue et rebaptisée l’Etudiant (Der Student) lui valut par contre un véritable succès. Un séjour en Angleterre (1832-33) lui permit également de se faire connaître auprès du public londonien et d’occuper les postes de directeur de la musique de l’Opéra allemand de Londres, et de chef d’orchestre au King’s Theater, au théâtre de Drury-Lane et au Covent-Garden. C’est la Malibran elle-même qui chanta son Etudiant traduit pour la circonstance en Anglais. Jouant à nouveau de malchance avec la faillite de ces spectacles, il quitta l’Angleterre pour rejoindre l’Allemagne. En 1835, son opéra Die Hermannschlacht (le Combat d’Hermann) représenté à Munich lui valut à nouveau les applaudissements du public. Cinq ans plus tard, Chélard était nommé maître de chapelle de la cour de Weimar où il donnait en 1842 le drame Der Scheibentoni et en 1844, un petit opéra allemand intitulé Die Seekadetten.

La nomination de Liszt, en 1842, comme directeur de la musique du théâtre et maître de chapelle extraordinaire relégua au second plan Chélard, qui, devenu second maître de chapelle, ne pouvait en aucun cas concurrencer sérieusement le génie lisztien ! Il termina tranquillement sa vie à Weimar, après avoir vainement tenté de s’imposer une dernière fois à Paris en 1852. Le 12 février 1861, il s’éteignait à Weimar .

En dehors des ouvrages dramatiques cités ici, Hippolyte Chélard est l’auteur d’un poème symphonique en huit mouvement : La Symphonéide (1846) et de Solfèges à quatre voix, suivis d’un cantique à voix seule, avec accompagnement de piano. Si, comme nous l’avons vu, ce compositeur n’eut aucun succès en France, il passe cependant aux yeux des allemands, qui le considéraient comme un éminent représentant du romantisme français, comme le précurseur de Berlioz. Son opéra posthume L’aquila Romana a été donné à Milan en 1864.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE



1812

Hérold par Dupré
Ferdinand Hérold.
Portrait par L. Dupré
Musica, 1910 )
Ferdinand HÉROLD (1791-1833)

Plusieurs articles sur cette page spécifique.

Félix CAZOT (1790-1858)

Né à Orléans, le 6 avril 1790, Vrain-François-Félix Cazot, fut un enfant laborieux. « Il montrait en toute chose beaucoup de zèle et de docilité ». Son père, Etienne Cazot lui ouvrit la carrière des arts par le dessin. Il y eut du succès. Un sien parent, le poète Eugène Villemin, médecin de son état, dans un opuscule publié à Paris en 1858 nous en dit davantage sur ce point : « Nous avons de lui des portraits au crayon noir qui révèlent le sentiment de la forme ; c'est juste et correct. La justesse et la correction furent deux facultés dominantes. Ni dans les arts, ni dans la famille, ni dans la gestion de sa fortune, elles ne l'ont abandonné. Ce qu'il faisait, il le faisait avec précision, avec conscience, et il portait le caractère essentiel de l'artiste, un besoin de perfection difficile à contenter. »[1] Les bouleversements arrivées au cours de la période révolutionnaire contraignirent la famille Cazot à s'installer à Paris. C'est ainsi qu'Etienne Cazot[2] devint maître de pension dans un collège parisien à l'époque où Fromental Halévy le fréquentait. Louis Véron, directeur de l'Opéra de Paris de 1831 à 1835, dans ses Mémoires d'un bourgeois de Paris nous apprend que c'est le fils du maître de pension, « très bon musicien et répétiteur au Conservatoire [qui] encouragea et seconda les dispositions du jeune Halévy. »[3] Félix Cazot fut en effet son tout premier professeur de solfège dans cet établissement lorsque Halévy y entra en 1809 à l'âge de 9 ans.

 

Camille Saint-Saëns, Variation pour piano, sur un thème allegretto de Félix Cazot, composée le 25 août 1841 à l'âge de 5 ans et demi
(BNF/Gallica, Ms.854-1)
Audio lecteur Windows Media Fichier audio par Max Méreaux, après corrections (probable erreur du copiste) : dans le Thème, à la basse (main gauche), à la 11e mesure, la première croche est un mi et non un sol, mesure identique à la 15ème ; dans la Variation, à la 9e mesure (main droite), les 4 premières doubles croches doivent être mi fa ré mi (et non mi fa mi fa), comme dans la 13e mesure. (DR.)

Vers l'âge de 11 ans, Félix Cazot prit des leçons de musique auprès de l'abbé Nicolas Roze qui, depuis la Révolution, se vouait entièrement à l'enseignement de l'harmonie et de la basse chiffrée. Il était aussi à l'époque l'un des premiers compositeurs de musique sacrée. Jean-François Lesueur et Alexandre Choron avaient été autrefois ses élèves. En septembre 1802, le jeune Cazot rejoignait la classe solfège de Nicolas Aubert fils (répétiteur), puis celle de Charles Duret au Conservatoire de Paris avant de devenir bientôt dans cet établissement l’élève de piano de Louis Pradhère ; ce dernier venait de succéder à Jadin dans cette classe et d’épouser une fille de Philidor. Il suivit également les cours d’harmonie de Catel et ceux de composition de Gossec et de Fétis. Premier prix de fugue et de contrepoint en 1809, premier prix de piano en 1811, il se présentait cette même année au Concours de Rome et obtenait un premier Second Grand Prix, derrière Chélard, avec la cantate Ariane, paroles de Jacques Bins de Saint-Victor. En 1812, année du repli des restes de la Grande Armée par le passage de la Berezina, il concourait à nouveau et décrochait cette fois un second Premier Grand Prix derrière Hérold, avec la cantate intitulée La duchesse de la Vallière sur un texte de L'Oeillard d'Avrigny. Au cours de ses études musicales, on le trouve aussi tenant un pupitre de trombone dans l'orchestre des élèves du Conservatoire, notamment dans la saison 1813-1814.

 

Mais, il renonça au séjour à Rome que lui donnait son prix car « il avait pour ses parents une vénération et une reconnaissance qui lui présentaient l’éloignement sous des couleurs infiniment pénibles. Il aimait sa famille, et ce n'était pas le dernier sacrifice par lequel il devait signaler un des beaux côtés de son caractère. Un autre charme le retenait aussi », en la personne de la jeune chanteuse Joséphine Armand qu'il avait connue probablement par l'intermédiaire du chanteur Pierre Garat, le professeur de chant du Conservatoire, dont il était l'accompagnateur dans sa classe durant ses études. Le 8 janvier 1814 en l'église Saint-Roch, il l'épousait (contrat de mariage passé le 27 décembre 1813 devant Me Desjardins, notaire à Versailles). Née en 1787 à Versailles, elle était fille de Philippe Armand[4], un musicien originaire de Valenciennes, installé à Versailles puis à Paris après la Révolution, et de Marie-Madeleine Camus. Nièce et élève de Anne-Aimée Armand,[5] qui avait débuté en mars 1801 à l’Opéra dans le rôle d’Antigone (Oedipe à Colone, Antonio Sacchini), Joséphine Armand était entrée à son tour à l’Opéra en 1808, y débutant le 16 février dans Iphigénie en Aulide de Gluck, tout en faisant également partie de la Chapelle de Napoléon. « Fort belle et d'une tenue sévère, elle avait tout ce qui pouvait fixer et captiver un jeune homme enthousiaste de la grâce et du talent. » Son frère, Antoine Armand, était quant à lui dans les années 1820 artiste musicien du Théâtre-Italien et accordeur de piano.

 

En 1815, après l'abdication de Napoléon et le retour des Bourbons avec Louis XVIII, « les chambellans traînent dans les coulisses du grand Opéra leur nullité oisive [et] le premier titre pour avancer n'est plus une question de mérite, mais de complaisance. » Aussi Félix Cazot et son épouse qui habitent à cette époque 19 rue de Chaume dans le quartier du Marais, puis 49 rue de Richelieu, connaissent quelques obstacles à leur carrière et partent en 1816 à Bruxelles où le Théâtre royal offre un engagement de première chanteuse à roulades à Joséphine Armand. Dans cette ville, elle fait ses débuts sur la scène le 13 août 1816, et lui se livre à l'enseignement en donnant des leçons de piano. Comme professeur, il avait « une qualité suprême : une grande logique dans l'esprit, et dans le coeur une conscience qui lui faisait envisager son état comme une sorte de ministère sacré. Les morceaux qu'il faisait apprendre, il les étudiait, il les préparait à l'avance ; il les copiait souvent, et les annotait lui-même. Par ce travail préliminaire, où il indiquait les moindres nuances, les intentions les plus fugitives, il donnait à l'exécution une couleur et un relief qui étaient, pour ainsi dire, son cachet individuel. Aussi les élèves ne lui ont-ils jamais manqué. »[6] Le métier d'enseignant lui est en effet déjà familier, car, durant ses études au Conservatoire de Paris, en dehors de la classe de Garat, il fut encore répétiteur de la classe de solfège hommes (1806) et de celle d'harmonie et d'accompagnement pratique femmes de Catel (1809), avant d'y être promu professeur adjoint en juillet 1812. Dans cette classe, il eut notamment pour élève la célèbre soprano Laure Cinti-Damoreau (1801-1863) qui fit la gloire de l'Opéra et de l'Opéra-Comique sous Louis XVIII et Louis-Philippe 1er.

 

Durant son séjour à Bruxelles, il publie dans cette ville un nouveau recueil de Variations pour le piano sur l’air Au clair de la lune. On lui devait déjà, publiées avant 1822, des Variations faciles sur l'air Charmante Gabrielle composées pour le forte-piano, éditées par ses soins, ainsi que des Exercices préparatoires pour le forte-piano, des Etudes pour le piano, en mi et des Etudes pour le piano, en ut, ces deux volumes publiés à Paris, chez Gaveaux aîné.

 

Lorsque le contrat de sa femme vient à expirer en 1826, tous deux retournent à Paris. Là, alors domicilié 24 rue La Rochefoucault dans le neuvième arrondissement, Félix Cazot fonde une école de piano qui l’occupe durant plusieurs années. Parmi ses élèves, il semble que Camille Saint-Saëns, avant de devenir celui de Stamaty à partir de 1842, ait été quelque temps l'un des siens ou du moins reçut ses conseils en 1841, au cours de sa sixième année. La Bibliothèque Nationale conserve en effet un cahier de musique manuscrit (8 pages)[7] du jeune Saint-Saëns dans lequel on trouve une Variation en do majeur de 16 mesures avec pour titre : « thême de felix Cazot, allegretto » suivies de 16 autres mesure intitulées « Variation par Camille Saint-Saëns. le 25 aout 1841 ». Notons qu'à cette date le jeune musicien était âgé de 5 ans et 10 mois.

 

Cécile Cazot à 28 mois (vers 1817), portrait par Auguste-François Laby
(en vente aux enchères en 2013 par Sotheby's) DR.

En 1844, Félix Cazot se retire à Amboise (Indre-et-Loire) dans « une poétique et riante maison ». Treize années plus tard, la mort le surprend à Paris, le 24 décembre 1857. Le couple Cazot avait été profondément affecté par la mort prématurée de leur fille unique Cécile Cazot[8] et de leur petite-fille Lucie Heuzey, morte à l'âge de 13 ans le 1er juin 1857 à Paris. Sa mère, en effet, n'avait pu survivre à cette épreuve et s'était laissée mourir un mois plus tard.

 

« [Cécile Cazot] tenait de son père une organisation musicale aussi complète et aussi brillante que la sienne. De première force sur le piano, elle avait dans l'exécution beaucoup de légèreté et dans le style une élévation, une pureté irréprochables. Elle improvisait. Elle composait avec une facilité surprenante de suaves et charmantes mélodies. De ce qu'elle entendait, rien ne lui échappait. Au sortir d'un opéra, elle se rappelait une partition d'un bout à l'autre ; et assise devant son clavier, elle mettait à la rendre tant de relief et de nerf que l'orchestre tout entier semblait obéir à son évocation puissante. En littérature aussi, on lui voyait une mémoire des plus ornées. Ses jugements étaient dictés par un goût sûr et délicat. Mais il y avait en elle, à côté de ces rares qualités artistiques, une horreur de la lutte, un besoin de tranquillité qui l'éloignaient souverainement de tout ce qui pouvait la mettre en évidence. Elle aspirait l'ombre comme d'autres poursuivent le grand jour. »[9]

 

Ainsi, en l'espace de six mois Joséphine Armand perdait sa petite-fille, sa fille, son époux. Elle devint « étrangère aux vivants » et mourut, peu après, le 12 juillet 1859, laissant une somme de quatre mille francs à la Société des artistes dramatiques.

 

Villemin, auquel nous sommes redevables de plusieurs citations rapportées dans ces lignes, nous apprend en outre que Félix Cazot, au milieu des occupations laborieuses et absorbantes du professorat, « par excès de modestie et par défiance de lui-même négligea la composition musicale, du moins pour ce qui regarde les grandes œuvres dramatiques. Il fut effrayé des obstacles à vaincre dans une carrière où il se rencontre tant d’appelés et si peu d'élus !» Ajoutant : « Félix Cazot était pour lui-même un juge sévère, trop sévère [...] Les mélodies qu'il jetait sur le papier parvenaient rarement à le satisfaire. Comme le sculpteur qui taille son marbre, il poursuivait de nouvelles lignes, des formes nouvelles, et, à force de chercher, peut-être arrivait-il à détruire cette fraîcheur, cette vitalité du premier jet dont les imperfections mêmes ont leur charme. » On ne lui connaît en effet que quelques mélodies : L'Amant discret, avec accompagnement de piano ou harpe, paroles de Desliens (à Paris, chez l'auteur, vers 1820), Le Dieu des eaux, romance, paroles de Louis Crevel de Charlemagne (in « La Romance, journal de musique », n° 24, 13 juin 1835), Hanneton, vole, vole, vole, chansonnette ailée, paroles du même (in « Gazette des Salons, journal des modes et de musique », 4 décembre 1836, 101e livraison), Une Fête de village, pastorale, paroles du même (in « Gazette des Salons », 108e livraison) et Elle est à nous, se dit-on dans la France, paroles de L.H. Cuisy (à Paris, chez l'auteur). Ce sont principalement des ouvrages pédagogiques pour l'étude du piano auxquels il s'est attelé. En complément de ceux déjà cités, il convient d'ajouter : une Méthode moderne et facile pour le piano  conçue sur un plan entièrement neuf, composée et destinée à l'enseignement des élèves de la Maison Royale de la Légion d'Honneur en deux parties (Au dépôt central de la musique, 1835) qui fera l'objet d'une réédition posthume en 1859 (Heugel et Cie), des Exercices préparatoires pour le forte piano réglés pour les demoiselles pensionnaires de Mesdames Rey de Neuvié [sous le 1er Empire directrices d'école à Paris, 24 rue du Faubourg du Roule], op. 2 (Gaveaux aîné), ainsi qu'une partition intitulée Variation pour servir de variation finale à celles de Dussek sur l'air « Chantons l'hymen, chantons l'amour », pour piano forte (s.l.n.d.).

Plaque funéraire placée sur la tombe de Félix Cazot au cimetière de Montmartre
(photo Kay Harpa, in Flickr.com, 2015) DR.

 

Lors de la réédition de sa Méthode par les éditeurs du Ménestrel/Heugel qui en avaient acquis la propriété en 1858, J.-L. Heugel publiait cet article dans Le Ménestrel du 31 octobre 1858 :

 

« Pour venir recommander tout particulièrement une Nouvelle Méthode de Piano, il nous a fallu trouver dans celle de M. Félix Cazot des qualités d'enseignement tellement pratiques, si simples et si judicieuses d'application, que nous avons pensé de notre devoir de faire connaître, aux professeurs comme aux élèves, le seul travail laissé par un artiste-compositeur des plus distingués, compositeur qui eût pu prétendre à la renommée, aussi bien et mieux assurément que tant d'autres, mais dont toute l'existence artistique n'a été qu'une longue abnégation au profit de l'enseignement du piano. 

     M. Félix Cazot, grand prix de Rome en partage avec l'illustre Hérold, fut l'accompagnateur favori de Garat, l'élève de prédilection de l'abbé Rose, et de plus, dès ses débuts, triple lauréat des classes de chant, d'harmonie et de piano, à notre Conservatoire Impérial de Musique où il exerça les fonctions de professeur à l'âge de dix-huit ans. Néanmoins, et malgré les nombreux élèves formés à son école, tant en France qu'en Belgique, ce musicien serait resté presqu'inconnu du monde actif des arts, s'il n'avait laissé, après lui, un ouvrage digne de conserver et honorer sa mémoire. Cet ouvrage, qui nous a été apporté tout publié par sa digne veuve, est presqu'aussi inconnu que son auteur, et cependant c'est peut-être le meilleur livre qui ait été écrit jusqu'ici sur l'enseignement du piano. Ce n'est pas seulement notre opinion personnelle, c'est aussi celle des professeurs les plus compétents, en tête desquels nous citerons M. Marmontel. En effet à chaque page on retrouve, dans la méthode de M. Cazot, les mérites du pianiste-compositeur ayant acquis la véritable expérience de l'enseignement élémentaire et venant dévouer à cette modeste tâche les qualités artistiques les plus élevées. Ainsi, dès le début, rien de banal dans cette méthode qui est tout un cours analytique et pratique de l'étude du piano. Les premiers exercices des cinq doigts sur 3-4 et 5 notes, présentent immédiatement un intérêt mélodique aux deux mains. La main gauche, loin d'être constamment reléguée au second plan, celui des accords plaqués et brisés, partage le plus souvent avec la main droite les honneurs de la phrase chantante. Et qu'on ne voie pas dans cette indépendance immédiate des deux mains une source de difficultés d'exécution ; bien au contraire, M. Félix Cazot s'en est servi pour écrire des mélodies à deux et trois parties plus simples encore que celles des méthodes les plus enfantines.

     On pourra donc, avec la méthode de M. Cazot, commencer les élèves du premier âge, et, grâce aux nombreuses notes-texte qui accompagnent chaque leçon, la mère surveillera par elle-même l'étude de son enfant. Pour plus de clarté, on a cru devoir diviser l'ouvrage en deux parties, la première complètement élémentaire, sous le titre : les Cinq doigts, renfermant les exercices chantants et gammes doigtées pour les petites mains ; la deuxième, du degré supérieur, traitant de l'Extension des doigts, avec exercices-types et études pratiques de style et de perfectionnement. 

     MM. les Professeurs qui adopteront cette méthode et sauront en faire accompagner la pratique consciencieuse d'œuvres sérieusement écrites, — telles que les ouvrages progressifs du Berquin des jeunes Pianistes, de H. Valiquet ; des Vingt-quatre petites Etudes mélodiques, de J.-L. Battmann ; du Rythme des doigts et des Études progressives de chant et mécanisme, de Camille Stamaty ; des Souvenirs du Conservatoire et Transcriptions du même auteur ; puis de l'École chantante, de Félix Godefroid ; du Pianiste moderne, de A. Goria ; des Esquisses symphoniques, de Félicien David ; des Transcriptions religieuses, de Paul Bernard ; de l'École concertante (quatre mains), de Lefébure-Wély ; de l'Art du Chant, de S. Thalberg, et enfin de l'Édition Marmontel des Classiques du Piano, — ces Professeurs arriveront certainement à produire non-seulement d'habiles pianistes, mais aussi, ce qui est infiniment plus rare et plus difficile, de vrais musiciens, élevés, dès les premiers pas, à l'étude de la bonne musique. »

 

Le monument funéraire de Félix Cazot, surmonté d'une lyre sculptée en bronze, est toujours visible de nos jours au cimetière de Montmartre. En 1858, au moment de son décès, le statuaire et membre de l'Institut Jean-Louis Jaley (1802-1866), Prix de Rome de sculpture en 1827, sculptait un buste en marbre de son ami Félix Cazot récemment décédé, mais nous ignorons à ce jour ce qu'est devenue cette œuvre.

 

Denis Havard de la Montagne

(fév. 2001, mise à jour : déc. 2017)



[1]     Souvenirs de famille (Paris, Typographie et lithographie Lacour., 16 p.). Eugène Villemin, né le 27 août 1815 à Orléans, y décédé le 27 aout 1869, fils de Louis Villemin, docteur en médecine, fut reçut lui-même docteur en médecine en 1835. Egalement poète et dramaturge, on lui doit plusieurs ouvrages publiés à Paris parmi lesquels Herbier poétique (1842) et Sonnets d'outre-tombe (édition posthume, 1877). Il avait remporté en 1856 le second des prix de poésie de la Société des Gens de Lettres.

[2]     Marié à Marguerite Lange, il était connu à Orléans sous le nom de « Lange Cazot » : commissaire de police dans cette ville, il est maintenu dans ses fonctions sous la révolution (1793), mais à la chute de Robespierre et du parti de la Montagne, sur ordre du Comité du Salut public il est arrêté et conduit à Paris en prison au collège du Plessis (23 juillet 1794). Retourné par la suite Orléans, il est à nouveau emprisonné, mais s'évade le 11 septembre 1795 de la maison d'arrêt de Saint-Hilaire. En 1851, récemment veuf depuis le 11 octobre 1849, il réside à Paris, chez son fils 58 rue de Larochefoucault, où il décède le 8 aout 1855.

[3]     Paris, Librairie nouvelle, tome 1, 1856, p. 283.

[4]     Né le 22 juin 1746 à Valenciennes (Nord), paroisse Notre-Dame de la Chaussée, Philippe-Joseph Armand, musicien de son état, s'était marié à Versailles le 4 octobre 1785 avec Marie-Madeleine Camus, née dans cette ville le 7 novembre 1759. Le marié était lui-même fils d'un musicien prénommé également Philippe et frère de Charles Armand, aussi musicien à Versailles avant la Révolution, dans le « régiment suisse de la garde du roi ».

[5]     Née en 1774, décédée en avril 1846, pensionnaire de la Chapelle du roi et de l'Opéra, elle avait remporté des succès à l'Opéra-Comique avec la création des principaux rôles dans Ariodan et Reniowki, et plus tard à l'Opéra avec le grand répertoire de Mme Saint-Huberty : les Mystères d'Isis, Saül, les Bardes, Prospérine, Trajan. (Le Ménestrel, 26 avril 1846).

[6]     E. Villemin, op. cit., p. 12.

[7]     BNF, département Musique, MS-854 (1). Dans ce cahier figurent également : 1er Galop (le 6 juin 1841), Andante (1er juillet 1841), Petit Galop (s.d.) et Andante d'une sonate pour piano et violon (s.d.).

[8]     Cécile-Flore-Stéphanie Cazot avait épousé le 12 juillet 1837 à Paris Guillaume-Louis Heuzey-Duvivier, propriétaire. Né vers 1796 à Caen (Calvados), il était fils de Louis-François Heuzey (1766-1852) et de Marie-Henriette Rocquier.

[9]     E. Villemin, op. cit., p. 14.


1813

Auguste Panseron
Portrait d'Auguste Panseron par C. Bazin, vers 1850
( Paris, Imprimerie Lemercier )
Auguste PANSERON (1795-1859)

Professeur de chant au Conservatoire de Paris, compositeur d’œuvres théâtrales et religieuses, Auguste Panseron est surtout connu pour ses quelque 200 romances très en vogue sous la Restauration, et pour ses ouvrages pédagogiques de solfège et de chant, restés longtemps au programme officiel des conservatoires et autres écoles de musique de France, Allemagne, Italie, Belgique, Espagne… Certains sont même encore utilisés de nos jours, bien que les premières éditions datent de plus de 160 ans! C’est le cas de l’A B C musical ou solfège des enfants, écrit en 1840, édité actuellement chez Durand et chez Combre, et du Solfège d’artiste, écrit en 1842, publié aujourd’hui chez Durand. Il faut souligner que les membres de la Section musique de l’Académie des Beaux-Arts (Chérubini, Auber, Halévy, Carafa et Berton), en personne, avaient largement approuvé et recommandé lesdits ouvrages. dans ses séances des 12 novembre 1840 et 3 décembre 1842.

Premières mesures de la "Fugue de la Messe à quatre voix écrite à Eisenstadt
pour le prince Esterhasi par A. Panseron, professeur de chant,
et réduite par lui pour quatre Sopranos,
dédiée à Mlle Gibassier, institutrice", 1817
( Paris, éditions Romagnesi, 87 rue de Richelieu, coll. Max Méreaux  ) DR
Audio lecteur Windows Media Numérisation et fichier audio WMA par Max Méreaux (DR.)

" Musicien de cœur, dont la carrière est tout un exemple de courage, de persévérance et de noble labeur ", homme d’esprit apprécié de ses élèves et de tout son entourage, Auguste-Mathieu Panseron est né à Paris le 7 floréal an III (26 avril 1795). Son père, Pierre-Louis Panseron, organiste et habile professeur de musique enseignant le chant et l’harmonie, était un ami de Grétry, qui lui confia l’orchestration d’une vingtaine de ses dernières partitions. Panseron père s’était lié à Honfleur avec l’auteur de l’opéra Richard cœur de lion, à l’époque où il tenait les orgues de l’église Sainte-Catherine (1773 à 1780). Grétry, à la santé défaillante, était venu se reposer quelque temps dans cette ville. C’est lui d’ailleurs qui convainquit Pierre-Louis Panseron de s’installer à Paris, où il occupa par la suite les postes d’organiste de l’église Notre-Dame de Lorette et de plusieurs autres églises, tout en donnant des leçons de musique.

Après avoir été initié à la musique par son père, Auguste Panseron, alors âgé de 10 ans, entrait au Conservatoire de Paris en décembre 1805. Dès avril 1806, il reçut un 1er prix de solfège et fut admis ensuite dans la classe de piano de Jadin, ainsi que dans celle de violoncelle de Levasseur. Au début de l’année 1808, il rejoignait celle d’harmonie de Berton, où il remportait un second prix l’année suivante, puis enfin, suivait les cours de composition de Gossec. En 1811 et 1812, il décrochait le second prix de violoncelle et le 1er de fugue, et l’année suivante achevait brillamment ses études musicales avec un Premier Grand Prix de Rome pour sa cantate Herminie. Le 24 octobre 1813, il arrivait à la Villa Médicis, où il travaillait assidûment durant trois années. Au cours de son séjour en Italie, il se rendit notamment à Bologne afin d’y suivre les cours de contrepoint fugué de Mattei. Sa première Messe fut exécutée en 1814 dans l’église française de Rome. En 1816 et 1817 il parcourait l’Allemagne, l’Autriche, où il recevait les conseils de Salieri à Vienne, et la Russie. Au cours de cette période, il écrivit un Requiem et un de Profundis, tous deux à 4 voix, qui furent exécutés en 1817 à l’église française de Vienne, pour l’anniversaire de la mort de Louis XVI, et, se trouvant à Eisenstadt, il occupait durant quelques mois le poste de maître de chapelle à la cour du prince Esterhazy, pour lequel il composait notamment une Messe solennelle. Cette même place avait été tenue, une dizaine d’années auparavant, par Joseph Haydn.

En 1816 à la Villa Médicis, Ingres, qui avait obtenu le Grand Prix de Rome de peinture en 1806 et prolongeait son séjour dans la ville éternelle, réalisa le portrait d’Auguste Panseron tenant un violon ou un alto dans la main. Ce dessin à la mine de plomb (20,3 x 15,2), portant l’inscription : " Ingres à son ami Panseron, Rome 1816 ", a été offert en 1926 au Musée Carnavalet par Mme et Mlle Batbedat, en souvenir du Lieutenant-colonel Batbedat, petit-fils du compositeur, où il est encore conservé de nos jours sous le numéro d’inventaire D.5859.

De retour à Paris au cours de l’été 1818, Panseron se livrait à l’enseignement du chant, tout en remplissant les fonctions d’accompagnateur à l’Opéra-Comique, avant de succéder en 1829 à Halévy à un poste similaire au Théâtre-Italien, qu’il abandonnera d’ailleurs un peu plus tard pour se consacrer exclusivement à l’enseignement au Conservatoire de Paris. Professeur adjoint de solfège (janvier 1826), puis professeur de vocalisation (septembre 1831), et enfin de chant, à partir de janvier 1836, il comptait également parmi les tous premiers membres fondateurs (4 mars 1828) de la Société des Concerts du Conservatoire, en tant que ténor, et en compagnie de Beauvarlet-Charpentier, Fontaine, Gebauer et Vidal fit partie des 5 membres premiers de la section musique de la " Société libre des beaux-arts ", fondée le 18 octobre 1830 à l’Hôtel de Ville de Paris. Il fut également l’un des musiciens attaché à la Chapelle royale de Louis XVIII, de Charles X puis de Louis-Philippe.

Ses occupations au Conservatoire et à l’Opéra-Comique ne l’empêchèrent pas cependant de se livrer à la composition : en 1820 au Théâtre Feydeau fut donné son opéra comique la Grille du parc (un acte), l’année suivante, dans le même théâtre, c’était un autre opéra comique, les Deux cousines (un acte) que l’ont jouait. Un troisième ouvrage en un acte, Le mariage difficile, fut représenté le 19 février 1826 à l’Opéra-Comique et le 4 novembre 1927, un autre opéra-comique en un acte, écrit en collaboration avec Pierre Roll (paroles de Rochefort-Luçay, Hippolyte Lassagne et Gustave Vulpian), l’Ecole de Rome, avait été créée à l’Odéon. A la mort de son professeur Gossec (16 février 1829), on lui réclama un Pie Jesu. Cette page admirable, d’une grande pureté, fut par la suite chantée à plusieurs reprises lors de solennités identiques, notamment aux obsèques de Catel (décembre 1830) et de Louis Nourrit (1831).

Panseron conserva toute sa vie une certaine prédilection pour la musique religieuse, qu’il avait eu l’occasion d’entendre dès sa plus tendre enfance, auprès de son père organiste. On lui doit d’ailleurs dans ce domaine, en plus des compositions déjà mentionnées précédemment, plusieurs autres ouvrages : 7 Messes, des motets divers, des morceaux religieux à 2 voix (Kyrie, Sanctus, O Salutaris, Agnus Dei), un Benedictus, un Magnificat pour mezzo soprano, un Mois de Marie contenant 25 chants religieux latins et français, pour toutes les voix en solos, duos et trios… Pierre Fallouard, l’un des successeurs de Pierre-Louis Panseron à l’orgue de Ste-Catherine de Honfleur, raconte dans " L’Univers musical " du 16 août 1859, qu’un beau jour de septembre 1834 Auguste Panseron lui rendit visite et " ce fut pour lui comme un devoir de piété filiale et de reconnaissance d’élève, de passer ses doigts sur le clavier que son père et son maître [Grétry] avait jadis touché. Il y improvisa quelques-unes de ces délicieuses mélodies que l’âme trouve et que le talent n’invente pas, animé qu’il était par l’image de son père et de Grétry… "

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Charles VII, romance d'Auguste Panseron, dédiée à son ami Dabadie, de l'Académie royale de musique, paroles de M. Ulrich Guttinger. Lithographie de Piaget et Lailavoix, passage des Panoramas à Paris. Schonenberger, éditeur de musique, boulevard Poissonnière à Paris, 1830
( Coll. D.H.M. )
La Vivandière dans l'embarras, chansonnette militaire d'Auguste Panseron, dédiée à son ami Charles Plantade, paroles de B. de P. Schonenberger, éditeur de musique, boulevard Poissonnière à Paris, 1830
( Coll. D.H.M. )
Qu'ils sont plaisants de me faire la cour!, chansonnette d'Auguste Panseron, dédiée à Mme Malibran, paroles d'Ambroise Bétourné. Lithographie Piaget et Lailavoix, passage des Panoramas à Paris. Schonenberger, éditeur de musique, boulevard Poissonnière à Paris, 1830
( Coll. D.H.M. )
Le Vieux drapeau, chant national d'Auguste Panseron, paroles de Béranger. Lithographie Piaget et Lailavoix, passage des Panoramas à Paris. Schonenberger, éditeur de musique, boulevard Poissonière à Paris, 1830
( Coll. D.H.M. )
Concert chez Mll Berlot - On y mentionne le jeune Liszt

Mais, curieusement, la réputation d’Auguste Panseron sera due en grande partie à ses nombreuses romances, barcarolles et chansonnettes : plus de 200 vont être composées entre 1825 et 1840 et plusieurs imprimées à l’étranger : Londres, Italie, Allemagne. Parmi celles qui ont rencontré un grand succès citons plus particulièrement : Ramons vers le rivage, l’Anglaise à Paris, le Songe de Tartini, Malvina, la Nouvelle Nina, Valsons encore, Louise, Petit blanc, Demain on vous marie, la Fête de la Madone, Au revoir, Appelez-moi, je reviendrai… Ecrites sur des paroles d’Emile Barateau, Ambroise Bétourné, Paul de Kock, le chevalier L. Lacour, H.T. Poirson, Casimir Delavigne, Frédéric de Courcy, elles sont principalement publiées à Paris, chez Schonenberger (10, bd Poissonnière), Troupenas (23, rue St-Marc Feydeau), Meissonnier (22, rue Dauphine) ou Schlesinger (97, rue de Richelieu)… Ce genre musical, très en vogue sous la Restauration, ravissait le public. Les compositeurs de cette époque, Charles Plantade, Antoine Romagnesi, Amédée de Beauplan, Edouard Bruguière, Pauline Duchambge, Félix Blangini, excellaient dans la production. Des périodiques musicaux destinés au grand public fleurissaient du jour au lendemain : " L’Abeille musicale ", journal de chant composé de 24 romances ou nocturnes par an (Romagnesi), " La Mélodie ", journal de chant (Schlesinger), " Le Troubadour des salons ", journal de chant avec accompagnement de piano ou harpe (Meissonnier)…  A la fin de la Restauration et au début de la Monarchie de Juillet, on ne pouvait se rendre dans une salle de concerts ou dans un salon parisien sans y entendre une œuvre de Panseron ; tel jour au Théâtre du Gymnase-dramatique du boulevard Bonne-Nouvelle, Bord, premier hautbois de l’Académie royale de musique, accompagnait Champein dans deux romances de Panseron. Un peu plus tard dans cette même salle de spectacle Cambon chantait la Petite sœur et se produisait également à l’Athénée Musical de l’Hôtel de Ville (salle St-Jean), au Théâtre de la Porte St-Martin et à la " Société libre des beaux-arts " avec d’autres romances de Panseron (Emma, Philomèle, Hélas! le verras-tu jamais?). Tel autre jour au Théâtre des Nouveautés, situé près de la Bourse, au coin de la rue des Filles de Saint-Thomas, ainsi qu’au Théâtre du Vaudeville implanté à l’angle des rues de Chartres et de St-Thomas du Louvre on applaudissait Thénard, de l’Opéra-Comique, qui interprétait le Rossignol et J’entends au loin sa chansonnette. Au Théâtre des Variétés du boulevard Montmartre, on donnait une cantate de Panseron, Le Chien du Louvre, écrite sur des paroles de Casimir Delavigne (27 août 1831). A la même époque Dabadie chantait le Soldat polonais au Cirque Olympique du boulevard du Temple et à la Salle Taitbout, on pouvait entendre des Variations de notre compositeur exécutées au basson par Preumayer. Auguste Panseron, associé à Joseph Guillou, écrivait aussi des Fantaisies et autres Nocturnes sur des thèmes de Rossini (Schlesinger), pour flûte et piano, qui rencontrèrent également un réel succès. Il se produisait même en public, notamment aux concerts de la " Société académique des enfants d’Apollon ", aux Salons Petzold , Erard, de Pape, au Grand Salon d’Apollon, où il chantait ses propres romances !

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A B C musical, dédié aux Mères de Famille, ou solfège avec accompagnement de Piano, composé expressément pour sa petite fille, par A. Panseron, professeur de Chant au Conservatoire. Paris, 4ème édition, vers 1850
( coll. B.H.M. )
A B C musical ou solfège par A. Panseron. Nouvelle édition revue et augmentée par Laurent de Rillé. Paris, chez E. Gallet, rue Vivienne, 1905
( coll. B.H.M. )

Auguste Panseron se consacra ensuite à la rédaction de plusieurs traités de solfège, de chant, d’harmonie et de composition musicale qui lui valurent, là encore, un solide succès à travers toute l’Europe. Ses ouvrages étaient estimés, non seulement par ses pairs et ses élèves, mais également par l’Institut de France, par le ministre de l’Instruction publique qui les recommandait " pour les classes primaires, normales, secondaires et les grands Collèges " et par Monseigneur l’archevêque " pour les Séminaires et les Couvents ". Auber, alors directeur du Conservatoire de Paris, l’appelait " l’habile théoricien " (10 novembre 1854), Chérubini, membre de l’Institut, écrivait à Panseron à propos de son A B C musical : " C’est, Monsieur, un nouveau service dont l’art vous est redevable " (10 août 1840) et Fétis, alors maître de chapelle du roi de Belgique et directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles : " Je vous félicite, Monsieur, sur ce travail, dont le succès me paraît certain, et qui est un nouveau service rendu par vous à l’art " (12 septembre 1840). Meyerbeer en 1839, parlant de sa Méthode de vocalisation, lui déclarait " L’approbation des grands maîtres, exprimée d’une manière si éclatante par eux à la tête de votre ouvrage, vous rend tout autre suffrage superflu ; mais puisque vous voulez bien aussi désirer le mien, je vous assure qu’il vous est entièrement acquis ". Le 5 février 1844, Rossini adressait à Auguste Panseron cette lettre d’approbation en ces termes : " Mon cher ami, ainsi que je l’ai promis à mon dernier voyage à Paris, j’ai fait adopter vos excellents ouvrages de chant au Conservatoire de Bologne, ouvrages que je regarde comme devant être d’une grande utilité aux élèves de la carrière théâtrale ; je fais en cela que rendre justice à votre mérite qui sera toujours apprécié par votre affectionné. "

Le catalogue des œuvres didactiques de Panseron est vaste, néanmoins voici la liste des principaux ouvrages ayant obtenu un succès mérité, édités et disponibles chez tous les marchands de musique et chez  l’auteur :

Méthode de vocalisation pour soprano et ténor (en deux parties), dédiée à son ami Ponchard ; pour mezzo soprano, dédiée à son ami Rossini ; pour basse-taille, baryton et contralto (en deux parties), dédiée à son ami Levasseur. Editées en plusieurs volumes à partir de 1839, " A Paris, chez l’Auteur, 21, rue Hauteville, et chez tous les Marchands de Musique de la France et de l’Etranger ".

Solfège en quatre volumes : N°1 – A B C musical, avec accompagnement de piano, " à l’usage des Commençants et surtout des Enfants, dédié aux Mères de Famille, composé expressément pour sa petite-fille ". N°2 – Suite de l’A B C musical, avec accompagnement de piano. " Ce solfège est plus difficile que le précédent, et monte jusqu’au fa, une tierce au-dessus ". N°3 – Solfège à deux voix, avec accompagnement de piano, " qui peut être également chanté par deux voix de femmes ou deux voix d’hommes ". N° 4 – Solfège d’artiste, ou complément de l’art de la lecture musicale, en deux parties, contenant une série de leçons progressives pour chaque clef. Ces volumes ont été édités à partir de 1840, " A Paris, chez l’Auteur, 21, rue Hauteville, et chez tous les Marchands de Musique de la France et de l’Etranger ", ainsi que chez Boosey (Londres), Nacher (Bruxelles), en Espagne et au Portugal. L’ A B C musical et sa Suite, constamment réédités, notamment par N. Clifford (nouvelle édition anglaise, 1908) et Laurent de Rillé qui en a effectué une nouvelle édition revue et augmentée (Paris, 1905, chez E. Gallet, successeur de Colombier) et plus récemment par Combre (C05171 et P00497) et Durand, sont de nos jours encore utilisés par de jeunes élèves. Il en est de même pour le Solfège d’artiste (Durand) !

Solfège complet pour voix de basse-taille et baryton, dédié à S.A.R. Monseigneur le Duc de Nemours. " cet ouvrage est non seulement indispensable aux élèves chanteurs qui possèdent une voix grave, mais encore très utile aux artistes qui s’occupent du piano, de l’orgue, du violoncelle, de la contre-basse, du trombone, du basson. : car on ne peut rien exécuter sur tous ces instruments sans savoir parfaitement la clef de fa 4e ligne. " Edité " A Paris, chez l’Auteur, 21, rue Hauteville, et chez tous les Marchands de Musique de la France et de l’Etranger ".

Solfège concertant à 2, 3 et 4 voix, en trois parties, " A l’usage des orphéonistes, des classes d’ensemble et des pensions ".

Solfège du pianiste (1845), approuvé par Zimmerman et Kalkbrenner.

Solfège du violoniste (1845), approuvé par Habeneck et Charles de Bériot.

Traité de l’harmonie pratique et des modulations à l’usage des pianistes, en trois parties : Traité d’Harmonie, L’Art de moduler, Devoirs à faire par les élèves (Paris, Brandus, 1855).

25 Vocalises faciles et progressives pour mezzo soprano, précédées de 25 Exercices (1845).

25 Vocalises et 25 Exercices progressifs pour basse-taille, baryton et contralto.

12 Etudes spéciales, précédées de 12 Exercices pour soprano ou ténor.

12 Etudes spéciales, précédées de 12 Exercices pour basse-taille, baryton et contralto.

La carrière artistique de Panseron et surtout sa grande réputation acquise par la qualité de ses ouvrages didactiques, traduits dans toutes les langues et adoptés dans tous les conservatoires de France, lui valurent les honneurs officiels de plusieurs nations, notamment la France qui lui décerna la Légion d’honneur, les Pays-Bas l’Ordre de la Couronne de chêne de S.M. le Roi et la Prusse l’Ordre de l’Aigle-Rouge de S.M. le Roi.

Signature autographe d'Auguste Panseron
Signature autographe d'Auguste Panseron

Le 29 juillet 1859 à Paris, après quinze jours de souffrance que rien ne pouvait calmer, la mort " emportait sous sa faux inflexible " Auguste Panseron. Il était atteint par le muguet (mycose buccale causée par des levures), formant " une excroissance dont il n’est pas possible d’arrêter les progrès, qui prend racine à la gorge et finit par fermer toute issue à la respiration " (La France musicale, 7 août 1859). Le dimanche 31 juillet, suivies par une foule d’amis voulant rendre hommage au " musicien tant aimé et tant regretté ", étaient célébrées ses obsèques en l’église Saint-Eugène, dont la construction par l’architecte Lusson venait tout juste de s’achever. Renaud de Vilbac, également lauréat du Prix de Rome de composition musicale (1844) était l’organiste titulaire du grand orgue Merklin-Schütze(1855). Au cours de la cérémonie religieuse, on chanta un de Profundis , un Pie Jesu du défunt, et un Angus Dei de Stradella. " Les coins du poêle ont été tenus successivement par MM. Auber, Halévy, Ambroise Thomas, Edouard Monnais, Javel et le baron Taylor. Un grand nombre de célébrités littéraires et artistiques suivaient le convoi ". L’inhumation eut lieu au cimetière du Père-Lachaise, après que le baron Taylor, président du Comité des Artistes Musiciens, Edouard Monnais, commissaire près les théâtres royaux et lyriques au ministère d’Etat (au nom du gouvernement) et Antoine Elwart, professeur d’harmonie au Conservatoire de Paris (au nom du Conservatoire) eurent prononcé " de touchantes paroles d’adieu ". Le premier termina son discours en ces termes : " Que l’éclatant témoignage de nos sympathies et de notre vive amitié soit une consolation pour la famille de Panseron. Sa mémoire sera éternellement vénérée parmi nous ; son souvenir vivra partout où les arts ont une confraternité, où les beaux-arts ont un culte. "

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Illustrations de cet article en grand format.


1814

Pierre ROLL (1788-1851)

Signature de Gaspard Joseph Roll apposée le 5 octobre 1787 sur l'acte de baptême de son fils Pierre, né le même jour.
( Saint-Maixent, paroisse Saint-Saturnin ) DR

Né à Saint-Maixent (aujourd'hui Saint-Maixent-l'Ecole, département des Deux-Sèvres) le 5 octobre 1787, Pierre-Gaspard Roll est issu d'une famille originaire de Suisse. Ses grands-parents, Jean-Baltazar Roll et Marie-Magdelaine Michel, tous deux nés vers 1720 et décédés avant 1786, habitaient à Glaris, chef-lieu du canton du même nom. Dominé par la vallée de la Linth, ce canton montagneux, où l'allemand est la langue officielle, a pour saint patron Saint Fridolin (mort en 540), représenté en pèlerin sur le blason dudit canton. C'est probablement au cours des années 1770 que le père de Pierre, Gaspard-Joseph Roll "Maître pâtissier et traiteur", en compagnie de ses cousins germains Frédéric Roll, traiteur et Jean-Baptiste Roll, marchand bijoutier, émigre en France pour s'installer dans la région du Poitou : Frédéric (vers 1742-1812) à Saint-Maixent, où il épouse en 1792 Radegonde Brisson qui lui donne au moins 2 enfants (Charles-Frédéric et André) ; Jean (vers 1744-1802) à Poitiers où avant la Révolution il est marchand bijoutier, "suisse de Mr le Marquis de la Bourdonnaye comte de Blossac, intendant de la paroisse Notre-Dame de la Chandelière" et plus tard receveur des octrois, qui se marie en 1782 à Magdeleine Duvivier des Marais, d'où 8 enfants parmi lesquels Joseph Roll (1790-1863), capitaine de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur et médaillé de Sainte-Helène. Quant à Gaspard, il se fixe également à Saint-Maixent, mais va chercher femme à L'Isle-Jourdain (Vienne) où il épouse le 20 novembre 1786 Marie-Anne Duchesne, née vers 1762 dans cette commune, fille du maître d'école Antoine Duchesne et de Suzanne La Forge : ce sont les parents de Pierre et de son frère Joseph, né vers 1793, "employé des impôts indirects" à Poitiers, qui épouse dans cette ville en 1815 Catherine Girault.

C'est en 1801, à l’âge de 12 ans, que Pierre Roll entre au Conservatoire de Paris. Il y étudie notamment la contrebasse et fréquente les classes de composition de Berton et de Reicha qui l’amènent à l’obtention d’un premier second Grand Prix de Rome en 1813 avec la cantate Herminie (paroles de Vieillard). L'année suivante, il concourt à nouveau et remporte cette fois le Premier Grand Prix avec la cantate à grand orchestre Atala (paroles de Vieillard également). Après son séjour de 5 années à Rome et à Naples (janvier 1815 à décembre 1819), il retourne à Paris où il arrive au début de 1820 et écrit un grand opéra : Ogier le Danois. Mais, bien que destiné à l’Académie royale de musique cet opéra ne sera jamais joué! Il ne parvient seulement à faire représenter qu'une autre de ses oeuvres : L'Ecole de Rome (opéra-comique en 1 acte, écrit en collaboration avec Auguste Panseron, sur des paroles de Rochefort-Luçay, Hippolyte Lassagne et Gustave Vulpian) au Théâtre de l'Odéon le 4 novembre 1826, qui n'eut d'ailleurs guère de succès!

La mairie de Ville d'Avray
Maison de la rue de Saint-Cloud à Ville-d'Avray, propriété de Pierre Roll de 1835 à 1851, actuellement occupée par la municipalité
( photo X... ) DR

Successeur de Gide comme contrebasse à la Société des Concerts du Conservatoire à partir du 6 février 1829, il doit cependant résigner ses fonctions le 17 novembre 1844 pour des raisons de santé et se retire dans sa maison de Ville-d’Avray, près Paris. Située rue de Saint-Cloud, cette propriété avait été construite en 1812 par l'homme de lettres François Ducray-Duminil (1761-1819), auteur de romans populaires très en vogue à l'époque : L’Enfant de la forêt (1796), Coelina ou l’Enfant du mystère (1798), Jean et Jeannette ou les Aventuriers parisiens (1816)...) et son épouse Catherine Lair. A la mort de son mari, celle-ci convolait en secondes noces (1821) avec Pierre Roll, mais une quinzaine d'années plus tard (1835) elle rendait l'âme à son tour, après avoir légué sa maison à son second mari.

Le 20 février 1844 à Ville d'Avray, Pierre Roll épouse en secondes noces une jeune-femme de 24 ans, Henriette Trousseau. Née le 23 mai 1820 à Poitiers, fille de Joseph-Pierre Trousseau, ancien militaire, et d'Elisabeth Duchesne, elle hérite de la propriété de Ville d'Avray à la mort de son époux arrivée sept années plus tard, mais la met bientôt en vente et part s'installer à Blois. En 1855, la municipalité achète cette maison pour y installer ses locaux qu'elle occupe encore de nos jours.

Pierre Roll est mort le jeudi 20 février 1851 à deux heures et demie du matin, en son domicile parisien de la rue de Trévise (n° 47), dépité de n’avoir jamais pu donner l’œuvre de sa vie, Ogier le Danois. La déclaration en mairie est effectuée par Bernard Seurre (1795-1867), "statuaire", âgé de 55 ans, domicilié 13 rue de l'Est à Paris, Prix de Rome de sculpture en 1818, auteur notamment du bas-relief "La bataille d'Aboukir" sculptée sur l'Arc de Triomphe et de la statue de Molière érigée devant l'Opéra de Paris, et par Joseph Henri du Bois de Péan, propriétaire, âgé de 31 ans, domicilié 15 rue de Vintimille à Paris, "cousin du défunt".

Signalons ici la découverte d'un certain François-Jospeh Roll, né probablement vers 1855, qui fréquente à Paris, au début des années 1870, l'Ecole de musique classique et religieuse de Niedermeyer. Mais un éventuel lien de parenté avec Pierre Roll n'a pu encore être établi.

Denis Havard de la Montagne 1

____________

1) Nos remerciements à Mme Dominique Claudius-Petit, Présidente de la "Société des Amis du Musée de Ville-d'Avray" pour ses recherches concernant la date de décès de Pierre Roll et l'historique de la maison de la rue de Saint-Cloud. [ Retour ]


1815

François BENOIST (1794-1878)

Article et catalogue sur une page spécifique.


1816

Pas de premier prix


1817

Désiré-Alexandre BATTON (1798-1855)

Désiré-Alexandre Batton en 1850. Mine de plomb de Ternu, graveur, 4 mars 1871, d'après un médaillon de Francisque-Joseph Duret de 1850.
( B.N.F. )
Désiré-Alexandre Batton (Paris, 1798 - Versailles, 1855), élève de Chérubini au Conservatoire de Paris, remporta le Premier Grand Prix de Rome en 1817 avec sa cantate La Mort d'Adonis. Ses opéras Le Prisonnier d'État et Le Camp du drap d'or, donnés au théâtre Feydeau et La Marquise de Brinvilliers, représenté à l'Opéra-Comique le 31 octobre 1831, remportèrent peu de succès. Il abandonna alors la composition pour se consacrer à l'enseignement. Nommé inspecteur des écoles de musique de France en 1842, il fut chargé ensuite (1849) de la classe d'ensemble vocal du Conservatoire de Paris. On lui connaît également d'autres opéras : Velleda (1820), Ethelvina (1827) et Le Remplaçant (1837) qui furent boudés par le public parisien. Parallèlement à ses activités musicales, Batton dirigea durant longtemps la fabrique de fleurs artificielles fondée par son père.

D.H.M. (notes provisoires)



1818

Pas de premier prix


Signature de Fromental Halévy
Signature de Fromental Halévy
1819

Fromental HALÉVY

Page spécifique

Jean MASSIN dit TURINA (1793 - app. 1865 )

Page spécifique

Toussaint POISSON (1797-1861)

Toussaint Poisson en 1837
(dessin de Cals, lithographie de Lemercier, Bernard et Cie, coll. BNF/Gallica)
Signature autographe de Toussaint Poisson, 1846

Voici encore un lauréat du Prix de Rome sur lequel on sait peu de choses étant totalement oublié des dictionnaires de musique, en dehors de Pougin, qui, en 1872 dans le supplément à la Biographie universelle des musiciens de Fétis lui accorde tout juste quelques lignes. Néanmoins de récentes recherches nous ont permis d'en savoir davantage.

Né à Paris le 20 prairial an V (8 juin 1797), fils de René Poisson et de Louise-Angélique Deloyen, Toussaint-René Poisson a effectué ses études musicales au Conservatoire de Paris, notamment dans la classe de composition de Berton, où il remporte un second prix en 1819, derrière Halévy. Cette même année, il décroche un premier Second Grand Prix de Rome pour sa cantate Herminie, à nouveau derrière Halévy, et Massin. A cette époque, il est domicilié 18 rue des Cinq diamants à Paris, dans l'actuel 13e arrondissent, avec ses soeurs Angélique (Mme Alexis Duriez en 1822) et Augustine (Mme Simon Salandrin en 1826). Le 29 mars 1838, à l'église Saint-Thomas-d'Aquin il épouse Louise-Virginie Delarsille. A cette époque, années 1820-1830, un certain « Poisson », dont le prénom n'est pas connu, est contrebasse à l'orchestre du l'Opéra Italien de la rue de Louvois (cité dès 1817), avant d'y être nommé surnuméraire après Michu le 1er janvier 1826, puis à l'orchestre de l'Opéra où il remplace Hoffmayer retraité le 1er juillet 1830. Ce Poisson occupe toujours ce pupitre 1848. Peut-être faut-il y voir ici notre Toussaint Poisson ?

Parallèlement à une carrière d'enseignant, Toussaint Poisson s’est principalement consacré à la musique religieuse avec des messes, motets et cantiques. En 1835, un journal musical écrivait : « On sait que M. Poisson est un des compositeurs qui comprennent le mieux la musique d'Eglise et que ses productions sacrées jouissent depuis longtemps d'une grande estime dans le monde musical » et l'année suivante ce même journal disait : « Les compositions religieuses de M. Poisson font accroître de jour en jour une célébrité qu'accrédite le haut rang que ce compositeur occupe dans ce genre. » On lui connaît en effet une collection en plusieurs livraisons de Chants sacrés ou Nouveaux Airs de Cantiques à une ou plusieurs voix (ad libitum) à l'usage des Paroisses, des Maisons religieuses, des Institutions et des Ecoles de musique (Paris, 1833, chez l'auteur, rue des Cinq Diamants, n° 18, et chez Lemoine, marchand de musique, rue de l'Echelle, n° 9), un Magnificat pour trio et choeur (id., 1834), un Ave verum à 3 voix égales (id., 1834), une Messe solennelle à trois voix égales ou inégales (ad libitum) avec accompagnement de piano ou d'orgue (id., s.d.) qui devait être exécutée le dimanche 7 juin 1835 à Saint-Eustache, mais ne le fut point car « le curé de cette paroisse ayant refusé la participation des voix de femmes aux chants sacrés du compositeur. Un grand nombre de fidèles et de dilettanti ont été vivement désappointés, grâce à cette petite intolérance religieuse » [Le Ménestrel, 14 juin 1835], un Ecce Panis à 3 voix égales (id., 1835), un Regina coeli « très remarquable » publié pour les Fêtes de Pâques 1836 (id.), un Salve Regina pour choeur à 3 voix égales ou inégales (ad libitum) et soli, avec accompagnement de piano ou d'orgue, paru la même année (id.) et dont la presse mentionnait plus particulièrement « cette musique riche d'harmonie et de mélodie », Trois chants sacrés : 1. Ode à la solitude, 2. Psaume 67, Exurgat Deus, 3. Psaume 136, Super flumina Babylonis (id.), un Pater noster à 3 voix égales, avec accompagnement de piano ou d'orgue (id.), un motet Inviolata, avec accompagnement de piano ou orgue (id.), et un Tantum ergo, motet au Saint-Sacrement à une voix, avec accompagnement de piano ou d'orgue (id.). Plus tard, en 1846 paraissaient chez l'auteur, alors domicilié 36 barrière du Roule, et en même temps chez l'éditeur parisien Mme Canaux, rue Sainte-Appoline, un Mois de Marie, 8 morceaux en choeur à 3 voix égales ou inégales (ad libitum) avec accompagnement de piano ou d'orgue, et trois motets : Stabat Mater, à grand choeur avec soli et accompagnement de piano ou orgue, Veni creator (solennel), pour choeur à 3 voix et soli, avec accompagnement de piano ou d'orgue, Quemadmodum desiderat, motet au Saint-Sacrement tiré du Psaume 41, pour choeur à 3 voix égales ou inégales (ad libitum), et à la même époque, chez l'éditeur Lemoine, un Te Deum, choeur à 3 voix égales ou inégales, avec accompagnement de piano ou d'orgue, ainsi qu'un Salut solennel pour choeur à 3 voix égales ou inégales, avec accompagnement de piano ou orgue.

Ses Chants sacrés ou Nouveaux Airs de Cantiques furent appréciés et recommandés par les autorités religieuses, puisque L'Ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, dans son édition du samedi 2 mars 1833, publiait cette nouvelle :

On lui connaît également quelques romances pour chant et piano, genre musical très en vogue sous l'Empire et la Restauration : L'Etranger, paroles de A. Betourné (Paris, I. Pleyel, s.d.), L'Impatience, paroles du même (id.), La Paix du coeur, paroles du même (Paris, Lemoine, s.d.), Les Ruines de Coucy, paroles de V. Cholet (Paris, Pleyel, s.d.), et, avec la collaboration pour la musique de A. Roque (chef d'orchestre du Théâtre-Français), une opérette en 1 acte, avec trois divertissements, Fra Diavolino, sur un livret de Amédée de Jallais et Charles Bridault, donnée à Paris, au Théâtre des Folies-Nouvelles (actuel Théâtre Déjazet), le 4 décembre 1858.

Mais, Toussaint Poisson s'est principalement consacré à l'enseignement. Professant le piano, le chant et la composition en leçons privées, le 19 décembre 1837 il ouvre des cours d'harmonie au 14 de la rue des Saints-Pères, qu'il dispense suivant sa méthode ; le prix du cours est alors de 25 francs par mois ou 120 francs pour la durée d'un cours de six mois. L'année suivante, Le Ménestrel du 8 juillet 1838 nous apprend que « les résultats obtenus cette année dans les cours d'harmonie de M. Poisson sont des plus remarquables. Ce savant professeur, grâce à son ingénieuse méthode, a fait des élèves de première force dans l'espace de six mois. Un magnifique local, passage Sainte-Marie, 2, ou rue du Bac, 58, est disposé pour la réouverture de ces cours, qui se feront à l'époque de la Toussaint. » Devant le succès rencontré dans ses cours il publie en 1839 un Traité d'Harmonie intitulé précisément L'Harmonie dans ses plus grands développements, présentée sous un jour entièrement nouveau, ou Théorie de Composition musicale tellement simple que les plus jeunes Elèves peuvent en très peu de tems (sic) devenir habiles harmonistes (Paris, chez l'Auteur, rue des Cinq Diamants,18, ou Rue St Martin, 29, 133 pages). L'Avant-propos de cet ouvrage nous renseigne sur la méthode de son auteur :

« Les difficultés qu'à présentées jusqu'à nos jours l'étude de l'Harmonie étaient bien faites il faut le dire avec raison pour dégoûter les personnes les plus désireuses de se livrer à la connaissance de cet art. Frappé de cette vérité, et persuadé que des moyens devaient exister pour rendre ce travail court et facile, je me suis mis à l’oeuvre sans autre intention d'abord que de satisfaire mon goût pour ces recherches importantes, et d'aider autant qu'il serait en mon pouvoir aux Elèves qui ont bien voulu se confier à moi pour que je leur transmisse ces connaissances. Mais plus tard ces mêmes élèves et un grand nombre d'artistes distingués m'ayant sollicité de mettre cet ouvrage au jour, en me persuadant qu'il serait d'une grande utilité pour les amateurs, je me suis déterminé à le faire paraître non avec cette conviction, mais bien pour répondre à leurs instances amicales, et pour payer à cet art auquel je me suis voué, le tribut de mes veilles et de mes observations .

« J'ai donné à cet ouvrage le titre d'harmonie dans ses plus grands développements, présentée sous un jour entièrement nouveau, parce qu'en effet tout y est traité depuis la plus petite chose jusqu'à la plus importante, d'après un système qui n'a rien de commun avec ceux connus jusqu'ici : ce système est contenu tout entier dans trois accords : la tonique, la dominante, et la sous-dominante ; tout se réduit là en Harmonie, car il est certain qu'on peut accompagner toute espèce de morceaux de musique, depuis la première note jusqu'à la cadence finale, rien qu'avec ces trois Accords. C'est cette donnée simple par elle même qui m'a fourni la pensée de faire rapporter tout à ce point central, et c'est le développement de ce même principe qui forme la base de ce traité.

« Je me suis attaché dans le cours de cet ouvrage, non seulement pour l'ordre de mon travail, mais encore pour aider à l'intelligence des élèves, à présenter d'abord l'Harmonie simple et naturelle, puis progressivement l'Harmonie la plus recherchée .

« De même que dans tous les traités de Composition, j'ai fait usage des chiffres ; seulement, je ne leur ai pas donné à beaucoup près l'importance qu'on leur à attribuée jusqu' à présent, si bien, que je ne m'en serais même pas servi, si je n'eusse pensé devoir le faire pour me mettre en rapport avec les personnes qui en auraient rencontré, ou qui en rencontreraient ailleurs, afin qu'elles n'y soient pas étrangères . Hors le très faible avantage qu'on trouve dans les chiffres, de pouvoir se rendre compte numériquement de se qu'on à fait, leur inutilité est évidente maintenant qu'ils sont arrivés à être insuffisants pour remplacer les accompagnements devenus presque des symphonies à eux seuls ; en effet, s'il fallait accompagner tous nos opéras modernes seulement avec la basse chiffrée en remplacement de l'orchestre, où en serait-on? Par suite du peu d'utilité que je reconnais à ces chiffres, les élèves d'après cette Méthode n'auront plus besoin d'en apprendre la nomenclature longue et ennuyeuse, outre cela, ils ne perdront plus un temps infini à écrire de l'Harmonie sur des basses chiffrées, travail entièrement inutile, car la difficulté n'est pas de mettre de l'Harmonie sur une basse où tout ce qu'il faut faire est indiqué par des chiffres, mais bien d'établir soi même le choix des Accords.

« On pourra trouver cet ouvrage un peu volumineux pour une théorie que je présente comme très simple, il est vrai que j'aurais pu le réduire de beaucoup en me bornant à ne donner que des règles générales, mais j'ai tenu à entrer dans une foule de détails pour que mon ouvrage fut complet jusque dans ses moindres parties ; j'aurais pu aussi le diminuer en élaguant quantité d'exemples dont pourraient peut être se passer les personnes qui indépendamment de ce traité, auraient encore un maître pour les diriger, mais qui deviennent très utiles à celles qui veulent se livrer seules a l'étude de cet art. »

Traité d’harmonie, 1839
(BNF/Gallica)

Quelques années plus tard (1844), T. R. Poisson publiait une suite à son Traité d'Harmonie intitulée : De la Basse sous le chant, ou l'Art d'accompagner la Mélodie et du Contrepoint et de la Fugue, Suite et complément à l'Harmonie dans ses plus grands développements, présentée sous un jour entièrement nouveau (Paris, chez Mme Veuve Canaux, Editeur de musique, rue Ste Appoline 15, et chez l'Auteur, barrière du Roule, 36, 164 pages), avec cet Avant-propos titré « Quelques lignes pour servir à l'intelligence de la Basse sous le chant » :

« En mettant au jour LA BASSE SOUS LE CHANT OU L'ART D'ACCOMPAGNER LA MELODIE, je ne fais que remplir un engagement que j'ai contracté envers le public, lors de l'apparition de mon Traité d'Harmonie sous le titre de l'HARMONIE DANS SES PLUS GRANDS DEVELOPPEMENTS, PRÉSENTÉE SOUS UN JOUR ENTIÈREMENT NOUVEAU, seulement aurais-je dû le lui livrer plutôt, si je n'avais pas été arrêté dans mon travail par des difficultés sans nombre dont j'étais loin de prévoir l'existence.

« Il n'est pas nécessaire de dire que cet ouvrage qui fait suite à ce Traité d'Harmonie est aussi une création entièrement nouvelle et que jusqu'à nos jours, malgré son extrême nécessité personne n'avait essayé ou pensé entreprendre ; si j'ai conçu l'idée et si je l'ai mis a exécution, je l'avouerai, c'est par le souvenir du plaisir que j'aurais eu moi-même lors de mes études musicales, et je crois que les amateurs doivent ressentir aussi, de rencontrer un ouvrage comme celui-ci, c'est-à-dire un ouvrage qui traitât spécialement de l'art de mettre la Basse sons le chant.

« Il me suffira de dire que pour bien comprendre cette suite ou seconde Partie, il est important d'en connaître la première, sans quoi, il faudrait entrer dans une foule d'explications qui ne seraient que des répétitions de ce qui a déjà été dit; ainsi on va entrer ici en matière sachant qu'il n'y a que TROIS ACCORDS dans tout le système harmonique, l'ACCORD PARFAIT dit TONIQUE, l'accord de DOMINANTE, et celui de SOUS-DOMINANTE, que l'ACCORD PARFAIT dit TONIQUE se pose le plus souvent sur la Tonique ou première note du ton et se compose d'une TIERCE et d'une QUINTE, que l'accord de DOMINANTE qui se pose sur la cinquième note du ton se compose d'une TIERCE et d'une QUINTE, qu'on peut ajouter à cet accord une SEPTIÈME, et qu'on appelle alors SEPTIÈME DE DOMINANTE, que l'accord de SOUS-DOMINANTE se pose sur la quatrième note de la gamme en montant, se compose d'une TIERCE d'une QUINTE et d'une SIXTE […] Qu'il y a deux modes, l'un Majeur et l'autre Mineur, que dans le mode majeur la première tierce de chaque accord est majeure [...] ; et que dans le mode mineur la première tierce de chaque accord est mineure, excepté la Dominante ou 7ème de Dominante qui demande la tierce majeure...

« […] Comme il est bien clair que les trois grands moteurs de l'Harmonie sont la TONIQUE, la DOMINANTE et la SOUS-DOMINANTE, il est tout simple aussi de supposer qu'avec les trois notes fondamentales de ces accords on peut mettre la basse à toute espèce de mélodie, c'est ce qui est en effet, et c'est ce qui va être d'abord démontré dans cet ouvrage.

« Quoique les trois notes fondamentales des trois accords soient la basse la plus naturelle, étant prise à sa source, néanmoins comparativement aux basses produites par le renversement de ces trois accords, ces notes fondamentales sont presqu'en minorité dans le courant de l'harmonie, c'est donc le mélange des trois notes fondamentales des trois accords et les basses que produisent leurs renversements adroitement combinés qui forment une basse non seulement juste, mais encore riche, enfin une basse liée étroitement avec le sens de la mélodie.

« De même que dans la première Partie de cet ouvrage on a été du simple au composée, de même aussi dans celui-ci on va commencer par les basses les plus simples puis progressivement jusqu'aux plus recherchées .

« Cette Seconde Partie s'étendra jusqu'à la FUGUE en y comprenant bien entendu les IMITATIONS, les CANONS et le CONTRE-POINT, parties intégrantes de la fugue . Ce n'est pas que hors les IMITATIONS, les CANONS et le CONTRE-POINT soient nécessaires pour apprendre à mettre une basse sous un chant, et encore moins la FUGUE puisqu'elle n'est imaginée que pour régler la conduite d'un morceau de Musique, à tirer toutes les conséquences d'une phrase musicale, en un mot, à en développer jusqu'à sa plus petite partie, mais c'est pour réunir dans cet ouvrage toutes les connaissances nécessaires à l'art de la composition musicale. »

Plusieurs grands journaux quotidiens de l'époque, notamment Le Constitutionnel du mercredi 15 mai 1844, et La Presse du lundi 20 mai 1844 annonçaient cette parution en ces termes :

De la basse sous le chant..., 1846
(BNF/Gallica)

Ces deux ouvrages rencontrèrent à l'époque un certain succès dans le monde musical, tant à Paris qu'en province, en est pour preuve le journal lyonnais L'Argus et le Vert-Vert réunis, qui dans son édition du dimanche 22 juin 1851, écrit :

« On lit dans les journaux de Paris : Jusque dans les moindres réunions musicales il n'est question que du nouveau traité d'harmonie dont M. Poisson, lauréat de l'Institut de France, est l'auteur ; traité qui met cette science à la portée de toutes les intelligences. En effet, la méthode de M. Poisson, par sa simplicité et la manière toute nouvelle de présenter l'étude de l'harmonie, nous paraît justifier au plus haut degré l'attention que tous les amateurs semblent lui apporter. Déjà on parle d'introduire cette méthode dans quelques conservatoires de musique. N'oublions pas de dire qu'on s'accorde aussi à louer, du même auteur, son magnifique ouvrage, sous le titre de La Basse sous le chant, ou l'Art d'accompagner la mélodie, ouvrage qui manquait entièrement dans l'enseignement de la composition musicale, et qui est appelé à rendre de grands services aux élèves et aux professeurs. On trouve ces ouvrages à Paris, chez Mme Canaux, rue Sainte-Appoline, 17. » Et, dix années après leur publication, ils étaient toujours disponibles à la vente, ainsi que l'atteste cette annonce parue dans Le Ménestrel du 23 novembre 1856 :


Toussaint Poisson est mort le 13 septembre 1861 à l'âge de 64 ans, « à la suite d'une longue et cruelle maladie. »

Denis Havard de la Montagne
(2003, mise à jour : mars 2017)


Benoît DEFRANCE (1795–1869)
Benoît Defrance, Adélia, grande valse suivie d’un galop pour piano
(couverture et partition complète),
dédiée “à Mme Adèle Birkett”, Paris, 1843, chez l’auteur, 14 boulevard Montmartre
et chez les Editeurs de Musique
( BNF/Gallica  )
Audio lecteur Windows Media Fichier audio par Max Méreaux (DR.)

Personnage totalement inconnu des musicologues et des biographes, Benoît-Emmanuel Defrance n’a laissé que peu de traces dans les archives musicales. Néanmoins de récentes recherches nous ont permis de découvrir quelques éléments biographiques inédits.

Né en 1795 à Paris, Benoît Defrance1, fils de François Defrance et d'Anna Sara, entrait en 1808 au Conservatoire de Paris, alors dirigé par Bernard Sarrette considéré comme le fondateur de cette institution en 1795. Tout d'abord élève de solfège dans la classe de Claude Péchignier, il rejoignit en 1810 la classe de flûte d'Antoine Bisetky, puis acheva ses études musicales dans celle de composition (contrepoint et fugue) d'Antoine Reicha. Au concours du Prix de Rome 1819, il obtenait une « mention honorable et une médaille d'argent » avec la cantate Herminie, sur des paroles de J.A. Vinaty, derrière Fromental Halévy, Pierre-Jean Massin dit Turina et Toussaint Poisson.

A cette époque, le sujet du concours du Grand Prix de composition musicale, conformément aux règlements de l'Académie royale des Beaux-arts, se décomposait ainsi :

1° - Un contrepoint à la douzième, à deux et à quatre parties.
2° - Un contrepoint quadruple à l'octave.
3° - Une fugue à trois sujets et à quatre voix.
4° - Une cantate composée d'un récitatif obligé, d'un Cantabile, d'un récitatif simple, et terminé par un air de mouvement.

On manque de précisions sur la carrière qu'il mena par la suite. Néanmoins, l'on sait qu'elle se déroula dans le monde musical parisien, puisque lors de son décès arrivé dans la capitale un demi-siècle après son prix de Rome, sa profession mentionnée était : « artiste musicien ». En outre, les quelques partitions qui nous sont parvenues nous prouvent qu'il s'adonnait aussi à la composition. On lui connaît en effet les pages suivantes, toutes éditées à Paris  : 3 Duos pour violon et guitare, op. 1 (Blève), une Polonaise précédée d'une introduction pour guitare, flûte et cor (Richault), une Sérénade pour guitare et flûte ou violon, op. 6 (Godfroy), un 2ème Recueil de contredanses pour piano (J. Pleyel), une romance intitulée Mathilde et Malek-Adhel avec pour incipit « Non loin du tumulte des armes », sur des paroles de F. A. Boieldieu (Meysenberg) et une Grande valse suivie d'un Galop pour piano : Adelia. Cette dernière composition, dédiée « à Mme Adèle Birkett », publiée en 1843 d'après le mention manuscrite de dépôt légal, se trouve « à Paris, chez l'auteur : Boulevard de Montmartre, 14 et chez les Editeurs de musique. » Sans doute est-ce bien lui également l'auteur de l'accompagnement de guitare de la mélodie Adieux aux amours, paroles et musique d'Auguste Olivier, dont la partition ne mentionne que le nom « Defrance », sans le prénom (Paris, F. Gauvin, éditeur, 1861).


Le journal de musique Le Ménestrel, dans son édition du 26 avril 1863, nous apprend que récemment le violoniste [et peintre] Achille Dien avait donné un concert, salle Erard à Paris, au cours de laquelle on put entendre « deux compositions inédites de Reber, le Chant de Mignon et une Sérénade pour piano, violon et violoncelle, morceau en quatre parties, dont un andante avec sourdine que l’auditoire a redemandé. » A cette soirée, prêtaient leur concours la soprano Andréa Favel (future Mme Louis Lacombe), le violoncelliste Alexandre Batta, Camille Saint-Saëns, Faure (sans doute le chanteur, baryton à l'Opéra, Jean-Baptiste Faure) et Defrance. Bien qu'une fois encore le prénom est omis, il est probable que ce soit notre lauréat du Prix de Rome qui participait ce jour-là à ce concert.

Benoît Defrance, mort le 14 juin 1869 en son domicile parisien du 14 boulevard de Montmartre, avait eu d'une union avec Marie-Eugènie Benoît, coloriste, un fils prénommé Adelbert-Joseph, né le 11 juin 1845 à Paris. Celui-ci exerça le curieux métier de « peintre de fleurs » dans la capitale, où il résidait 82 rue de la Chapelle. Il est le père de deux enfants : Marie-Eugène Defrance, née en 1865 et Charles Defrance, né en 1868.

D.H.M.
(2003, mise à jour février 2017)

1 Il ne doit pas être confondu avec un certain Benoît Defrance, né également en 1795, dont les archives militaires ont conservé la trace. Nommé le 24 février 1819 sous-lieutenant, porte-drapeau au 44e Régiment d'infanterie de ligne avant d'y être nommé lieutenant et de recevoir la Légion d'honneur en juin 1831, il prit sa retraite en 1842 et s'installa à Vitry-le-François (Marne), où il mourut célibataire en 1859.



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