Prix de Rome 1810-1819

Désiré BEAULIEU - Hippolyte CHÉLARD - Ferdinand HÉROLD - Félix CAZOT - Auguste PANSERON - Pierre ROLL - François BENOIST - Désiré-Alexandre BATTON - Fromental HALÉVY - Jean MASSIN dit TURINA - Toussaint POISSON - Benoît DEFRANCE

Désiré Beaulieu
Désiré Martin, dit Martin-Beaulieu
( avec l'aimable autorisation de la la Médiathèque d'agglomération de Niort )
1810

Désiré BEAULIEU

Notice biographique sur cette page.


1811

Hippolyte CHÉLARD (1789-1861)

Hippolyte Chélard (1789-1861),
Grand Prix de Rome 1811, en 1860 et fac-similé de sa signature.
( Eau-forte et burin de W. Müller, Weimar, BNF Richelieu )
Si Chélard n’obtint que peu de succès en France, c’est en Allemagne où il devint le maître de chapelle du roi de Bavière, qu’il bénéficia d’une certaine notoriété avec sa tragédie lyrique Macbeth écrite en 1827.

Né à Paris, le 1er février 1789, d’un clarinettiste de l’Opéra, Hippolyte Chélard commença par étudier le solfège auprès de François-Joseph Fétis dès l’âge de 11 ans. En 1803, il regagnait le Conservatoire de Paris où il étudiait tout d’abord le violon avec Kreutzer, avant de rentrer dans les classes d’harmonie de Dourlen et de composition de Gossec. Le Premier Grand Prix de Rome lui était décerné en 1811 et le séjour à la Villa Médicis qui s’ensuivit lui permettait de recevoir des conseils auprès de l’abbé Baini, Zingarelli et Paisiello. Revenu en France, il rentrait en 1816 à l’orchestre de l’Opéra comme violoniste et parvenait à y faire représenter son Macbeth le 29 juin 1827 (Rouget de Lisle et A. Hix, d’après l’œuvre de Shakespeare). Devant le peu d’enthousiasme que remporta cette composition, Chélard partit en Allemagne où il connut le succès tant à Munich que dans plusieurs autres grandes villes. Cette notoriété lui valut sa nomination de maître de chapelle du roi de Bavière. Revenu à Paris en 1829, il crut pouvoir s’essayer à une nouvelle production avec l’opéra-comique La Table et le Logement, mais à nouveau le succès se fit attendre, l’ouvrage manquant visiblement d’inspiration! Abandonnant provisoirement la composition, il voulut se lancer dans le commerce de la musique mais la Révolution de 1830 le ruina au bout de quelques jours !

Même s’il connut des satisfactions avec la direction des concerts de l’Athénée musical dès sa fondation en 1829, où il put également donner certaines de ces œuvres, comme son Chant grec et sa cantate avec accompagnement d’orgue et harpe, ou encore avec sa Messe solennelle, créée le 30 mai 1830 à l’église Saint-Roch sous la direction de Wilhem à la tête de 130 exécutants, Chélard ne put s’en contenter et retournait en 1831 se fixer à Munich. Là il fit représenter son opéra en trois actes Minuit, traduit en allemand sous le nom de Mitternacht, qui recueillit quelques suffrages, tout en restant inférieur à son Macbeth. Son opérette la Table et le Logement, jouée autrefois à Paris, entièrement refondue et rebaptisée l’Etudiant (Der Student) lui valut par contre un véritable succès. Un séjour en Angleterre (1832-33) lui permit également de se faire connaître auprès du public londonien et d’occuper les postes de directeur de la musique de l’Opéra allemand de Londres, et de chef d’orchestre au King’s Theater, au théâtre de Drury-Lane et au Covent-Garden. C’est la Malibran elle-même qui chanta son Etudiant traduit pour la circonstance en Anglais. Jouant à nouveau de malchance avec la faillite de ces spectacles, il quitta l’Angleterre pour rejoindre l’Allemagne. En 1835, son opéra Die Hermannschlacht (le Combat d’Hermann) représenté à Munich lui valut à nouveau les applaudissements du public. Cinq ans plus tard, Chélard était nommé maître de chapelle de la cour de Weimar où il donnait en 1842 le drame Der Scheibentoni et en 1844, un petit opéra allemand intitulé Die Seekadetten.

La nomination de Liszt, en 1842, comme directeur de la musique du théâtre et maître de chapelle extraordinaire relégua au second plan Chélard, qui, devenu second maître de chapelle, ne pouvait en aucun cas concurrencer sérieusement le génie lisztien ! Il termina tranquillement sa vie à Weimar, après avoir vainement tenté de s’imposer une dernière fois à Paris en 1852. Le 12 février 1861, il s’éteignait à Weimar .

En dehors des ouvrages dramatiques cités ici, Hippolyte Chélard est l’auteur d’un poème symphonique en huit mouvement : La Symphonéide (1846) et de Solfèges à quatre voix, suivis d’un cantique à voix seule, avec accompagnement de piano. Si, comme nous l’avons vu, ce compositeur n’eut aucun succès en France, il passe cependant aux yeux des allemands, qui le considéraient comme un éminent représentant du romantisme français, comme le précurseur de Berlioz. Son opéra posthume L’aquila Romana a été donné à Milan en 1864.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE



1812

Hérold par Dupré
Ferdinand Hérold.
Portrait par L. Dupré
Musica, 1910 )
Ferdinand HÉROLD (1791-1833)

Plusieurs articles sur cette page spécifique.

Félix CAZOT (1790-1858)

Né à Orléans, le 6 avril 1790, François-Félix Cazot rejoignait le Conservatoire de Paris en 1804 pour devenir l’élève de piano de Louis Pradhère, qui venait de succéder à Jadin dans cette classe et d’épouser une fille de Philidor. Il suivit également les cours d’harmonie de Catel et ceux de composition de Gossec et de Fétis. Premier prix de fugue et de contrepoint en 1809, Premier prix de piano en 1811, il obtint cette même année un premier Second Grand Prix de Rome, derrière Chélard. En 1812, année du repli des restes de la Grande Armée par le passage de la Berezina, Félix Cazot décrochait le deuxième Premier Grand Prix, derrière Hérold, avec sa Cantate intitulée Madame de la Vallière. Le 8 janvier 1814, il épousait la chanteuse Joséphine Armand. Née en 1787, nièce et élève de Anne-Aimée Armand (1774-1846), qui avait débuté en mars 1801 à l’Opéra dans le rôle d’Antigone (Oedipe à Colone, Antonio Sacchini), celle-ci était entrée à son tour à l’Opéra en 1808 où elle fit ses débuts le 16 février 1808 dans Ihpigénie en Aulide de Gluck. Félix Cazot suivit ensuite son épouse en Belgique, qui avait été engagée en 1817 au Théâtre de Bruxelles comme première chanteuse. Il vécut quelque temps de leçons de piano et publia dans cette ville des variations pour le piano sur l’air de Au clair de la lune, puis retourna à Paris en 1826, lorsque le contrat de sa femme vint a expirer. Il fonda alors une école de piano qui l'occupa jusqu'à sa mort arrivée en 1858. Sa veuve ne lui survécut guère et mourut l'année suivante, dans le courant du mois de juillet. Tous deux avaient été profondément affectés par la mort prématurée de leur fille et de leur petite-fille.

Cazot, comme Pierre Roll, lutta vainement toute sa vie pour faire représenter à l’Opéra un ouvrage de sa composition, ce qui le désappointa sérieusement ! On connaît également de lui une Méthode élémentaire de piano, éditée à Paris, qui connut un certain succès à l’époque de sa parution.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE


1813

Auguste Panseron
Portrait d'Auguste Panseron par C. Bazin, vers 1850
( Paris, Imprimerie Lemercier )
Auguste PANSERON (1795-1859)

Professeur de chant au Conservatoire de Paris, compositeur d’œuvres théâtrales et religieuses, Auguste Panseron est surtout connu pour ses quelque 200 romances très en vogue sous la Restauration, et pour ses ouvrages pédagogiques de solfège et de chant, restés longtemps au programme officiel des conservatoires et autres écoles de musique de France, Allemagne, Italie, Belgique, Espagne… Certains sont même encore utilisés de nos jours, bien que les premières éditions datent de plus de 160 ans! C’est le cas de l’A B C musical ou solfège des enfants, écrit en 1840, édité actuellement chez Durand et chez Combre, et du Solfège d’artiste, écrit en 1842, publié aujourd’hui chez Durand. Il faut souligner que les membres de la Section musique de l’Académie des Beaux-Arts (Chérubini, Auber, Halévy, Carafa et Berton), en personne, avaient largement approuvé et recommandé lesdits ouvrages. dans ses séances des 12 novembre 1840 et 3 décembre 1842.

Premières mesures de la "Fugue de la Messe à quatre voix écrite à Eisenstadt
pour le prince Esterhasi par A. Panseron, professeur de chant,
et réduite par lui pour quatre Sopranos,
dédiée à Mlle Gibassier, institutrice", 1817
( Paris, éditions Romagnesi, 87 rue de Richelieu, coll. Max Méreaux  ) DR
Audio lecteur Windows Media Numérisation et fichier audio WMA par Max Méreaux (DR.)

" Musicien de cœur, dont la carrière est tout un exemple de courage, de persévérance et de noble labeur ", homme d’esprit apprécié de ses élèves et de tout son entourage, Auguste-Mathieu Panseron est né à Paris le 7 floréal an III (26 avril 1795). Son père, Pierre-Louis Panseron, organiste et habile professeur de musique enseignant le chant et l’harmonie, était un ami de Grétry, qui lui confia l’orchestration d’une vingtaine de ses dernières partitions. Panseron père s’était lié à Honfleur avec l’auteur de l’opéra Richard cœur de lion, à l’époque où il tenait les orgues de l’église Sainte-Catherine (1773 à 1780). Grétry, à la santé défaillante, était venu se reposer quelque temps dans cette ville. C’est lui d’ailleurs qui convainquit Pierre-Louis Panseron de s’installer à Paris, où il occupa par la suite les postes d’organiste de l’église Notre-Dame de Lorette et de plusieurs autres églises, tout en donnant des leçons de musique.

Après avoir été initié à la musique par son père, Auguste Panseron, alors âgé de 10 ans, entrait au Conservatoire de Paris en décembre 1805. Dès avril 1806, il reçut un 1er prix de solfège et fut admis ensuite dans la classe de piano de Jadin, ainsi que dans celle de violoncelle de Levasseur. Au début de l’année 1808, il rejoignait celle d’harmonie de Berton, où il remportait un second prix l’année suivante, puis enfin, suivait les cours de composition de Gossec. En 1811 et 1812, il décrochait le second prix de violoncelle et le 1er de fugue, et l’année suivante achevait brillamment ses études musicales avec un Premier Grand Prix de Rome pour sa cantate Herminie. Le 24 octobre 1813, il arrivait à la Villa Médicis, où il travaillait assidûment durant trois années. Au cours de son séjour en Italie, il se rendit notamment à Bologne afin d’y suivre les cours de contrepoint fugué de Mattei. Sa première Messe fut exécutée en 1814 dans l’église française de Rome. En 1816 et 1817 il parcourait l’Allemagne, l’Autriche, où il recevait les conseils de Salieri à Vienne, et la Russie. Au cours de cette période, il écrivit un Requiem et un de Profundis, tous deux à 4 voix, qui furent exécutés en 1817 à l’église française de Vienne, pour l’anniversaire de la mort de Louis XVI, et, se trouvant à Eisenstadt, il occupait durant quelques mois le poste de maître de chapelle à la cour du prince Esterhazy, pour lequel il composait notamment une Messe solennelle. Cette même place avait été tenue, une dizaine d’années auparavant, par Joseph Haydn.

En 1816 à la Villa Médicis, Ingres, qui avait obtenu le Grand Prix de Rome de peinture en 1806 et prolongeait son séjour dans la ville éternelle, réalisa le portrait d’Auguste Panseron tenant un violon ou un alto dans la main. Ce dessin à la mine de plomb (20,3 x 15,2), portant l’inscription : " Ingres à son ami Panseron, Rome 1816 ", a été offert en 1926 au Musée Carnavalet par Mme et Mlle Batbedat, en souvenir du Lieutenant-colonel Batbedat, petit-fils du compositeur, où il est encore conservé de nos jours sous le numéro d’inventaire D.5859.

De retour à Paris au cours de l’été 1818, Panseron se livrait à l’enseignement du chant, tout en remplissant les fonctions d’accompagnateur à l’Opéra-Comique, avant de succéder en 1829 à Halévy à un poste similaire au Théâtre-Italien, qu’il abandonnera d’ailleurs un peu plus tard pour se consacrer exclusivement à l’enseignement au Conservatoire de Paris. Professeur adjoint de solfège (janvier 1826), puis professeur de vocalisation (septembre 1831), et enfin de chant, à partir de janvier 1836, il comptait également parmi les tous premiers membres fondateurs (4 mars 1828) de la Société des Concerts du Conservatoire, en tant que ténor, et en compagnie de Beauvarlet-Charpentier, Fontaine, Gebauer et Vidal fit partie des 5 membres premiers de la section musique de la " Société libre des beaux-arts ", fondée le 18 octobre 1830 à l’Hôtel de Ville de Paris. Il fut également l’un des musiciens attaché à la Chapelle royale de Louis XVIII, de Charles X puis de Louis-Philippe.

Ses occupations au Conservatoire et à l’Opéra-Comique ne l’empêchèrent pas cependant de se livrer à la composition : en 1820 au Théâtre Feydeau fut donné son opéra comique la Grille du parc (un acte), l’année suivante, dans le même théâtre, c’était un autre opéra comique, les Deux cousines (un acte) que l’ont jouait. Un troisième ouvrage en un acte, Le mariage difficile, fut représenté le 19 février 1826 à l’Opéra-Comique et le 4 novembre 1927, un autre opéra-comique en un acte, écrit en collaboration avec Pierre Roll (paroles de Rochefort-Luçay, Hippolyte Lassagne et Gustave Vulpian), l’Ecole de Rome, avait été créée à l’Odéon. A la mort de son professeur Gossec (16 février 1829), on lui réclama un Pie Jesu. Cette page admirable, d’une grande pureté, fut par la suite chantée à plusieurs reprises lors de solennités identiques, notamment aux obsèques de Catel (décembre 1830) et de Louis Nourrit (1831).

Panseron conserva toute sa vie une certaine prédilection pour la musique religieuse, qu’il avait eu l’occasion d’entendre dès sa plus tendre enfance, auprès de son père organiste. On lui doit d’ailleurs dans ce domaine, en plus des compositions déjà mentionnées précédemment, plusieurs autres ouvrages : 7 Messes, des motets divers, des morceaux religieux à 2 voix (Kyrie, Sanctus, O Salutaris, Agnus Dei), un Benedictus, un Magnificat pour mezzo soprano, un Mois de Marie contenant 25 chants religieux latins et français, pour toutes les voix en solos, duos et trios… Pierre Fallouard, l’un des successeurs de Pierre-Louis Panseron à l’orgue de Ste-Catherine de Honfleur, raconte dans " L’Univers musical " du 16 août 1859, qu’un beau jour de septembre 1834 Auguste Panseron lui rendit visite et " ce fut pour lui comme un devoir de piété filiale et de reconnaissance d’élève, de passer ses doigts sur le clavier que son père et son maître [Grétry] avait jadis touché. Il y improvisa quelques-unes de ces délicieuses mélodies que l’âme trouve et que le talent n’invente pas, animé qu’il était par l’image de son père et de Grétry… "

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Charles VII, romance d'Auguste Panseron, dédiée à son ami Dabadie, de l'Académie royale de musique, paroles de M. Ulrich Guttinger. Lithographie de Piaget et Lailavoix, passage des Panoramas à Paris. Schonenberger, éditeur de musique, boulevard Poissonnière à Paris, 1830
( Coll. D.H.M. )
La Vivandière dans l'embarras, chansonnette militaire d'Auguste Panseron, dédiée à son ami Charles Plantade, paroles de B. de P. Schonenberger, éditeur de musique, boulevard Poissonnière à Paris, 1830
( Coll. D.H.M. )
Qu'ils sont plaisants de me faire la cour!, chansonnette d'Auguste Panseron, dédiée à Mme Malibran, paroles d'Ambroise Bétourné. Lithographie Piaget et Lailavoix, passage des Panoramas à Paris. Schonenberger, éditeur de musique, boulevard Poissonnière à Paris, 1830
( Coll. D.H.M. )
Le Vieux drapeau, chant national d'Auguste Panseron, paroles de Béranger. Lithographie Piaget et Lailavoix, passage des Panoramas à Paris. Schonenberger, éditeur de musique, boulevard Poissonière à Paris, 1830
( Coll. D.H.M. )
Concert chez Mll Berlot - On y mentionne le jeune Liszt

Mais, curieusement, la réputation d’Auguste Panseron sera due en grande partie à ses nombreuses romances, barcarolles et chansonnettes : plus de 200 vont être composées entre 1825 et 1840 et plusieurs imprimées à l’étranger : Londres, Italie, Allemagne. Parmi celles qui ont rencontré un grand succès citons plus particulièrement : Ramons vers le rivage, l’Anglaise à Paris, le Songe de Tartini, Malvina, la Nouvelle Nina, Valsons encore, Louise, Petit blanc, Demain on vous marie, la Fête de la Madone, Au revoir, Appelez-moi, je reviendrai… Ecrites sur des paroles d’Emile Barateau, Ambroise Bétourné, Paul de Kock, le chevalier L. Lacour, H.T. Poirson, Casimir Delavigne, Frédéric de Courcy, elles sont principalement publiées à Paris, chez Schonenberger (10, bd Poissonnière), Troupenas (23, rue St-Marc Feydeau), Meissonnier (22, rue Dauphine) ou Schlesinger (97, rue de Richelieu)… Ce genre musical, très en vogue sous la Restauration, ravissait le public. Les compositeurs de cette époque, Charles Plantade, Antoine Romagnesi, Amédée de Beauplan, Edouard Bruguière, Pauline Duchambge, Félix Blangini, excellaient dans la production. Des périodiques musicaux destinés au grand public fleurissaient du jour au lendemain : " L’Abeille musicale ", journal de chant composé de 24 romances ou nocturnes par an (Romagnesi), " La Mélodie ", journal de chant (Schlesinger), " Le Troubadour des salons ", journal de chant avec accompagnement de piano ou harpe (Meissonnier)…  A la fin de la Restauration et au début de la Monarchie de Juillet, on ne pouvait se rendre dans une salle de concerts ou dans un salon parisien sans y entendre une œuvre de Panseron ; tel jour au Théâtre du Gymnase-dramatique du boulevard Bonne-Nouvelle, Bord, premier hautbois de l’Académie royale de musique, accompagnait Champein dans deux romances de Panseron. Un peu plus tard dans cette même salle de spectacle Cambon chantait la Petite sœur et se produisait également à l’Athénée Musical de l’Hôtel de Ville (salle St-Jean), au Théâtre de la Porte St-Martin et à la " Société libre des beaux-arts " avec d’autres romances de Panseron (Emma, Philomèle, Hélas! le verras-tu jamais?). Tel autre jour au Théâtre des Nouveautés, situé près de la Bourse, au coin de la rue des Filles de Saint-Thomas, ainsi qu’au Théâtre du Vaudeville implanté à l’angle des rues de Chartres et de St-Thomas du Louvre on applaudissait Thénard, de l’Opéra-Comique, qui interprétait le Rossignol et J’entends au loin sa chansonnette. Au Théâtre des Variétés du boulevard Montmartre, on donnait une cantate de Panseron, Le Chien du Louvre, écrite sur des paroles de Casimir Delavigne (27 août 1831). A la même époque Dabadie chantait le Soldat polonais au Cirque Olympique du boulevard du Temple et à la Salle Taitbout, on pouvait entendre des Variations de notre compositeur exécutées au basson par Preumayer. Auguste Panseron, associé à Joseph Guillou, écrivait aussi des Fantaisies et autres Nocturnes sur des thèmes de Rossini (Schlesinger), pour flûte et piano, qui rencontrèrent également un réel succès. Il se produisait même en public, notamment aux concerts de la " Société académique des enfants d’Apollon ", aux Salons Petzold , Erard, de Pape, au Grand Salon d’Apollon, où il chantait ses propres romances !

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A B C musical, dédié aux Mères de Famille, ou solfège avec accompagnement de Piano, composé expressément pour sa petite fille, par A. Panseron, professeur de Chant au Conservatoire. Paris, 4ème édition, vers 1850
( coll. B.H.M. )
A B C musical ou solfège par A. Panseron. Nouvelle édition revue et augmentée par Laurent de Rillé. Paris, chez E. Gallet, rue Vivienne, 1905
( coll. B.H.M. )

Auguste Panseron se consacra ensuite à la rédaction de plusieurs traités de solfège, de chant, d’harmonie et de composition musicale qui lui valurent, là encore, un solide succès à travers toute l’Europe. Ses ouvrages étaient estimés, non seulement par ses pairs et ses élèves, mais également par l’Institut de France, par le ministre de l’Instruction publique qui les recommandait " pour les classes primaires, normales, secondaires et les grands Collèges " et par Monseigneur l’archevêque " pour les Séminaires et les Couvents ". Auber, alors directeur du Conservatoire de Paris, l’appelait " l’habile théoricien " (10 novembre 1854), Chérubini, membre de l’Institut, écrivait à Panseron à propos de son A B C musical : " C’est, Monsieur, un nouveau service dont l’art vous est redevable " (10 août 1840) et Fétis, alors maître de chapelle du roi de Belgique et directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles : " Je vous félicite, Monsieur, sur ce travail, dont le succès me paraît certain, et qui est un nouveau service rendu par vous à l’art " (12 septembre 1840). Meyerbeer en 1839, parlant de sa Méthode de vocalisation, lui déclarait " L’approbation des grands maîtres, exprimée d’une manière si éclatante par eux à la tête de votre ouvrage, vous rend tout autre suffrage superflu ; mais puisque vous voulez bien aussi désirer le mien, je vous assure qu’il vous est entièrement acquis ". Le 5 février 1844, Rossini adressait à Auguste Panseron cette lettre d’approbation en ces termes : " Mon cher ami, ainsi que je l’ai promis à mon dernier voyage à Paris, j’ai fait adopter vos excellents ouvrages de chant au Conservatoire de Bologne, ouvrages que je regarde comme devant être d’une grande utilité aux élèves de la carrière théâtrale ; je fais en cela que rendre justice à votre mérite qui sera toujours apprécié par votre affectionné. "

Le catalogue des œuvres didactiques de Panseron est vaste, néanmoins voici la liste des principaux ouvrages ayant obtenu un succès mérité, édités et disponibles chez tous les marchands de musique et chez  l’auteur :

Méthode de vocalisation pour soprano et ténor (en deux parties), dédiée à son ami Ponchard ; pour mezzo soprano, dédiée à son ami Rossini ; pour basse-taille, baryton et contralto (en deux parties), dédiée à son ami Levasseur. Editées en plusieurs volumes à partir de 1839, " A Paris, chez l’Auteur, 21, rue Hauteville, et chez tous les Marchands de Musique de la France et de l’Etranger ".

Solfège en quatre volumes : N°1 – A B C musical, avec accompagnement de piano, " à l’usage des Commençants et surtout des Enfants, dédié aux Mères de Famille, composé expressément pour sa petite-fille ". N°2 – Suite de l’A B C musical, avec accompagnement de piano. " Ce solfège est plus difficile que le précédent, et monte jusqu’au fa, une tierce au-dessus ". N°3 – Solfège à deux voix, avec accompagnement de piano, " qui peut être également chanté par deux voix de femmes ou deux voix d’hommes ". N° 4 – Solfège d’artiste, ou complément de l’art de la lecture musicale, en deux parties, contenant une série de leçons progressives pour chaque clef. Ces volumes ont été édités à partir de 1840, " A Paris, chez l’Auteur, 21, rue Hauteville, et chez tous les Marchands de Musique de la France et de l’Etranger ", ainsi que chez Boosey (Londres), Nacher (Bruxelles), en Espagne et au Portugal. L’ A B C musical et sa Suite, constamment réédités, notamment par N. Clifford (nouvelle édition anglaise, 1908) et Laurent de Rillé qui en a effectué une nouvelle édition revue et augmentée (Paris, 1905, chez E. Gallet, successeur de Colombier) et plus récemment par Combre (C05171 et P00497) et Durand, sont de nos jours encore utilisés par de jeunes élèves. Il en est de même pour le Solfège d’artiste (Durand) !

Solfège complet pour voix de basse-taille et baryton, dédié à S.A.R. Monseigneur le Duc de Nemours. " cet ouvrage est non seulement indispensable aux élèves chanteurs qui possèdent une voix grave, mais encore très utile aux artistes qui s’occupent du piano, de l’orgue, du violoncelle, de la contre-basse, du trombone, du basson. : car on ne peut rien exécuter sur tous ces instruments sans savoir parfaitement la clef de fa 4e ligne. " Edité " A Paris, chez l’Auteur, 21, rue Hauteville, et chez tous les Marchands de Musique de la France et de l’Etranger ".

Solfège concertant à 2, 3 et 4 voix, en trois parties, " A l’usage des orphéonistes, des classes d’ensemble et des pensions ".

Solfège du pianiste (1845), approuvé par Zimmerman et Kalkbrenner.

Solfège du violoniste (1845), approuvé par Habeneck et Charles de Bériot.

Traité de l’harmonie pratique et des modulations à l’usage des pianistes, en trois parties : Traité d’Harmonie, L’Art de moduler, Devoirs à faire par les élèves (Paris, Brandus, 1855).

25 Vocalises faciles et progressives pour mezzo soprano, précédées de 25 Exercices (1845).

25 Vocalises et 25 Exercices progressifs pour basse-taille, baryton et contralto.

12 Etudes spéciales, précédées de 12 Exercices pour soprano ou ténor.

12 Etudes spéciales, précédées de 12 Exercices pour basse-taille, baryton et contralto.

La carrière artistique de Panseron et surtout sa grande réputation acquise par la qualité de ses ouvrages didactiques, traduits dans toutes les langues et adoptés dans tous les conservatoires de France, lui valurent les honneurs officiels de plusieurs nations, notamment la France qui lui décerna la Légion d’honneur, les Pays-Bas l’Ordre de la Couronne de chêne de S.M. le Roi et la Prusse l’Ordre de l’Aigle-Rouge de S.M. le Roi.

Signature autographe d'Auguste Panseron
Signature autographe d'Auguste Panseron

Le 29 juillet 1859 à Paris, après quinze jours de souffrance que rien ne pouvait calmer, la mort " emportait sous sa faux inflexible " Auguste Panseron. Il était atteint par le muguet (mycose buccale causée par des levures), formant " une excroissance dont il n’est pas possible d’arrêter les progrès, qui prend racine à la gorge et finit par fermer toute issue à la respiration " (La France musicale, 7 août 1859). Le dimanche 31 juillet, suivies par une foule d’amis voulant rendre hommage au " musicien tant aimé et tant regretté ", étaient célébrées ses obsèques en l’église Saint-Eugène, dont la construction par l’architecte Lusson venait tout juste de s’achever. Renaud de Vilbac, également lauréat du Prix de Rome de composition musicale (1844) était l’organiste titulaire du grand orgue Merklin-Schütze(1855). Au cours de la cérémonie religieuse, on chanta un de Profundis , un Pie Jesu du défunt, et un Angus Dei de Stradella. " Les coins du poêle ont été tenus successivement par MM. Auber, Halévy, Ambroise Thomas, Edouard Monnais, Javel et le baron Taylor. Un grand nombre de célébrités littéraires et artistiques suivaient le convoi ". L’inhumation eut lieu au cimetière du Père-Lachaise, après que le baron Taylor, président du Comité des Artistes Musiciens, Edouard Monnais, commissaire près les théâtres royaux et lyriques au ministère d’Etat (au nom du gouvernement) et Antoine Elwart, professeur d’harmonie au Conservatoire de Paris (au nom du Conservatoire) eurent prononcé " de touchantes paroles d’adieu ". Le premier termina son discours en ces termes : " Que l’éclatant témoignage de nos sympathies et de notre vive amitié soit une consolation pour la famille de Panseron. Sa mémoire sera éternellement vénérée parmi nous ; son souvenir vivra partout où les arts ont une confraternité, où les beaux-arts ont un culte. "

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Illustrations de cet article en grand format.


1814

Pierre ROLL (1788-1851)

Signature de Gaspard Joseph Roll apposée le 5 octobre 1787 sur l'acte de baptême de son fils Pierre, né le même jour.
( Saint-Maixent, paroisse Saint-Saturnin ) DR

Né à Saint-Maixent (aujourd'hui Saint-Maixent-l'Ecole, département des Deux-Sèvres) le 5 octobre 1787, Pierre-Gaspard Roll est issu d'une famille originaire de Suisse. Ses grands-parents, Jean-Baltazar Roll et Marie-Magdelaine Michel, tous deux nés vers 1720 et décédés avant 1786, habitaient à Glaris, chef-lieu du canton du même nom. Dominé par la vallée de la Linth, ce canton montagneux, où l'allemand est la langue officielle, a pour saint patron Saint Fridolin (mort en 540), représenté en pèlerin sur le blason dudit canton. C'est probablement au cours des années 1770 que le père de Pierre, Gaspard-Joseph Roll "Maître pâtissier et traiteur", en compagnie de ses cousins germains Frédéric Roll, traiteur et Jean-Baptiste Roll, marchand bijoutier, émigre en France pour s'installer dans la région du Poitou : Frédéric (vers 1742-1812) à Saint-Maixent, où il épouse en 1792 Radegonde Brisson qui lui donne au moins 2 enfants (Charles-Frédéric et André) ; Jean (vers 1744-1802) à Poitiers où avant la Révolution il est marchand bijoutier, "suisse de Mr le Marquis de la Bourdonnaye comte de Blossac, intendant de la paroisse Notre-Dame de la Chandelière" et plus tard receveur des octrois, qui se marie en 1782 à Magdeleine Duvivier des Marais, d'où 8 enfants parmi lesquels Joseph Roll (1790-1863), capitaine de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur et médaillé de Sainte-Helène. Quant à Gaspard, il se fixe également à Saint-Maixent, mais va chercher femme à L'Isle-Jourdain (Vienne) où il épouse le 20 novembre 1786 Marie-Anne Duchesne, née vers 1762 dans cette commune, fille du maître d'école Antoine Duchesne et de Suzanne La Forge : ce sont les parents de Pierre et de son frère Joseph, né vers 1793, "employé des impôts indirects" à Poitiers, qui épouse dans cette ville en 1815 Catherine Girault.

C'est en 1801, à l’âge de 12 ans, que Pierre Roll entre au Conservatoire de Paris. Il y étudie notamment la contrebasse et fréquente les classes de composition de Berton et de Reicha qui l’amènent à l’obtention d’un premier second Grand Prix de Rome en 1813 avec la cantate Herminie (paroles de Vieillard). L'année suivante, il concourt à nouveau et remporte cette fois le Premier Grand Prix avec la cantate à grand orchestre Atala (paroles de Vieillard également). Après son séjour de 5 années à Rome et à Naples (janvier 1815 à décembre 1819), il retourne à Paris où il arrive au début de 1820 et écrit un grand opéra : Ogier le Danois. Mais, bien que destiné à l’Académie royale de musique cet opéra ne sera jamais joué! Il ne parvient seulement à faire représenter qu'une autre de ses oeuvres : L'Ecole de Rome (opéra-comique en 1 acte, écrit en collaboration avec Auguste Panseron, sur des paroles de Rochefort-Luçay, Hippolyte Lassagne et Gustave Vulpian) au Théâtre de l'Odéon le 4 novembre 1826, qui n'eut d'ailleurs guère de succès!

La mairie de Ville d'Avray
Maison de la rue de Saint-Cloud à Ville-d'Avray, propriété de Pierre Roll de 1835 à 1851, actuellement occupée par la municipalité
( photo X... ) DR

Successeur de Gide comme contrebasse à la Société des Concerts du Conservatoire à partir du 6 février 1829, il doit cependant résigner ses fonctions le 17 novembre 1844 pour des raisons de santé et se retire dans sa maison de Ville-d’Avray, près Paris. Située rue de Saint-Cloud, cette propriété avait été construite en 1812 par l'homme de lettres François Ducray-Duminil (1761-1819), auteur de romans populaires très en vogue à l'époque : L’Enfant de la forêt (1796), Coelina ou l’Enfant du mystère (1798), Jean et Jeannette ou les Aventuriers parisiens (1816)...) et son épouse Catherine Lair. A la mort de son mari, celle-ci convolait en secondes noces (1821) avec Pierre Roll, mais une quinzaine d'années plus tard (1835) elle rendait l'âme à son tour, après avoir légué sa maison à son second mari.

Le 20 février 1844 à Ville d'Avray, Pierre Roll épouse en secondes noces une jeune-femme de 24 ans, Henriette Trousseau. Née le 23 mai 1820 à Poitiers, fille de Joseph-Pierre Trousseau, ancien militaire, et d'Elisabeth Duchesne, elle hérite de la propriété de Ville d'Avray à la mort de son époux arrivée sept années plus tard, mais la met bientôt en vente et part s'installer à Blois. En 1855, la municipalité achète cette maison pour y installer ses locaux qu'elle occupe encore de nos jours.

Pierre Roll est mort le jeudi 20 février 1851 à deux heures et demie du matin, en son domicile parisien de la rue de Trévise (n° 47), dépité de n’avoir jamais pu donner l’œuvre de sa vie, Ogier le Danois. La déclaration en mairie est effectuée par Bernard Seurre (1795-1867), "statuaire", âgé de 55 ans, domicilié 13 rue de l'Est à Paris, Prix de Rome de sculpture en 1818, auteur notamment du bas-relief "La bataille d'Aboukir" sculptée sur l'Arc de Triomphe et de la statue de Molière érigée devant l'Opéra de Paris, et par Joseph Henri du Bois de Péan, propriétaire, âgé de 31 ans, domicilié 15 rue de Vintimille à Paris, "cousin du défunt".

Signalons ici la découverte d'un certain François-Jospeh Roll, né probablement vers 1855, qui fréquente à Paris, au début des années 1870, l'Ecole de musique classique et religieuse de Niedermeyer. Mais un éventuel lien de parenté avec Pierre Roll n'a pu encore être établi.

Denis Havard de la Montagne 1

____________

1) Nos remerciements à Mme Dominique Claudius-Petit, Présidente de la "Société des Amis du Musée de Ville-d'Avray" pour ses recherches concernant la date de décès de Pierre Roll et l'historique de la maison de la rue de Saint-Cloud. [ Retour ]


1815

François BENOIST (1794-1878)

Article et catalogue sur une page spécifique.


1816

Pas de premier prix


1817

Désiré-Alexandre BATTON (1798-1855)

Désiré-Alexandre Batton en 1850. Mine de plomb de Ternu, graveur, 4 mars 1871, d'après un médaillon de Francisque-Joseph Duret de 1850.
( B.N.F. )
Désiré-Alexandre Batton (Paris, 1798 - Versailles, 1855), élève de Chérubini au Conservatoire de Paris, remporta le Premier Grand Prix de Rome en 1817 avec sa cantate La Mort d'Adonis. Ses opéras Le Prisonnier d'État et Le Camp du drap d'or, donnés au théâtre Feydeau et La Marquise de Brinvilliers, représenté à l'Opéra-Comique le 31 octobre 1831, remportèrent peu de succès. Il abandonna alors la composition pour se consacrer à l'enseignement. Nommé inspecteur des écoles de musique de France en 1842, il fut chargé ensuite (1849) de la classe d'ensemble vocal du Conservatoire de Paris. On lui connaît également d'autres opéras : Velleda (1820), Ethelvina (1827) et Le Remplaçant (1837) qui furent boudés par le public parisien. Parallèlement à ses activités musicales, Batton dirigea durant longtemps la fabrique de fleurs artificielles fondée par son père.

D.H.M. (notes provisoires)



1818

Pas de premier prix


Signature de Fromental Halévy
Signature de Fromental Halévy
1819

Fromental HALÉVY

Page spécifique

Signature autographe de Jean Massin-Turina
Signature autographe de Jean Massin-Turina, 30 octobre 1824
( AN. AJ/13/131 )
Jean MASSIN dit TURINA (1793 - ? )

Illustre inconnu, Turina n’a laissé que peu de traces dans les annales de la musique et la plupart de ses œuvres sont sans doute à jamais retournées à l’état de poussière !

Cependant, de récentes recherches ont permis de découvrir quelques éléments non négligeables : Pierre-Jean-Paul-Crépin Massin dit Turina est né le 25 octobre 1793 à Alexandrie dans le Piémont (Italie). A cette époque, la province du Piémont, qui faisait partie des Etats de la Maison de Savoie, était annexée par la France depuis 1792 pour former le département de Marengo. Cette situation perdura jusqu’à 1815, après que le Traité de Paris fut signé. C’est là, aux portes d’Alexandrie (Alessandria) que s’était déroulée une célèbre bataille, celle de Marengo. Livrée le 14 juin 1800 entre les troupes de Bonaparte, et les Autrichiens, placés sous les ordres du général Melas, le général Desaix, artisan de la victoire, y fut mortellement blessé. C’est ce jour là également que Dunand, chef cuisinier du futur empereur réalisa le non-moins fameux poulet à la Marengo !

On ne sait si Jean Turina était issu d’une famille italienne ou de souche française, la Savoie et plus particulièrement Turin ayant accueilli de nombreux émigrés au début de la Révolution. Quoi qu’il en soit, en 1818 il réclamait des lettres de naturalité. L’origine de son surnom est également inconnue, mais il est probable néanmoins que cela tint au fait que né dans le Piémont, on l’affubla du nom même de la capitale régionale (Turin) ?

Jean Turina passa sa jeunesse en Italie et arriva à Paris en 1811 pour intégrer ensuite le Conservatoire, sans doute peu avant la Restauration, au moment où Perne succédait à Sarrette à la tête de ce tout jeune établissement. Il suivit certainement les cours d’harmonie de Dourlen ou de Daussoigne-Méhul, et ceux de composition de Berton ou de Lesueur. En 1819 Turina se présenta au concours de composition musicale de l’Institut et plancha sur la cantate Herminie. Celle-ci lui valut le Premier Grand Prix de Rome qu’il partagea avec Halévy.

Domicilié à Paris, 20 rue Neuve d’Orléans où on le trouve en août 1818, il est musicien attaché au Théâtre des Variétés et arrondit ses fins de mois en donnant des leçons particulières de musique. Un peu plus tard, en décembre 1818, il est engagé en tant que " surnuméraire violon " à l’Opéra, avant de passer alto à compter de mai 1819, et le 1er juillet 1819 est également engagé comme quinte à l’orchestre du Théâtre Royal Italien, alors dirigé par Jean-Jacques Grasset. Mais au mois d’octobre de la même année il doit résigner ses contrats pour rejoindre la Villa Médicis afin d’y effectuer le séjour réservé aux vainqueurs du Prix de Rome. Il y arrive le lendemain de Noël 1819 et en repart à la fin de l’année 1824. Entre temps, lors du traditionnel voyage à travers l’Italie Habeneck, alors directeur de l’Académie royale de musique, le charge de rechercher dans ce pays une prima donna et un primo tenor pour l’Opéra de Paris, mission il essaye de s’acquitter au mieux en parcourant les principaux théâtres des grandes villes (Rome, Turin, Crémone, Milan, Naples) entre 1822 et 1824…

On ignore la destinée de Jean Turina après 1824 ; est-il rentré à Paris où s’est-il définitivement installé dans son pays natal, nul ne le sait à cette heure ! Quant à son œuvre musicale on lui connaît au moins un opéra en deux actes : La Schiava in Bagdad, composé lors de son séjour à Rome qu’il essaye de faire jouer à partir de juin 1823 au Théâtre Italien de Paris.

D.H.M.

Toussaint POISSON (1797-1861)

Voici un musicien sur lequel on sait peu de choses. Seul Pougin, dans le supplément à la Biographie universelle des musiciens (1860-1881) de Fétis le mentionne. C’est de là que nous extrayons la plupart des renseignements ci-après.

Né à Paris en 1797, Toussaint-René Poisson a effectué ses études musicales au Conservatoire de Paris, notamment dans la classe de composition de Berton. En 1819, il remportait un premier Second Grand Prix de Rome pour ca cantate Herminie, derrière Halévy et Massin.

Toussaint Poisson s’est ensuite adonné à l’enseignement de la musique, pour lequel il a écrit deux ouvrages pédagogiques : L’harmonie dans ses plus grands développements, ou théorie de composition musicale et De la basse sous le chant, ou l’art d’accompagner la mélodie et du contrepoint et de la fugue (Paris, Veuve Canaux). Il est mort le 13 septembre 1861.

Sans doute est-il celui qui est mentionné en 1830 dans les comptes de l’Opéra, au moment où il remplace à l’orchestre de l’Opéra la contrebasse Hofflmayer, retraité le 1er juillet 1830 ?

D.H.M.

Benoît DEFRANCE (1795–1859)

L’œuvre de ce musicien n’a pas résisté à l’usure du temps ; l’homme également ! Personnage totalement inconnu des musicologues et des biographes, Benoît Emmanuel Defrance n’a guère laissé de traces dans les archives musicales. Son nom n’est connu que par une mention honorable au Prix de Rome obtenue en 1819 avec la cantate Herminie.

Né en 1795 à Paris, sans doute s’était-il présenté en candidat libre au concours de composition musicale de l’Institut de France, comme le règlement le permettait, sans avoir fréquenté le Conservatoire de musique de la rue Bergère. A cette époque cet établissement, alors " Ecole royale de musique et de déclamation ", était dirigé par Perne ; Cherubini et Lesueur y enseignaient la composition, Eler la fugue et le contrepoint, et Dourlen l’harmonie.

De récentes recherches inédites nous permettent cependant de lever une partie du voile mystérieux qui s’est abattu sur Benoît Defrance. Il semble en effet n’avoir jamais fait carrière dans la musique mais dans l’armée, à laquelle il appartenait déjà lorsqu’il concourait en 1819 pour le Prix de Rome. C’est en effet le 24 février de cette année qu’il avait été promu au grade de sous-lieutenant porte-drapeau au 44ème Régiment d’Infanterie de ligne. Plus tard, alors passé lieutenant, il est reçu chevalier de la Légion d’honneur par décret du 9 juin 1831.

Le 44ème de ligne, avant de s’établir en 1873 à Lons-le-Saunier (Jura), fut longtemps basé à Valenciennes (Nord) où il se trouvait déjà sous l’Empire. C’est en 1791 que le Régiment royal d’Orléans, formé en 1656, avait pris l’appellation de 44ème Régiment d’Infanterie de ligne. Il s’était illustré notamment à Eylau (1807) et à Saragosse (1809). Durant la guerre d’Italie, entreprise en coopération avec le Piémont pour sauvegarder l’indépendance de ce pays menacée par l’Autriche (mai 1859), ce régiment se distingua à nouveau, mais le lieutenant Defrance ne put combattre ayant trouvé la mort peu avant, le 29 mars 1859, dans des circonstances qui ne sont pas connues.

D.H.M.


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