Prix de Rome 1900-1909

Florent SCHMITT - André CAPLET - Gabriel DUPONT - Maurice RAVEL - Aimé KUNC - ROGER-DUCASSE - Albert BERTELIN - Raoul LAPARRA - Raymond PECH - Paul PIERNÉ - Hélène FLEURY-ROY - Victor GALLOIS - Marcel SANUEL-ROUSSEAU - Philippe GAUBERT - Louis DUMAS - Maurice LE BOUCHER - André GAILLARD - Nadia BOULANGER - Édouard FLAMENT - Jules MAZELIER - Marcel TOURNIER

1900

Florent SCHMITT (1870-1958)

Florent Schmitt vers 1900 ( photo Eugène Pirou, BNF Richelieu )
Heitor Villa-Lobos et Florent Schmitt (à droite) en 1927. ( BNF Richelieu )
Né à Blâmont (Meuthe-et-Moselle) le 28 septembre 1870 et mort à Neuilly-sur-Seine le 17 août 1958, Florent Schmitt travailla d'abord à Nancy, auprès de l'organiste Henry Hess qui lui enseigna le piano et de Gustave Sandré l'harmonie, avant de rejoindre le Conservatoire de Paris en 1889. Élève de Dubois, Lavignac, Gedalge, Massenet et Fauré, il concourut à 5 reprises pour le Prix de Rome: en 1896 avec la cantate Mélusine, l'année suivante il remportait le deuxième Second Grand Prix avec la cantate Frédégonde, en 1898 avec la cantate Radegonde, en 1899 avec Callirrhoé et en 1900, il décrochait enfin le premier Premier Grand Prix avec la cantate Sémiramis. Il profita de son séjour à la Villa Médicis pour voyager en Italie, Allemagne, Espagne, Autriche, Maroc... En 1901 il était nommé premier titulaire du grand orgue de l'église Saint-Lambert-de-Vaugirard, que Louis Debierre venait de construire et restera à ce poste durant 20 ans. Membre dès sa fondation en 1909 de la Société Musicale Indépendante, il sera également président de la Société Nationale de Musique (1938). Critique musical renommé, notamment au journal Le Temps (1919-1939), il fut également directeur du Conservatoire de Lyon où il enseigna l'harmonie (1922 à 1924) et succédait à Dukas (1936) à l'Institut. Son catalogue, qui comprend 138 numéro d'opus, est très important et fort varié. Attaché au classicisme, bien que romantique par certains côtés, l'œuvre de Schmitt révèle ces deux tendances, principalement dans sa musique d'orchestre. Il est difficile de ne mentionner ici que ses compositions principales, tant elles sont nombreuses! Citons cependant le Psaume XLXII, pour soprano, chœur, orgue et orchestre; son mimodrame la Tragédie de Salomé; sa musique de scène Antoine et Cléopâtre et celle pour le film Salammbô; son Quintette pour piano et cordes; sa Symphonie concertante pour orchestre et piano; sa tragédie dansée Oriane et le Prince d'Amour et sa Messe en quatre parties pour chœur mixte et orgue, qui est son opus ultime. Qualifié par certains de Titan, il est incontestable que Florent Schmitt est l' un des plus important compositeurs de l'école française.

D.H.M. (notes provisoires)

Dans le jardin de la famille Schmitt, rue des Girondins à Saint-Cloud, vers 1910. De gauche à droite, au 1er rang : Roger Haour, Maurice Ravel, Jeanne et Christiane Pivet. Au 2ème rang : Jane Haour, "Raton" Schmitt et Léon Pivet. Au dernier rang : Paul Sordes, Florent Schmitt, Léon-Paul Fargue et Jeanne Schmitt. ( BNF Richelieu )


1901

André CAPLET (1878-1925)

André Caplet
André Caplet (1878-1925),
Grand Prix de Rome 1901,
directeur de la musique
à l'Opéra de Paris
( photo Raoul Autin, 1902 )

"Ce qu’il faut mettre en relief d’abord, parce que là réside l’essentiel, c’est du plus loin que je me souvienne, l’attirance toujours exercée sur moi par la mer. Enfant, je restais des heures à flâner au bord des grands bassins du Havre. J’écoutais le rythme des vagues déferlant sur la grève et, bien avant que je ne puisse partir seul, quand un marin m’emmenait dans son bateau, j’étais heureux et j’imaginais, j’entendais des voix dans les voiles. Elles changeaient d’intensité selon la force du vent et semblaient répondre à quelque interrogation venant de moi. Je ne saurais expliquer ce que je ressentais alors mais, revenu sur terre, j’étais en exil. J’attendais toujours je ne sais quel motif d’émerveillement. J’entendais des voix dans les voiles." Rejoignant dans cette passion des voix et de la mer Albert Roussel et Jean Cras, André Caplet est un acteur de tout premier plan dans la vie musicale du début du XXe siècle.

Il est né le 23 novembre 1878 sur un bateau entre Le Havre et Honfleur, dernier enfant d’une famille très modeste. Doué et précoce, confronté dès son plus jeune âge à la nécessité de travailler, il obtient à onze ans un engagement de pianiste répétiteur aux Folies Bergère du Havre et à douze ans, un poste de violoniste dans l’orchestre du Grand Théâtre municipal. Après avoir reçu de Henry Woolett ses premiers cours d’harmonie au Havre, il est l'élève de Charles Lenepveu, Xavier Leroux et Paul Vidal au Conservatoire de Paris (1896-1901). C’est à cette époque que, timbalier aux Concerts Colonne, il se fait remarquer pour ses capacités de chef d’orchestre. En 1899, à 21 ans, il est nommé directeur de la musique à l'Odéon.

Ses premières œuvres (Quintette pour piano et instruments à vent, Callirhoé, Suite persane, Pâques citadines) montrent une assimilation précoce de l'héritage de Franck et de Massenet ainsi qu'une évidente attirance pour l'impressionnisme. Après avoir obtenu avec la cantate Myrrha le Premier Grand Prix de Rome en 1901 devant Maurice Ravel, il parcourt l’Italie avec une insatiable curiosité. A l’occasion du centenaire de la Villa Médicis, il est désigné pour écrire une Marche solennelle exécutée sous sa direction à la cérémonie officielle commémorant cet événement en avril 1903. Avec Épiphanie, triptyque pour violoncelle et piano composé la même année, il entre dans une phase de musique plus évocatrice que descriptive qui débouche sur Le Masque de la mort rouge, fresque symphonique avec harpe principale, d'après Edgar Poe (1908). Caplet remanie son œuvre en 1923 pour harpe et quatuor à cordes, lui donnant alors le titre de Conte fantastique. Cette partition comporte d'étonnantes trouvailles instrumentales dans l'écriture pour la harpe et dans la puissance d'évocation musicale. Il faudra attendre Krzysztof Penderecki ou György Ligeti pour voir certains de ses procédés réutilisés. Se sentant à l’étroit dans sa cage dorée de la Villa Médicis, il donne sa démission, quitte l’Italie pour l’Allemagne où, pendant une année, il suit les répétitions des grands chefs de l’époque : Arthur Nikisch à Berlin et Félix Mottl à Dresde.

En 1907, André Caplet rencontre Claude Debussy dont il connaît déjà fort bien la musique ayant transcrit plusieurs de ses partitions d'orchestre pour le piano. Une profonde amitié s'établit entre eux et, loin de se limiter à un rôle de disciple que lui attribuent de trop nombreux biographes, Caplet devient le plus proche collaborateur de Debussy, son interprète de prédilection d'abord, mais aussi l'orchestrateur de certaines de ses partitions (Children's Corner, La Boîte à joujoux, deux des Ariettes oubliées…). S’adressant à Georges Jean-Aubry en 1908, Debussy confie : "Hier pour la première fois j’ai entendu deux mélodies d’André Caplet. Ce Caplet est un artiste. Il sait retrouver l’atmosphère sonore et, avec une jolie sensibilité, a le sens des proportions ; ce qui est plus rare qu’on ne le croit à notre époque de musique bâclée ou hermétique comme un bouchon !"

Il tombe gravement malade d’une pleurésie à l’automne 1909. Blond, le regard vague, une tête énorme posée sur de larges épaules, il est doté d’une puissante personnalité au dynamisme communicatif. A ce magnétisme naturel s’ajoute un charme indéfinissable auquel succombera Isadora Duncan. Dès 1910 ses premières compositions figurent à l’affiche des concerts parisiens. Ses interprètes sont Claire Croiza, Jane Bathori, Philippe Gaubert, Gaston Poulet, Maurice Maréchal... Sa carrière de direction d'orchestre prend son véritable essor en 1910 lorsqu'il est nommé chef d'orchestre puis directeur de la musique à l'Opéra de Boston où il reste quatre années. Il y présente l'essentiel du répertoire contemporain français, y faisant notamment découvrir la musique de Debussy, Ravel, Satie, Milhaud, Aubert, Laparra… Il revient à Paris au printemps 1911 afin d’orchestrer, préparer et diriger les premières représentations du Martyre de Saint Sébastien, partition que Debussy achève dans la hâte. En 1912, il assure la première exécution de Pelléas et Mélisande en Angleterre.

Définitivement revenu en France au printemps 1914, il est nommé chef d’orchestre à l'Opéra de Paris, mais la guerre éclate en août et l'empêche d'exercer ses fonctions. Caplet s’engage volontairement à la déclaration de guerre (il avait été exempté du service militaire). Il est affecté à la garnison du Havre et c'est avec le grade de sergent qu'il arrive au front en septembre 1915. Il est chef colombophile et, parallèlement, participe activement à la vie du quatuor fondé par Lucien Durosoir et Maurice Maréchal comme l’atteste cette lettre écrite par Durosoir à sa mère le 17 octobre 1915 : "Voici comment je compte faire pour organiser le quatuor. Il est arrivé hier matin, dans un nouveau renfort, André Caplet, le prix de Rome, chef d’orchestre bien connu qui dirigeait à Boston depuis plusieurs années la saison d’opéra. Je lui ai longuement causé hier et je l’ai même présenté au colonel. Il est sergent, on va lui trouver un filon, d’autant plus qu’il est malingre. Il faut vraiment avoir besoin d’hommes pour prendre des gens comme lui. Enfin bref, il jouerait l’alto dans le quatuor (Caplet est pianiste mais il a aussi appris le violon et a quelques rudiments d’alto). Inutile de dire qu’il sera intéressant comme musicien. Il paraît fort timide, il faut dire qu’il était désorienté de se trouver au front, c’est la première fois qu’il y venait." En mai 1916, le général Mangin lui commande la Marche héroïque de la Ve Division. Blessé et sévèrement gazé, il revient du front très diminué physiquement.

Démobilisé au début de l’année 1919, il épouse le 4 juin à Chaville celle qu’il appelait "ma petite Geneviève". De cette union heureuse naît un petit Pierre le 20 octobre 1920. Ses activités musicales restent malgré tout aussi bouillonnantes. Francis Poulenc nous rapporte l’anecdote suivante : "André Caplet, récemment revenu du front, dirigeait une étrange chorale où l’on voyait parmi les basses mes deux maîtres Charles Koechlin et Ricardo Viñes et, dans je ne sais quel emploi, Honegger et moi-même. Il s’agissait de chanter les Trois chansons a cappella de Ravel encore inédites."

Décidant de se consacrer à la composition plutôt qu’à la direction d'orchestre que sa santé affaiblie rend trop fatigante, il refuse les postes de chef d'orchestre que lui proposent l'Opéra de Paris, les Concerts Lamoureux et les Concerts Pasdeloup. Il dirige cependant divers orchestres de façon intermittente. C’est ainsi qu’il fait entendre pour la première fois en France aux Concerts Pasdeloup les Cinq pièces pour orchestre opus 16 d’Arnold Schönberg en 1922. Il dirige également les premières auditions de Socrate d’Eric Satie et de La valse de Maurice Ravel. Toujours la même année, il assiste à la première française du Pierrot lunaire dirigée par Darius Milhaud. Sa curiosité étant toujours en éveil, il est présent lors des premières auditions du Roi David d’Arthur Honegger, Pour une fête de printemps d’Albert Roussel, Noces d’Igor Stravinsky…

Les horreurs de la guerre accentuent son mysticisme qui se traduit dans des œuvres intérieures, généralement destinées à la voix humaine. Ayant tiré de la leçon debussyste une libération vis à vis du passé, peu attiré par le courant Stravinsky de l’après-guerre, il est alors très attentif aux recherches de l’Ecole de Vienne mais reste attaché à une clarté et une fluidité bien françaises. Dès 1909, avec le Septuor pour cordes vocales et instrumentales, Caplet aborde une écriture plus dépouillée, faite de recherches de timbres et de simplicité. Les Inscriptions champêtres (1914), pour voix de femmes a cappella trouvent leur inspiration dans les paysages normands tout comme la Messe à trois voix dite "des petits de Saint Eustache la Forêt" (1920) qui emprunte certains procédés au chant grégorien. Son Panis Angelicus composé le 21 juin 1919 est d’une grande ferveur religieuse et témoigne d’une sincérité et d’une profondeur de sentiments assez rares à cette époque. En 1923, André Caplet termine son chef d’œuvre, Le Miroir de Jésus, triptyque sur les Mystères du Rosaire, poèmes d’Henri Ghéon où il associe à nouveau cordes vocales et instrumentales.

LE MIROIR DE JÉSUS

D’un grand mysticisme, puisant aux racines d’une foi authentique, l’œuvre est écrite entre avril et septembre 1923. "Mes intentions sont d’utiliser comme accompagnement le quatuor à cordes et la harpe ; de faire précéder chaque groupe du Mystère (de joie, de peine, de gloire) d’un petit prélude confié aux seuls instruments à cordes, et d’utiliser un groupe de voix de femmes (9 voix seulement divisées en 3) pour agrémenter comme fond sonore les Mystères joyeux et les Mystères glorieux."

Une version pour chœur, orchestre à cordes et deux harpes est donnée pour la première fois à Lyon le 22 février 1924. Dans sa version de musique de chambre, Le Miroir de Jésus est exécuté en première audition le 1er mai suivant à Paris, au théâtre du Vieux-Colombier. André Caplet dirige et Claire Croiza y chante la voix principale. Le succès est tel que, toujours sous la direction de l’auteur, cet ouvrage est donné à plusieurs reprises et à guichet fermé au Vieux-Colombier. L’œuvre affirmant son rayonnement, d’autres auditions ont lieu dans différentes villes. C’est ainsi que la reine Elisabeth fait venir à Bruxelles le compositeur et ses interprètes pour entendre cette œuvre dans laquelle jamais encore la musique de Caplet n’a atteint une telle force dramatique et descriptive.

Confiant à trois voix a cappella le rôle d’annoncer : "Le Miroir de Jésus : Quinze petits poèmes sur les saints mystères du Rosaire qu’Henri Ghéon composa et qu’André Caplet de musique illustra", l’auteur établit un contact immédiat avec son auditoire. Puis, l’ouvrage se divise en trois parties : le Miroir de joie, le Miroir de peine, le Miroir de gloire. Chacune de ces trois parties est précédée d’un prélude confié aux instruments seuls, d’une écriture systématiquement différente.

Laissons à Yvonne Gouverné, fidèle disciple de Caplet, le soin de nous parler des derniers jours du compositeur :

"Le lundi 9 mars 1925, un festival des œuvres d’André Caplet avait lieu à l’église Saint-Michel au Havre, avec les instrumentistes du Havre bien entendu, la chorale locale à laquelle se joignaient quelques fidèles des nôtres et Mme Claire Croiza interprétant le Miroir de Jésus. A la veille de ce concert auquel je ne pensais pas assister, Madeleine Vhita et moi-même reçûmes l’ordre de nous rendre immédiatement au Havre pour la répétition générale. Madeleine pour remplacer Mme Croiza venant seulement pour le concert. Moi, parce qu’André Caplet avait fait mettre un piano dans l’orchestre et j’avais comme mission de renforcer les basses qui, dans cette église, paraissaient sonner de façon insuffisante. Donc ce qui fut dit fut fait. A l’issue de cette répétition, l’auteur éprouvait le besoin de se détendre… Vers minuit, après avoir quitté les uns et les autres, André Caplet nous emmenait Madeleine et moi vers la mer ! Comment pourrais-je oublier cette promenade nocturne au bord des vagues houleuses, qui fut la dernière de toutes avec lui ? Il nous tenait chacune par un bras, devant cette immensité marine dont nous longions les vagues, et, comme s’il nous proposait une aventure merveilleuse : "Mais pourquoi ne pas partir sur une de ces barques ? Vous savez que je rame très bien" nous dit-il. Poursuivant son rêve, il se mit à fredonner presque joyeusement : "On s’embarquerait sur la mer et l’on ne reviendrait plus".

Le concert ayant eu lieu le lendemain soir 9 mars 1925 fut la dernière escale du musicien devant une assemblée où son œuvre était à l’honneur. Le 14 mars, André Caplet fut immobilisé par une forte fièvre. Le médecin ne put lui cacher qu’il était très grave pour lui de sortir…"

Il est mort le 22 avril 1925 à Neuilly-sur-Seine, dans son appartement du boulevard d'Inkermann.

Ses dernières pensées ont peut-être été pour son maître, son ami, Claude Debussy qui lui écrivait en 1918, quelques semaines avant sa propre mort : "Si l’on a besoin de quelqu’un pour diriger la musique des sphères, je me sens tout à fait désigné pour ce haut emploi." Diriger la musique des sphères, c’est certainement ce qui les attendait tous deux. Messagers des radieux espaces pressentis dont la matière ne possède pas la clé, c’est sur cette vérité si anxieusement recherchée que devaient se rouvrir les grands yeux de Mélisande et que l’extase paradisiaque du Martyre de Saint Sébastien devait précéder dans une aveuglante lumière le couronnement au ciel du Miroir de Jésus.

Patrick Marie Aubert

Audio lecteur Windows Media André Caplet, Adagio pour violon et orgue ou piano. Fichier audio par Max Méreaux (DR.)


LE MIROIR DE JESUS
André Caplet

Isabelle Cals, mezzo-soprano, Gaëlle Thouvenin, harpe,
Quatuor Johannes, Chœur de femmes du Capitole
direction : Patrick Marie Aubert
Auditorium Saint-Pierre des Cuisines à Toulouse
18 novembre 2006 à 18h

Gabriel DUPONT (1878-1914)

Gabriel Dupont, vers 1895.

Articles détaillés sur cette page spécifique.








Conservatoire de Paris, vers 1895 : quelques élèves de la classe de composition de Jules Massenet, dont Gabriel Dupont. Musica, 1909, coll. DHM ) DR




Audio lecteur Windows Media Gabriel Dupont, Epigraphe et Une amie est venue avec des fleurs,
pièces n° 1 et n° 7 des Heures dolentes pour piano (Paris, Au Ménestrel/ Heugel & Cie, 1905)
fichiers audio par Max Méreaux (DR.)

 

Maurice Ravel
Maurice Ravel (1875-1937), Grand Prix de Rome 1901 avec sa cantate Myrrha, auteur de la célèbre Pavane pour une infante défunte (1899) et du non moins célèbre Boléro (1928) qui a fait le tour du monde. ( Photo Melcy, 1910. )
Maurice RAVEL (1875-1937)

Maurice Ravel s'est présenté cinq fois au concours entre 1900 et 1905 (sauf en 1904). Il obtint en 1901 un deuxième Second Prix de Rome.


La classe de piano de Charles de Bériot au Conservatoire de Paris, vers 1894. Debout, de gauche à droite : Maurice Ravel, Camille Decreus (2e prix 1895), Gaston Lévy dit Lhérie (1er prix 1897), Édouard Bernard (1er prix 1899), Fernand Lemaire (1er prix 1895), Henri Schidenhelm (2e prix 1894), Jules Robichon, Marcel Chadeigne (1er prix 1895, grand-père maternel d'Alain Bernaud), Ricardo Vines (1er prix 1894), Cortes, André Salomon (1er accessit 1897) et Ferdinand Motte-Lacroix (2e prix 1894). Assis : Charles de Bériot (au piano) et Joachim Malats (1er prix 1893) ( BNF Richelieu )


Programme de concert du dimanche 16 janvier 1938, par la Société des Concerts du Conservatoire, sous la direction de Philippe Gaubert, en hommage à Maurice Ravel décédé le 28 décembre 1937. ( Coll. D.H.M. )

Ravel: Le Jardin Féerique (Ma Mère l'Oye)Ravel: Le Jardin Féerique (Ma Mère l'Oye)Ravel: Le Jardin Féerique (Ma Mère l'Oye)

Audio lecteur Windows Media Maurice Ravel, Le Jardin féerique, extrait du ballet Ma Mère l’Oye (in supplément de “Musica”, mai 1914) coll. Max Méreaux
Quelques fautes de gravure au dernier système de la troisième page ont dû être corrigées :
- 1ère mesure, 2e temps et 2e mesure, 1er et 3e temps à la main droite : ajout d’un point à côté du sol aigu (croche pointée).
- 2e mesure à la main gauche : les noires n’étaient pas bien placées sur les 2e et et 3e temps.

Numérisation, corrections et fichier audio par Max Méreaux (DR.)

1902

Aymé Kunc ( photo X..., coll. part., avec l'aimable autorisation de l'Association Aymé Kunc )
Aymé KUNC (1877-1958)

Article et autres illustrations sur une page spécifique.

Château de Compiègne, 5 au 11 mai 1900, les 11 candidats au concours d’essai du Prix de Rome. De g. à dr. : Roger-Ducasse (assis sur le garde-corps), César-Abel Estyle (derrière), Edouard Trémisot, Léon Moreau, Maurice Ravel, Gabriel Dupont, Angelin Biancheri, Albert Bertelin, Florent Schmitt (lit le journal), Aymé Kunc (assis sur la 2e marche) et Louis Brisset (assis sur le garde-corps) (Musica, 1913, coll. DHM) DR.

ROGER-DUCASSE (1873-1954)

Roger-Ducasse, premier Second Grand Prix de Rome en 1902. ( photo Musica, 1900. ) DR

Né le 18 avril 1873 à Bordeaux, décédé le 19 juillet 1954 au Taillan-Médoc (près de Bordeaux), Roger-Ducasse a fait ses études musicales au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, à partir de 1892, auprès de Fauré (composition), Pessard (harmonie), Gedalge (contrepoint) et Bériot (piano). Ses camarades de classe se nommaient Ravel, Florent Schmitt et Georges Enesco. Premier Second Grand Prix de Rome en 1902 avec sa cantate Alcyone, derrière Aymé Kunc, il se consacre ensuite à l’enseignement. C’est ainsi qu’il devint inspecteur du chant dans les écoles de la Ville de Paris (1909), professeur d’ensemble au Conservatoire de Paris, puis succéda à Dukas dans sa classe de composition en 1935, avant de se retirer à Bordeaux. En octobre 1930 il avait prit la direction de la " Chorale des Professeurs de Musique de la Ville de Paris " qu’il dirigea d’une main de maître durant une dizaine d’années, avant de laisser la place à Raymond Loucheur. Son répertoire fort varié lui permettait de donner aussi bien des chansons populaires harmonisées avec grand soin, que le Requiem de Mozart, le Faust de Schubert, ou encore le Magnificat de Bach, sans oublier des pièces de ses contemporains (d’Indy , Debussy, Fl. Schmitt, Saint-Saëns...)

Son premier succès, en tant que compositeur, fut sa Petite suite pour piano à 4 mains écrite en 1898. Par la suite ce sera nombre d’œuvres de grande valeur :Au jardin de Marguerite (pour voix et orchestre), Le Joli jeu du Furet (chœur pour voix d’enfants), Ulysse et les Sirènes (pour voix et orchestre), Orphée (mimodrame), Cantegril (opéra-comique)... un Salve Regina, des motets avec orgue, un 1er Quatuor à cordes... On lui doit aussi une production importante d’ouvrages éducatifs pour la jeunesse : des recueils de dictées et de solfèges, des exercices pour le piano, des études graduées, des transcriptions et des chœurs pour voix d’enfants... Gabriel Fauré qui avait su détecter en lui son génie musicale n’avait pas hésité, non seulement à le laisser le remplacer de temps à autre dans sa classe de composition au Conservatoire, mais également à lui confier la réduction pour piano de son Requiem et de Pelléas et Mélisande.

Roger-Ducasse était également un poète ; c’est ainsi qu’il joua notamment un rôle éminent dans l’expansion de l’Association Guillaume Budé. Il n’avait pas oublié que dans sa prime jeunesse ses parents l’avaient tout d’abord dirigé vers des études littéraires.

On a dit de lui que c’était un travailleur patient et minutieux qui composa relativement peu, mais donna cependant une œuvre variée de grande qualité.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

Page avec plus de détails concernant Roger-Ducasse.

Albert BERTELIN (1872-1951)

Albert Bertelin, mention au Grand Prix de Rome en 1900 et deuxième Second Grand Prix de Rome en 1902. ( photo Musica, 1900. )

Albert Bertelin, né à Paris le 26 juillet 1872 et mort dans cette même ville, le 19 juin 1951, a été élève de Dubois, Pugno, Widor et Massenet au Conservatoire national Supérieur de musique de Paris où il était rentré en 1893. Deuxième Second Grand Prix de Rome en 1902, derrière Aymé Kunc et Roger-Ducasse, après avoir obtenu déjà une mention au concours de 1900, il a ensuite longtemps enseigné le contrepoint et la fugue à l’Ecole Supérieur de musique César-Franck, à Paris. Auteur notamment d’une Sonate en mi mineur pour violoncelle et piano (1ère audition le 13 mai 1933 à la Société Nationale) et d’une autre Sonate pour piano et violon (1ère audition le 10 mars 1937 à la Société Nationale), on lui doit également un Choral pour orchestre (1902), une Symphonie, une légende hindoue en 4 parties Sakountata, récompensée au Concours Musical de la ville de Paris, un opéra : Goïtza, une Légende de Loreley, pour chant et orchestre, des recueils de mélodies et de nombreuses œuvres religieuses, dont deux oratorios : Sub umbra Crcucis (1917) et In nativitate Domini (1922), une Messe et des motets. Il est aussi l’auteurs de plusieurs ouvrages pédagogiques qui ont fait autorité, tous publiés aux Editions de la Schola-Cantorum : un Traité de contrepoint modal et tonal (1951), un Traité de composition musicale en 4 tomes (1931-1934), et un volume intitulé Les Bases de l’harmonie. Il était aussi membre du jury des examens du CNSM de Paris, lauréat de l’Académie des Beaux-Arts et critique musicale à la Revue Musicale S.I.M.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE
(notes provisoires)



1903

Portrait photographique en buste, dédicacé en 1928 par Raoul Laparra à Claude Champagne, qui fut son élève de composition et d'orchestration au Conservatoire de Paris. ( Photo Apeda, reproduite à partir du site Web de la Bibliothèque nationale du Canada www.nlc-bnc.ca )
Raoul LAPARRA (1876-1943)

Raoul Laparra (1876-1943), Premier Grand Prix de Rome en 1903 avec la cantate Ulysse, auteur notamment d'un triptyque La Habanera, La Jota et La Malaguena, puis du Joueur de Viole qui sont ses principales compositions dramatiques. Egalement critique musical, il a collaboré au Ménestrel et au Matin. ( photo Bert, 1910. )
Raoul Laparra (détail de l'illustration ci-dessous)
Raoul Laparra ( Détail de l'illustration ci-dessous )

Menu de 1903
Détail du menu
Menu gravé par Devambez (graveur-éditeur d'art) pour un dîner parisien du lundi 23 novembre 1903 au cours duquel Léon Jaussely, Eugène Piron, André-Jean Monchablon et Raoul Laparra, reçus cette même année Grand Prix de Rome, respectivement d'architecture, de sculpture, de peinture et de musique, fêtent leur récompense, avant de partir prochainement (le 28 décembre) à la Villa Médicis. La cantate Ulysse, sujet du concours de composition remporté par Laparra, est sans doute à l'origine du thème antique de ce menu : alphabets grec et latin, couleurs, tête de lion, ornementation. La barque sur laquelle voguent vers la Gloire les 4 lauréats, porte l'inscription "Illusions - Fragile". Le menu est hautement humoristique : Potages, Bagration brunoise, Hors-d'œuvre, Filets de sole à la Lucullus, Côte de bœuf de Tibur aux champignons de Locuste, Volaille de Campanie bardée au cresson, Salade de laitue aux oeufs, Petits pois à l'égyptienne, Neige des Monts Sabins, Dessert, le tout accompagné de Graves et Bordeaux en carafes, Haut-Barsac 95 (av. JC), St Estèphe, Champagne, Café, Liqueurs. L'auteur de ce menu, dont les initiales semblent être "E.M." entrelacées pourrait être le lauréat du Prix de Rome de peinture Eugène Piron ( coll. Dangla, aimablement communiqué par France Ferran )


1904

Raymond PECH (1876-1952)

Raymond Pech, ( photo Cl. Hamel, 1904. )

Compositeur méconnu, Raymond-Jean Pech est né à Valenciennes, le 4 février 1876 et fait ses études musicales au Conservatoire de Lille, avant de regagner celui de Paris. Là, il fréquente notamment les classes de Raoul Pugno, puis Xavier Leroux (harmonie) et de Charles Lenepveu (contrepoint et fugue, composition). Il obtient dans cet établissement un 1er prix d’harmonie en 1896, un 2ème prix en 1898, puis un 1er prix d’harmonie en 1900. Il concoure à trois reprises pour le Prix de Rome et la dernière fois, en 1904, décroche le Grand Prix avec une cantate intitulée Medora, scène lyrique à trois personnages : deux voix d'homme et une de femme, sur un texte d'Édouard Adenis. L’année précédente il avait déjà obtenu un deuxième Second Grand Prix, avec la cantate Alyssa, ma en 1902, la cantate imposée, Alcyone n’avait pas convaincue les membres de l’Académie des Beaux-Arts.

A la fin de l’année 1904 Raymond Pech rejoint la Villa Médicis à Rome, afin d’y effectuer le traditionnel séjour aux frais de l’Institut de France. Il ne reste cependant que très peu de temps dans la ville éternelle, car le 1er mars 1905 il démissionne afin de pouvoir épouser la femme qu’il aime. Le règlement alors en vigueur interdit en effet aux hommes mariés de séjourner à la Villa Médicis !

De retour à Paris, il enseigne l’harmonie au Conservatoire de Paris où il supplée souvent son maître Xavier Leroux dans les années 1910. Darius Milhaud, dans ses Notes sans musique, rapporte : " Depuis mon arrivée à Paris, j’avais assidûment suivi les classes d’harmonie de Xavier Leroux ; il se faisait souvent remplacer par Raymond Pech, un prix de Rome. En dépit de la gentillesse de mes deux professeurs, l’harmonie m’ennuya tout autant qu’à Aix et je ne fis aucun progrès... "

Alto à l’Opéra-Comique, Raymond Pech est l’auteur de mélodies, de musique de chambre (quatuor à cordes, morceaux de violon), de musique religieuse, parmi laquelle on trouve une Messe, et d’un ouvrage pédagogique : 80 Leçons d’harmonie (Ménestrel, s.d.).

Il est mort à Paris, le 3 juillet 1952.

D.H.M.


Église St-Paul-St-Louis à Paris IV°, construite en 1627, où Paul Pierné fut organiste durant près d'un demi-siècle ( Photo X... )
Paul PIERNÉ (1874-1952)

Cousin du chef d’orchestre Gabriel Pierné, Premier Grand Prix de Rome en 1882, Paul Pierné est né à Metz le 30 juin 1874 et reçut ses premières leçons de musique de la part de son père, Charles, ancien élève d’harmonie de César-Franck. Il fit ensuite ses études au Conservatoire de Paris, dans les classes de Lenepveu et de Caussade et remporta en 1903 une mention au Grand Prix de Rome, avant d’obtenir l’année suivante le premier Second Grand Prix, derrière Raymond Pech.

Musicien raffiné et sensible, il tint, durant près d’un demi siècle, le grand orgue du facteur Martin (1867) de l’église Saint-Paul-Saint-Louis1, à Paris. Cet instrument, reçu en 1871 par César Franck et Théodore Dubois, comportait alors 36 jeux répartis sur 3 claviers de 54 notes et un pédalier de 27 notes. Il succédait là en 1905 à son père et resta à ce poste jusqu'à sa mort arrivée en 1952. C’est ainsi qu’on lui doit, dans le domaine de la musique religieuse, deux Messes, dont une pour chœur, soli et 2 orgues, un oratorio Jeanne d’Arc, plusieurs pièces d’orgue et des œuvres chorales.

Sa musique, à l’image du compositeur est distinguée et mériterait largement d’être sortie de l’oubli. Parmi son catalogue, on trouve 2 Symphonies exécutées à Paris et en Allemagne, des poèmes symphoniques pour orchestre, dont plusieurs ont été exécutées au Concerts Colonne : Daphné (1910), De l’ombre à la lumière (1912), Cléopâtre, Heures héroïques (1920), Nuit évocatrice, Rapsodie lorraine, L’Illusion vivante, Masque de Comédie (1930), un Quatuor d’archets, des Trios avec piano, une Sonate pour piano et violoncelle couronnée par la Société des Compositeurs, plusieurs opéras : Le Diable galant (Trianon lyrique, 1913), Enilde (ouvrage en 4 actes), Mademoiselle Don Quichotte, des ballets : La Figurinaï (en trois actes) et La Libellule (1923), des pièces pour piano et un cycle de mélodies intitulé Schéhérazade.

Il est mort à Paris, le 24 mars 1952, en laissant une œuvre variée et de grande valeur. Mais la modestie de son auteur, fuyant les honneurs et les foules, a hélas contribué à l’oubli injustifié de ses compositions, même si certaines d’entre elles connurent à leur époque un succès relatif.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) L'église Saint-Paul-Saint-Louis, située 99 rue Saint-Antoine, dans le quatrième arrondissement, est l'ancienne église Saint-Louis, construite de 1627 à 1641, de la maison professe des Jésuites qui s'étaient installés à cet endroit en 1580. A la Révolution elle fut affectée au service paroissiale (1802) et les bâtiments transformés en école. C'est l'actuel Lycée Charlemagne. Marin de la Guerre, Michel-Richard Delalande, Marc-Antoine Charpentier, Henry Desmarets et André Campra y ont été maîtres de chapelle au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. [ Retour ]

Hélène FLEURY : Pastorale
Hélène Fleury-Roy, Pastorale pour orgue ou harmonium (extrait, première page), dédicacée "A Monsieur Georges Jacob" [1877-1950, ancien élève de l'École Niedermeyer puis du Conservatoire de Paris, 1er prix d'orgue en 1900, organiste et maître de chapelle à Paris] ( Abbé Joubert, Les Maîtres contemporains de l'orgue, vol. 4, Paris, Sénart, 1914 ) DR

Hélène FLEURY-ROY (1876 – 1957)

Hélène-Gabrielle Fleury, née à Carlepont (Oise) le 21 juin 1876, fille de Jules Fleury, licencié en droit, et d'Elvire Moutillard, élève de Dallier, Widor et Gedalge au Conservatoire de Paris, a été la première femme admise en 1903 à se présenter au Prix de Rome de composition musicale, mais elle échoua à l'épreuve de fugue. L'année suivante, elle se présentait à nouveau et réussissait sa fugue, pouvant ainsi se présenter à la deuxième épreuve : la mise en musique d'une cantate imposée, à trois personnages (deux voix d’homme et une voix de femme) : Medora d'Edouard Adenis. Les cinq autres candidats à ses côtés étaient MM. Saurat, Pech, Gaubert, Paul Pierné et Gallois. Le jury lui attribua un deuxième second Grand Prix, décernant à Raymond Pech le premier Grand Prix et à Paul Pierné le premier second Grand Prix.

Dans les années 1890, Hélène Fleury habitait à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne). C'est de là qu'elle envoyait ses manuscrits à la Revue musicale Sainte-Cécile [de Reims], organisatrice de Concours de composition. Ayant concouru à plusieurs reprises, elle remporta notamment le 28 mai 1899 le Prix avec un Allegro symphonique pour orgue, devant Théodore Sourilas (Paris), Albert Roussel (Paris) et Raoul de Lescazes (Toulouse). Le jury était composé de Louis Vierne, Henri Dallier, Henry Eymieu, Isidore Massuelle, Henri Lemaire et J.A. Wiersberger. Cette œuvre sera publiée dans le supplément du numéro 19 (4 août 1899). Plus tard, professeur de piano, après avoir épousé à Paris le 10 juillet 1906 Louis Roy, elle résidait en 1909 dans le quinzième arrondissement parisien, 1 rue d'Alencon. Son époux, né le 21 juin 1882 à Troyes (Aube), décédé le 13 juillet 1959 à Castres (Tarn), docteur ès sciences, dans les années vingt professeur de mécanique rationnelle et appliquée à la Faculté des Sciences de l'Université de Toulouse, est l'auteur de plusieurs ouvrages ayant trait à sa spécialité.

En 1928, Hélène Fleury-Roy succédait à Georges Guiraud dans sa classe d’harmonie du Conservatoire de Toulouse. Celui-ci, décédé le 11 février de cette année, avait été autrefois élève de l’Ecole Niedermeyer et de César-Franck  au Conservatoire de Paris, avant de tenir l’orgue de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. En 1945, elle était remplacée à son tour par Edmond Gaujac, également ancien lauréat du Prix de Rome (1927). 1

Professeur réputée de piano et de composition, Helène Fleury-Roy compte parmi les nombreux élèves qu’elle eut l’occasion de former à Toulouse le chef orchestre Louis Auriacombe, futur fondateur de l’Orchestre de chambre de Toulouse, le compositeur Charles Chaynes, qui obtiendra lui aussi un Grand Prix de Rome en 1951, et le violoniste Pierre Doukan, futur titulaire d’une classe de violon au Conservatoire national supérieur de musique de Paris (1969).

Hélène Fleury-Roy est l'auteur d’un grand nombre de pièces pour piano principalement éditées chez Enoch et Lemoine (Arabesque, Bourrée Gavotte, Canzonetta, Espérance, Fleur des champs, La Nuit, Minuetto, Valse Caprice..., ainsi qu'un Scherzo et une Etude pour la main gauche seule qu'elle interpréta le 14 décembre 1899 à Reims, lors d'un concert de l'Orphéon des enfants de Saint-Rémi), pour voix (Cœur virginal, Mattutina), pour violon (Brise du soir, Trois pièces faciles), pour violoncelle (Rêverie) ou encore pour alto (Fantaisie). On lui connaît en outre une Grande Fantaisie de concert, écrite en 1906 et dédiée à Théophile Laforge, professeur d’alto au Conservatoire de Paris, qui fut autrefois donnée comme morceau de concours au Conservatoire et un Quatuor pour piano et instruments à cordes que l’on pouvait fréquemment entendre en concert à Paris avant la première guerre mondiale. Enfin, signalons une Pastorale en la majeur pour orgue, publiée par l’abbé Joubert dans ses recueils de pièces inédites pour grand orgue avec pédale obligée, intitulés Les Maîtres contemporains de l’orgue,  parus à partir de 1911 chez l’éditeur de musique Sénart (quatrième volume, 1914). Malheureusement, les compositions d'Hélène Fleury-Roy sont quelque peu délaissées de nos jours! Elle s'est éteinte le 18 avril 1957 à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), non loin de Toulouse, où elle s'était retirée.

Denis Havard de la Montagne
(mai 2010 -janvier 2014)

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1) Nous devons à Madame Nicole Jacquemin, bibliothécaire du CNR de Toulouse, les quelques renseignements figurant ici sur la carrière toulousaine du compositeur. [ Retour ]


1905

Victor GALLOIS

Victor Gallois, Premier Grand Prix de Rome en 1905, directeur du Conservatoire de Douai (Nord). Ce fut lui qui enseigna le premier la musique à Henri Dutilleux, venu se fixer avec sa famille à Douai en 1919. ( photo Cl. Manuel, 1905 )

Marcel Samuel-Rousseau, 1882-1955, deuxième Second Grand Prix de Rome 1905. ( photo Cl. Manuel, 1905. )
Marcel SAMUEL-ROUSSEAU (1882-1955)

Marcel SAMUEL-ROUSSEAU, né le 18 aôut 1882 à Paris, décédé le 11 juin 1955 dans cette même ville, est fils du compositeur Samuel Rousseau, lui aussi lauréat du Prix de Rome en 1878. Second Grand Prix de Rome en 1905 avec sa cantate Maia, il est professeur d'harmonie au Conservatoire de Paris de 1916 à 1952 et directeur artistique de l'Opéra de Paris (1942-1944). Membre de l'Institut en 1945, il est également quelque temps organiste de l'église Saint-Séverin à Paris. On lui doit des opéras : Tarass Boulba, Le Hulla, Le bon Roi Dagobert, Kerbeb; deux ballets au répertoire de l'Opéra : Promenades dans Rome, Entre deux rondes; et de la musique pour orchestre : Solitude triste, Impression dolente... Il est aussi l'auteur de musique religieuse avec notamment un Requiem pour soli, chœurs et orchestre, et une Nuit de Noël.

D.H.M. (notes provisoires)

Classe de Marcel Samuel-Rousseau au CNSM, en 1952
Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, classe de Marcel Samuel-Rousseau, 1952; de gauche à droite : Denise Fossiez (assise), Marie-Claire Laroche, Nicole Lapierre, Jacques Boisgallais (assis), René Maillard, Jean Della-Valle ( coll. René Maillard )
Signature autographe de Marcel Samuel-Rousseau, 1922 ( Coll. D.H.M. )

Philippe GAUBERT (1879-1941)

Philippe Gaubert (1879-1941),
Grand Prix de Rome 1905,
chef d'orchestre à l'Opéra de Paris,
professeur de direction d'orchestre
au Conservatoire de Paris
Musica, n° 98 )
Philippe Gaubert était flûtiste, notamment flûte solo à la Société des Concerts du Conservatoire de Paris et à l'Opéra, avant de commencer une carrière de chef d'orchestre en 1904. Il avait été élève de flûte de Paul Taffanel au CNSM et avait remporté un premier Prix en 1893. Il a enseigné également quelque temps son instrument dans ce même établissement à partir de 1919, année où il succédait à son maître dans sa classe de flûte.

Notes provisoires - D.H.M.

La Bibliothèque nationale du Québec propose en ligne une pièce vocale de Philippe Gaubert : http://www4.bnquebec.ca/musique_78trs/mc148.htm

1906

Louis DUMAS


1907

Maurice LE BOUCHER (1882-1964)

Maurice Le Boucher (1882-1964),
Grand Prix de Rome 1907,
professeur à l'Ecole Niedermeyer,
organiste de l'église
Saint-Germain-l'Auxerrois,
directeur du Conservatoire
de Montpellier durant 22 ans.
( photo Philippe Hutin, 1907 )



1908

André GAILHARD (1885-1966)

En 1907, à Compiègne
( photo Philippe Hutin, 1907, Musica, coll. DHM ) DR.

(in Comoedia, 1908)

Ayant le grand bonheur d'avoir connu, dès la première heure, le triomphateur d'aujourd'hui, je saisis avec joie l'occasion d'un succès dont je ne suis pas seul à me réjouir, pour présenter, en quelques mots, au grand public, le nouveau grand prix de Rome de composition musicale.

Né le 29 juin 1885 [à Paris], André Gailhard manifesta de tout temps de précoces dispositions musicales. Fils de M. Pedro Gailhard, dont il reçut, durant les premières années de son enfance, les meilleurs conseils et les plus tendres encouragements, il connut donc l'heureuse influence d'un milieu essentiellement musical.

Après avoir travaillé tout d'abord, sous la direction autorisée de Paul Vidal, le jeune musicien entra en 1900 dans la classe de Xavier Leroux. Il y puisa le sentiment exact de la technique exigée par l'art musical moderne. Comme tant d'autres prix de Rome déjà, André Gailhard fait honneur à l'enseignement du maître.

Sous les auspices de M. Charles Lenepveu et de M. Georges Caussade, André Gailhard connaît les douceurs de la fugue et du contrepoint. Son concours de première année lui vaut un second prix de fugue ; l'année suivante, un premier prix de fugue et le second grand prix de Rome font concevoir les meilleurs espoirs au sujet du jeune compositeur. Moins chanceux en 1907, André Gailhard peut oublier aujourd'hui cette déception d'une heure, puisque d'une manière éclatante, il a définitivement triomphé.

Les travaux scholastiques n'ont point exclusivement absorbé le musicien. Il est l'auteur d'un assez grand nombre de mélodies charmantes et de deux ouvrages plus sérieux : L'Aragonaise et Amaryllis. Le premier, ballet coloré et d'une facture élégante, fut joué par Mme Otero et promené par elle dans les principaux centres d'Europe ; le second, délicieux conte lyrique, connut un succès persistant au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, et sur les scènes de Bordeaux, de Pau et de Toulouse.

Nature généreuse et claire, aux caractéristiques nettement françaises, André Gailhard joint aux dons les plus enviables, une connaissance approfondie de son art. Il est un musicien de cœur et de métier. Il est aussi un être éminemment sympathique dont on recherche la franche et cordiale amitié. On ne peut donc qu'espérer pour lui des succès très prochains que son talent rend légitimes et que son caractère fait souhaitables.

Louis Vuillemin

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André Gailhard, vers 1913
André Gailhard, vers 1912
( Musica, 1913, coll. DHM )  DR.

L'Académie des Beaux-Arts se réunissait hier, dans la grande salle de l'Institut, pour entendre et juger les cantates des jeunes compositeurs, candidats au prix de Rome, M. Luc Olivier-Merson présidait et M. Henri Roujon, secrétaire perpétuel, l'assistait. L'audition provisoire du Conservatoire avait eu lieu la veille, avec le plus absolu secret — pas si absolu cependant que la rumeur n'ait transpiré de la faveur qui avait accueilli l'oeuvre de M. André Gailhard.

La séance d'hier a vivement intéressé. Presque toutes les cantates témoignaient d'un effort sinon d'un talent déjà personnel, et quelques-unes étaient remarquables. L'absence heureuse en résultait de cette monotonie qui plane sur les auditions de ce genre. Il convient de reconnaître que les compositeurs ont été singulièrement aidés, cette fois par le livret, littéraire et ingénieux, de MM. Adenis et Desvaux-Vérité.

L'action se passe en Bretagne. Anne-Marie déplore l'absence de son fiancé, le marin Jann, et soupire, aurait dit Népomucène Lemercier, après son retour. Elle invoque la protection de la Dame de la Mer : la Sirène, qui, touchée par les larmes de la jeune fille. lui promet le retour, prochain de son fiancé. Mais elle exige, en retour, d'Anne-Marie, le serment de lui rendre Jann quand elle l'ordonnera.

Le marin est de retour et la joie des transports retrouvés rend les deux amants oublieux de la promesse qui enchaîne leur avenir. La Sirène réclame sa proie Anne-Marie tente une lutte inégale. Sa tendresse pour, Jann ne réussit pas à fléchir, la rigueur de la Sirène, qui triomphe et entraîne le marin.

Il y avait là matière à des développements musicaux très dramatiques et l'occasion était belle aux natures de théâtre de se manifester. Il est certain qu'à ce point de vue, la cantate de M. André Gailhard, qui a obtenu le prix de Rome, s'imposait incontestablement. Tous les dons dramatiques du jeune compositeur s'y manifestèrent : de la vigueur, de la flamme, un sens très sûr des situations et des caractères — toutes ces qualités, mises en valeur par la technique rigoureuse d'un harmoniste distingué.

L'Institut, par 18 voix, a ratifié le jugement déjà prononcé par une salle favorable. Cette décision n'a pas été prise cependant sans discussion, puisque neuf voix se sont portées sur le nom de M. Mazellier. Son œuvre, très distinguée aussi, est d'une inspiration absolument différente. Il y règne un sentiment poétique très délicat, et il s'en dégage une grande impression de douceur et de tendresse générales. L'écriture est adroite et artiste. M. Mazellier est déjà un musicien accompli. Mais sa nature est autre que celle de M. Gailhard, de qui 1 inspiration, plus appropriée au sujet, a triomphé.

Et, rançon inévitable des sentiments opposés que le jugement de l'Institut devait inspirer aux deux grands rivaux, qui sont aussi deux grands amis, la joie de l'un devait nécessairement entraîner l'amertume de l'autre; mais cette pensée doit donner courage à celui-ci, que son œuvre n'a été discutée que pour ses titres à la plus haute récompense.

Ces deux cantates ont été parfaitement interprétées : Mlle Grandjean, Mme Guiraudon-Cain, M. Muratore, et, au piano, MM. Léon Moreau et Salomon, ont fidèlement traduit la pensée de M. Mazellier. Mais je veux louer particulièrement les interprètes de l'œuvre de M. André Gaihard : Mlle Chenal et Mlle Verlet, admirables cantatrices ; M. Devriès, artiste éprouvé, et ces excellents musiciens MM. Chadeigne et Maxime Dardignac. Dans un élan reconnaissant et spontané, M. André Gailhard leur a attribué tout le mérite de son triomphe. En vérité, je pense que c'était là une charmante exagération.

Un second grand prix a été attribué à Mlle Nadia Boulanger, de qui la cantate, très musicale, abonde en heureuses inventions harmoniques, et bien que presque exclusivement symphonique dénote une vive intelligence du texte. Mlle Nadia Boulanger s'est affirmée une fois de plus une remarquable symphoniste. Mlles Lamare et Winsbach et M. Plamondon, qu'accompagnaient M. Marcel Dupré et Mlle Boulanger elle-même, ont été ses excellents interprètes.

M. Flament a obtenu une mention honorable, et cette récompense a un peu surpris. Certes, son œuvre est consciencieuse, bien écrite ; on y sent le travail appliqué d'un musicien, maître de sa technique, mais l'inspiration ne témoigne pas d'une puissante originalité. Il n'apparaît pas nettement pourquoi cette cantate a été préférée à celle de M. Marc Delmas, homme de théâtre évidemment, au tempérament plus dramatique, ayant le sens de la vie et du mouvement, cantate dont la partie principale, le thème de la Sirène, m'a semblé fort remarquable.

Et l'œuvre de M. Tournier n'était-elle pas d'une inspiration jolie, avec de la fraîcheur et un sentiment assez heureux, pareil à la musique qui l'exprimait ?

Je crois que le succès de M. Flament est dû à une interprétation parfaite, et je veux particulièrement complimenter Mlle Rose Féart, admirable chanteuse et artiste vraiment secourable aux compositeurs hésitants. Mlle Lassalle et M. Corpait, très bien accompagnés par MM. Galabert et Flament, la secondèrent adroitement.

De quoi il serait téméraire de conclure que Mlles Demellier et Laute-Brun, et M. Fernand Lemaire, Mlles Gall et Vauthrin, M. Dantu et les musiciens Boulnois et Mme de Faye-Jozin, interprètes de MM. Tournier et Delmas, ne méritèrent pas les plus grands éloges.

Ferdinand Fauré

NDLR : André Gailhard, décédé le 3 juillet 1966 à Ermont (Val-d'Oise), Grand Prix de Rome 1908, est aussi l'auteur de plusieurs opéras dont Amaryllis (Toulouse, 1906), La Fille du soleil (1910), Le Sortilège (Paris, 1913) et La Bataille (Paris, 1931), et d'une Suite orientale pour orchestre (Choudens). On lui doit aussi des musiques de films, notamment pour Sous les toits de Paris de René Clair (1930), en collaboration, et La route est belle de Robert Florey (1929), également en collaboration. Son père, Pierre (dit Pedro) Gailhard (1848-1918), célèbre basse fut nommé directeur de l'Opéra de Paris en 1893.

Louis DUMAS

Nadia Boulanger et Marc Delmas
Nadia Boulanger (1887-1979), Grand Prix de Rome 1908, professeur à l'Ecole Normale de Musique, au CNSM et directeur du Conservatoire Américain de Fontainebleau, en grande conversation avec Marc Delmas (1885-1931), Grand Prix de Rome 1919, compositeur dramatique. ( photo Philippe Hutin, 1907 )
Nadia BOULANGER (1887-1979)

 

Classe d'accompagnement de Nadia Boulanger au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1956.
Classe d'accompagnement de Nadia Boulanger au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1956. Parmi les élèves : la pianiste turque Idil Biret (assise au premier plan) et l'organiste Georges Humbrecht (debout devant la fenêtre). Au piano: Dominique Merlet. ( coll. Hélène Gabor-Humbrecht )

Signature autographe de Nadia Boulanger ( Coll. Céline Fortin )

 

 
 
Édouard FLAMENT (1880-1958)
Edouard Flament (1910)
Compiègne en 1910, lors du Concours du Prix de Rome (fragment photo Hetuin, coll. J. Cabon) DR.

Entretien en 1957 avec Edouard FLAMENT (1880-1958)

Gabriel Bender [1884-1964, musicologue, directeur et fondateur en 1910 de la revue Guide du concert] — La scène est divisée en deux parties. D'un côté, une vingtaine de scrutateurs pointent des bulletins de vote. Agitation fiévreuse. De l'autre, des instruments : piano, violon, basson... Au milieu, un tableau noir : des noms et des chiffres...

Edouard Flament — Oui... je me souviens : le concours des chefs d'orchestre. Chevillard aux prises avec Pierné...

Si la Salle Gaveau, disait Chevillard, avait été plus grande que le Châtelet, j'aurais battu Pierné.

Il est arrivé au poteau après Pierné ?

Je viens de revoir les chiffres. Pierné : 2.444 voix, et Chevillard : 2.101. Mais, il ne s'agissait pas de décerner aux chefs d'orchestre un certificat de bonne conduite. Non, seulement une cote d'amour. Et puis, le Guide du concert avait greffé sur ce plébiscite un concours doté de nombreux prix dont un piano Pleyel et un violon Marc Laberte. Vous étiez venu étrenner le premier, et René Bas, le second.

Oui, Et j'avais aussi accompagné des mélodies chantées par Cécile Winsback et par Panzéra.

Un vieux souvenir... juin 1922 ! Depuis, vous ai-je rencontré deux ou trois fois ?... Un jour, je me suis aventuré dans vos parages, mais votre concierge m'a dit : « Edouard Flament, oui, c'est bien ici. Il joue du piano tout le temps, et quand on sonne chez lui, il ne répond pas. Le mieux, pour le voir, c'est de vous promener entre le pont d'Asnières et le pont Bineau, vers treize heures. Vous le trouverez en train de regarder passer les bateaux. II prétend que ça lui donne le « rythme de sa vie »... C'est bien joli, mais, je n'aurais pas eu l'idée de comparer le rythme de votre vie à celui si tranquille des bateaux. Vous avez mené de front les carrières de compositeur, de chef d'orchestre, de pianiste, de bassoniste, et votre catalogue accuse, provisoirement, cent soixante-dix œuvres...

Aussi ai-je besoin de regarder passer les bateaux pour donner, ou plutôt redonner, à ma vie un rythme normal.

Tout s'explique. Essayons donc de prendre le rythme de votre vie. Vous êtes, je crois, natif de Douai. Je dis : je crois, parce que votre opus 8 s'intitule Douai déborde, revue locale, votre opus 97 : Carillon de Douai, et votre opus 120 : 5° Symphonie Douay, dite Symphonie des géants — votre « Héroïque » !

Je suis Douaisien, en effet. Né le 27 août 1880 dans la rue du « Pied-d'Argent », non loin de « La Scarpe d'argent »... C'est assez dire, sans le secours d'une extra-lucide, que j’étais né pour exercer un métier d'argent.

Aussi fûtes-vous enfant prodige ?

Mieux, j'essaie de le rester. Comme Saint-Saëns qui me disait à la fin de sa vie : « Je suis toujours un enfant prodige » — et c'était vrai.

Votre instrument de prodige : le piano ?

1910, arrivée à Compiègne pour l’entrée en loge pour le Concours du Prix de Rome.
( Coll. DHM ) DR

Non. Le tambour. Un superbe tambour que ma grand-mère m'avait rapporté de l'Exposition, celle de 1889. Ma réputation de virtuose fut vite établie, et l'on me demanda d'accompagner les danses des « Marionnettes Lafleur ». Nous allions, d'estaminet en estaminet, donner des représentations, à la lueur des quinquets à pétrole, et je gagnais vingt sous par soirée, une jolie pièce d'argent de un franc.

Puis, vous avez troqué le tambour contre le basson.

En 1894, le directeur de l'Académie de Musique me fit venir dans son bureau et me dit froidement — il est vrai qu'il gelait à pierre fendre — : « Jeune Flament, j'ai décidé que vous joueriez du basson. Vous viendrez à la classe demain matin à six heures et demie. » Et il me remit une espèce de petit cercueil en bois noir contenant l'instrument. Je sortis affolé, dégringolai l'escalier, glissai, m'étalai de tout mon long, en envoyant dans la neige les morceaux du basson...

Ce mauvais début ne vous a pas empêché de décrocher un premier prix au Conservatoire dans la classe Bourdeau, ni de devenir, par la suite, sociétaire des Concerts Lamoureux (1898), basson solo au Théâtre Lyrique (1899), fondateur de la Société Moderne des Instruments à Vent, de la Société des Instruments Anciens et du « Double Trio », président du Jury au Conservatoire...

Quelle mémoire !

Et je puis même ajouter — toujours en m'aidant de votre curriculum — que vous avez créé la Sonate de Saint-Saëns (1921), le Bal de Béatrice d'Estre de R. Hahn ; que des œuvres vous ont été dédiées : Divertissement de Roussel, des Quintettes de Caplet, Magnard, etc... ; que vous avez écrit sur le basson dans l'Encyclopédie Lavignac, et pour le basson un concerto, des exercices, etc... dont une étude sur le « grattage des anches ». Voilà qui est précis... Le basson est mort, vive le piano !

Elève du grand Francis Planté. Accompagnateur au Conservatoire (1899-1919). Pianiste au Poste parisien, Radio-Paris, Radio L. L. Accompagnateur de Litvinne et d'Yvette Guilbert. Séances de sonates avec Marsick et Hollmann...

Parfait. Nous menons un train !... La voie est libre ? Parlons de Flament compositeur... Non. Il y a Flament maestro.

J'ai dirigé les Diaghilew : Biches, Fâcheux, Train bleu..., les Concerts classiques de Marseille, de Fontainebleau, de Nantes (Schola), de Bordeaux (Conservatoire, 1930 à 1936), de Monte-Carlo, Trianon, Gaîté-Lyrique, Mogador, province, radio, Londres (Coliseum), Barcelone (Liceo), Berlin (Opéra)... Ouf ! Je m'arrête un instant. Avec Diaghilew, après une répétition au, Gewand-haus de Leipzig, nous descendons le grand escalier. Une statue monumentale nous barre le chemin : Félix Mendelssohn Bartholdi ; je m'incline profondément. — Que pensez-vous de celui-ci ? dit Diaghilew. — De toutes ses œuvres, son Concerto de violon est la plus belle. Après lui, c'est le Concerto pour piano de Schumann que je préfère. Diaghilew trouva cette réponse satisfaisante...

Qu'importe ! Mais vous venez d'entrer tout de go dans le vif de cet entretien. Si je vous avais demandé votre profession de foi de compositeur, vous m'auriez probablement répondu d'une façon évasive, tandis que, connaissant vos préférences musicales, il n'y a plus qu'à appliquer le « dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es »... Autre indication : au Conservatoire, vous avez eu plusieurs professeurs, mais c'est a Georges Caussade, m'avez-vous dit, que vous réservez une particulière reconnaissance. Pourquoi ?

Il était un maître de la construction musicale, un grand architecte des sons.

N'en puis-je déduire que vous attachez une grande importance à la structure, à la forme ?

Je crois, en effet, qu'il n'y a pas d'œuvres vraiment belles qui ne soient solidement charpentées. Mais je dirais aussi qu'il n'y en a pas qui ne soient inspirées par le cœur. En fait, je suis très éclectique, et n'ai pas peur de l'avouer. J'aime et j'admire les classiques, et Mozart, et Beethoven, et Wagner, et Debussy, et Ravel avec qui j'ai eu l'honneur d'être recalé au Concours de Rome — car il fut aussi recalé —, et Strawinsky dont j'ai encore dans les oreilles la « Danse sacrale » et « Les Noces » (création avec quatre pianos : Mlle Meyer, Poulenc, Auric et votre serviteur), et Prokofieff dont, après « Chout », j'ai travaillé la 3e Sonate, et mon petit ami Bela qui fut avec moi au Concours Rubinstein en 1905 et qui est devenu le grand Bartok, roi du dynamisme...

Un mot qui n'était pas encore à la mode il y a cinquante ans... Vous êtes éclectique, mais dans le meilleur sens du terme.

Au théâtre, mon éclectisme est encore plus étendu et quelque peu différent. Par exemple, si je considère qu'au concert le début du « Requiem » de Fauré et le « Psaume » de Florent Schmitt sont des chefs-d’œuvre définitifs, au théâtre j'admire le final du second acte de « Proserpine » de Saint-Saëns, et l'orchestration de « Manon » de Monsieur Massenet m'enchante.

C'est encore faire preuve d'un éclectisme de bon aloi.

Et si je vous disais que « Paillasse » me paraît être une excellente œuvre de théâtre, et que je considère le « Quo vadis ? » de Jean Nouguès et surtout l'acte du « Tibre », comme étant du grand théâtre ? Il faut donner au public le théâtre qui lui convient.

C'est une opinion très contestable. Mais je me borne à constater qu'elle n'engage pas votre goût personnel. Elle montre tout au plus que vous placez bien bas le public de nos théâtres lyriques.

Molière n'a-t-il pas dit à peu près que son travail était fait quand une pièce plaisait à la foule ?

II se fiait volontiers aux réactions du parterre... Mais c'était tout de même du Molière... Assimilez-vous la musique de film à la musique de théâtre ?

Au cinéma, le compositeur doit être le serviteur des images, et ne jamais tirer à lui la couverture.

C'est une profession de foi.

Ma profession de foi tiendrait en un titre d'œuvre : « Le Clavecin bien tempéré », et dans un mot aussi : le travail. « Il faut travailler toujours, disait Péguy, sans jamais regarder en arrière ; pendant dix ans, pendant vingt ans, vous n'écrirez que des banalités, et puis, un beau jour, sans l'avoir fait exprès, vous aurez écrit un chef-d'œuvre ! » Travailler, c'est encore plus simple que de suivre le conseil de Ravel, après ses « Jeux d'eau » : « Lisons Edgar Poe : la genèse d'un poème... le théorème de Sabine... la loi de Fechner... le traité des harmoniques de Gurr... » Travailler... et laisser « cancoanner les mamamouchis »... Travailler, sans chercher à tout expliquer. J'évoquais, il n'y a pas longtemps, un souvenir de jeunesse. Le 13 juillet 1896, on déchira le voile qui cachait la statue de la poétesse douaisienne Marceline Desbordes-Valmore. L'orchestre joua une cantate. Catulle-Mendès s'approcha du pupitre des bassons, et me dit en me montrant la statue : « Sa voix était grosse comme celle du basson ! » Qui me dira pourquoi cette réflexion banale a donné naissance, soixante ans plus tard, à une symphonie ?...

Edouard Flament est parti, au « rythme de sa vie », travailler à sa nième Symphonie, et avec ses chœurs.

Gabriel BENDER

Edouard Flament (1916)
En uniforme de zouave
et alors malade, 1916

(photo Manuel, coll. DHM) DR.

NOTULE BIOGRAPHIQUE : Fils d'Edouard FLAMENT, calligraphe expert (c.1855-1942) et de Léonie Duhaut (c.1858-1914), Edouard FLAMENT, compositeur, pianiste, bassoniste et chef d'orchestre, né le 27 août 1880 à Douai (Nord), décédé le 27 décembre 1958 en région parisienne, à Bois-Colombes, effectua ses études musicales au Conservatoire de Paris. Il y fréquenta, entre autres, les classes de basson d'Eugène Bourdeau (1er prix en 1898 avec un Solo de concert de Gabriel Pierné), d'harmonie d'Albert Lavignac (2e accessit en 1899), d’accompagnement au piano de Paul Vidal (1er accessit en 1904), de contrepoint et fugue de Charles Lenepveu (2e prix en 1906). Par ailleurs, il fut également élève de piano de Francis Planté. Il s'était présenté à 4 reprises au Concours de Rome, entre 1906 et 1910, et remporta une mention honorable, derrière André Gailhard (1er grand Prix) et Nadia Boulanger (deuxième second grand Prix), à celui de 1908 avec la cantate La Sirène sur des paroles d'Eugène Adenis et Gustave Desveaux-Vérité. Son catalogue comporte au total près de 200 œuvres, ainsi qu'une vingtaine de musiques de films principalement composées dans les années trente, dont notamment celle du Mystère de la chambre jaune de Marcel L'Herbier (1930) et celle du Sang du poète de Jean Cocteau (1931) en collaboration avec Georges Auric. Plusieurs autres compositions de musiques légères sous le pseudonyme de Théo Noletty sont aussi à mettre à son actif. Bassoniste à l'Orchestre des Concerts Lamoureux et à la « Société des instruments à vents », comme chef d'orchestre on lui doit la direction de celui des ballets russes de Serge Diaghilev avec lequel il crée à Monte-Carlo, le 6 janvier 1924, le ballet avec chant en 1 acte Les Biches de Francis Poulenc, suivie d'une tournée à Barcelone, et l'année suivante la direction musicale du Grand Théâtre d'Angers. En 1927, il occupait le poste de chef au Théâtre des Ternes à Paris où il dirigeait les « Samedis musicaux » et sera encore chef à Radio-Paris. Son poème symphonique Oceano Nox, d'après Victor Hugo, exécuté pour la première fois le 25 octobre 1908 par l'orchestre de l'Association des Concerts Lamoureux, sous la direction de Camille Chevillard, est l'une de ses œuvres les plus marquantes, plusieurs fois rejouée, particulièrement Salle Gaveau à Paris, le vendredi 16 juin 1916 lors du 1er Festival de Musique Française. Mobilisé (classe 1900) le 4 août 1914 au 4e Régiment de Zouaves, il fut mis en retraite temporaire, pour maladie contractée en service, le 1er décembre 1915. Il était marié (1913) à Victoria-Léonie Buriau (1886-1968).

D.H.M. (novembre 2016)


ESSAI CATALOGUE DES ŒUVRES
par Gabriel Bender (en 1956)


Opus:
— 1. : « Elégie », basson et orgue (édité)
— 2. « Le dernier épi », ténor (édité)
— 3. « Lamento », «Fantasia», piano (édité)
— 4. « Rêve d'enfants», « Rapsodie Izigrane », p. (édité)
— 5. « Aubade », v. et p. (édité)
6. « Rosiane », 2 actes (édité)
7. « Poème nocturne», p. et instr. à vent
8. « Douai », revue
9. « Pièces » v. et p. (édité)
10. « Allegro» p. (édité)
11. « Séparation », ténor.
12. « Trio en la », v. vlle et p.
13. « Concertstück », basson et orch. (édité).
14. « Sonate », vlle et p. (édité)
15. « Concertstück », p. et orch. (édité)
16. « Le moissonneur », mélodie
17. « Chanson du vannier », chœur
18. « A l'aube », choeur.
19. « Oceano Nox », poème symph. (édité)
20. « Barcarolle », p. (édité)
21 « Exercices »
22. « Capriccio » p. (édité)
23. « Variations »
24 et 25. Chœurs
26. « La Sirène », scène mus.
27. Chœur.
28. « Fantasia con fuga » « vent » (édité)
29. « Soleils », chœurs
30. « Ave Maria ».
31, 32, 33. Mélodies (édité)
34 et 35. « Renouveau », « Nuit », choeurs
36. « Fontaine de Castalie », 1 acte
37. « Le cœur et la rose », 1 acte
38. « Rapsodie », harpes
39. « Variations », double quintette.
40. « Exercices », basson
41. « Ballade », orch.
42. « Mélodie »
43. « Air », 2 bassons
44. « Marche »
45. « Preludio »
46 et 47. Mélodies
48. « Course » (édité)
49. « L'orgue », ch.
50 à 52. Mélodies
53. « Lydie », « Thyrsis ». orch.
54. « Fantaisie » (édité)
55. « 2e Sonate », vlle et p. (édité)
— 56 et 57. « 2 Tableaux symph. »
58. « Cimaise », orch.
59. « Preludio » (édité)
60. « Nocturne », orch. (édité)
61. « Ouverture », orch.
62. « Sérénade» (édité)
63. « Rolla », orch. (édité)
64. « Gringoire et Nicole », orch (édité)
65. « Gavotte », « Aveu »
66. « Printemps » (édité)
67 à 69. « Quand dansait », « Orientale »,
    « Hymnes », « Pardon », « Danse » (édité)
70. « En attendant le coche », opérette (édité)
71. « Symphonie en la » 72. « Pièces »
73. « Andromède »
74. « Nantas », prél.
75. « Ronde » (édité)
76. « Poème pastoral »
77. « 4 Pièces » (édité)
78. « Lovelace », ouv. (édité)
79. « Francesca » (édité)
80. « Evocations » (édité)
— 81. « Orage » (édité).
— 82. « Alla fuga »
— 83. « Pièces » (édité)
— 84. « Suite symph. » (édité)
— 85. « Prélude » (édité)
— 86. « Au désert »
— 87. « Légende », ballet
— 88. « Allegro » (édité)
— 89. « Mariage villageois » (édité)
— 90. « Pièces » (édité)
— 91. « Pastels » (édité)
— 92 et 93. « 6 Pièces » (édité)
— 94. « Romance », vlle (édité).
— 95. « Course »
— 96. « 8 Pièces » (édité).
— 97. « Carillons », « Cantiques »
— 101. « Symphonie en mi min. »
— 102. « Poème »
— 103. « Inventions », p. (édité)
— 104. « Suite », quat.
— 105. « Elégie ».
— 106. « Aiglon », « Fétiche », films
— 107. « Pagode », « La Maternelle », films (édité)
— 108. « Quintette », fl. et cordes
— 109. « Sextuor »
— 110. « Sinfonia radio »
— 111. « Vagues »
— 112. « 3° Symphonie » avec chœurs
— 113. « Variations radiophoniques »
— 114. « Préludes »
— 115. « Fantaisie »
— 116. « Ouverture »
— 117. « Chœur »
— 118. « A 2 pianos »
— 119. « 4° Symphonie »
— 120. « 5° Symphonie »
— 121. « Concerto I » p. et orch.
— 122. « Inventions »
— 123. « 6e Symphonie »
— 124. « Suite »
— 125. « Fantaisie radio »
— 126. « Suite », quint.
— 127. « Pièces »
— 128. « Suite », trio.
— 129. « Sérénades »
— 130. « Sextuor »
— 131. « Concerto II »
— 132. « Concerto », bas. et vlle.
— 133 à 135. Mélodies
— 136. « Nonetto »
— 137. « Divertimento »
— 138. « Pièce », tuba
— 139. « Quintette », 5 bas.
— 140. « Etudes »
— 141. « Piano Bar »
— 142. « Pièces », bas.
— 143. « Chansons »
— 144. « Quatuor », 4 bas.
— 145. « M. Favart »
— 146. « Divertimento »
— 147. « 7° Symphonie »
— 148. « Nocturne »
— 149. « Ouverture.»
— 150. « Concerto III », p.
— 151. « Sonate », saxo alto
— 152. « Sonate », alto et p.
— 153. « Divertimento »
— 154. « Sonate », v. et p.
— 155. « Quatuor vocal »
— 156. « Lydéric et Rosèle », 3 actes
— 157. « Concertino », bas.
— 158. « Concerto IV », p.
— 159. « Sonatina », bas.
— 160. « Ballade », orch.
— 161. « 2° Quatuor »
— 162. « Appassionato »
— 163. « Suite »
— 164. « 8° Symphonie » avec chœurs
— 165. « Sonate », p.
— 166. « Fantaisie », hautb.
— 167. « 3e Quatuor »



Concert du 16 juin 1916
Programme concert à Paris du 16 juin 1916
(coll. DHM) DR.


1909
Iconographie : voir aussi notre page des Prix de Rome 1909-1913
Jules MAZELLIER (1879-1959) DR.

Jules Mazellier, en 1909
( Photo H. Manuel, 1909 ) DR.

Hommage à Jules Mazellier

Mazellier (de face) à Compiègne en 1909
Mazellier (de face) au château de Compiègne pour l’épreuve du Prix de Rome, juin 1909
(Musica, 1909) DR.

Jules Mazellier vient de mourir [1959]. Né à Toulouse le 6 avril 1879, il appartenait à cette génération de compositeurs du début de ce siècle, tous Prix de Rome, génération qui forma les musiciens de notre école actuelle. Elève de Lenepveu, c'est en 1909, avec sa cantate La Roussalka, qu'il remporta la récompense suprême, après avoir obtenu le second Grand Prix en 1907. Chef d'orchestre de l'Opéra-Comique de 1918 à 1922, il a été professeur de la classe d'ensemble vocal au Conservatoire de Paris, de 1930 à 1945.

Mazellier consacra la plus grande part de son activité au théâtre lyrique. De son séjour à Rome [1910 à 1913], il rapporta la partition d'une comédie lyrique : La Villa Médicis, créée à Nice, et celle d'un drame lyrique, Graziella, sur un livret de Raoul Gastambide [et d'Henri Cain, d'après Lamartine] : cette dernière œuvre ne vit les feux de la rampe qu'en 1925, à l'Opéra-Comique, après avoir été bien accueillie au Capitole de Toulouse, en janvier 1914, et à Rouen en 1919.

Le 16 décembre 1927, l'Opéra représente Les Matinées d'Amour, fabliau-miracle, également sur un livret de Gastambide : commentant fidèlement cette « imagerie de missel », la musique atteste un métier consommé.

On doit également à Jules Mazellier une comédie musicale d'après Courteline, Boubouroche et un opéra-bouffe, Oreste et Pylade, qui datent de 1928 ; Le Pater, drame lyrique d'après François Coppée (Toulouse, 1929) ; Mirandoline, comédie musicale (1929) ; Esquisse, comédie musicale en un acte, sur un livret d'André Baugé (Porte Saint-Martin, 1934), Paufin, comédie musicale de Gastambide (Porte Saint-Martin, 1935) ; Cœur de Paris, opérette en 3 actes de José Germain (Radio et Grand Théâtre de Nancy, 1950) ; Un baiser... ce m'est rien, comédie musicale donnée intégralement sur les ondes de la R.T.F., en février 1955, etc. ; ainsi que des musiques de scène.

Compositeur symphonique, il a fait exécuter une ouverture dramatique, Circences (1907), des suites d'orchestre (Impressions d'été) [1911], un Poème romantique pour violon et orchestre (Concerts Lamoureux, 1934), Cinq chants pour violoncelle et orchestre, Scherzo, choral et variations [sur un thème unique] pour piano et orchestre [Eschig], etc. Compositeur de musique de chambre, il a écrit notamment un Quatuor à cordes en si majeur (couronné du Prix Chartier de l'Institut), des pièces pour le piano et pour divers instruments. Les concours du Conservatoire lui sont redevables de plusieurs morceaux dont certains ont été orchestrés.

Dans le domaine de la musique vocale, il a composé un Cantique nuptial pour soli, choeur et orchestre exécuté en l'église Saint-François-de-Sales en 1943 ; un poème lyrique L'Arc et le Dôme, des chœurs, des mélodies, dont le recueil Le livre chantant (Salle Gaveau, 1943).

Ayant connu la notoriété en son temps, Jules Mazellier vivait désormais dans une discrète retraite. Dernièrement, en lui décernant un de ses prix annuels, l'Institut lui a rendu un hommage mérité.

Pierre Debièvre
(Guide du concert, 1959)

Glanes biographiques supplémentaires

Fils d’Hippolyte Mazellier, « agent des ponts et chaussées » à Toulouse, et de Marie-Louise Galinier, Jules-Marius Mazellier est décédé précisément le 6 février 1959 à Paris. Il avait épousé à Paris en 1929 la soprano dramatique Marthe Ingrand de l'Opéra-Comique, à laquelle on doit notamment la création en 1927 à l'Opéra des Matines d'Amour, fabliau-miracle en trois images de Raoul Gastambide, musique de Jules Mazellier, avant d'être donnés le 31 mars 1933 au Théâtre du Capitole de Toulouse (et diffusés par radio), avec l'auteur à la tête de l'orchestre. Née à Paris en 1902, élève du Conservatoire de Paris, premier prix de chant en 1927 dans la classe du ténor Emile Engel et la même année second prix d'opéra-comique (classe de Thomas Salignac), elle avait débuté à l'Opéra-Comique le 11 mars 1928 avec le rôle de Miss Rose dans Lakmé de Léon Delibes et chantera plus tard dans ce même théâtre, entre autres rôles, Fraquita (Carmen, Bizet), Lola (Cavalleria rusticana, Mascagni), Camille, Gavroche (Louise, Charpentier). Emile Mazellier (1872-1933), frère de Jules, avait quant à lui épousé la fille de Georges Hodin, adjoint au Maire de Reims et président du parti radical rémois...

En dehors des œuvres citées dans l'article de Pierre Debièvre, mentionnons encore : Complainte pour Noël pour piano (Billaudot), Nocturne pour piano (Billaudot), 4 Versets pour orgue (United Music Publishers, Londres), Contemplation pour violon et orchestre ou piano (Combre), Ballade pour violon et piano (1954, Eschig), Bercelonnette pour violon et piano (Billaudot), La Fileuse pour violoncelle et piano (morceau de concours du Conservatoire national, 1941, Eschig), Divertissement pastoral pour flûte et piano (Leduc), Fantaisie-Ballet pour clarinette et piano (Leduc), Prélude et Danse pour basson et piano (1931), Thème varié languedocien pour hautbois solo ou saxophone alto et orchestre ou piano (Salabert), 10 Fugues pour 4 saxophones (Lemoine), Rhapsodie montagnarde pour cor et piano (Salabert), Poème lunaire pour voix et piano, Prière de Saint-François d'Assise pour soprano ou contralto, ténor ou baryton, violon, violoncelle et orgue (Eschig), Cœur de Paris, opérette en 3 actes, paroles de José Germain (1950) et un Quatuor en sol mineur pour cordes, composé en décembre 1939 et janvier 1940, remanié et terminé le 13 mars 1951, notamment donné le 18 mars 1959 à la Société Nationale (Eschig), portant pour sous-titre général « La mort et la vie » et pour chacun de ses 4 mouvements dans lesquels le thème de la mort se retrouve : I. « La mort implacable rôde sur la terre (lento doloroso, allegro moderato), II. « L'esprit du malin appelle nos désirs » (scherzo), III. « L'ange de clarté dissipe les ténèbres » (andante), IV. « La vie s'exaspère désespérément » (allegro vivo). On lui doit aussi un ouvrage d'enseignement : 500 Dictées musicales à 1, 2, 3 et 4 voix classées par ordre progressif et par tonalité, 9 séries en 4 volumes (Eschig).

En 2012, la comédie lyrique en trois actes La Villa Médicis, archivée à la bibliothèque de l'Académie de France à Rome (Villa Médicis), a été redécouverte par Francesco Filidei, compositeur italien en résidence. Retravaillée pour une version de concert d'une heure sous forme d'un condensé du drame resserré autour de trois personnages, elle est donnée l'année suivante, le 18 octobre 2013, dans le cadre du festival Autunno in Musica à la Villa Médicis, par Florian Cafiero (ténor, rôle de Gilbert, peintre), Virginie Pochon (soprano, Fiorellina, jeune modèle), Aurore Ugolin (mezzo-soprano, Mariette, ancien modèle) et Jeff Cohen (piano). Cet opéra, racontant l'histoire d'un amour entre un peintre, pensionnaire de la Villa, et son modèle, avait été créé au Casino de Nice en 1923.

Denis Havard de la Montagne




 

Marcel TOURNIER (1879-1951) DR.



Marcel Tournier (1879-1951),
second Grand Prix de Rome 1909,
professeur de harpe au Conservatoire de Paris
de 1912 à 1948 auquel succédera
Lily Laskine
Musica, 1912 ) DR



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